Robert Badinter appelle les journalistes à « mesurer leurs responsabilités »

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Maquis et relations publiques

L’envoyé spécial permanent de l’A.F.P. en Corse, M. Jean Virebayre, a été longuement entendu par la police mardi 4 octobre après avoir assisté, seul, à une conférence de presse du Front de libération nationale de la Corse (le Monde du 5 octobre). Interpellé dans le cadre d’une enquête en flagrant délit pour reconstitution de ligue dissoute, M. Virebayre a été retenu pendant une dizaine d’heures. Cette garde à vue marque une modification des rapports entre la presse, la police et la justice dans l’île. Interrogé dès l’annonce de l’interpellation du journaliste, M. Robert Badinter, garde des sceaux, a déclaré : « Respecter absolument la liberté de la presse, c’est pour moi une évidence, mais je souhaiterais que les journalistes mesurent leurs responsabilités au regard de l’information et de la toute-puissance qu’ils détiennent sur les sensibilités et les réactions collectives. »

Lors de sa dernière conférence de presse, le Front de libération nationale de la Corse a innové. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, contrairement à toutes ses habitudes, un seul journaliste avait été convié à entendre les porte-parole du mouvement clandestin dans le maquis. Ainsi M. Virebayre, envoyé spécial permanent de l’Agence France Presse en Corse, s’est-il retrouvé face à trois hommes masqués par des cagoules blanches. Pourquoi cet honneur sélectif ? Parce qu’il y a trop de contrôles policiers dans l’île pour assurer, le voyage,, incognito de plusieurs journalistes, ont répondu les hommes en cagoule. Pourquoi lui ? Parce que l’A.F.P. est le meilleur, canal national et international de diffusion de l’information…

Pour avoir joué la prudence et pressenti le journaliste le plus « rentable », le F.L.N.C. a attiré des ennuis à M. Virebayre. Après avoir dicté une longue dépêche à Paris et aimablement prévenu les renseignements généraux de sa randonnée nocturne au maquis, M. Virebayre a en effet été interpellé à son domicile vers 6 h 45. Placé en garde à vue, interrogé, il a été relâché à 16 heures. Les policiers ont perquisitionné chez lui et saisi un texte du F.L.N.C. de treize pages intitulé :  » Conférence de presse, octobre 1983.  »

M. Virebayre considère qu’il existe  » un gros malaise entre les journalistes, la police et la justice en Corse « . Les policiers, raconte-t-il, lui ont demandé à plusieurs reprises :  » Pourquoi avez-vous prévenu les renseignements généraux après la conférence de presse et non avant ?  » Question incompréhensible pour un journaliste. Question élémentaire pour un policier.

Depuis son apparition en 1976, le F.L.N.C. – comme la plupart des mouvements clandestins – s’efforce de maintenir des relations avec la presse. Il ne lui suffit pas de plastiquer, de tirer des coups de feu, de  » condamner à mort « . Il lui faut expliquer pourquoi. Le F.L.N.C. a toujours eu le goût des conférences de presse au maquis. Les rendez-vous secrets, les longs parcours en camionnette sur des routes sinueuses, les journalistes – bandeau sur les yeux – invités au silence, les militants en armes reliés par des talkies-walkies, sont autant de manières de démontrer à la presse sa force et son organisation.

Ainsi le F.L.N.C. peut-il faire  » passer  » son message. Comme par les interviews, accordées parcimonieusement. Comme par les communiqués adressés au quotidien la Corse-le Provençal, qui seul, parce qu’il est  » le canal habituel « , peut authentifier ses textes.

Le F.L.N.C. a besoin de la presse. La presse a besoin du F.L.N.C. parce que l’opinion publique, les forces politiques, les autorités et… les policiers ont besoin de savoir ce que pense le F.L.N.C.

Bien, sûr, les militants du Front s’adressent à des journalistes dont ils savent qu’ils respecteront le secret professionnel. Jusqu’à présent, les policiers les convoquaient après coup. Les journalistes se taisaient. Tout cela sans conséquence. Une sorte d’accord, tacite semblait passée entre journalistes et policiers.

Changement d’attitude

La garde à vue de M. Virebayre – même courte – marque un changement d’attitude des autorités. Pour la première fois depuis 1976, policiers et magistrats sont apparemment décidés à jouer  » les empêcheurs de travailler en rond « , selon l’expression de l’envoyé spécial permanent de l’A.F.P. Ou, dit autrement, policiers et magistrats semblent décidés à lutter résolument contre les nationalistes. Ils visent à l’  » efficacité, « , Nous avons assez pris de gants, disent-ils en substance.

