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Qu’est-ce que l’hibernation pour les humanitaires ?

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L’hibernation pour les humanitaires est une stratégie de contingence utilisée largement par les organisations non gouvernementales (ONG). Elle permet de suspendre temporairement les activités dans un contexte de menace sécuritaire extrême, d’instabilité politique ou d’accès humanitaire restreint rappelle l’expert en gestion de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom. Concrètement, lorsque sortir devient trop dangereux et qu’une évacuation n’est pas envisageable, les équipes se mettent à l’abri sur place et attendent que la situation s’améliore.

Ce guide précise ce qu’est l’hibernation, comment elle se distingue des autres réponses sécuritaires, et comment une organisation s’y prépare. Il s’inscrit dans nos ressources dédiées à la gestion de crise et concerne particulièrement le secteur des ONG et associations.

L’hibernation : se mettre à l’abri sur place

L’hibernation — parfois désignée par l’expression « abri sur place » — consiste en une réduction ou une suspension temporaire des activités humanitaires, accompagnée du confinement du personnel dans un lieu sûr. Elle est souvent précédée d’une réduction du personnel non essentiel. Son principe est simple : quand les déplacements présentent un risque trop élevé, on cesse de sortir, on adopte un profil bas, et l’on attend une fenêtre de sécurité — soit pour reprendre les activités, soit pour procéder à une relocalisation ou à une évacuation. L’objectif premier est la protection du personnel, en limitant son exposition.

Hibernation, relocalisation, évacuation : trois réponses graduées

L’hibernation ne se comprend pleinement qu’au sein d’un spectre de réponses, que les cadres de référence de la sécurité humanitaire — comme les manuels du Global Interagency Security Forum (GISF, ex-EISF) ou la Good Practice Review 8 — décrivent comme trois protocoles d’intervention d’urgence :

  • L’hibernation : se mettre à l’abri sur place, suspendre les activités et se confiner dans un lieu sûr.
  • La relocalisation : un retrait par étapes, en déplaçant le personnel vers une zone plus sûre du pays.
  • L’évacuation : un retrait rapide hors de la zone ou du pays, pour les organisations internationales.

Ces trois options sont souvent envisagées comme des phases progressives, à mesure que les conditions de sécurité se dégradent. L’hibernation s’impose lorsque rester sur place est moins dangereux que se déplacer, ou lorsque la fenêtre d’évacuation est déjà refermée. C’est pourquoi les organisations sont invitées à revoir régulièrement leurs plans de contingence, surtout quand une relocalisation ou une évacuation devient probable.

Quand recourir à l’hibernation ?

Les ONG déclenchent une hibernation lorsque la situation l’exige : une dégradation grave des conditions de sécurité (conflit armé, enlèvements de personnel humanitaire), un accès aux populations devenu impossible pour des raisons politiques ou logistiques, ou l’impossibilité d’intervenir imposée par un gouvernement ou des groupes armés. Elle est aussi pertinente dans des contextes de guerre où certaines actions ponctuelles présentent un risque très élevé, comme les frappes de drones. Plusieurs crises ont donné lieu à des hibernations, telle la suspension des opérations en Afghanistan en 2004 après l’assassinat de travailleurs humanitaires. La décision relève du cadre de sécurité de l’organisation, généralement du référent sécurité et du responsable de mission, sur la base d’une analyse des risques menée par le terrain et consolidée au siège.

Comment se préparer à l’hibernation

L’hibernation ne s’improvise pas : elle se prépare en amont, dans le cadre du plan de contingence intégré au plan de sécurité de l’organisation. Ces documents, sensibles, ne sont pas destinés à une diffusion générale. La préparation repose sur plusieurs éléments. Un lieu sûr clairement identifié — résidence, base ou local sécurisé — où le personnel pourra se confiner. Un stock d’hibernation dont la composition est anticipée : eau, vivres, carburant, moyens de communication, matériel médical, argent liquide et documents, pour tenir un nombre de jours déterminé. Des protocoles de communication précis, avec des points de contact réguliers entre le terrain et le siège. Des critères de déclenchement clairs, ainsi que l’articulation avec les étapes suivantes — relocalisation ou évacuation —, afin de ne pas manquer la fenêtre d’évacuation. Enfin, la dimension humaine ne doit pas être négligée : le confinement prolongé est éprouvant, et le devoir de protection de l’organisation envers ses équipes engage aussi leur accompagnement psychologique.

Les limites et les défis de l’hibernation

Si elle est indispensable pour protéger les équipes et préserver une reprise des activités, l’hibernation soulève plusieurs difficultés. Elle entraîne un accès restreint aux bénéficiaires, limitant fortement la distribution de soins et de services essentiels. Elle accroît la dépendance aux acteurs locaux, sur lesquels les ONG doivent souvent s’appuyer pour assurer une continuité minimale. Le redéploiement après une hibernation prolongée peut prendre plusieurs mois. Et surtout, si la fenêtre d’évacuation a été dépassée, les équipes risquent de se retrouver bloquées en hibernation, sans pouvoir partir tant que la situation ne se stabilise pas. Ces limites rappellent que l’hibernation est une mesure de protection temporaire, à manier avec lucidité, et non une solution durable.

FAQ : l’hibernation humanitaire

Qu’est-ce que l’hibernation humanitaire ? C’est une stratégie de contingence par laquelle une ONG suspend temporairement ses activités et confine son personnel dans un lieu sûr, lorsque les déplacements sont trop dangereux et qu’une évacuation n’est pas envisageable.

Quelle différence entre hibernation, relocalisation et évacuation ? L’hibernation consiste à se mettre à l’abri sur place ; la relocalisation à déplacer le personnel vers une zone plus sûre du pays par étapes ; l’évacuation à se retirer rapidement hors de la zone ou du pays. Ce sont souvent des phases progressives.

Quand une ONG décide-t-elle d’hiberner ? En cas de dégradation grave de la sécurité (conflit, enlèvements), d’accès impossible aux populations, ou lorsque se déplacer est plus dangereux que rester. La décision relève du cadre de sécurité de l’organisation, sur la base d’une analyse des risques.

Que contient un kit (ou stock) d’hibernation ? De l’eau, des vivres, du carburant, des moyens de communication, du matériel médical, de l’argent liquide et les documents essentiels, en quantité suffisante pour tenir un nombre de jours déterminé en autonomie.

Qui décide de l’hibernation ? Le référent sécurité et le responsable de mission, dans le cadre du plan de contingence de l’organisation, à partir d’une analyse des risques réalisée par le terrain et validée au siège.

Quels sont les risques de l’hibernation ? Un accès restreint aux bénéficiaires, une dépendance accrue aux acteurs locaux, un redéploiement long après une hibernation prolongée, et le risque de se retrouver bloqué si la fenêtre d’évacuation a été manquée.

Conclusion : une protection temporaire qui se prépare

L’hibernation est l’une des réponses essentielles dont disposent les ONG pour protéger leurs équipes face à une menace extrême, lorsque ni la poursuite des activités ni l’évacuation ne sont possibles. Mais ce n’est ni un réflexe improvisé ni une solution durable : elle s’inscrit dans un spectre de réponses graduées — hibernation, relocalisation, évacuation —, se prépare à froid au sein d’un plan de contingence, et exige une vigilance constante pour ne pas se transformer en piège. Bien anticipée, elle sauve des vies ; mal préparée, elle expose à l’isolement. Toute la différence se joue, là encore, dans la préparation.

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