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Quelle responsabilité du dirigeant dans la communication de crise ?
- Pourquoi le dirigeant est au cœur de la communication de crise
- La responsabilité juridique du dirigeant
- La responsabilité managériale
- La responsabilité morale
- La responsabilité réputationnelle personnelle
- Tableau : les responsabilités du dirigeant en crise
- Les obligations spécifiques pendant la crise
- Tableau : ce qu'il faut faire vs ce qu'il faut éviter
-
Cas particuliers fréquents
- Le dirigeant personnellement mis en cause
- Le dirigeant en fin de mandat
- Le dirigeant nouveau dans ses fonctions
- Le dirigeant face à une crise héritée
- Le dirigeant en désaccord avec son conseil d'administration
- Le dirigeant exposé personnellement à des menaces
- Le dirigeant face à une crise multiple
- Le dirigeant face à une crise prolongée
- La préparation du dirigeant
- L'articulation avec le conseil d'administration
- La transmission post-crise
- FAQ

La responsabilité du dirigeant dans la communication de crise se décline sur quatre registres distincts mais interdépendants : une responsabilité juridique (civile, pénale, administrative) qui peut être engagée pour ses actes ou omissions personnels et parfois pour ceux de l’organisation ; une responsabilité managériale envers les équipes, les actionnaires et les parties prenantes qui attendent un pilotage à la hauteur des enjeux ; une responsabilité morale envers les victimes éventuelles, les salariés affectés, les territoires concernés ; et une responsabilité réputationnelle personnelle qui peut suivre le dirigeant bien au-delà de la crise et de son mandat. À la différence d’autres acteurs de l’organisation, le dirigeant ne peut pas se réfugier derrière la délégation : sa fonction l’oblige à assumer publiquement et personnellement la situation, à incarner la réponse, à arbitrer les décisions stratégiques, à porter le récit institutionnel. La règle d’or : on ne délègue pas l’incarnation. Le dirigeant peut s’entourer, prendre conseil, déléguer l’exécution — il ne peut jamais déléguer le fait de répondre au nom de l’organisation.
En bref : la communication de crise est probablement le moment où la fonction de dirigeant prend tout son sens et tout son risque analyse l’expert en communication de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de LaFrenchCom. Elle révèle, plus que tout autre événement, la qualité du leadership, la solidité de la gouvernance, la profondeur des valeurs incarnées. Elle peut consacrer un dirigeant ou détruire son autorité en quelques heures. Elle peut faire d’un dirigeant un héros sectoriel ou un cas d’école négatif étudié pendant des années. Cette intensité du moment exige une préparation spécifique, un accompagnement par des conseils expérimentés et une lucidité sur ses propres limites.
Pourquoi le dirigeant est au cœur de la communication de crise
Quatre raisons fondamentales font du dirigeant l’acteur central, irremplaçable, de la communication de crise.
L’incarnation institutionnelle
Le dirigeant incarne l’organisation aux yeux des publics externes :
- les médias veulent entendre la personne au sommet, pas un service de communication,
- les autorités attendent un interlocuteur de niveau approprié,
- les victimes ou parties affectées veulent une reconnaissance personnelle de la plus haute autorité,
- les salariés ont besoin de voir leur dirigeant assumer publiquement,
- les partenaires (clients, fournisseurs, investisseurs) jugent la solidité de l’organisation à travers son chef.
Aucune autre personne ne peut incarner l’organisation au même niveau. C’est cette spécificité qui rend la fonction irremplaçable en crise.
La capacité d’arbitrage stratégique
Les crises imposent des arbitrages stratégiques majeurs :
- maintien ou non d’une activité,
- déclenchement ou non d’un retrait produit,
- signalement ou non d’un risque,
- prise de parole ou silence,
- mise en retrait ou maintien d’un cadre mis en cause,
- acceptation ou contestation d’une décision administrative.
Ces arbitrages ne peuvent pas être délégués : ils relèvent par essence de la décision dirigeante.