Dans cette optique, la garde à vue de M. Virebayre est l’un des épisodes d’une guérilla ouverte entre M. Robert Broussard, commissaire de la République chargé de la police, et certains journalistes accusés de faire de la publicité au F.L.N.C., bref, d’en être les attachés de presse. Les premiers frottements ont eu lieu en février lorsque la police et la justice demandèrent aux stations régionales de FR 3 et Radio France de diffuser les voix des assassins présumés d’André Schoch, coiffeur ajaccien, et que ces dernières refusèrent.

Depuis, M. Sampiero Sanguinetti, rédacteur en chef de FR 3 Corse, a eu l’occasion d’évoquer le climat de  » pression permanente  » qui pèse sur la presse (tensions locales, interrogatoires, saisies de films). Depuis, M. Jean-Louis Eyssartel, directeur de Radio Corse, a été inculpé de propagation de fausses nouvelles (le Monde, des 6 juillet et 14 septembre,),

Est-ce à dire qu’un journaliste ne peut plus travailler en Corse ? Non. Que la collecte des informations est devenue délicate ? Oui. La tâche des journalistes se complique en Corse à mesure que la situation se tend, insaisissable, sur fond d’attentats quotidiens et d’assassinats  » politiques  » épisodiques.

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PUBLICITÉ ET RELATIONS PUBLIQUES : sourires à vendre

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 » La frontière entre les relations publiques et la publicité clandestine n’est pas facile à déterminer.  »  » De fait, les relations publiques, qui sont censées être l’art de faire mieux comprendre les choses, sont elles-mêmes la moins comprise et la plus calomniée de toutes les professions modernes.  » Ces deux déclarations (la première de M. Roland Pozzo di Borgo, directeur général d’Havas conseil-Relations publiques, et la seconde de John W. Hill, fondateur de la plus importante firme mondiale spécialisée en relations publiques (Hill and Knowlton International), disent à quel point la définition des buts et des fonctions de cette activité est difficile à formuler. Pour beaucoup, elle se borne à l’envoi à la presse de communiqués et à l’organisation de conférences de presse où la qualité des petits fours l’emporte sur l’intérêt des informations qu’on dispense. Pour d’autres, elle contribue à  » créer l’image  » de l’entreprise auprès de ses divers publics : clients, fournisseurs, actionnaires, pouvoirs publics nationaux ou locaux, groupements professionnels, banquiers, salariés de l’entreprise, et bien sûr le grand public, grâce à la presse écrite, parlée ou télévisée. Cette activité et les méthodes qu’elle emploie sont le fait de trois grands groupes de relations publiques :

– Les conseils en relations publiques, spécialisés dans cette branche, formant des sociétés indépendantes qui apportent de l’extérieur leurs services aux industriels et aux commerçants;

– Les départements spécialisés ou les filiales d’agences de publicité dites  » à service complet « ;

– Les départements spécialisés des sociétés industrielles et commerciales qui, composés de salariés de ces entreprises, fournissent de l’intérieur les services qu’on attend d’eux.

Les industriels eux-mêmes savent souvent très mal ce qu’ils attendent des relations publiques et nombreux sont les chefs d’entreprises qui, à l’instar de M, Jourdain, font eux-mêmes des relations publiques sans le savoir. Mais pour beaucoup d’entre eux; cette fonction se borne souvent à transmettre aux journaux, par le biais d’un attaché de presse, les informations, ou mieux, les  » messages  » qui feront parler d’eux et de leurs produits – en bien – et hors des surfaces publicitaires, par les moyens de communication de masse que sont la presse, la radio et la télévision. Et, dans ce cas, en l’absence d’une politique générale très soigneusement définie en la matière, on assiste au déploiement des méthodes de séduction les plus variées pour se concilier les bonnes grâces de l’homme à convaincre le premier : le journaliste.

Les moyens mis en oeuvre ? Le déjeuner de presse, du banquet dans un des caravansérails capables de traiter de nombreux convives au repas gastronomique dans les restaurants les plus réputés; le cadeau-gadget (du stylomine à l’attaché-case) remis lors d’une conférence de presse ou d’un déjeuner; le cadeau de Noël, qui peut aller du simple agenda ou du briquet do bureau très  » design  » à la caisse de whisky ou aux livres d’art de grande valeur.

Et enfin les voyages : du plus simple et du plus professionnel, vers une des usines les plus récentes de la société, jusqu’au voyage lointain, à l’autre bout de la planète, pour une ou plusieurs semaines, où l’on incite parfois l’intéressé à emmener son épouse; en passant par la croisière, que justifieront une ou deux conférences sur le sujet-prétexte, mais qui ménagera de longs temps libres pour la baignade et le tourisme, et où se munir d’une tenue de soirée est vivement recommandé.

