Accueil » Actualités » FAQ » Dictionnaire de la communication face aux ONG et activistes
Dictionnaire de la communication face aux ONG et activistes

Action directe (rupture du dialogue). Quand un collectif passe à l’action directe — occupation de site, blocage, dégradation, intrusion —, le registre communicationnel change radicalement. La tentation de la fermeté juridique immédiate (plainte, référé, expulsion) doit être pesée : elle peut résoudre l’action mais durcir la relation. La voie qui peut préserver un avenir relationnel consiste à protéger les personnes et les biens, déposer les recours nécessaires pour l’ordre, tout en maintenant une ligne de dialogue ouverte avec les organisations légitimes du mouvement.
Activiste actionnarial écologique (figure émergente). Distincts des fonds activistes classiques, les activistes actionnariaux écologiques (Follow This, ClientEarth, associations achetant des parts pour déposer des résolutions) utilisent les mécanismes de gouvernance actionnariale pour peser sur les décisions climatiques. Leur montée en assemblée générale doit être préparée par un dialogue en amont, pas seulement par une défense juridique des résolutions. Les entreprises qui les ignorent jusqu’au vote obtiennent des scores symboliques dommageables.
Ami de longue date (allié à ne pas négliger). Certaines ONG ont historiquement entretenu un dialogue constructif avec l’entreprise : partenariats, consultations, retours d’expérience. Ces alliés de longue date sont précieux en période de crise parce qu’ils peuvent nuancer dans les médias, éviter la stigmatisation générale, porter un témoignage de bonne foi. Leur négligence pendant les périodes calmes — absence de relation entretenue, promesses non tenues — les transforme en silence embarrassé au moment où l’entreprise aurait besoin de leur voix.
Amplification croisée (logique coalitionnelle). Les ONG fonctionnent de plus en plus en coalition : une campagne lancée par une organisation est reprise, amplifiée, complétée par d’autres dans les jours qui suivent. La communication doit anticiper cette amplification croisée en cartographiant les coalitions probables. Répondre uniquement à la première organisation en ignorant les suivantes est une erreur tactique : la deuxième vague est souvent plus technique et plus difficile à neutraliser.
Audit de campagne (décrypter avant de répondre). Avant toute réponse publique à une campagne ONG, un audit méthodique de la campagne elle-même — sources citées, méthodologie employée, parties citées, calendrier de publication, relais mobilisés — protège contre les réponses précipitées qui ignorent la structure réelle de l’attaque. Cet audit prend quelques heures et fait gagner des jours de communication mal orientée.
B
Badinter (argumentaire des droits humains). Les argumentaires fondés sur les droits humains — liberté, dignité, égalité, non-discrimination — mobilisent un registre que l’entreprise ne peut pas contester frontalement. Les ONG qui structurent leur campagne sur ce registre bénéficient d’une asymétrie de légitimité. La réponse ne peut pas être de nier les valeurs invoquées ; elle doit, si possible, reconnaître les valeurs tout en contestant leur application à la situation concrète. Contester les valeurs elles-mêmes se retourne quasi systématiquement.
Banderole (image symbolique à anticiper). Les banderoles déployées sur un siège, une usine, une assemblée générale, produisent des images qui circulent pendant des années. Leur dimension photogénique est soigneusement travaillée par les militants. L’entreprise doit anticiper leur apparition : repérer les points d’accrochage visibles, préparer une réponse visuelle propre, ne jamais s’opposer physiquement à une banderole devant les caméras. Les images de sécurité arrachant des militants pacifiques tournent vite contre l’entreprise.
Blacklist (ressource militante à comprendre). Les ONG entretiennent des listes noires d’entreprises ou de projets contestés, publiées régulièrement. Être sur une blacklist n’est pas neutre : cela conditionne les décisions d’investisseurs engagés, oriente les campagnes des étudiants, influence les politiques d’achat de certains clients B2B. Sortir d’une blacklist suppose une démarche documentée, pas un simple communiqué. Les entreprises qui ignorent ces listes découvrent leurs effets plusieurs années plus tard.
Boycott (appel à manier). Les appels au boycott lancés par des ONG ou des collectifs ont des effets variables selon leur portée médiatique, leur cohérence avec les pratiques de consommation et l’alternative disponible. La réponse la plus souvent efficace est l’absence de contestation publique : contester le boycott l’amplifie. La posture qui résiste est la continuité du travail de fond, la démonstration des progrès, et la patience jusqu’à l’épuisement naturel de la campagne.