Le portage du récit institutionnel
Le récit que l’organisation raconte sur elle-même pendant et après une crise se construit largement à travers la voix du dirigeant :
- éléments de langage validés par lui,
- interventions publiques signées par lui,
- engagements pris en son nom,
- transformations annoncées sous sa responsabilité.
Ce récit institutionnel survit à la crise et marque durablement l’organisation.
L’engagement personnel comme signal de gravité
L’engagement personnel du dirigeant est lui-même un message :
- son silence signale un désintérêt qui aggrave la crise,
- sa présence physique sur les sites concernés démontre la prise de gravité,
- son intervention publique affirme que la situation est traitée au plus haut niveau,
- sa vulnérabilité émotionnelle humanise l’organisation,
- son autorité légitime les décisions prises.
À l’inverse, son absence ou son retrait sont presque toujours interprétés comme des signaux négatifs.
La responsabilité juridique du dirigeant
Le premier registre de responsabilité est juridique, avec des conséquences potentiellement lourdes.
La responsabilité civile
Le dirigeant peut être personnellement engagé sur le plan civil :
- faute détachable des fonctions : faute particulièrement grave, intentionnelle, d’une particulière gravité incompatible avec l’exercice normal des fonctions,
- action en réparation des préjudices causés à des tiers,
- mise en cause dans des procédures collectives.
Cette responsabilité civile peut conduire à des dommages-intérêts considérables, parfois non couverts par les assurances de l’organisation.
La responsabilité pénale
Les infractions pénales potentiellement en cause varient selon les configurations :
- mise en danger délibérée de la vie d’autrui (article 223-1),
- homicide involontaire ou blessures involontaires (articles 221-6 et 222-19),
- manquement à des obligations de sécurité,
- infractions environnementales,
- infractions financières (escroquerie, abus de biens sociaux, faux et usage de faux),
- infractions au droit du travail,
- infractions au droit de la consommation,
- violation du secret de l’instruction ou de la défense.
Les peines peuvent inclure des amendes, des peines d’emprisonnement, des interdictions d’exercer des fonctions dirigeantes, des inscriptions au casier judiciaire.
La responsabilité administrative
Pour les secteurs régulés, des sanctions administratives spécifiques peuvent toucher le dirigeant :
- AMF : sanctions individuelles pour manquements à la communication financière,
- ACPR : sanctions des dirigeants bancaires,
- CNIL : mises en cause possibles dans certains cas,
- ANSM, ARS : sanctions sectorielles santé,
- autorités sectorielles spécifiques.
Ces sanctions peuvent inclure des interdictions d’exercer des fonctions dirigeantes, des amendes personnelles, voire la publication des décisions.
La responsabilité de la personne morale
À côté de la responsabilité personnelle du dirigeant, la personne morale peut elle-même être mise en cause :
- responsabilité pénale de la personne morale,
- sanctions administratives envers l’organisation,
- dommages-intérêts civils,
- conventions judiciaires d’intérêt public (CJIP).
Ces deux dimensions peuvent coexister : le dirigeant et l’organisation peuvent être poursuivis en parallèle.
Le cumul possible des responsabilités
Une même crise peut conduire à :
- plusieurs procédures simultanées (pénale, civile, administrative),
- plusieurs juridictions (nationale, européenne, internationale),
- plusieurs autorités (parquet, AMF, CNIL, autorités sectorielles).
Ce cumul exige une coordination juridique rigoureuse et impose une vigilance accrue dans la communication.
L’assurance D&O
Les assurances responsabilité civile des dirigeants (D&O – Directors and Officers) couvrent généralement :
- les frais de défense (honoraires d’avocats),
- les dommages-intérêts prononcés (sous conditions),
- les frais de communication de crise dans certains contrats.
Mais ces assurances ne couvrent pas :
- les fautes intentionnelles,
- les infractions pénales caractérisées,
- les amendes pénales (interdites en assurance par la loi),
- certaines sanctions administratives.
Le dirigeant doit donc connaître précisément la portée de sa couverture, et l’organisation doit veiller à un niveau d’assurance approprié.
