Actualités

L'emprise de la communication politique


Warning: foreach() argument must be of type array|object, null given in /homepages/13/d438486372/htdocs/wp-content/themes/lafrenchcom2020/templates/article/content.php on line 27

L’art de la communication politique

Gouverner c’est paraître : sous ce titre quelque peu provocateur, un universitaire, spécialiste de la communication politique, livre les réflexions que l’étude et la pratique de son sujet lui ont inspirées. « La légitimité du pouvoir, aujourd’hui, passe, écrit-il, par la capacité des gouvernements à communiquer. » On pourrait étendre la règle à tous les acteurs de la vie politique, qui, pareillement, doivent d’abord savoir communiquer, c’est-à-dire savoir entendre et se faire entendre. Pour dire quoi ? C’est une autre histoire…

L’auteur n’aura aucune difficulté à convaincre ses lecteurs, dans une période où, en France du moins, il y a, semble-t-il, un déficit de communication entre la classe politique et l’opinion publique. Situation a priori paradoxale puisque la politique suppose, par nature, la communication politique, surtout dans les démocraties où elle n’est pas entravée et où elle s’établit sur la base de contrats régulièrement revus et souscrits entre les électeurs et les élus. Eh bien, cela ne suffit pas ! On oublie trop que la démocratie n’est jamais tout à fait acquise, qu’elle doit être non seulement entretenue mais revivifiée en permanence, comme une plante fragile. On oublie aussi que la communication a besoin de messages à transmettre et à recevoir.

En s’intéressant au « paraître » du pouvoir politique, Jean-Marie Cotteret vise la domination qu’exerce l’audiovisuel sur nos sociétés. La question du « look », bien sûr, ne se pose pas d’aujourd’hui et, dans un autre ouvrage, issu d’une recherche collective sur la communication politique, Claudine Haroche montre, à travers l’évocation des cérémonies et des rituels de cour et des préceptes donnés aux princes et aux rois, que l’art de gouverner s’est toujours appuyé sur la maîtrise des apparences et des symboles. Si nouveauté il y a, elle tient à l’évolution et à la pression des moyens de communication.

Ils pèsent, explique Jean-Marie Cotteret, sur le débat et le personnel politique. Une manifestation publique, une grève, par exemple, n’ont plus le même sens qu’autrefois : ce sont, aujourd’hui, des moyens d’accéder aux médias, car « sans l’accès à la télévision, la cause est le plus souvent perdue d’avance ». Quant à l’homme politique, il se transforme en homo cathodicus et ses discours se plient aux contraintes de la relation audiovisuelle : ils fonctionnent sur le registre émotionnel et disent le vraisemblable plutôt que le vrai.

Au lieu de mener un combat d’arrière-garde, il vaudrait mieux, selon l’auteur, adapter le système politique à l’air du temps. Ainsi, dans la mesure où la communication politique a déformé l’élection, il serait opportun, estime-t-il, de favoriser la rotation des élus en interdisant leur réélection : la durée des mandats pourrait être fixée en fonction de la tâche à accomplir, suivant qu’il s’agit d’une petite commune, d’une grande ville, d’une législature ou de la présidence, et leurs rémunérations revalorisées par rapport à l’importance des responsabilités exercées; des indemnités de fin de mandat et des mesures de reclassement compenseraient l’interdiction de se représenter. L’élu se verrait protégé d’un trop grand risque professionnel et pourrait prendre celui de l’impopularité qui, trop souvent, le retient.

L’auteur préconise aussi la constitution d’un Conseil des techniciens, qui participerait à l’élaboration des mesures législatives et permettrait aux élus du peuple de se consacrer aux débats purement politiques, ainsi que la création d’associations de consommateurs politiques. Il envisage encore un grand conseil des médias, qui associerait « dans un rôle de régulation et non de contrôle » des élus et des professionnels, et le remplacement du droit de grève dans les services publics par un accès à la télévision en cas de conflit. Ces propositions, quel que soit le jugement que l’on porte sur elles, montrent que, pour mieux gouverner, il faut, certes, savoir paraître, mais aussi prévoir et organiser.

Gouverner implique des contraintes et devoirs

Il faut, également, savoir parler, écrire, bref, s’exprimer, et le faire en de si nombreuses circonstances, sur des sujets si divers, devant des publics si différents, qu’un communicant politique, si doué qu’il soit, peine à la tâche. Alors, il se fait aider et, s’il n’est pas doué, il sous-traite la rédaction de ses interventions. Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez ont visité cet univers caché dans lequel s’emploient les Plumes de l’ombre, c’est-à-dire les « nègres » des hommes politiques. Pour le coup, on est en plein dans la communication politique ! Car il s’agit bien de faire du sur mesure, aux mensurations du commanditaire et en se pliant aux contraintes du média concerné. « Errant dans un consensus de modération, l’homme politique a remplacé la grille idéologique par les codes du bien communiquer (…) La plume de l’ombre, ainsi ballottée au gré des changements de stratégie, va chercher ses repères auprès de l’expert en communication », observent les auteurs, au terme d’une enquête qui fournit de nombreuses révélations et bien des surprises.

Tout pouvoir a besoin de communiquer et, souvent, il en a les moyens. On l’a vu avec la décentralisation qui a renforcé les pouvoirs des collectivités locales. L’ouvrage collectif cité plus haut se penche plus particulièrement sur cet aspect de la communication, avant d’en examiner les enjeux globaux. Comme on ne saurait en résumer d’une formule les diverses contributions, on citera ce jugement nuancé de l’un des auteurs, Jacques Poumarède : « Qu’ils soient de droite ou de gauche, les présidents de conseils généraux aiment cultiver une image de chef d’entreprise, de patron de leur département, en s’efforçant de mettre un bémol aux excès de personnalisation qui ont souvent marqué leurs premières campagnes. Il n’est pas sûr, pourtant, que cette évacuation du politique serve la démocratie car la limite reste étroite entre l’information et la propagande comme entre la solidarité et la subordination. » La nuance, il faut la goûter et la chérir, car la communication, si simpliste et réductrice des grands médias, ne la dispense guère !

 

  • Gouverner c’est paraître, de Jean-Marie Cotteret, PUF, 175 p.
  • La communication politique, ouvrage collectif publié par le CURAPP. PUF, 214 p.,
  • Plumes de l’ombre, les nègres des hommes politiques, d’Emmanuel Faux, Thomas Legrand et Gilles Perez, Ramsay, 266 p.