C
Cabinet ministériel capté (accusation récurrente). Les ONG dénoncent régulièrement la « capture » des cabinets ministériels par des lobbys d’entreprises — experts détachés, cabinets de conseil, anciens dirigeants, allers-retours public-privé. Être accusé d’avoir « capté » une décision publique est une qualification lourde. La réponse suppose de démontrer la régularité des procédures suivies et, quand c’est possible, de rappeler les consultations qui ont également impliqué des ONG ou d’autres contre-pouvoirs.
Campagne ciblée (logique stratégique). Les campagnes ONG ne sont jamais génériques : elles ciblent une entreprise précise, un projet précis, un dirigeant précis, souvent pour en faire un cas emblématique. Comprendre pourquoi cette cible a été choisie — exemplarité symbolique, vulnérabilité perçue, exposition médiatique, projet moralement discutable — est la première étape d’une réponse adaptée. Les campagnes ciblées qui semblent arbitraires ne le sont jamais.
Chaîne d’approvisionnement exposée (angle récurrent). Les campagnes ONG sur les chaînes d’approvisionnement — travail des enfants, déforestation, conditions de travail dans les pays producteurs, conflit des minerais — sont devenues un registre récurrent. L’entreprise qui n’a pas cartographié en profondeur sa chaîne est structurellement vulnérable. La cartographie défensive — aller chercher ses propres angles morts avant que les ONG ne les trouvent — est une discipline qui paie.
Charte de dialogue (cadre à formaliser). Les chartes de dialogue signées avec des ONG légitiment une relation structurée : règles d’échange, cadre de confidentialité, engagements mutuels. Leur existence peut être valorisée en cas de crise, à condition qu’elles soient sincères. Les chartes signées mais jamais mises en œuvre produisent l’effet inverse : elles deviennent la preuve d’une hypocrisie relationnelle. La charte n’est utile que si elle vit.
Classement public (outil d’influence). Les classements produits par les ONG — empreinte carbone des entreprises, respect des droits humains, pratiques de lobbying, impact biodiversité — sont des outils d’influence puissants. Les entreprises mal classées peuvent contester la méthodologie ou engager des démarches pour progresser. Contester sans progresser est rarement efficace ; progresser sans contester est parfois mal valorisé. L’équilibre consiste à engager les progrès et à proposer des améliorations méthodologiques constructives.
Coalition citoyenne (acteur hybride). Au-delà des ONG structurées, les coalitions citoyennes rassemblent des associations locales, des collectifs ponctuels, des riverains mobilisés, des universitaires engagés. Leur gouvernance informelle les rend plus imprévisibles que les ONG établies. La communication doit les traiter avec le même sérieux que les ONG structurées, même si elles sont plus difficiles à identifier et à rencontrer.
Commentaire public (faire ou ne pas faire). Face à une prise de position d’une ONG, la décision de commenter publiquement est stratégique. Commenter amplifie la visibilité de la prise de position ; ne pas commenter laisse l’ONG seule sur le terrain médiatique. La règle qui s’est imposée : commenter quand la prise de position contient des éléments factuellement contestables et que l’entreprise dispose des preuves, se taire quand la prise de position est une opinion qui ne peut être réfutée factuellement.
Communication non-violente (registre à maîtriser). Les principes de communication non-violente — reconnaissance des besoins de l’autre, expression des propres besoins sans jugement, distinction entre observation et interprétation — sont utiles dans le dialogue avec les militants. Ce registre permet de sortir des escalades verbales improductives. Sa maîtrise ne signifie pas céder : elle permet de tenir fermement des positions sans créer d’hostilité personnelle supplémentaire.
Conseil éthique (instance utile). La mise en place d’un conseil éthique réunissant des experts indépendants, y compris des personnalités proches du monde associatif, peut crédibiliser une démarche d’entreprise. Sa composition est scrutée : un conseil de complaisance est immédiatement dévalorisé. La vraie valeur d’un conseil éthique tient à sa composition indépendante réelle et à la publicité de ses travaux.
