Actualités

Que faire en cas de crise de communication ?

mediatraining-formation-prise-de-parole-en-public

Toutes les crises ne viennent pas de l’extérieur. Certaines naissent de nos propres mots. Une crise de communication est, le plus souvent, celle qu’une organisation déclenche elle-même : une maladresse dans une prise de parole, un message mal calibré, une campagne mal perçue, une déclaration de dirigeant qui dérape analyse l’expert en communication de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom. Contrairement à un accident ou à une attaque, elle est largement évitable à condition d’en comprendre les ressorts. C’est tout l’objet de cet article : non pas une procédure d’urgence, mais une lecture posée de ce qu’est une crise de communication, de la manière d’y répondre, et surtout de la façon de l’éviter.

Ce guide s’inscrit dans nos ressources dédiées à la gestion de crise.

Crise de communication, crise médiatique : ne pas confondre

Les deux notions sont souvent employées comme synonymes, à tort. La crise de communication — ou crise communicationnelle — est une crise provoquée par une maladresse lors d’une prise de parole publique : celle d’un dirigeant, une publication de marque sur les réseaux, ou une campagne publicitaire (on parle alors de « bad buzz publicitaire »). C’est la cause qui est ici en jeu : le message, le ton, le moment ou le canal. La crise médiatique, elle, désigne la forte exposition publique négative qui s’ensuit — le symptôme, la caisse de résonance, quelle qu’en soit l’origine.

Les deux se rejoignent fréquemment : une maladresse devient virale, donc médiatique. Mais le point de départ diffère, et c’est décisif. Face à une crise médiatique, il faut d’abord réagir vite et maîtriser sa parole sous pression — un sujet que nous traitons dans notre article « Crise médiatique : que faire ? ». Face à une crise de communication, l’enjeu est autre : reconnaître que c’est notre propre communication qui a failli, et la corriger.

Quand la communication devient le problème

Une crise de communication peut prendre plusieurs visages. Le plus courant est la maladresse dans une prise de parole : une formule malheureuse d’un dirigeant, un post de marque mal pensé, une campagne publicitaire mal reçue. Vient ensuite le décalage émotionnel : communiquer à contretemps, sans tenir compte de l’état d’esprit du public — un message festif ou promotionnel diffusé en plein drame collectif, par exemple, choque immédiatement. Plus profonde encore, la dissonance entre le discours et les actes : promettre une chose et en faire une autre, vanter un engagement que les pratiques démentent — c’est le ressort du greenwashing et de bien des crises de confiance. S’ajoutent le détournement d’un contenu ou le newsjacking raté, lorsqu’une marque s’empare maladroitement de l’actualité, et le caractère instinctif et non contrôlé de certaines prises de parole — un tweet, un commentaire ou un post publié sans recul.

Ces crises se multiplient pour une raison simple : jamais les organisations et leurs dirigeants n’ont autant pris la parole publiquement — community management, réseaux professionnels —, et jamais l’environnement n’a été aussi propice à la propagation. Plus on communique vite et souvent, plus le risque de faux pas augmente.

Que faire face à une crise de communication ?

La réponse à une crise de communication n’est pas d’abord affaire de vitesse, mais de lucidité. La première étape, la plus difficile, est de reconnaître que c’est notre communication qui est en cause — et non de s’enfermer dans le déni en reprochant au public d’avoir « mal compris ». Cette honnêteté conditionne tout le reste.

Il faut ensuite cesser de répéter le message qui échoue. S’entêter, se justifier maladroitement ou « doubler la mise » ne fait qu’aggraver la situation. Mieux vaut écouter et comprendre pourquoi le message n’est pas passé : la réaction du public est une information précieuse, pas une simple hostilité. Si la maladresse le justifie, il convient de reconnaître et de présenter de vraies excuses — sincères et assumées, à l’opposé de la fausse excuse (« nous sommes désolés si certains ont pu se sentir… ») qui aggrave le malaise. Enfin, il s’agit de corriger le message et de rétablir la cohérence entre les paroles et les actes, entre l’interne et l’externe, puis de réincarner une parole juste : reconnaître, expliquer, agir. Communiquer reste la voie — le silence aggrave —, mais il s’agit ici de communiquer mieux, pas seulement davantage.