Les journalistes ne sont d’ailleurs pas les seules cibles de ce genre d’actions, et les collaborateurs des services de publicité de certains supports, les clients de la firme, certains salariés méritants (ou à encourager), voire des fonctionnaires, sont aussi les victimes consentantes et ravies de ces méthodes.

Il faut se garder, en la matière, de pratiquer un angélisme naïf : si l’excès est condamnable, il est logique, souhaitable et même nécessaire de créer des contacts nombreux entre les entreprises et leurs divers publics; et l’homme de la rue aurait peu de chances d’être jamais informé si le journaliste refusait vertueusement toutes les invitations. Certes, bien qu’il garde, toujours, le droit de ne pas utiliser les informations qu’on lui a fournies, le danger est cependant grand qu’un jour ou l’autre, le journaliste se sente l’obligé dune société donnée et recherche le moyen de prouver sa reconnaissance. Les techniques mises à la disposition des hommes de relations publiques par les sciences humaines (comme la psychosociologie, par exemple), dont l’utilisation sans frein présente elle aussi des dangers, risquent, à son insu parfois, de faire de lui un élément contrôlé d’une campagne complexe (englobant la publicité) préparée dans un but bien précis : lancement d’un produit nouveau, introduction en Bourse, ou préparation d’une offre publique d’achat, etc.

Ce tableau, qui paraît plus somptueux qu’il n’est en réalité, car tous ces moyens sont très rarement utilisés en même temps par la même firme, révèle, en tout cas, la nécessité de définir des règles strictes, précisant les limites des domaines respectifs de la publicité et des relations publiques, et également les incompatibilités de fonction, aussi bien au niveau des sociétés que des hommes : il est malsain qu’une société de conseils en relations publiques soit un département ou une filiale d’une agence de publicité, même si les clients de celle-ci n’apportent qu’une fraction des budgets de celle-là : des professionnels de plus en plus nombreux se montrent convaincus de cette nécessité; il est tout aussi malsain que l’attaché de presse, à l’intérieur d’une société, dépende directement du service de publicité : à cet égard, l’arrêté du 23 octobre 1964, définissant les professions de conseiller en relations publiques et d’attaché de presse, est très nettement insuffisant. Mais ce n’est sans doute pas assez : il est malsain aussi que des journalistes ou des présentateurs de radio ou de télévision acceptent, même sans apparaître nommément, d’être rémunérés par des agences de publicité ou de relations publiques pour exécuter certains travaux.

Cette  » moralisation  » de ces professions peut, certes, être le fait des professionnels eux-mêmes : mais la fragilité de la Fédération française des relations publiques, qui a eu bien du mal à se constituer, il y a un an, laisse mal augurer d’une telle tentative d’autodiscipline. Elle est pourtant urgente si l’on veut qu’une telle fonction, de plus en plus indispensable à une époque où la spécialisation empêche les hommes de parler le même langage, retrouve ses lettres de noblesse et le capital da confiance qui lui est indispensable pour se développer.

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Relations publiques et privées

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La profession de conseil en relations publiques est des plus honorables, et ceux qui font métier de l’information comme les chefs d’entreprises commerciales et industrielles apprécient l’activité de ces intermédiaires dont la tâche subtile et délicate est de faire savoir aux premiers ce qui peut les intéresser dans l’activité des seconds.

Dans un communiqué motivé par la mise en cause dans l’affaire de la publicité parallèle à l’O.R.T.F. des services de relations publiques de Havas – Conseil, le Syndicat national

– une des deux organisations professionnelles groupant les spécialistes

– rappela le 3 décembre l’arrêté du 23 octobre 1964 qui définit la profession de conseiller en relations publiques :  » Les Informations qu’il fournit, indique le texte ministériel, doivent obligatoirement porter la mention de leur origine, être d’une stricte objectivité et se limiter a des faits sans argumentation de propagande ou de publicité commerciale.  » Il a été souligné également que les fonctions de conseiller en relations publiques ou d’attaché de presse sont Incompatibles avec celles de journaliste professionnel ou d’agent de publicité.

Il nous a été donné de constater que la plupart des représentants de cette profession respectaient l’éthique ainsi définie et, sans méconnaître les intérêts de leurs clients toujours soucieux de rentabilité, informaient avec tact et mesure, en marquant d’autant plus nettement qu’elle paraît ténue la frontière qui sépare leur domaine de celui des publicitaires. Mais l’incident né de la publication d’une note intérieure d’Havas-Conseil (lire le Monde du 9 décembre) prouve qu’en la circonstance on y a  » agi avec quelque légèreté  » comme l’a écrit M. Chavanon, président de l’agence Havas, à M. de Leusse, président du conseil d’administration de l’O.R.T.F.