La responsabilité managériale
Au-delà du juridique, la responsabilité managériale du dirigeant en crise est centrale.
Envers les équipes
Le dirigeant doit, envers ses équipes :
- informer rapidement et clairement,
- soutenir les équipes mobilisées,
- accompagner les personnes affectées,
- maintenir la cohésion interne,
- valoriser les contributions,
- assumer sa propre responsabilité dans les difficultés rencontrées.
Cette responsabilité managériale conditionne directement la capacité opérationnelle de réponse à la crise et la reconstruction post-crise.
Envers les actionnaires
Pour les organisations cotées ou avec actionnariat structuré :
- information transparente sur la situation,
- respect des règles de communication financière,
- anticipation des conséquences sur la valeur,
- mobilisation pour préserver les intérêts patrimoniaux,
- reddition de comptes lors des assemblées générales.
Envers le conseil d’administration
Le conseil d’administration est l’organe de gouvernance auquel le dirigeant rend compte :
- information régulière pendant la crise,
- arbitrages soumis à validation pour les décisions majeures,
- transparence sur les difficultés et les options,
- acceptation des arbitrages du conseil,
- disponibilité pour les comités spécifiques (audit, risques, éthique).
Envers les autres parties prenantes
Selon les configurations :
- clients : engagement à honorer les contrats malgré la crise,
- fournisseurs : transparence sur les capacités de l’organisation,
- partenaires : maintien des relations malgré les difficultés,
- autorités : coopération pleine et entière,
- élus : respect du dialogue institutionnel,
- opinion publique : reddition de comptes.
La fonction de “porteur” institutionnel
Le dirigeant assume une fonction de porteur :
- il porte publiquement la responsabilité de l’organisation,
- il porte la décision même quand elle est collective,
- il porte les conséquences même quand elles sont systémiques,
- il porte la durée même quand elle s’étale sur des années.
Cette fonction est épuisante humainement et exige un soutien psychologique structuré.
La responsabilité morale
La responsabilité morale du dirigeant dépasse les obligations juridiques et managériales.
Envers les victimes
Lorsque la crise génère des victimes (accident, contamination, harcèlement, conséquences sociales) :
- reconnaissance sincère de la souffrance,
- engagement d’accompagnement durable,
- présence personnelle aux moments difficiles,
- respect absolu de la dignité des personnes,
- transparence sur les responsabilités.
Cette responsabilité morale ne se réduit jamais aux obligations juridiques. Elle exige une posture humaine que les seuls textes ne suffisent pas à imposer.
Envers les territoires
Pour les crises avec impact territorial (fermetures de site, accidents industriels, pollution) :
- reconnaissance des conséquences locales,
- engagement sur la revitalisation,
- dialogue avec les élus et les acteurs locaux,
- présence physique sur les sites concernés,
- suivi dans la durée des engagements.
Envers le secteur
Une crise majeure dépasse souvent l’organisation et affecte tout son secteur :
- transparence sur les pratiques pour permettre l’amélioration sectorielle,
- partage d’expérience avec les pairs,
- contribution aux normes et standards,
- leadership dans la transformation des pratiques.
Envers les générations futures
Pour les crises à dimension environnementale, sanitaire ou sociétale durable :
- prise en compte des effets long terme,
- responsabilité intergénérationnelle,
- engagement sur les transformations structurelles,
- mémoire de la crise pour prévenir les récidives.
La dimension exemplaire
Le dirigeant doit incarner par son comportement les valeurs qu’il proclame :
- cohérence entre discours et actes,
- acceptation des conséquences personnelles si nécessaires,
- modestie dans la victoire,
- dignité dans l’épreuve,
- vérité même quand elle est dérangeante.
La responsabilité réputationnelle personnelle
Le quatrième registre de responsabilité concerne le dirigeant en tant que personne.
