Actualités

Mbappé face à la Chine : l’analyse de Florian Silnicki reprise par LCI

 

 

Une blague sur un mème, 430 millions de vues sur Weibo, trois sponsors chinois perdus en une matinée, puis un communiqué d’excuses trilingue publié avant 13 heures : en 48 heures, l’affaire Mbappé-Chine est devenue un cas d’école de communication de crise. Interrogé par 20 Minutes et repris par LCI, Florian Silnicki, expert en communication de crise et fondateur de l’agence LaFrenchCom, livre un verdict sans détour : des excuses rapides, propres… et à côté de la cible. Décryptage d’une crise où le calendrier a parlé avant le joueur, et des leçons qu’en tirent les marques, les dirigeants et les sportifs exposés aux marchés sensibles.

Mbappé et la Chine : que s’est-il passé ?

Tout part d’une séquence du podcast The Bridge, animé par son coéquipier Aurélien Tchouaméni. Invité à commenter les montages qui le griment en dictateurs, Kylian Mbappé désigne son préféré : celui qui colle son visage sur celui d’un « dictateur chinois, je crois ». Le dictateur en question est Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine. Le lendemain de la cérémonie du Ballon d’Or, la vidéo s’embrase sur les réseaux chinois et la polémique dépasse en quelques heures le cadre sportif.

Date Événement
26 octobre 2026 Cérémonie du Ballon d’Or à Londres : Kylian Mbappé termine deuxième derrière Harry Kane.
27 octobre, matin La vidéo devient le sujet le plus discuté sur Weibo (430 millions de vues). Dongpeng (boissons énergétiques) et Mengniu (produits laitiers) rompent leurs contrats au nom des « sentiments nationaux » ; le fromager Milkground suit. La Liga, par la voix de Javier Tebas, présente ses excuses au public chinois.
27 octobre, avant 13 h Mbappé publie un communiqué en français, en anglais et en mandarin, transmis à l’AFP, à l’en-tête de sa société Interconnected Ventures : un propos « maladroit », des excuses « à toutes celles et ceux que mes mots ont heurtés », un « profond respect pour le peuple chinois et son histoire ». Ni le nom de Mao ni le mot « dictateur » n’y figurent.
27 octobre, soir Sur LCI, face à Darius Rochebin, Lu Shaye, représentant spécial de la Chine pour l’Europe, balaie les crimes de Mao d’un mot : des « racontars ».
28 octobre Le porte-parole de la diplomatie chinoise, Guo Jiakun, dit prendre « au sérieux » les excuses du joueur. Aucune mesure n’est levée. Le Real Madrid et l’équipe de The Bridge présentent à leur tour leurs excuses.
1er novembre La télévision publique CCTV refuse de diffuser Racing Santander – Real Madrid ; la Liga reste déprogrammée en Chine.

Une semaine après le début de la crise, le bilan est lourd : trois sponsors partis, une ligue entière privée d’antenne sur un marché que 20 Minutes évalue à 400 millions d’euros par an pour la Liga, et un capitaine des Bleus accusé en France de s’être « couché » devant Pékin.

L’analyse de Florian Silnicki reprise par LCI : pourquoi les excuses de Mbappé sont un cas d’école

Pour Florian Silnicki, le communiqué de Kylian Mbappé n’a qu’une qualité : son horaire. Tout le reste relève, selon lui, du manuel de ce qu’il ne faut pas faire. Son analyse, publiée sur son site le 27 octobre, développée dans 20 Minutes puis reprise par LCI, tient en trois constats.

Un texte qui ne nomme pas la faute. Le communiqué parle d’un propos « maladroit » et d’une image le « mettant en scène », sans jamais dire lequel ni laquelle. Pour le fondateur de LaFrenchCom, une excuse qui contourne son objet n’en est pas une : le lecteur, à Pékin comme à Paris, repère immédiatement la périphrase. La grammaire du texte aggrave le cas : c’est le propos qui a été maladroit, ce sont les mots qui ont heurté, jamais celui qui signe. Et en s’adressant à « ceux que mes mots ont heurtés », le joueur situe la faute dans la réception plutôt que dans l’acte, ce qui est la définition même de la non-excuse.

Un calendrier qui a parlé avant le joueur. Les sponsors sont partis, la Liga s’est excusée, la diffusion a été suspendue, et seulement ensuite le texte est arrivé. « S’excuser après la sanction, c’est s’excuser de la sanction », résume Florian Silnicki. Le logo d’Interconnected Ventures en en-tête renforce cette lecture : un document « écrit pour les partenaires commerciaux chinois, pas pour les personnes blessées », explique-t-il à 20 Minutes.