Tous les documents et la plupart des photographies qui figurent au dossier réuni par les trois enquêteurs de l’O.R.T.F. (MM. Georges

Riou, André François et Gabriel de Broglie) et dont on ignore encore comment ils sont parvenus sur leur bureau ne semblent pas avoir fait l’objet de manipulations. Le président de l’agence Havas lui-même, qui attend d’en avoir eu officiellement communication pour se prononcer, ne paraît pas mettre formellement en doute leur authenticité.

 » Dans l’état actuel de mon information, a dit M. Christian Chavanon, il me semble cependant qu’il ne s’agit que de vétilles, d’imprudences ou d’initiatives trop hardie- de gens qui sont allés un peu vite. Les relations publiques peuvent parfois faire preuve d’un dynamisme exagéré. Que voulez-vous, on ne tire pas un rideau de fer entre le commerce et la vie.  »

Une documentation abondante

Si l’on s’en rapporte aux deux opinions de M. Jean-Jacques de Bresson, directeur général de l’O.R.T.F., et de M. Christian Chavanon, on peut trouver comme eux que le réquisitoire de M. André Diligent devant le Sénat a été un peu trop sévère. A enquêter autour de cette affaire, on constate, au contraire que le sénateur du Nord a été plutôt mesuré et que l’on est en droit de se demander si le dossier que le rapporteur a réuni grâce à des concours qui ne viennent pas tous de l’opposition est bien le même que celui auquel le directeur de l’O.R.T.F. fait référence.

Il semble bien que la documentation de M. Diligent, qui grossit à chaque courrier et à chaque visite, soit plus importante et plus précise : un Industriel est venu confirmer qu’il a été l’objet de sollicitations pour faire de la publicité, hors des créneaux de la Régie française de publicité et ce pour un produit qui ne figure pas sur la liste de ceux qui sont autorisés à l’O.R.T.F.; un hôtelier affirme avoir souscrit un budget relativement important en croyant que les sommes versées allaient régulièrement à l’O.R.T.F.; un promoteur Immobilier estime, lui, en avoir eu pour son argent, et il apparaît que les relations publiques d’Havas-Conseil ont usé de techniques capables de promouvoir à travers des émissions, des produits aussi divers que les alcools secs ou doux, les équipements sportifs, la maroquinerie, etc.

 » On a l’Impression, nous a dit M. Diligent, que les sommations de l’O.R.T.F. ont fait l’objet d’un quadrillage scientifique et que des spécialistes ont étudié chaque type de production pour les remplacer au mieux des Intérêts de la publicité parallèle. Étant avocat, je suis par vocation comme par nature plus facilement disposé à plaider les circonstances atténuantes qu’à formuler des accusations contre des personnes. C’est pourquoi le n’ai divulgué aucun nom. Ce ne sont d’ailleurs pas les hommes qui m’intéressent dans cette affaire, et l’appréciation de leurs responsabilités et de leurs manquements appartient au directeur général de l’O.R.T.F. et au président de l’agence Havas, puis, peut-être ensuite, à la justice. Je crois que les moeurs dépendent des structures et une des faiblesses des nôtres est que l’État soit majoritaire dans une entreprise de publicité; des services de relations publiques peuvent être amenés à travailler pour des entreprises capitalistes privées, qui sont parfois concurrentes d’entreprises nationales.  » Je ne suis pas vindicatif, a ajouté M. Diligent, mais dans le cas où nous n’aurions pas connaissance d’un assainissement satisfaisant, je demanderais, avec d’autres sénateurs, la constitution d’une commission d’enquête parlementaire dont les moyens d’investigation seraient plus importants que ceux dont disposent les inspecteurs généraux de l’O.R.T.F. et les commissaires aux comptes de l’agence Havas.  »

D’habiles manoeuvriers

Le refus de M. André Diligent de céder à ceux qui le pressent de  » donner des noms  » est des plus honorables, comme paraît sensé son désir de voir modifier certains états de fait tant rue de Richelieu que quai Kennedy. Toutefois sur les plateaux, dans les studios et dans les couloirs de l’O.R.T.F., on estime que le discrédit pourrait, si la situation n’était pas rapidement clarifiée, atteindre l’ensemble d’un personnel, des réalisateurs aux cameramen, dont, comme le fait remarquer M. Diligent,  » l’Immense majorité est foncièrement honnête et travaille avec dévouement « .

Quand elle échappe au contrôle des publicitaires, la publicité parallèle n’en est pas moins monnayable pour certains, et déjà, en 1960, le regretté Jean Quittard déclarait à l’un de nos confrères qu’  » il était Impossible d’éviter de faire de la publicité à ceux qui savaient habilement manoeuvrer « .

