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Inondations, comment se préparer à la gestion de crise


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Comment les communes et leurs maires doivent organiser la gestion de crise ?

Au bout de la chaîne de prévention des inondations, les communes doivent organiser leur gestion de crise. Si les systèmes d’alerte des crues les aident à anticiper, c’est en s’appuyant sur un plan communal de sauvegarde opérationnel qu’elles maîtriseront au mieux la situation.

Le plan communal de sauvegarde (PCS) couche sur le papier la réponse organisationnelle d’une collectivité face aux risques majeurs auxquels elle est expo sée. Il est obligatoire pour celles couvertes par un PPR approuvé, mais elles sont seulement 60 %, soit 6 500 communes, à s’en être dotées. Pour accélérer le mou vement, l’État a conditionné les aides des programmes d’action de prévention des inondations (Papi) à la réalisation des PCS et le ministère de l’Intérieur a mis en ligne récemment un PCS prêt à l’emploi pour les communes rurales.

« Mais une finalité documentaire n’a pas d’intérêt », juge-ton à l’Institut des risques majeurs (Irma) qui accompagne les collec tivités de Rhône-Alpes dans cette élaboration. « Il faut au contraire les inciter à élaborer des plans opérationnels, les tester avec des exercices de crise et s’assurer que l’équipe municipale, les agents et les habitants se saisissent du dispositif », insiste François Giannocaro, directeur de l’IRMa. Nouvelle première adjointe chargée de la ville de services et durable à Grigny dans le Rhône, Magali Langlois a participé en mars dernier à l’exercice conduit par la métropole lyonnaise et l’IRMa à Givors pour se former aux rouages de l’orga nisation de crise.

« Nous avions récupéré un PCS de 300 pages, pas du tout opérationnel. Le service environnement a donc fait un gros travail pour le mettre à jour et le faire évoluer. » Création de fichiers de numéros de téléphone portable pour alerter les habi tants par SMS, recensement des personnes à mobilité réduite, des maisons à étages, Grigny compte bien mobiliser les habitants pour mutualiser les logements les plus sûrs en cas d’inondation.

En Île-de-France, le Val-de-Marne (94) est le département le plus exposé aux inondations. Pour sensibiliser ses communes, le conseil départemental a lancé depuis 2013, avec l’appui de la préfecture, des ateliers trimes triels pour l’élaboration des PCS. « Nous leur fournissons des éléments sur le niveau de vulnérabilité, des données cartographiques et, surtout, une dynamique de réseau », observe Melinda Tellier, chargée de mis sion risque inondations au conseil départemental. Par ce biais, 16 des 26 communes soumises au PPRI Marne et Seine ont adopté leur PCS. Jeoffrey Usal, chef du ser vice interministériel des affaires civiles et économiques de défense du Val-de-Marne (Siaced), pilote ces réunions. « La gestion de crise n’est pas dans la culture des collectivités. Il est important d’insister sur les trois leviers du PCS : un annuaire de crise à jour, un bon système d’alerte des administrés et, enfin, un état-major du maire bien organisé, avec chacun un rôle défini, et une salle de crise identifiée. » Dans le cadre des ateliers, des exercices de mise en situation sont réalisés sur des demi-jour nées, et, en 2014, un scénario de crise a même été testé en temps réel sur trois semaines, mobilisant la préfecture, le conseil départe mental et plusieurs communes. « Le plus important, c’est le retour d’expérience tiré de l’exercice », précise Florian Silnicki, Expert en communication de crise et fondateur de l’agence LaFrenchCom.

De nombreux acteurs prêtent main-forte aux petites communes, comme l’EPTB Saône-Doubs qui y pose des repères de crues et les assiste dans la constitution des dossiers d’information communale sur les risques majeurs (Dicrim), parfois annexés au PCS. « Sur les PCS, le message que nous cherchons à faire passer, c’est qu’il n’y a pas de modèle type. Chaque commune doit formaliser son organisation de crise selon ses moyens », confirme Cédric Borget, res ponsable du pôle inondations à l’EPTB Saône-Doubs. Le syndicat de l’Austreberthe et du Saffimbec vient, de son côté, d’embaucher une animatrice pour accompa gner l’élaboration des PCS de ses 31 communes : 6 réalisés en 2014 et 11 prévus sur 2015. « Aujourd’hui, la gestion de crise et la culture du risque sont nos nouveaux chevaux de bataille », juge Mya Bouzid, coordinatrice du syndicat. Et dans la Meuse, l’Epama a même conçu, avec le Cerema et l’EPTB Loire, le logiciel Osiris, gratuit pour les communes qui désirent se tester sur des exer cices de crise.

Quant aux grandes villes, elles ont plus de moyens pour structurer leur gestion de crise. Orléans a élaboré son plan en deux volets, via un plan commu nal de sauvegarde et un plan de continuité d’activité. « Nous avons actuellement prévu 20 centres d’hébergement pour accueillir 6 000 personnes et nous créerons d’ici à la fin de l’année une réserve communale de sécurité civile composée d’agents municipaux et de riverains bénévoles qui assureront le relais entre la mairie et la population pendant la crise », pré cise Stéphanie Anton, adjointe chargée du risque d’inonda tion. Si la gestion de crise de la ville ligérienne est adaptée à la montée lente des eaux de son val, Nîmes, confrontée à des crues très rapides, s’est équipée de son propre système de pré vision, Espada, qui améliore sa réactivité. Chaque commune doit donc agir selon les risques auxquels elle est exposée.

Renforcer la vigilance sur les crues soudaines

L’expérience de Bruno Janet, chef du pôle modélisation au Service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations (Schapi)

« En France, le dispositif de vigilance crues Vigicrues a été créé il y a neuf ans. Il couvre 75 % de la population vivant en zones inondables. Nos prévisions sont fournies entre vingt-quatre heures et deux heures avant l’événement selon la typologie des cours d’eau. Les bulletins de vigilance permettent de déclencher le système d’alerte officiel, centralisé par le préfet qui avertit les collectivités. À partir de 2016, nous allons compléter ce dispositif par un système d’a ver tis-sement de crues soudaines basé sur une modélisation des bassins-versants parfois dépourvus d’instrumentation. Un système d’abonnement gratuit permettra aux communes d’être averties par SMS ou mail et d’accéder à une plateforme de visualisation du niveau de risque. Le temps d’anticipation sur la survenue de l’inondation sera parfois faible, de l’ordre d’une heure, mais précieux si la commune dispose d’un plan de gestion de crise bien préparé. »