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Qu’est-ce que la technique de la passerelle (bridging) ?
- Qu'est-ce que la technique de la passerelle (bridging) ?
- Pourquoi la technique de la passerelle est-elle essentielle en crise ?
- Comment fonctionne le bridging ?
- Quelles sont les formules de passerelle (phrases de transition) ?
- Comment utiliser le bridging sans paraître évasif ?
- Quelles erreurs éviter avec la technique de la passerelle ?
- FAQ — La technique de la passerelle (bridging)
La technique de la passerelle, ou bridging, consiste à reconnaître brièvement la question posée, puis à « faire le pont » vers son message clé analyse l’expert en communication de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom. Elle permet au porte-parole de ne pas se laisser enfermer dans une question piège, hostile ou hors sujet, tout en restant courtois, et de garder ainsi le contrôle de sa prise de parole. Concrètement, le bridging s’appuie sur une mécanique simple en trois temps : on accuse réception de la question, on opère une transition à l’aide d’une formule de passerelle, puis on délivre son message.
C’est la technique la plus structurante de la prise de parole de crise : c’est elle qui rend les messages clés réellement opérationnels face à un journaliste qui cherche à vous emmener ailleurs. Bien maîtrisée, elle permet de répondre sans subir ; mal utilisée, elle donne au contraire une impression d’esquive. Cet article définit la technique de la passerelle, explique pourquoi elle est essentielle, détaille son mécanisme, fournit des formules de transition concrètes, et précise comment l’utiliser sans paraître évasif.
Qu’est-ce que la technique de la passerelle (bridging) ?
Le bridging est une technique d’interview qui consiste à relier la question d’un journaliste au message que l’on souhaite transmettre. Le terme anglais « bridging » renvoie à l’image du pont : on construit un passage entre le terrain où le journaliste veut nous emmener et le terrain sur lequel on veut s’exprimer. En français, on parle de technique de la passerelle, ou simplement de passerelle.
L’idée centrale est qu’un porte-parole n’a pas l’obligation de se laisser dicter le contenu de sa réponse par la question. Une question peut être orientée, piégeuse, hors sujet ou hostile ; la passerelle permet d’y faire face sans s’y soumettre, en ramenant la conversation vers ce qui est important pour l’organisation. Il ne s’agit pas d’ignorer la question — ce qui serait perçu comme une fuite — mais de la prendre en compte brièvement avant de rebondir vers son message.
La passerelle est étroitement liée aux messages clés, qui en sont la destination : sans message clair vers lequel faire le pont, la technique n’a pas d’objet. Elle constitue également le deuxième temps de la méthode ABC (Acknowledge – Bridge – Communicate), dans laquelle elle s’inscrit comme l’étape de transition.
Pourquoi la technique de la passerelle est-elle essentielle en crise ?
Parce qu’elle est ce qui permet de garder le contrôle de son message face à un journaliste qui cherche à orienter l’échange. En situation de crise, les questions sont souvent incisives, voire déstabilisantes : questions pièges, mises en cause, hypothèses, citations déformées. Sans technique pour y faire face, le porte-parole risque de se laisser entraîner sur un terrain défavorable, de se justifier à l’excès ou de dire ce qu’il n’avait pas prévu de dire. La passerelle répond précisément à ce risque.
Elle remplit plusieurs fonctions essentielles :
- Garder le contrôle du message. Quelle que soit la question, le porte-parole peut revenir à ses messages clés plutôt que de subir l’agenda du journaliste.
- Échapper aux pièges. Face à une question orientée ou à une hypothèse, la passerelle permet de ne pas s’y enfermer tout en y répondant courtoisement.
- Rester courtois. À la différence d’un refus de répondre ou d’un « no comment », la passerelle prend en compte la question avant de rebondir, ce qui préserve la qualité de l’échange.
- Rendre les messages opérationnels. Préparer des messages clés ne sert à rien si l’on ne sait pas les placer ; la passerelle est l’outil qui permet de les amener dans la conversation.
C’est pourquoi la passerelle est considérée comme la compétence centrale de la prise de parole de crise : elle fait le lien entre la préparation (les messages) et la performance réelle (l’interview sous pression).