 » Cela tient, nous a dit Pierre Sabbagh, à ce que nous livrons gratuitement une marchandise ayant une valeur vénale élevée. C’est la source de tous les trafics, que les producteurs et réalisateurs connaissent, qu’il leur est parfois Impossible d’apprécier et de contrecarrer et dont, dans certains cas, Ils peuvent paraître complices « .

Comme partout, il y a les petits et les gros profiteurs. Un billet de 100 F sera parfois, Ici, plus efficace qu’un chèque plus important ailleurs, car l’image d’apparence fortuite, mais répétée, produit bien l’impact recherché par le publicitaire.

Les dirigeants des clubs de football ou de rugby savent bien que la venue de la télévision donne une plus-value aux panneaux publicitaires qui entourent leur stade. Ils savent, d’ailleurs, aussi le faire comprendre aux annonceurs L’O.R.T.F., de son côté, sait se défendre de certaines pratiques, puisque le contrat que l’Office passe avec un club sur le terrain duquel un match doit être filmé prévoit que  » le décor publicitaire ne doit pas être modifié avant le match « . Quand une fédération demande de 80 000 à 120 000 F pour autoriser la retransmission d’un match, cela n’exclut pas les tentatives de profits annexes, qui échappent au contrôle des fédérations. C’est ainsi qu’on a vu, quelques jours avant une rencontre sportive, un photographe, accompagné d’un huissier, fixer pour l’O.R.T.F. le  » décor publicitaire « , et l’Office, un peu plus tard, menacer d’annuler la retransmission pour rupture de contrat, parce que les panneaux avaient, entre-temps, été déplacés.

C’est ainsi que, sur le circuit de Gueux (Reims), un réalisateur qui avait Implanté, au dernier moment, ses caméras, a vu surgir, dans un champ de pommes de terre, des panneaux vantant une marque d’apéritif. C’est ainsi que M. Marette, ancien ministre, député U.D.R. de Paris, a posé lundi au premier ministre une question écrite parce que lors de la retransmission, le samedi 4 décembre, du match de football Bulgarie-France il y avait  » face aux caméras de l’Office de télévision bulgare, qui assurait la retransmission du match, plusieurs panneaux publicitaires, en caractères latins, pour des produits – alcools, spiritueux et cigarettes – français ou de vente courante en France, alors que ces produits ne sont pas en vente dans la République populaire de Bulgarie « .

S’il existe des instituts techniques pour pallier, quelquefois les abus des pirates de la publicité, dans la plupart des cas on ne peut éliminer leurs messages importuns de l’écran.

Le coureur qui descend de son vélo et auquel on met, presque de force, entre les mains une bouteille d’eau gazeuse à la marque bien apparente; le soigneur qui se précipite et place, avec adresse, sur le maillot du vainqueur l’étiquette autocollante vantant une plage ou une marque de chaussettes, prennent les réalisateurs intègres au dépourvu. Ceux qui ne le sont pas, bien sûr, n’ont que le souci de faire cadrer adroitement pour que la publicité paraisse être due à un hasard inévitable.

Dans ce dernier cas, on l’imagine, si les relations publiques n’ont pas joué, c’est aux relations privées que l’on a fait appel

Pour sortir d’une situation dont l’ambiguïté n’échappe ni aux publicitaires conscients de leur réputation ni aux hommes de télévision et de radio qui méprisent l’affairisme et la vénalité, il convient d’écarter les paravents et de dire le droit.

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Les  » relations publiques  » n’ont pas encore pris racine dans les entreprises privées françaises

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Seules les techniques sont nouvelles. Le sens des relations publiques et leur pratique ne datent pas d’hier. Au XVe siècle, le banquier Médicis, qui avait fait fortune dans des conditions plus ou moins avouables, réussit à se justifier a posteriori en se faisant passer pour un ami des arts. Il réinventa le mécénat. Cinq siècles plus tard, c’est d’une réaction comparable du premier des Rockefeller que naquit la profession des chargés de relations publiques. Enrichi grâce au pétrole, mais lassé par son impopularité, Rockefeller demanda à un journaliste, Ivy Lee, de remédier à ce désagrément. La campagne d’opinion qui sévissait contre la  » forteresse  » du milliardaire fut arrêtée par la publication des bilans de toutes ses sociétés; il fut présenté comme un contribuable d’élite et comme un louable fournisseur d’emplois; Ivy Lee en fit même un bienfaiteur de l’humanité avec la création de la Fondation Rockefeller.

En 1906 Ivy Lee s’associait avec un autre journaliste, George Parker, pour fonder la première firme indépendante de conseils en relations publiques. Aujourd’hui cent dix mille personnes travaillent aux États-Unis dans les  » public relations « , le chiffre d’affaires qu’elles font est d’environ 10 milliards de francs par an. 84 % des 750 plus grandes sociétés américaines ont leur propre service de relations publiques. 735 cabinets de conseils spécialisés sont recensés dans l’annuaire du téléphone; ils assurent le quart des travaux de relations publiques des organismes non gouvernementaux; 15 % de cette part revient aux douze plus grands cabinets américains.