D
Débat public (obligation démocratique). Les débats publics organisés par la CNDP sur les grands projets d’infrastructures sont des obligations démocratiques structurantes. Leur déroulement conditionne l’acceptabilité du projet. La communication d’entreprise doit y participer avec sérieux, écoute, et capacité à prendre en compte les objections. Les débats publics conduits comme des exercices de communication descendante sont systématiquement sanctionnés par des recours contentieux ultérieurs.
Désinvestissement (pression financière). Les campagnes de désinvestissement — retrait d’investissements des fonds de pension universitaires, des fonds publics, des assureurs — sont devenues un levier majeur des ONG environnementales. Leur efficacité ne tient pas toujours aux volumes désinvestis, mais au signal politique qu’elles envoient. La communication doit prendre ces campagnes au sérieux, même quand elles paraissent marginales financièrement, parce que leur effet symbolique précède souvent l’effet matériel.
Désobéissance civile (tradition morale). Les actions de désobéissance civile — assises de sit-in, blocages pacifiques, refus d’obéir à une injonction jugée injuste — s’inscrivent dans une tradition morale que l’entreprise ne peut pas attaquer frontalement sans se déprécier. La réponse juridique peut être déployée (plainte, identification, poursuite) mais ne doit jamais être accompagnée d’un discours moral de stigmatisation des militants. La séparation entre le registre juridique et le registre moral protège l’entreprise.
Dialogue structuré (investissement de long terme). Le dialogue structuré avec les ONG — rencontres régulières, échange de documents, groupes de travail mixtes, publications conjointes éventuelles — est un investissement de long terme qui ne produit pas de résultats immédiats mais construit une relation résiliente. Les entreprises qui n’ont pas engagé ce dialogue à froid découvrent en crise qu’elles n’ont pas d’interlocuteurs fiables pour un échange technique.
Documentaire militant (format puissant). Les documentaires militants — Cash Investigation, Vert de rage, Arte, Netflix — sont des formats qui peuvent faire basculer l’opinion. Leur préparation prend des mois et l’entreprise concernée est souvent sollicitée pour une interview tardive. La décision de participer ou de refuser doit être pesée : participer permet d’exister dans le documentaire (même si le montage reste maîtrisé par les auteurs) ; refuser laisse la place à une chaise vide ou à un carton accusateur. La règle générale est de participer en étant bien préparé.
E
Effet boomerang (risque de la contre-attaque). Les contre-attaques juridiques contre des ONG ou des militants — plaintes en diffamation, procédures SLAPP, mises en demeure agressives — produisent souvent un effet boomerang : elles attirent l’attention sur la campagne initiale et positionnent l’entreprise en oppresseur. Elles ne sont justifiées que dans des cas très précis (faits avérés faux et préjudices majeurs) et doivent être accompagnées d’une communication qui distingue le cas précis de toute volonté générale de faire taire les contestations.
Engagement du fondateur (variable individuelle). Certaines ONG sont portées par un fondateur charismatique dont l’engagement personnel est le moteur principal. Comprendre la biographie, les motivations, les blessures éventuelles de ce fondateur éclaire les choix stratégiques de l’organisation. L’anonymisation des adversaires — « les ONG » en général — est une erreur : les différences entre Greenpeace, WWF, Oxfam, Human Rights Watch sont profondes et structurent les dialogues possibles.
Enquête en caméra cachée (format à anticiper). Les enquêtes en caméra cachée — notamment dans l’agroalimentaire, l’élevage, le secteur social — produisent des images qui font basculer les opinions. Leur anticipation consiste à se demander régulièrement : qu’est-ce qu’une caméra cachée montrerait aujourd’hui dans mes sites ? Cette question, posée honnêtement en interne, conduit à corriger avant d’être exposé. Les entreprises qui répondent « rien de choquant » sans avoir vérifié se trompent presque toujours.
Expertise indépendante (caution externe). Les ONG disposent d’experts indépendants — scientifiques, juristes, médecins, ingénieurs — qui produisent des analyses techniques de haute qualité. Leur expertise ne peut pas être balayée par un « ils ne comprennent rien au métier » : c’est au contraire ce qui donne à leurs rapports leur poids. La réponse doit se situer sur le même registre technique, avec des experts d’au moins égale qualité, et accepter le débat scientifique sans le fuir.