Comment fonctionne le bridging ?
Le bridging repose sur une mécanique en trois temps, simple à comprendre mais qui demande de l’entraînement pour devenir un réflexe naturel.
1. Accuser réception de la question. Le porte-parole reconnaît brièvement la question, sans nécessairement y répondre sur le fond. Il peut s’agir d’un mot, d’une reformulation rapide ou d’une marque d’écoute. Cette étape est essentielle : elle montre que l’on a entendu la question et évite l’impression d’esquive. Elle doit toutefois rester courte, sous peine de s’enfermer dans le terrain de la question.
2. Opérer la transition. C’est le cœur de la technique : à l’aide d’une formule de passerelle, le porte-parole fait le pont vers son message. La transition signale que l’on passe de la question à ce qui est, selon nous, l’essentiel. C’est elle qui permet de changer d’angle sans rupture brutale.
3. Délivrer le message. Le porte-parole énonce alors son message clé, clairement et avec conviction. C’est l’aboutissement de la passerelle : ce vers quoi tout le mouvement tendait. Le message doit être affirmatif, concis et porteur de sens.
Cet enchaînement — reconnaissance brève, transition, message — peut se répéter à chaque question difficile. Sa fluidité dépend de la qualité des formules de transition et de l’entraînement : c’est en s’exerçant que le porte-parole apprend à enchaîner naturellement, sans donner l’impression de réciter un procédé.
Quelles sont les formules de passerelle (phrases de transition) ?
Les formules de transition sont le carburant de la technique : ce sont elles qui permettent de basculer de la question vers le message. En voici plusieurs, regroupées selon leur usage.
Pour recentrer sur l’essentiel :
- « Ce qui est essentiel ici, c’est… »
- « L’important, dans cette situation, c’est… »
- « Ce qu’il faut retenir, c’est… »
Pour revenir à son message :
- « Permettez-moi de revenir sur… »
- « Je voudrais préciser que… »
- « Ce que je peux vous dire, c’est… »
Pour élargir ou remettre en perspective :
- « Plus largement… »
- « Si l’on replace les choses dans leur contexte… »
- « Au-delà de ce point précis… »
Pour répondre à une question hypothétique ou orientée :
- « Je comprends votre question. Ce sur quoi je peux m’engager, c’est… »
- « Plutôt que de spéculer, je préfère m’en tenir aux faits : … »
- « Il est trop tôt pour le dire, mais ce qui est certain, c’est… »
Pour traiter une affirmation à corriger :
- « En réalité, la situation est la suivante : … »
- « Permettez-moi de rétablir les faits : … »
Ces formules ne doivent pas être récitées mécaniquement : elles servent de répertoire dans lequel puiser selon la situation, et gagnent à être adaptées au ton et au vocabulaire propres au porte-parole. L’objectif est qu’elles paraissent naturelles, et non plaquées.
Comment utiliser le bridging sans paraître évasif ?
C’est tout l’enjeu de la technique : bien utilisée, la passerelle préserve la crédibilité ; mal utilisée, elle donne l’impression de fuir. La frontière tient à la manière dont on traite la question avant de rebondir.
Quelques principes permettent de bridger sans paraître esquiver :
- Prendre réellement en compte la question. Ignorer purement et simplement ce qui a été demandé pour enchaîner sur son message est immédiatement perçu comme une dérobade. La reconnaissance, même brève, doit être sincère.
- Répondre quand on le peut. La passerelle ne sert pas à éviter toutes les questions. Lorsqu’une question est légitime et que l’on peut y répondre, il faut le faire ; la passerelle se réserve aux questions pièges, hostiles ou hors sujet.
- Doser la fréquence. Bridger à chaque question, sans jamais répondre directement, donne une impression d’évitement systématique. Mieux vaut répondre franchement aux questions auxquelles on peut répondre, et réserver la passerelle aux moments où elle est utile.
- Soigner la transition. Une transition trop brutale ou trop visible trahit le procédé. Une formule fluide, adaptée au contexte, rend le mouvement naturel.