Un grand écart entre Pékin et Paris. Le « profond respect pour le peuple chinois et son histoire » ne satisfait personne : côté chinois, le mot « dictateur » n’est pas retiré ; côté français, la phrase sonne comme une courbette sur un jugement historique que l’on trouve dans tous les manuels. L’expert y voit le piège tendu par le régime, dans lequel les équipes du joueur ont sauté : Mbappé n’avait jamais exprimé d’opinion sur Mao, il avait ri d’un montage et hésité sur l’identité du personnage. En inventant un « propos maladroit » sans le nommer, le communiqué accrédite l’idée que le problème est le mot employé, et non la légèreté du ton : précisément ce que Pékin voulait entendre.

Dernier reproche, celui du format : la faute a été commise en vidéo, à visage découvert ; la réparation est arrivée en texte, à en-tête d’entreprise. L’asymétrie se voit, et elle se lit comme de la distance.

Ce que Florian Silnicki aurait conseillé tient en quatre lignes : prendre la parole en vidéo plutôt qu’en communiqué ; dire précisément de quoi l’on s’excuse ; s’excuser du ton, jamais de l’opinion, seule ligne tenable des deux côtés ; annoncer un geste concret plutôt qu’un adjectif, en acceptant qu’une partie du public chinois ne sera pas convaincue. À 20 Minutes, il ajoute un conseil plus radical : un capitaine des Bleus aurait dû protéger d’abord sa crédibilité en France plutôt que courir après un marché qu’un paragraphe ne récupère pas, comme le précédent de la NBA l’a montré.

Les enjeux de la crise Mbappé-Chine : image, sponsors et marché chinois

La crise se joue sur deux terrains à la fois, et c’est ce qui la rend si difficile à communiquer.

Le terrain économique. Le marché chinois pèse lourd pour tout l’écosystème autour du joueur : trois marques alimentaires de premier plan, une Liga qui a signé en août 2026 avec China Mobile Migu comme partenaire numérique exclusif en Chine continentale jusqu’à la saison 2029-2030, et un Real Madrid soucieux de ses propres relations commerciales. C’est cette dépendance qui explique la cascade d’excuses institutionnelles, de Javier Tebas au club madrilène, avant même que le joueur ne s’exprime.

Le terrain de l’image. En France, les historiens ne contestent pas le mot « dictateur » : le Grand Bond en avant a provoqué une famine responsable de dizaines de millions de morts. Des excuses lues comme adressées à la Chine exposent donc le capitaine des Bleus à un procès en soumission, alors qu’il n’avait exprimé aucune opinion politique. La séquence de Lu Shaye sur LCI, qualifiant ces crimes de « racontars », a rendu ce malaise visible à l’antenne le soir même.

Un contexte politique verrouillé. La figure de Mao a été réhabilitée sous Xi Jinping, toute critique publique est effacée des réseaux chinois, et la polémique a éclaté pendant le plénum du Comité central du Parti communiste, comme le rappelle l’historien Sebastian Veg dans 20 Minutes. Autrement dit, il n’existait pas de formulation capable de satisfaire simultanément Weibo et l’opinion française.

Des précédents qui invitent à la prudence. En 2019, Mesut Özil avait vu Arsenal – Manchester City déprogrammé de CCTV après son soutien aux Ouïghours ; la même année, un tweet de Daryl Morey (Houston Rockets) en faveur de Hong Kong avait coûté à la NBA ses diffuseurs et ses sponsors chinois pendant des mois. Dans les deux cas, le marché n’est pas revenu parce qu’on s’est excusé, mais quand Pékin y a trouvé intérêt.

Résultat, une semaine plus tard : les excuses n’ont convaincu personne. Du côté chinois, la sinologue Luo Huiling (Université Complutense de Madrid) estime dans Foot Mercato qu’il manque de sincérité et qu’aucune mesure n’a été levée ; du côté français, le joueur devra un jour expliquer s’il s’est excusé d’un ton ou d’une opinion.

Communication de crise : six leçons de l’affaire Mbappé pour les sportifs, les dirigeants et les marques

L’affaire Mbappé-Chine n’est pas une histoire de football. Elle concerne toute organisation, toute marque et tout dirigeant exposés à un marché ou à un public sensible. Six règles que LaFrenchCom applique dans ses cellules de crise s’y vérifient.