Le premier est Hill et Knowlton. Son chiffre d’affaires est voisin de 30 millions de francs par an. Il pratique un tarif moyen de 20 000 francs par mois pour servir un client régulièrement. Célèbre pour avoir réduit les conflits entre l’industrie sidérurgique (son client) et les ouvriers de l’acier, il demeure critiqué pour son rôle de défenseur de l’industrie du tabac contre la campagne sanitaire qui l’attaque, Ruder et Finn, qui fait un chiffre d’affaires d’environ 22,5 millions de francs par an, a une organisation comparable à celle de Hill et Knowlton. Dans la liste de ses clients, on trouve les gouvernements grec et israélien.

Si Hill et Knowlton a servi Svetlana Alliluyeva, la fille de Staline, pendant trente jours seulement pour 73 000 francs, Carl Byor, au contraire, n’accepte jamais un client pour moins d’un an. Il facture 250 000 francs l’année; son chiffre d’affaires est de l’ordre de 8 millions de francs auxquels il faut ajouter le prix des services du personnel qu’il loue aux entreprises.

A côté de ces firmes qui assurent aussi l’exécution des politiques de relations publiques qu’elles ont conçues, d’autres se consacrent exclusivement aux conseils. Earl Newsom travaille seulement avec quelques clients qui peuvent payer ses avis 500 000 francs; T. J. Ross, l’héritier d’Ivy Lee, est dans une situation comparable.

L’une des plus récentes spécialités est celle de l’agence Spencer-Roberts de Los Angeles, qui a organisé la campagne de propagande de Ronald Reagan, actuel gouverneur de Californie. Au service de la politique, elle rédige les discours, constitue des comités, détermine par machines électroniques les thèmes qui seront les plus contestés, les réactions des électeurs…

Les pionniers anglo-américains en France

Les techniques de relations publiques ne sont pas encore très répandues dans le monde. L’Angleterre est le pays le mieux équipé avec plus de cent cabinets spécialisés. Mais il n’y a pas une centaine de conseils en relations publiques dignes de ce nom sur la totalité du territoire de l’Europe occidentale. Le Japon se distingue avec huit agences, dont trois sont très importantes. La plus grande firme mondiale de la branche en dehors du territoire des États-Unis se trouve en Australie. Dans ce pays, dont la population est comparable à celle de la Belgique, une agence de relations publiques emploie plus de cent collaborateurs; elle est cotée à la Bourse de Sydney.

En France, les compagnies pétrolières anglo-saxonnes ont été les pionniers. Le doyen de la profession reste M. Jean Choppin de Janvry, le fondateur du service de relations publiques d’Esso-Standard. Un petit groupe de professionnels qui avaient suivi ses traces fondèrent en 1949 le Club de la Maison de Verre, l’ancêtre de l’actuelle Association française de relations publiques (A.F.R.E.P.), qui compte aujourd’hui quelque cinq cents membres.

Une centaine d’organismes français ont maintenant une véritable direction des relations publiques. Il s’agit non seulement de quelques grandes entreprises privées, mais de services publics comme les P.T.T. et la S.N.C.F., d’établissements à but non lucratif comme la Sécurité sociale, le District de la région parisienne, ou diverses associations privées : la Croix-Rouge, la chambre de commerce de Paris, la Prévention routière… Mais le nombre des cabinets français spécialisés indépendants ne dépasse guère la douzaine, et on peut compter sur les doigts de la main ceux qui emploient plus de dix collaborateurs.

En France, les professionnels des relations publiques font encore souvent figure soit de pionniers, soit de fumistes. On a pu lire dans une revue américaine :  » Dans les sociétés autocratiques, l’État monopolise les relations avec le public. On peut même citer de nombreuses démocraties qui ne connaissent pratiquement pas les relations publiques : en France par exemple, les hommes d’affaires refusent souvent tout renseignement à la presse  » (Time Magazine, 7 juillet 1967).