Prévenir la crise de communication

Parce qu’elle est largement auto-infligée, la crise de communication est aussi celle que l’on peut le mieux prévenir. Quelques principes y suffisent souvent.

Anticiper la réception. Avant de diffuser un message ou une campagne, se poser la question décisive : comment cela peut-il être lu, interprété, détourné ou mal perçu ? Tester un message auprès de regards extérieurs révèle les angles morts.

Lire le contexte émotionnel et social. L’empathie est le meilleur garde-fou : un message juste sur le fond peut devenir une faute s’il est diffusé au mauvais moment, en décalage avec ce que vivent ses publics.

Aligner les paroles et les actes. C’est la prévention la plus profonde : une réputation se protège d’abord par la qualité des comportements réels. Aucune communication habile ne masque durablement une incohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on fait.

Instaurer des circuits de validation. Une part importante des crises de communication naît d’un contenu publié sans relecture. Un simple regard extérieur, un circuit de validation pour les prises de parole sensibles, évitent l’essentiel des faux pas.

Cultiver une communication réfléchie, pas instinctive. Former les dirigeants et les porte-parole, encadrer les prises de parole publiques et entretenir une vraie culture du message valent mieux que la spontanéité non maîtrisée.

FAQ : la crise de communication

Quelle différence entre une crise de communication et une crise médiatique ? La crise de communication est provoquée par une maladresse de prise de parole (la cause : message, ton, campagne, dirigeant). La crise médiatique est la forte exposition publique négative qui en résulte (le symptôme). Les deux se rejoignent souvent, mais le point de départ diffère.

Une crise de communication est-elle toujours évitable ? En grande partie, oui, car elle est souvent auto-infligée. L’anticipation de la réception, l’empathie, la cohérence entre paroles et actes et des circuits de validation préviennent la plupart des faux pas.

Faut-il présenter des excuses en cas de maladresse ? Si la maladresse le justifie, oui — mais des excuses sincères et assumées, pas une fausse excuse conditionnelle. Reconnaître honnêtement le faux pas désamorce, alors que la justification l’aggrave.

Faut-il supprimer le contenu à l’origine de la crise ? Cela dépend. Supprimer discrètement peut donner l’impression de dissimuler, et les captures d’écran subsistent. Retirer une campagne en l’assumant et en l’expliquant est parfois la bonne option ; effacer sans explication, rarement.

Comment éviter une maladresse de communication ? En testant les messages avant diffusion, en lisant le contexte émotionnel du moment, en validant les prises de parole sensibles par un regard extérieur, et en formant ceux qui s’expriment au nom de l’organisation.

Le silence est-il une solution face à une crise de communication ? Non. Le silence laisse prospérer la polémique et les interprétations. La bonne réponse n’est pas de se taire, mais de communiquer mieux : reconnaître, corriger et réincarner une parole juste.

Conclusion : mieux vaut une parole pensée qu’une parole rapide

La crise de communication a ceci de particulier qu’elle naît rarement d’un événement subi, mais d’un message que l’on a soi-même émis. C’est une mauvaise nouvelle — on en est responsable — et une bonne : on peut l’éviter. La clé n’est pas de communiquer moins, mais de communiquer avec discernement : anticiper la réception, lire l’émotion du moment, aligner ses paroles sur ses actes, et ne jamais laisser une prise de parole sensible échapper à toute relecture. À l’heure où chacun s’exprime en permanence, la maîtrise de la parole n’est plus une option : c’est une compétence stratégique.

Pour structurer votre communication et préparer vos prises de parole, découvrez nos ressources sur la communication de crise. Et pour gérer la pression publique lorsque la crise éclate, consultez notre article « Crise médiatique : que faire ? ».