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Comment identifier et désigner ses porte-parole de crise ?

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Identifier et désigner ses porte-parole de crise consiste à sélectionner, avant toute crise, les personnes les mieux à même de s’exprimer au nom de l’organisation sur la base de leur crédibilité, de leur sang-froid, de leur clarté et de leur légitimité puis à les désigner officiellement en définissant qui parle, sur quels sujets et dans quel ordre. Le bon porte-parole ne se choisit pas par défaut selon le seul niveau hiérarchique, mais en fonction d’un ensemble de qualités précises, vérifiées idéalement par la mise en situation critique analyse l’expert en communication de crise Florian Silnicki, Président Fondateur de l’agence LaFrenchCom.

Cette désignation à froid est une étape clé de la préparation : en pleine crise, il est trop tard pour décider qui parle et pour découvrir si la personne en est capable. Cet article détaille les qualités qui font un bon porte-parole de crise, explique comment arbitrer entre fonction et aptitude, présente la méthode pour identifier les bons candidats, puis pour les désigner formellement et organiser leur coordination. La question plus large de savoir quels rôles inclure dans le dispositif — dirigeant, communicant, expert — et combien de porte-parole prévoir est traitée dans une ressource dédiée ; le présent article se concentre sur les critères de choix et le processus de désignation.

Qu’est-ce qu’un porte-parole de crise ?

Un porte-parole de crise est la personne officiellement mandatée pour s’exprimer au nom de l’organisation face aux médias et au public pendant une crise. Il porte la parole de l’institution dans un moment où chaque mot est scruté, et engage par ses propos la crédibilité et la responsabilité de l’organisation tout entière.

Cette mission est exigeante : elle suppose de délivrer un message clair et juste, de garder son calme sous pression, d’exprimer de l’empathie et de résister à des questions parfois hostiles, le tout souvent dans l’urgence et avec une information incomplète. Tout le monde n’en est pas capable, et le talent oratoire en contexte favorable ne suffit pas. C’est précisément pourquoi le choix du porte-parole ne peut être laissé au hasard ni décidé dans la précipitation : il repose sur l’identification préalable des bonnes personnes, selon des critères que nous allons détailler.

Quelles qualités fait un bon porte-parole de crise ?

Un bon porte-parole de crise réunit un ensemble de qualités qui dépassent largement la simple aisance à l’oral. Les principales sont :

  • La crédibilité et la légitimité. Le porte-parole doit être perçu comme légitime pour s’exprimer sur le sujet en cause. Une parole crédible suppose que la personne ait l’autorité ou l’expertise correspondant à la nature de la crise.
  • Le sang-froid et la résistance au stress. C’est sans doute la qualité la plus déterminante. Le porte-parole doit garder son calme face à la pression, aux questions agressives et à l’urgence, sans se laisser déstabiliser ni emporter.
  • La clarté et la pédagogie. Savoir expliquer simplement une situation complexe, sans jargon, est essentiel. Un porte-parole qui se perd dans les détails techniques ou les formules absconses échoue à rassurer.
  • L’empathie et le sens du contact humain. En crise, surtout lorsqu’il y a des victimes ou des personnes inquiètes, le porte-parole doit pouvoir exprimer une compassion sincère. Une posture froide ou purement défensive est immédiatement perçue négativement.
  • La maîtrise de soi et du non-verbal. Le langage corporel, le regard, la voix comptent autant que les mots. Un porte-parole crédible dégage une assurance maîtrisée, sans arrogance ni signes de panique.
  • La capacité à tenir la ligne. Le porte-parole doit savoir s’en tenir aux messages préparés et résister à la tentation d’improviser ou d’en dire trop. Cette discipline est cruciale en situation sensible.
  • La disponibilité et la réactivité. Un porte-parole doit pouvoir être mobilisé rapidement, y compris en dehors des heures habituelles, car une crise ne choisit pas son moment.
  • L’honnêteté et la fiabilité. La crédibilité perçue repose sur une réputation de sincérité. Un porte-parole qui inspire la confiance sera bien plus efficace pour faire passer un message difficile.

Aucune personne ne réunit toutes ces qualités au plus haut niveau, mais l’enjeu est d’identifier celles qui en présentent l’essentiel — et de renforcer le reste par la formation. Ces qualités constituent la grille de lecture pour évaluer les candidats potentiels.