Au cours d’une conversation, M. Frank Bauer, qui dirige un cabinet de conseils, nous expliquait :  » En France, il n’y a pas de respect de la spécialisation. La culture générale donne à chacun l’impression de pouvoir tout faire, même de la psychologie. Les Français croient aux recettes, mais pas aux techniques. Ils connaissent mal les techniques de gestion et ne se rendent pas compte que les relations publiques sont l’une des disciplines du management dont ils parlent.  » M. Pierre Braillard, président de l’A.F.R.E.P., nous déclarait quant à lui :  » Le problème vient de ce que les responsables des diverses techniques considèrent encore que l’information sur leur travail leur appartient. Il s’y ajoute un réflexe de discrétion et de modestie de bon ton dans nos entreprises.  »

Entre la presse, qui informe, et la publicité, qui fait vendre, les chargés de relations publiques ne savent pas toujours leur mission. S’ils sont encore souvent d’anciens publicitaires ou d’anciens journalistes, leurs soucis ne sont pas seulement commerciaux (ils peuvent par exemple aider à résoudre des conflits à l’intérieur des entreprises), et la presse n’est pour eux qu’un des multiples supports de leur action d’information. Cependant, ils ne peuvent accomplir leur tâche que s’ils sont correctement informés de la vie de leur entreprise et de son évolution, et par conséquent ils ne sont véritablement efficaces que lorsqu’ils travaillent en collaboration directe avec la direction générale. Mais s’ils disposent de la confiance totale de cette direction, comme cela leur est indispensable, ils sont aussitôt accusés de n’être que des fabricants d’alibis.

Devant tant d’écueils, la profession trouve difficilement son équilibre. Les questions de déontologie font les beaux soirs des réunions syndicales. On dispute pour savoir si la sélection des membres de l’Association française des relations publiques garantit des références morales supérieures à celles qu’assure le recrutement des membres de l’Union nationale des attachés de presse. Bien entendu, il existe un Syndicat national des attachés de presse professionnels dissident et un Syndicat national des conseils en relations publiques autonome. Les avis divergent sur l’opportunité d’un regroupement fédéral, alors que de nombreux membres font partie de plusieurs syndicats à la fois. Un code d’éthique international, dit code d’Athènes, adopté sous l’impulsion des Français, laisse les Anglo-Saxons sarcastiques. A quoi bon les textes ?

Peut-être la profession tente-t-elle en France de trouver dans les lois, les décrets et les déclarations qu’elle appelle, l’unité qui lui manque encore. Une telle précaution n’est pas forcément puérile. Cette profession ne survivra que si elle est exercée par des spécialistes : sociologues, psychologues, économistes, financiers, experts de la famille, de l’enseignement, de la religion, techniciens de la presse, de la radio, de la télévision. Or à peine née, la fonction de relations publiques est déjà compromise et menacée. Elle est compromise par un certain nombre d’amateurs et de dilettantes qui ne contribuent guère à convaincre les employeurs de leur utilité. Et déjà les publicitaires menacent d’annexer les relations publiques à leurs activités.

Des efforts à encourager

Il n’y aurait pas lieu de se réjouir d’une confusion entre la publicité et les relations publiques. Il serait déplorable que les informations fournies par les services de relations publiques, et diffusées gratuitement parce qu’elles sont utiles, soient supprimées ou qu’elles soient constamment soupçonnables d’une légitime déformation publicitaire. Comme l’a écrit M. C. Lougovoy, directeur des relations extérieures de la société Thomson-Houston-Hotchkiss-Brandt :  » Il me paraît malhonnête de couvrir notre action du voile des grands idéaux humanitaires. Mais je suis parfaitement convaincu que les relations publiques servent ces idéaux par voie de conséquence.  »

Bien des heurts, des mécontentements, des pertes d’énergie et d’argent pourraient en effet être atténués grâce à l’intervention judicieuse d’hommes compétents dans le domaine des relations publiques. Le percepteur et la préfecture de police y gagneraient beaucoup à faire revoir leurs imprimés par quelque conseil. Comme Rockefeller, le patronat français n’y perdrait certainement pas à se refaire une nouvelle image. Les syndicats, les universités, les Églises… y trouveraient sans doute le même intérêt. On s’en est aperçu récemment.

L’administration sur les traces de Rockefeller

L’administration française n’est pas sans l’avoir compris. Dans une circulaire adressée aux autres ministres et secrétaires d’État, M. Michelet, ministre d’État chargé de la fonction publique et de la réforme administrative, s’exprime en ces termes :  » Au cours des dernières années, diverses administrations ont ressenti le besoin de développer et d’organiser leurs relations avec le public… Ainsi s’est constitué peu à peu un réseau de relations publiques administratives issu de circonstances et d’initiatives successives, doté de moyens inégalement répartis. Les efforts en ce domaine doivent être encouragés, soutenus et coordonnés…  » Rappelons que le gouvernement fédéral américain dépense chaque année 425 millions de dollars (plus de 2 milliards de francs) en relations publiques. Le département de la défense à lui seul occupe 3 000 personnes et consacre plus de 32 millions de dollars à cet objet.