F
Filière contestée globalement (difficulté structurelle). Certaines filières sont globalement contestées au point qu’aucune entreprise du secteur ne peut échapper aux campagnes militantes : charbon, élevage industriel, pétrole, tabac, armement, jeux d’argent. Communiquer dans ces filières impose d’accepter que certaines critiques relèvent du secteur entier et ne peuvent pas être évacuées par des efforts individuels. La posture honnête reconnaît cette dimension systémique et y répond à ce niveau.
Financement transparent (garantie légitime). La transparence sur le financement des ONG — donateurs, subventions publiques, fondations philanthropiques — est une attente légitime, symétrique à celle qui pèse sur les entreprises. La communication ne peut pas utiliser les financements d’ONG pour les décrédibiliser sauf en cas de dépendance évidente à un acteur intéressé. L’argument « ils sont financés par X » doit être manié avec parcimonie pour ne pas se retourner.
G
Greenpeace (acteur structurant). Greenpeace est devenu un acteur structurant du débat environnemental français, avec une capacité particulière à combiner actions spectaculaires, enquêtes de fond et travail d’influence. Le traiter comme un simple adversaire n’est pas adéquat : c’est un interlocuteur dont les méthodes sont connues et dont l’impact médiatique est documenté. La communication doit maîtriser les codes de Greenpeace et ne pas les confondre avec ceux d’autres organisations.
H
Habitat contesté (conflit d’usage). Les projets immobiliers ou d’infrastructure contestés mobilisent souvent des collectifs de riverains et des ONG environnementales en coalition. La communication de l’entreprise ou du maître d’ouvrage doit traiter ces deux publics distinctement : les riverains ont des intérêts locaux concrets (vue, bruit, trafic, valeur immobilière), les ONG ont des convictions de principe. Confondre les deux registres rate les deux publics.
Hashtag hostile (outil militant). Les hashtags hostiles lancés par les militants — #ShameOn[Marque], #Boycott[Produit] — sont des outils de visibilité qui peuvent devenir viraux. Leur traitement communicationnel est particulier : les ignorer les laisse vivre, les commenter les amplifie, y répondre sur le terrain du hashtag participe à leur diffusion. La seule voie qui peut fonctionner est de produire du contenu positif sur d’autres canaux, sans jamais mentionner le hashtag.
I
Incident violent (dissociation à réussir). Quand une action militante dégénère en violences ou en dégradations significatives, les organisations établies peuvent se retrouver à devoir se dissocier des auteurs. Ce moment est délicat pour elles et peut être une occasion pour l’entreprise de trouver des interlocuteurs raisonnables. La tentation d’instrumentaliser la violence pour discréditer tout le mouvement est à peser : elle peut fonctionner à court terme, elle ferme souvent les portes à long terme.
Influenceur engagé (relais émergent). Les influenceurs engagés — comptes Instagram, TikTok, YouTube aux audiences larges et à l’expertise parfois approximative — sont devenus des relais puissants des campagnes militantes. Leur traitement est différent de celui des ONG établies : moins structurés, plus émotionnels, plus volatils. La communication doit les identifier spécifiquement et, quand c’est pertinent, engager un dialogue direct qui peut infléchir leur posture.
Intérêt général (argument surplombant). L’invocation de l’intérêt général est l’un des argumentaires les plus puissants des ONG. L’entreprise ne peut pas contester frontalement cette invocation : elle doit soit démontrer qu’elle sert elle-même un intérêt général (emplois, innovation, autonomie stratégique), soit reconnaître la tension entre intérêt particulier et intérêt général et proposer un arbitrage argumenté. Nier la légitimité même de l’argument d’intérêt général est presque toujours perdant.
J
Judiciarisation (recours aux tribunaux). Les ONG recourent de plus en plus aux tribunaux pour faire valoir leurs positions : contentieux climat, recours en carence, actions de groupe, plaintes pénales pour écocide. La communication de l’entreprise visée doit intégrer cette dimension judiciaire avec les mêmes précautions que dans toute procédure : respect des juridictions, présomption d’innocence, coopération. La tentation de décrédibiliser publiquement les ONG plaignantes se retourne devant les juges.
L
Légitimité morale (asymétrie à accepter). La relation entre une entreprise et une ONG est structurellement asymétrique sur le terrain de la légitimité morale : l’ONG défend une cause désintéressée, l’entreprise défend ses intérêts. Cette asymétrie est rarement réductible entièrement. La communication doit l’accepter et travailler à la compenser par la démonstration des engagements réels, la reconnaissance des enjeux, la qualité du dialogue — sans prétendre inverser une asymétrie qui est dans la nature même des deux acteurs.