Une réputation qui suit le dirigeant
La gestion d’une crise majeure marque durablement la réputation personnelle du dirigeant :
- mentions dans les médias archivées indéfiniment,
- moteurs de recherche associant son nom à la crise,
- réseaux sociaux professionnels (LinkedIn) intégrant la trace,
- mémoire sectorielle persistante,
- références dans les ouvrages, formations, études de cas.
L’impact sur la carrière future
Une crise mal gérée peut :
- bloquer l’accès à de nouveaux mandats,
- entraver la nomination dans des conseils d’administration,
- fragiliser la position dans le mandat actuel,
- réduire la valeur sur le marché des dirigeants.
À l’inverse, une crise bien gérée peut :
- consacrer un dirigeant comme leader de référence sectoriel,
- ouvrir des opportunités élargies,
- renforcer la légitimité au sein de l’organisation,
- constituer un actif de réputation durable.
La dimension psychologique et personnelle
La gestion d’une crise majeure impose au dirigeant une épreuve personnelle :
- stress intense pendant des semaines ou des mois,
- isolement parfois,
- exposition médiatique pesante,
- mise en cause personnelle parfois,
- conséquences sur la vie privée et familiale,
- fatigue durable.
Cette dimension est souvent sous-estimée dans la préparation. Pourtant, elle conditionne directement la qualité de la gestion : un dirigeant épuisé ou submergé ne peut pas exercer pleinement ses responsabilités.
Le soutien personnel
Plusieurs dispositifs peuvent soutenir le dirigeant :
- coaching spécialisé en situation de crise,
- soutien psychologique confidentiel,
- conseil par des dirigeants ayant traversé des situations similaires,
- soutien familial protégé,
- dispositifs de récupération entre les phases intenses.
Ces soutiens ne sont pas des luxes : ils sont des conditions de la qualité du leadership.
Tableau : les responsabilités du dirigeant en crise
| Registre | Champs | Sanctions possibles | Dispositifs de prévention |
|---|---|---|---|
| Juridique | Civil, pénal, administratif | Amendes, prison, interdictions, dommages-intérêts | Conseil juridique, assurance D&O, conformité |
| Managérial | Équipes, actionnaires, conseil | Perte de confiance, révocation, démission contrainte | Coordination, transparence, dialogue |
| Moral | Victimes, territoires, secteur | Stigmatisation durable | Posture humaine, présence, écoute |
| Réputationnel | Carrière, vie personnelle | Blocage de carrière, conséquences durables | Préparation, accompagnement, conseils |
Les obligations spécifiques pendant la crise
Au-delà des responsabilités générales, plusieurs obligations spécifiques s’imposent au dirigeant en crise.
Être disponible et présent
Le dirigeant doit être physiquement et mentalement disponible :
- annulation des engagements non essentiels,
- présence sur les lieux de crise quand pertinente,
- disponibilité pour les conseils, autorités, parties prenantes,
- attention soutenue dans la durée,
- acceptation de la rupture du rythme habituel.
Décider et arbitrer
Le dirigeant doit prendre des décisions :
- rapidement pour les questions urgentes,
- avec arbitrage des options entre intérêts contradictoires,
- en assumant les conséquences,
- en documentant les choix et leurs motifs,
- en respectant les compétences des autres organes (CA, comités).
L’indécision peut être plus destructrice que les mauvaises décisions.
Communiquer publiquement
Le dirigeant doit s’exprimer publiquement :
- aux moments-clés de la crise,
- personnellement (pas seulement par communiqué signé),
- avec gravité et humanité,
- en respectant les contraintes juridiques,
- en cohérence avec la stratégie globale.
L’absence de communication personnelle est presque toujours interprétée comme un désengagement.
Coordonner les acteurs
Le dirigeant doit coordonner :
- les équipes opérationnelles mobilisées,
- les conseils externes (avocats, communicants, experts),
- les autorités et leurs investigations,
- le conseil d’administration et ses comités,
- les autres parties prenantes.
Cette coordination ne s’invente pas : elle exige préparation et expérience.