- Avoir un vrai message au bout. Faire le pont vers du vide ou vers une formule creuse ne trompe personne. La passerelle n’a de valeur que si elle débouche sur un message substantiel.
En somme, le bon bridging est celui qui ne se voit pas : il préserve l’apparence d’un échange normal tout en permettant au porte-parole de placer ses messages. C’est cet équilibre qui s’acquiert par l’entraînement, notamment lors des simulations.
Quelles erreurs éviter avec la technique de la passerelle ?
Plusieurs erreurs transforment une technique utile en handicap. Les principales à éviter :
- Ignorer totalement la question. Enchaîner sur son message sans prendre en compte ce qui a été demandé est la faute la plus visible : elle signale clairement l’esquive.
- Surutiliser la passerelle. Bridger systématiquement, sans jamais répondre directement, donne une impression d’évitement et finit par agacer le journaliste comme le public.
- Réciter des formules mécaniques. Des transitions répétitives et plaquées trahissent le procédé et nuisent à la crédibilité. Les formules doivent être variées et naturelles.
- Faire le pont vers du vide. Une passerelle qui débouche sur un message creux ou une langue de bois ne trompe personne et aggrave le soupçon.
- Bridger de manière agressive. Couper la parole ou rejeter la question avec brusquerie pour imposer son message est contre-productif. La passerelle doit rester courtoise.
- Négliger l’entraînement. Le bridging ne s’improvise pas : sans répétition, les transitions paraissent forcées et le réflexe ne tient pas sous pression.
Éviter ces écueils suppose de considérer la passerelle non comme un truc pour esquiver, mais comme une technique pour répondre autrement : prendre en compte la question, puis ramener la conversation vers ce qui compte, avec naturel et sincérité.
FAQ — La technique de la passerelle (bridging)
Le bridging consiste-t-il à éviter les questions ? Non, pas au sens d’esquiver. Le bridging consiste à prendre en compte brièvement une question, puis à ramener la conversation vers son message clé. Il se réserve aux questions pièges, hostiles ou hors sujet ; aux questions légitimes auxquelles on peut répondre, il faut répondre directement. Mal compris comme un outil d’évitement systématique, il devient contre-productif.
Quelle est la différence entre le bridging et la méthode ABC ? Le bridging est une technique : le pivot verbal de la question vers le message. La méthode ABC (Acknowledge – Bridge – Communicate) est un cadre en trois étapes dans lequel le bridging constitue le deuxième temps. Autrement dit, le bridging est une composante de la méthode ABC, qui ajoute une étape de reconnaissance en amont et de communication du message en aval.
Quelles sont les meilleures formules de passerelle ? Il n’existe pas de formule unique, mais un répertoire à adapter : « Ce qui est essentiel ici, c’est… », « Permettez-moi de revenir sur… », « Ce que je peux vous dire, c’est… », « Plus largement… ». L’important est de varier les formules et de les rendre naturelles, plutôt que de réciter mécaniquement les mêmes transitions.
Le bridging fonctionne-t-il face à un journaliste agressif ? Oui, c’est même l’une de ses utilités principales. Face à une question hostile, la passerelle permet de ne pas s’enfermer dans le terrain imposé tout en restant courtois. Elle doit toutefois s’accompagner d’une maîtrise du stress et du non-verbal, et ne jamais devenir agressive en retour, ce qui transformerait l’échange en affrontement.
Comment apprendre à utiliser la passerelle naturellement ? Par l’entraînement, et en particulier les simulations d’interview. C’est la répétition en conditions réalistes qui transforme la technique en réflexe et permet d’enchaîner reconnaissance, transition et message sans paraître réciter un procédé. Un bridging bien maîtrisé est un bridging qui ne se voit pas.
Peut-on utiliser le bridging en dehors d’une crise ? Oui. La passerelle est une technique d’interview générale, utile dans toute prise de parole médiatique pour rester sur ses messages. Elle prend toutefois une importance particulière en situation de crise, où les questions sont plus incisives et où le moindre écart de message peut avoir des conséquences lourdes.