Lobbying (différence à établir). Le lobbying — activité légitime de défense d’intérêts auprès des décideurs publics — est souvent confondu avec l’influence occulte dans le vocabulaire militant. La communication peut légitimement revendiquer son activité de lobbying en la distinguant des pratiques contestables : inscription au registre de transparence, méthode argumentée, respect des procédures. Nier son lobbying est une erreur qui se paie quand il est documenté par un journaliste ou une ONG.
M
Manifestation (événement public). Les manifestations organisées devant un siège, une usine, une assemblée générale, produisent des événements publics que l’entreprise ne peut pas faire disparaître. La communication doit choisir sa posture : défensive (verrouillage, sécurité visible), contournement (accueil d’une délégation pendant que la manifestation se tient dehors), intégration (dialogue sur place avec les manifestants). Chaque posture a ses conséquences médiatiques et humaines.
Méthodologie de rapport (terrain de débat légitime). La méthodologie des rapports d’ONG peut être discutée techniquement : échantillonnage, sources, calculs, comparaisons. Ce terrain est légitime et moins risqué que la contestation globale. Proposer des améliorations méthodologiques constructives — quand elles sont de bonne foi — peut parfois transformer une relation adverse en dialogue technique. Les ONG sérieuses acceptent le débat méthodologique, celles qui le refusent se décrédibilisent elles-mêmes.
Mise en cause nominative d’un dirigeant (exposition personnelle). Les campagnes qui ciblent nominativement un dirigeant — plutôt que l’entreprise — créent une exposition personnelle qui peut affecter sa famille, son domicile, sa sécurité. La communication doit défendre l’institution tout en préservant la personne. Demander une protection policière quand c’est justifié n’est pas signe de faiblesse mais reconnaissance d’une réalité à laquelle les dirigeants n’ont pas à faire face seuls.
Mobilisation collective (phénomène à lire). Les mobilisations collectives — marches climat, mouvements étudiants, grèves soutenues par les ONG — sont des phénomènes sociaux que l’entreprise ne peut pas ignorer même quand elle n’en est pas directement la cible. Leur émergence change le contexte général dans lequel elle communique. Lire ces mobilisations comme des signaux faibles d’évolution des attentes est une discipline de veille sociétale.
N
Négociation discrète (parallèle à la campagne publique). Les négociations discrètes avec les ONG — rencontres confidentielles, engagements progressifs, accords de sortie — peuvent se tenir en parallèle des campagnes publiques. Cette dualité est acceptée par les deux parties à condition qu’elle ne soit pas trahie. Fuiter publiquement les négociations discrètes pour embarrasser l’ONG ferme définitivement ce canal. La discipline du double canal est une maturité des relations publiques-privées.
Non-réponse (option à peser). Le silence est parfois la meilleure réponse à une campagne militante : il ne nourrit pas le cycle médiatique, il oblige les journalistes à chercher d’autres angles, il économise les ressources. Cette option est à peser au cas par cas. Elle n’est pas un refus du dialogue mais un choix tactique. La distinction entre silence public et ouverture privée doit être claire pour ne pas paraître arrogante.
O
Occupation de site (situation à désamorcer). Quand un site est occupé par des militants, les premières heures conditionnent tout. La sécurité des personnes est la priorité absolue — manifestants et salariés. Le dialogue doit être engagé avec les organisateurs identifiables. L’expulsion par la force, même juridiquement fondée, produit des images qui marquent durablement. Plus l’occupation dure, plus la sortie devient politiquement visible et complexe.
Organisation professionnelle (relais sectoriel). Les organisations professionnelles du secteur — fédérations industrielles, syndicats patronaux — peuvent mutualiser la réponse face à des campagnes ONG qui visent plusieurs entreprises. Cette mutualisation est utile à condition qu’elle ne se transforme pas en défense corporatiste qui alimente le soupçon de solidarité coupable. L’entreprise peut mobiliser son organisation professionnelle tout en conservant une voix propre.