Préserver la continuité
Au-delà de la crise, le dirigeant doit préserver la continuité :
- maintien de l’activité opérationnelle,
- soin des équipes non directement mobilisées,
- vigilance sur les autres sujets stratégiques,
- préparation de la reprise post-crise,
- anticipation des transformations à engager.
Accepter sa propre vulnérabilité
Le dirigeant doit accepter ses propres limites :
- demander de l’aide quand nécessaire,
- reconnaître ne pas tout savoir,
- s’entourer de meilleurs experts que soi,
- prendre des moments de récupération,
- protéger sa santé physique et mentale.
L’illusion d’omnipotence est la première cause d’erreurs majeures en gestion de crise.
Tableau : ce qu’il faut faire vs ce qu’il faut éviter
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Présence physique sur les lieux de crise | Gestion exclusivement à distance |
| Communication personnelle aux moments-clés | Délégation totale au service communication |
| Reconnaissance précoce de la dimension humaine | Discours technocratique ou défensif |
| Coopération avec les autorités | Confrontation avec les institutions |
| Documentation rigoureuse des décisions | Décisions verbales non tracées |
| Soutien aux équipes mobilisées | Pression et reproches sur les équipes |
| Disponibilité prolongée | Retour au rythme normal trop rapide |
| Acceptation de sa propre vulnérabilité | Posture d’omnipotence et d’isolement |
| Conseils externes intégrés tôt | Improvisation sans expertise externe |
| Préparation des conséquences personnelles | Déni du risque pour soi-même |
Cas particuliers fréquents
Le dirigeant personnellement mis en cause
Configuration où la responsabilité personnelle du dirigeant est en jeu (pénale, civile, administrative).
- séparation entre intérêt personnel et intérêt de l’organisation,
- conseils juridiques distincts parfois,
- éventuelle mise en retrait des fonctions,
- désignation d’un suppléant,
- gestion psychologique difficile,
- soutien par des conseils externes spécialisés.
Le dirigeant en fin de mandat
Configuration où la crise survient en fin de mandat, à l’approche du départ ou du non-renouvellement.
- risque de désengagement perçu,
- enjeu de transmission au successeur,
- vigilance sur la continuité de la gestion,
- respect des engagements pris,
- dignité du départ même dans l’épreuve.
Le dirigeant nouveau dans ses fonctions
Configuration où la crise survient peu après la prise de fonction.
- héritage de pratiques antérieures,
- équilibre entre rupture et continuité,
- opportunité de transformation,
- difficulté de l’incarnation rapide,
- mobilisation d’une nouvelle équipe.
Le dirigeant face à une crise héritée
Configuration où la crise actuelle résulte de décisions ou de pratiques antérieures à son mandat.
- tentation de blâmer les prédécesseurs,
- risque de fragiliser l’organisation,
- équilibre entre transparence sur l’historique et solidarité institutionnelle,
- engagement sur les transformations,
- nécessité d’assumer la responsabilité actuelle.
Le dirigeant en désaccord avec son conseil d’administration
Configuration sensible où dirigeant et conseil divergent sur la stratégie de gestion de crise.
- respect des compétences statutaires,
- dialogue approfondi pour trouver des compromis,
- éventuelle démission si désaccord persistant majeur,
- discrétion publique sur les divergences,
- continuité opérationnelle préservée.
Le dirigeant exposé personnellement à des menaces
Configuration où la crise génère des menaces personnelles (réseaux sociaux, intimidations, parfois physiques).
- dispositifs de sécurité personnelle,
- soutien psychologique,
- protection de la famille,
- vigilance dans les déplacements,
- coordination avec les forces de l’ordre si nécessaire.
Le dirigeant face à une crise multiple
Configuration où plusieurs crises se superposent (cyberattaque + scandale RH + difficultés économiques par exemple).
- priorisation rigoureuse,
- délégation structurée des fronts,
- coordination entre cellules de crise spécialisées,
- vigilance sur l’épuisement personnel,
- mobilisation de soutiens élargis.
Le dirigeant face à une crise prolongée
Configuration où la crise s’étale sur plusieurs mois ou années (procédures judiciaires longues, scandales sectoriels persistants).