Faut-il choisir ses porte-parole selon la fonction ou selon les qualités ?

Selon les qualités d’abord, la fonction ensuite — et non l’inverse. C’est l’un des arbitrages les plus importants, et l’une des erreurs les plus répandues consiste à désigner mécaniquement le porte-parole en fonction du seul organigramme. Or le dirigeant ou le responsable le plus haut placé n’est pas toujours le mieux armé pour s’exprimer face aux médias en situation de crise.

La bonne approche consiste à croiser la fonction et l’aptitude :

  • la fonction détermine la légitimité à parler d’un sujet donné (un expert technique pour un accident industriel, un dirigeant pour un enjeu de confiance majeur) ;
  • les qualités personnelles déterminent la capacité réelle à le faire efficacement face caméra.

Le porte-parole idéal se situe à l’intersection des deux : une personne à la fois légitime sur le sujet et dotée des aptitudes nécessaires. Lorsque la personne la plus légitime par sa fonction ne possède pas ces aptitudes, deux options existent : la former intensivement pour combler l’écart, ou confier la prise de parole à un autre porte-parole tout en s’appuyant sur son expertise en coulisses. Ce qui doit primer, c’est l’efficacité de la prise de parole, pas le respect strict de la hiérarchie.

Comment identifier et sélectionner ses porte-parole ?

L’identification des porte-parole découle directement des scénarios de crise envisagés. Plutôt que de désigner des personnes dans l’abstrait, mieux vaut suivre une démarche structurée :

  1. Partir des scénarios de la cartographie des risques. Pour chaque risque médiatique prioritaire identifié, on se demande qui devrait crédiblement s’exprimer : quel profil, quelle fonction, quel niveau d’expertise.
  2. Lister les candidats possibles. On dresse, pour chaque type de crise, la liste des personnes potentiellement légitimes pour porter la parole.
  3. Évaluer chaque candidat au regard des qualités requises. À l’aide de la grille de qualités (crédibilité, sang-froid, clarté, empathie…), on apprécie l’aptitude de chacun à tenir le rôle.
  4. Tester les candidats par la mise en situation. L’évaluation sur le papier ne suffit pas : une simulation d’interview révèle la tenue réelle sous pression, bien plus fiable que toute auto-évaluation. C’est souvent à cette occasion que se confirment — ou s’infirment — les pressentiments.
  5. Arbitrer et retenir les porte-parole. Au terme de cette évaluation, on sélectionne le porte-parole principal et ses suppléants pour chaque type de crise, en veillant à couvrir l’ensemble des scénarios prioritaires.

Cette méthode garantit que le choix repose sur des critères objectifs et vérifiés, plutôt que sur des habitudes ou des présupposés. Elle s’appuie sur deux outils complémentaires : la cartographie des risques en amont et les simulations comme test.

Comment désigner formellement les porte-parole et organiser le dispositif ?

Une fois les bonnes personnes identifiées, encore faut-il les désigner officiellement et organiser leur intervention. La désignation formelle transforme une intention en dispositif opérationnel. Elle comporte plusieurs éléments :

  • Nommer les porte-parole et leurs suppléants. Chaque porte-parole désigné doit savoir qu’il l’est, et chaque rôle doit disposer d’au moins un remplaçant pour parer à une indisponibilité.
  • Définir le périmètre de chacun. Il s’agit de préciser sur quels sujets et quels types de crise chaque porte-parole est habilité à s’exprimer, afin d’éviter les chevauchements et les zones grises.
  • Établir une hiérarchie de prise de parole selon la gravité. Qui intervient pour un incident mineur, qui pour une crise sérieuse, qui pour une crise majeure : cette gradation, qui réserve notamment le dirigeant aux situations les plus graves, doit être définie à l’avance.
  • Organiser la chaîne de suppléance. Si le porte-parole principal est indisponible ou impliqué dans l’événement, l’ordre de remplacement doit être clair et connu.
  • Documenter le tout dans le plan de crise. Les noms, rôles, périmètres, coordonnées et l’ordre de prise de parole doivent figurer dans le plan de gestion de crise, accessible immédiatement le jour venu.