P
Pétition en ligne (thermomètre à prendre au sérieux). Les pétitions en ligne — Change.org, Avaaz, We Sign It — peuvent rassembler rapidement des centaines de milliers de signatures. Elles ne représentent pas un vote pondéré mais un thermomètre de mobilisation. Les ignorer totalement est risqué ; y répondre formellement peut être disproportionné. La posture d’équilibre consiste à prendre acte de la mobilisation, à expliquer la position de l’entreprise, et à reconnaître les préoccupations légitimes qu’elle exprime.
Piraterie médiatique (détournement créatif). Certaines actions militantes consistent à pirater médiatiquement la marque elle-même : faux communiqués de presse, détournements de visuels, sites internet clones, fausses publicités. Ces actions exigent une réponse rapide : communication corrective, notification aux plateformes, parfois action en contrefaçon. La gestion en urgence de ces détournements doit être préparée avec des process précis — contacts avec les plateformes, modèles de démentis — parce que chaque heure de circulation non corrigée aggrave la confusion.
Plateforme militante (écosystème numérique). Les plateformes militantes — Disclose, Reporterre, Basta!, Mediacités, Contexte — forment un écosystème numérique d’investigation et de mobilisation qui dépasse la presse traditionnelle. Leur traitement éditorial est militant mais souvent rigoureux. La communication doit les comprendre, les connaître, et les traiter avec le même sérieux que les grands médias, même quand leur audience paraît plus limitée.
Porte-parole militant (figure charismatique). Les porte-parole de mouvements militants — qu’ils soient fondateurs d’ONG, leaders d’opinion, victimes devenues militantes — portent une légitimité morale que l’entreprise ne peut pas discréditer. La seule attitude qui préserve consiste à respecter la personne même quand on conteste le message. Les attaques personnelles contre les porte-parole militants se retournent massivement.
Préjudice écologique (qualification juridique nouvelle). La qualification de préjudice écologique — reconnue en droit français depuis 2016 — permet aux ONG d’agir en réparation pour atteinte à la nature indépendamment de dommages humains identifiés. Cette qualification change les enjeux communicationnels : un préjudice écologique avéré ouvre à des demandes de réparation considérables. La communication doit intégrer cette nouvelle dimension dans les réponses aux campagnes environnementales.
Pression de la rue (phénomène politique). La pression de la rue — manifestations, occupations, blocages répétés — produit des effets politiques qui peuvent amener les pouvoirs publics à modifier la réglementation applicable à l’entreprise. Au-delà de la gestion immédiate, la communication doit tenir compte de cet horizon politique : ce qui est toléré aujourd’hui peut être interdit demain sous la pression d’un mouvement. Anticiper les évolutions réglementaires issues de pressions militantes est une discipline de veille stratégique.
Q
Question filtre (technique de qualification). Avant d’engager un dialogue avec une ONG ou un collectif, quelques questions filtres permettent de qualifier la relation : quelle est l’organisation réellement derrière l’interpellation, quelle est sa méthodologie, quels sont ses objectifs déclarés, quel est son historique avec le secteur. Cette qualification évite de traiter au même niveau une ONG internationale documentée et un collectif ponctuel dont l’expertise est incertaine.
R
Rapport accusatoire (temps de la réponse). Les rapports accusatoires publiés par les ONG — souvent plusieurs centaines de pages, avec annexes techniques — ne peuvent pas être réfutés dans les heures qui suivent leur publication. Une réponse précipitée expose à des erreurs. La bonne pratique consiste à publier une réaction d’accusé de réception dans l’heure, puis une réponse argumentée dans les jours suivants, après une lecture approfondie du rapport et de ses sources.
Recherche indépendante (cadre à respecter). Les études académiques indépendantes commanditées par des ONG sont un registre particulier : elles combinent la rigueur scientifique et la commande militante. Leur réfutation ne peut pas être globale ; elle doit se situer sur le terrain scientifique avec des contre-études de même niveau. L’argument « les chercheurs sont biaisés » ne fonctionne pas face à des publications dans des revues à comité de lecture.
Réputation militante (mémoire longue). Les ONG ont une mémoire longue : les comportements d’une entreprise il y a dix ou vingt ans sont encore mobilisés dans les campagnes actuelles. Cette continuité temporelle, dissymétrique par rapport à la mémoire médiatique plus courte, est une donnée à intégrer. Les « mauvais dossiers » du passé ne disparaissent pas ; ils peuvent être assumés et dépassés par des actes, ils ne peuvent pas être effacés par le silence.