- endurance psychologique,
- alternance de phases d’intensité variable,
- gestion de la lassitude des équipes,
- vigilance sur les rebondissements,
- maintien de la cohérence dans la durée.
La préparation du dirigeant
Comme toute compétence, la capacité à gérer une crise se prépare.
La formation initiale
Avant toute crise, le dirigeant doit avoir bénéficié de :
- media training approfondi,
- formation spécifique aux crises majeures,
- simulations d’exercices de cellule de crise,
- connaissance des cadres juridiques applicables,
- familiarisation avec les conseils externes.
Le réseau de soutien
Le dirigeant doit avoir constitué en amont un réseau de soutien :
- conseils juridiques spécialisés selon les domaines à risque,
- conseils en communication de crise expérimentés,
- mentors ou pairs ayant traversé des situations comparables,
- coach pour le soutien personnel,
- équipe interne rodée et fidèle.
Les exercices réguliers
Participer régulièrement à des exercices de simulation :
- exercices internes de cellule de crise,
- simulations sectorielles,
- exercices conjoints avec autorités,
- formations en école de cas réels.
Ces exercices ne sont pas optionnels : ils sont la condition d’une réaction adaptée le jour venu.
La lucidité sur ses propres limites
Le dirigeant doit avoir réfléchi à ses propres limites :
- forces et faiblesses de son leadership,
- domaines où il est plus à l’aise,
- domaines où il a besoin de soutien,
- réactions psychologiques sous stress,
- équilibre vie professionnelle / vie personnelle.
Cette lucidité préalable est précieuse en situation de crise.
La connaissance du cadre juridique personnel
Le dirigeant doit connaître précisément :
- son statut juridique (mandat social, fonctions, délégations),
- les risques personnels selon les domaines,
- la portée de son assurance D&O,
- les procédures internes en cas de mise en cause,
- les conseils disponibles immédiatement.
Les engagements de long terme
Le dirigeant doit comprendre que la gestion de crise s’inscrit dans une temporalité longue :
- procédures judiciaires sur plusieurs années,
- conséquences réputationnelles durables,
- transformations organisationnelles à mener,
- mémoire collective persistante.
Cette perspective de long terme structure les décisions du moment.
L’articulation avec le conseil d’administration
Le conseil d’administration ou de surveillance est l’organe de gouvernance auquel le dirigeant rend compte. Cette articulation est centrale.
Les responsabilités respectives
- le conseil définit la stratégie générale, supervise la direction, arbitre les sujets majeurs,
- le dirigeant met en œuvre la stratégie, gère l’opérationnel, rend compte au conseil.
En crise, cette répartition peut être bousculée :
- urgence imposant des décisions rapides,
- nature des sujets dépassant le quotidien,
- enjeux engageant la responsabilité du conseil.
Les modalités de la coordination
Pendant une crise, la coordination conseil / dirigeant prend généralement plusieurs formes :
- réunions exceptionnelles plus fréquentes,
- comités spécialisés mobilisés (audit, risques, éthique),
- administrateur référent désigné comme interlocuteur principal,
- information régulière sous forme de notes ou points,
- arbitrages soumis aux instances appropriées.
Les arbitrages structurants
Plusieurs arbitrages relèvent explicitement du conseil :
- mise en retrait ou départ du PDG mis en cause,
- transactions judiciaires majeures,
- provisions financières significatives,
- transformations stratégiques engagées,
- communications institutionnelles au plus haut niveau.
Le rôle du président du conseil
Lorsque les fonctions de président du conseil et de directeur général sont dissociées, le président joue un rôle particulier :
- soutien au DG mais aussi contrôle,
- interlocuteur institutionnel principal,
- porte-parole de la gouvernance le cas échéant,
- garant de la continuité.
Pour les configurations où le PDG cumule les fonctions, le rôle du vice-président ou de l’administrateur référent indépendant devient crucial.