À cette organisation s’ajoute un impératif de coordination. Plusieurs porte-parole ne valent que s’ils tiennent un discours cohérent : il faut donc désigner qui arbitre les messages, comment les porte-parole s’alignent entre eux et comment on garantit l’unité de la parole. Des prises de parole non concertées, qui se contredisent, décrédibilisent l’ensemble du dispositif. La règle de la voix unique — ou du moins coordonnée — est ici essentielle, et la cohérence entre porte-parole fait partie de ce qui se travaille en formation.

Quelles erreurs éviter dans le choix des porte-parole ?

Plusieurs erreurs reviennent fréquemment et fragilisent le dispositif. Les connaître permet de les prévenir :

  • Désigner par défaut selon le rang. Choisir mécaniquement le plus haut placé, sans tenir compte de ses aptitudes réelles face caméra, expose à de mauvaises surprises le jour venu.
  • Ne prévoir qu’un seul porte-parole. S’en remettre à une seule personne est une fragilité majeure : en cas d’indisponibilité ou de crise prolongée, l’organisation se retrouve sans voix.
  • Oublier les suppléants. Désigner des porte-parole sans organiser leur remplacement laisse le dispositif vulnérable à la moindre absence.
  • Choisir une personne sans légitimité sur le sujet. Un porte-parole crédible doit avoir l’autorité ou l’expertise correspondant à la nature de la crise ; à défaut, sa parole portera peu.
  • Ne pas tester les porte-parole. Sélectionner sans mise en situation revient à miser sur des aptitudes supposées. Seule la simulation révèle la tenue réelle sous pression.
  • Négliger la coordination. Désigner plusieurs porte-parole sans organiser l’alignement de leurs messages fait courir un risque de contradiction, particulièrement destructeur en crise.

Éviter ces écueils suppose de traiter le choix des porte-parole comme une décision réfléchie, fondée sur des critères et vérifiée par la pratique, et non comme une formalité réglée par l’organigramme.

FAQ — Identifier et désigner ses porte-parole de crise

Le dirigeant doit-il automatiquement être le porte-parole de crise ? Non. Le dirigeant est légitime sur les crises les plus graves, mais le mettre systématiquement en avant est une erreur. Le porte-parole se choisit en croisant la légitimité sur le sujet et les aptitudes réelles face caméra. Pour de nombreux sujets, un expert ou le directeur de la communication sera plus pertinent, le dirigeant étant réservé aux situations majeures.

Quelle est la qualité la plus importante chez un porte-parole de crise ? Le sang-froid et la résistance au stress sont sans doute déterminants : un porte-parole doit garder son calme et tenir ses messages sous pression hostile. Mais cette qualité doit s’accompagner de crédibilité, de clarté et d’empathie. C’est la combinaison de ces aptitudes, plus que l’une d’elles isolément, qui fait un bon porte-parole.

Comment savoir si quelqu’un fera un bon porte-parole ? En le testant par une simulation d’interview, qui révèle sa tenue réelle sous pression — bien plus fiable que toute évaluation sur le papier ou auto-évaluation. La mise en situation permet de vérifier la maîtrise du stress, la clarté, la capacité à tenir les messages et à gérer les questions difficiles.

Combien de porte-parole faut-il désigner ? Il faut prévoir au minimum un porte-parole principal et un ou plusieurs suppléants, afin d’assurer la disponibilité et de couvrir les différents types de crise. Le nombre exact dépend de la taille et de l’exposition de l’organisation ; cette question est développée dans la ressource consacrée à la composition du dispositif de porte-parole.

Faut-il désigner les porte-parole par écrit ? Oui. La désignation doit être formalisée et documentée dans le plan de gestion de crise : noms, rôles, périmètres d’intervention, coordonnées et ordre de prise de parole. Cette formalisation garantit qu’en situation d’urgence, chacun sait immédiatement qui parle et sur quel sujet.

Que faire si la personne la plus légitime n’est pas à l’aise face aux médias ? Deux options : la former intensivement pour combler l’écart, ou confier la prise de parole à un autre porte-parole tout en s’appuyant sur son expertise en coulisses. L’efficacité de la prise de parole doit primer sur le respect strict de la hiérarchie ou de la légitimité technique.