  1. Nommer la faute. Une excuse commence par dire de quoi elle s’excuse. Un « propos maladroit » sans objet est une périphrase, et la périphrase se voit.
  2. Le calendrier est un message. On ne lit pas un communiqué, on lit son heure. Parler avant la sanction, c’est assumer ; parler après, c’est négocier.
  3. Choisir son public. Un texte qui veut plaire à deux opinions opposées ne convainc aucune des deux. Il faut décider à qui l’on parle, et accepter de décevoir l’autre.
  4. Réparer dans le format de la faute. Une faute commise en vidéo appelle une réponse en vidéo, avec un visage et une voix, pas un logo d’entreprise.
  5. S’excuser du ton, pas de l’opinion. C’est la seule ligne honnête et la seule tenable sur les deux terrains : on peut regretter une légèreté sans réécrire l’histoire.
  6. Anticiper les sujets rouges. Mao, Taïwan, le Tibet, Hong Kong : pour un athlète ou une entreprise présents en Chine, ces thèmes doivent figurer dans le media training et dans la cartographie des risques, bien avant qu’un podcast ne les fasse surgir.

La vitesse, souvent présentée comme la vertu cardinale de la communication de crise, n’a pas sauvé Kylian Mbappé : un communiqué publié en quelques heures, mais standardisé, interchangeable avec ceux de Dolce & Gabbana ou de Versace lors de leurs propres crises chinoises, n’a rassuré ni les partenaires, ni le public chinois, ni l’opinion française.

FAQ : polémique Mbappé-Chine et communication de crise

Qu’a dit Kylian Mbappé sur Mao Zedong ? Dans le podcast The Bridge, invité à choisir son mème préféré parmi des montages le grimant en dictateurs, il a désigné celui qui collait son visage sur celui d’un « dictateur chinois, je crois ». Il n’a pas prononcé le nom de Mao Zedong, mais le montage le représentait sans ambiguïté.

Pourquoi la Chine a-t-elle réagi aussi violemment ? Mao reste une figure protégée en Chine, réhabilitée sous Xi Jinping ; une loi de 2018 protège la mémoire des héros et martyrs, et toute critique publique est censurée. La polémique a en outre éclaté pendant le plénum du Comité central du Parti communiste.

Quels sponsors ont lâché Mbappé ? Trois groupes chinois ont rompu leurs contrats le 27 octobre 2026 : Dongpeng (boissons énergétiques), Mengniu (produits laitiers) et Milkground (fromages). La télévision publique CCTV a par ailleurs suspendu la diffusion de la Liga.

Que dit le communiqué d’excuses de Mbappé ? Publié en français, en anglais et en mandarin, il reconnaît un propos « maladroit », présente des excuses à ceux que ses mots ont heurtés, affirme l’absence d’intention et exprime un profond respect pour le peuple chinois et son histoire. Il ne cite ni Mao ni le mot « dictateur ».

Pourquoi Florian Silnicki parle-t-il d’une communication de crise ratée ? Parce que le texte ne nomme pas la faute, désigne le propos plutôt que son auteur comme responsable, arrive après les sanctions commerciales, tente de parler à Pékin et à Paris dans le même paragraphe et répond en communiqué à une faute commise en vidéo.

Qu’est-ce qu’une « non-excuse » ? Un texte qui a la forme de l’excuse sans en avoir le fond : il s’adresse à « ceux qui ont été heurtés » (la faute est dans la réception), invoque l’absence d’intention (la faute est un accident) et ne nomme jamais l’acte reproché.

Mbappé aurait-il dû s’excuser ? Pour Florian Silnicki, il n’avait pas d’opinion à retirer mais un rire à expliquer : s’excuser du ton, en vidéo, en nommant le montage, sans renier un jugement historique partagé par les historiens. Et accepter qu’un paragraphe ne récupère pas un marché qui ne revient que lorsqu’il y trouve intérêt.

Les excuses ont-elles fonctionné ? Pas à ce jour. Pékin dit les prendre « au sérieux » mais n’a levé aucune mesure, la Liga reste déprogrammée sur CCTV et, en France, le joueur est critiqué pour s’être « couché » devant la Chine. Deux indicateurs trancheront : le retour des sponsors et la reprise de la diffusion de ses matchs.

Vous faites face à une polémique, à un marché sensible ou à une crise d’image ? Avant de publier un communiqué que personne n’a demandé, parlons-en.