Les administrateurs indépendants
Le rôle des administrateurs indépendants est particulièrement important en crise :
- regard extérieur sur les décisions,
- arbitrage sans conflit d’intérêts,
- crédibilité institutionnelle,
- possibilité d’incarner publiquement la gouvernance.
La transmission post-crise
Lorsqu’une crise majeure modifie durablement la position du dirigeant, plusieurs configurations de transmission sont possibles.
Le maintien après la crise
Configuration où le dirigeant conserve ses fonctions après la crise :
- enjeu de reconstruction de la légitimité,
- transformations visibles à engager,
- renouvellement de l’équipe et des pratiques,
- temps nécessaire pour digérer collectivement l’épreuve.
La transition organisée
Configuration où le dirigeant prépare son départ après la crise :
- calendrier annoncé,
- passation progressive,
- accompagnement du successeur,
- mémoire transmise sur les enseignements,
- dignité du départ.
Le départ contraint
Configuration où le départ s’impose (perte de confiance du conseil, mise en cause majeure, conséquences personnelles) :
- gestion de la sortie négociée,
- respect des conditions contractuelles,
- communication institutionnelle,
- continuité assurée par un suppléant,
- éventuels contentieux ultérieurs.
Le retour après mise en retrait
Configuration où le dirigeant, après mise en retrait pendant la crise, peut revenir :
- conditions explicites du retour,
- communication sur la décision,
- acceptation des transformations engagées pendant l’absence,
- vigilance sur les rebondissements possibles.
FAQ
Le dirigeant peut-il déléguer entièrement la communication de crise ? Non. Il peut déléguer l’exécution (rédaction des communiqués, relations presse opérationnelles, gestion des canaux) mais pas l’incarnation ni la décision stratégique. Toute crise majeure exige des prises de parole personnelles du dirigeant et des arbitrages qui relèvent strictement de sa fonction.
Le dirigeant doit-il toujours prendre la parole publiquement en crise ? Pour les crises majeures (impact humain, médiatisation nationale, mise en cause de l’organisation), oui. Son silence serait interprété comme un désengagement. Pour les crises de moindre intensité, la communication peut être portée par le DG, le DirCom ou la DRH selon les configurations. Mais l’absence du dirigeant sur une crise grave est presque toujours mal perçue.
Que faire si le dirigeant est lui-même mis en cause ? La gouvernance prend la main. Le conseil d’administration ou son président, un administrateur indépendant ou un comité spécifique pilote la communication institutionnelle. Le dirigeant peut s’exprimer personnellement sur sa situation (avec ses avocats), mais ne peut plus représenter l’organisation publiquement. Une mise en retrait temporaire est généralement la solution la plus saine.
Le dirigeant peut-il être personnellement condamné même si l’organisation paie ? Oui. Les responsabilités sont distinctes :
- personne morale : amendes, sanctions administratives, dommages-intérêts,
- personne physique : amendes pénales, peines d’emprisonnement, interdictions, dommages-intérêts personnels.
Les deux peuvent coexister. Et certaines sanctions pénales (peines d’emprisonnement, inscription au casier) sont strictement personnelles et ne peuvent être supportées par l’organisation.
Comment se prépare un dirigeant à une crise ? Plusieurs dimensions :
- media training régulier,
- simulations d’exercices de crise,
- connaissance du cadre juridique applicable,
- constitution d’un réseau de conseils externes,
- lucidité sur ses propres limites,
- soutien personnel mobilisable,
- réflexion sur les configurations probables dans son secteur.
Cette préparation n’est pas optionnelle pour un dirigeant exerçant des responsabilités réelles : elle est une condition de la qualité du leadership.
Êtes-vous, en tant que dirigeant, préparé à assumer pleinement la responsabilité de la communication de crise — sur les plans juridique, managérial, moral et réputationnel personnel ? LaFrenchCom accompagne dirigeants, présidents et conseils d’administration dans la préparation individuelle, l’incarnation publique et la gestion personnelle des crises majeures, en coordination étroite avec les conseils juridiques, les coachs spécialisés et les experts en gouvernance. [Contactez notre cellule de crise →]