Résolution d’AG portée par une ONG (nouveau registre). Les résolutions déposées en assemblée générale par des ONG actionnaires — en France ou à l’étranger — sont un registre nouveau qui modifie profondément la communication financière. Leur traitement doit combiner le respect des règles actionnariales, le dialogue avec les ONG déposantes, et la réponse argumentée en assemblée. Les résolutions battues avec des scores significatifs (plus de 20 %) sont un signal que le conseil ne peut pas ignorer même quand il l’emporte formellement.
S
SLAPP (procédure-bâillon). Les procédures-bâillon (strategic lawsuits against public participation) sont des actions judiciaires destinées à faire taire les militants par l’épuisement juridique et financier. Leur qualification est devenue explicite en Europe, avec une directive en cours de transposition. Une entreprise accusée de SLAPP est lourdement affectée réputationnellement, même si elle gagne son procès. La voie judiciaire doit être utilisée avec discernement et jamais comme un moyen de dissuasion général.
Solidarité entre ONG (appui réciproque). Attaquer une ONG crée une solidarité de l’ensemble du secteur associatif qui se traduit par un appui médiatique et juridique. Cette solidarité est à peser avant toute action juridique : elle peut transformer un contentieux individuel en mouvement collectif. La plupart des entreprises découvrent tardivement cette mécanique.
Sympathie publique (rapport asymétrique). Dans un sondage spontané entre une entreprise et une ONG environnementale, la sympathie publique va largement à l’ONG. Cette réalité doit être intégrée : l’entreprise part avec un désavantage d’image qu’elle ne peut compenser que par la démonstration constante de ses engagements. Les campagnes de communication qui cherchent à renverser la sympathie par des messages valorisants sont rarement efficaces ; elles peuvent même renforcer le soupçon.
T
Témoignage terrain (crédibilité spécifique). Les témoignages recueillis par les ONG sur le terrain — travailleurs, riverains, victimes, anciens employés — ont une crédibilité spécifique que les communiqués d’entreprise ne peuvent pas neutraliser. La meilleure réponse consiste à recueillir ses propres témoignages de terrain (autres travailleurs, riverains satisfaits, salariés engagés) sans chercher à contredire frontalement les premiers. La multiplication des voix, plutôt que leur contestation, enrichit le débat public.
Tiers de confiance (rôle de facilitateur). Les tiers de confiance — médiateurs, experts indépendants, personnalités morales — peuvent faciliter le dialogue entre une entreprise et des ONG en conflit. Leur identification et leur mobilisation sont un investissement qui peut résoudre des situations bloquées. Les tiers de confiance perçus comme proches d’une partie ne fonctionnent pas ; ils doivent avoir une indépendance réelle et reconnue.
V
Violence symbolique (arme de communication). Certaines actions militantes utilisent la violence symbolique — entartage, aspersion, intervention en assemblée générale, happenings — pour créer des images virales. Leur gestion immédiate (sécurité, retrait de la personne, maintien de la cérémonie) conditionne la dimension prise par l’action. La règle absolue est la proportionnalité : aucune surréaction, aucune humiliation de l’auteur, maintien de la dignité de la situation. Les images d’une sécurité musclée tournent systématiquement contre l’institution.
W
WWF, Oxfam, Amnesty (acteurs internationaux). Les grandes ONG internationales — WWF, Oxfam, Amnesty International, Human Rights Watch — ont des caractéristiques propres : audience globale, structure internationale, capacité d’enquête transfrontalière, alliance avec d’autres organisations. Leurs campagnes ne peuvent pas être traitées comme des mobilisations locales. Le dialogue avec elles suppose une capacité institutionnelle de l’entreprise, avec des interlocuteurs dédiés au plus haut niveau.
Z
Zone à défendre (phénomène spécifique). Les ZAD — zones à défendre, installations militantes de longue durée sur des sites contestés — sont un phénomène spécifique qui dépasse la seule communication de crise ponctuelle. Une ZAD installée durablement crée une situation où chaque acte (évacuation, poursuite du projet, dialogue) devient un événement politique. Les entreprises qui traitent une ZAD comme un simple problème d’ordre public sous-estiment la dimension symbolique et politique du phénomène, dont la résolution suppose presque toujours une médiation au plus haut niveau de l’État.