Le monopole des relations publiques pourra-t-il revenir à l’administration française du simple fait de l’ignorance du secteur privé ?  » La diffusion prochaine de l’informatique fera circuler les informations et les dissociera bientôt de la personne des responsables des divers travaux. Les entreprises privées françaises se rendront bientôt à l’évidence qu’elles ne peuvent plus se passer de services de relations publiques corrects quand ses concurrents tireront parti des leurs et quand elles s’apercevront que seules les grandes entreprises publiques auront pris en main la représentation de l’industrie française.  » Le président de l’Association française des relations publiques n’est pas pessimiste.

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Le renouveau de la communication militaire

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Les armées sont au service de la nation et lui appartiennent déclare un manuel de relations publiques qui sera adressé à tous les chefs de corps

Nécessité faisant loi, il arrive que des institutions soient mises en place avant que ne soient réellement définies les règles de fonctionnement et instruits les hommes chargés de les animer. L’administration militaire n’a pas échappé à cette obligation de parer au plus pressé.

De retour dans  » l’hexagone « , les remous Indochinois et algériens apaisés, les forces françaises devaient s’intégrer à la vie de la nation et ouvrir l’esprit de leur personnel de carrière aux problèmes les plus actuels. Tel fut, du moins, le double but qu’une décision ministérielle de 1962 assignait à l’effort de relations publiques dans les armées. La fonction d’officier de relations publiques fut alors créée à plusieurs échelons du commandement.

Sans moyens humains ni financiers et sans doctrine précise, ces officiers de relations publiques n’ont pas toujours trouvé auprès de leurs états-majors l’appui qu’ils demandaient. Certains ont eu le sentiment de n’être pas considérés comme des officiers à part entière. D’autres estiment qu’ils occupent des postes secondaires.

Ouvrir les casernes

Il aura fallu attendre quatre ans pour voir enfin apparaître un manuel de relations publiques dans les armées. Quatre ans après, la fonction de l’officier spécialisé est ainsi codifiée.

Tiré à deux mille exemplaires environ, cet ouvrage d’une centaine de pages est dû à la 2e division (études, armée-nation, documentation) du service d’information, d’études et de cinématographie des armées. Il est destiné aux chefs de corps de l’armée de terre, aux commandants des bases aériennes et aux commandants des navires de guerre, et sera le bréviaire de leurs officiers de relations publiques.

L’armée n’ayant rien à vendre, au sens strict du terme, donc rien à faire valoir, on peut s’interroger sur le sens qu’elle donne à sa politique de relations publiques. Le manuel répond en ces termes :

 » (…) Plus respectueuses de la personnalité d’autrui que la publicité ou la propagande, et en fin de compte plus ambitieuses dans leurs objectifs, les relations publiques procèdent d’un esprit particulier et d’une volonté d’action. L’esprit de relations publiques est avant tout un esprit d’ouverture aux éléments extérieurs, de reconnaissance de leurs caractères et de leurs préoccupations propres. S’efforçant d’établir des rapports de confiance, il informe le public de façon complète et continue sur l’ensemble de ses activités. (…) Moins que tout autre service de l’État, les armées ne peuvent actuellement négliger leurs relations publiques. Elles doivent, en effet, rechercher de leur propre mouvement l’harmonie avec la société qu’elles ont mission de servir et de défendre.  »

On retrouve cette même volonté d’entrer en contact et d’établir des échanges avec la nation, qui a présidé, par exemple, à la rédaction du nouveau règlement de discipline générale (voir le Monde du 5 octobre). Si les casernes doivent s’ouvrir sur l’extérieur, ce ne peut plus être à sens unique. Le manuel de relations publiques l’indique formellement :

 » (…) La mission ne doit pas être envisagée dans la seule préoccupation de l’intérêt exclusif des armées. Faire connaître et apprécier les armées implique en effet le dialogue et la volonté mutuelle de se rendre service. Les divers milieux doivent comprendre que les armées sont au service de la nation et lui appartiennent. Ils le comprendront d’autant mieux qu’ils s’apercevront que les armées ne sont pas restées indifférentes à leurs réactions, mais en ont au contraire tenu compte pour améliorer leur style et leurs méthodes d’action.  »

L’officier de relations publiques est l’animateur principal de ces échanges avec la nation. (…)  » Il n’est ni un inventeur de mythes séduisants, ni un homme du monde chargé de représenter favorablement les armées dans les réunions, moins encore le membre d’un groupe de pression destiné à acheter la conscience des journalistes ou des représentants des forces vives de la nation. (…) Il lui faudra éviter de se limiter aux milieux traditionnellement en relations avec les armées. Une véritable politique de relations publiques s’adresse à tous les milieux, non seulement aux milieux ouverts depuis longtemps aux armées (patronat, anciens combattants), mais aussi et surtout à ceux qui lui sont le plus souvent restés fermés (syndicats, mouvements de jeunesse, milieux universitaires).  »

Le secret

Il y a, certes, des limites à cette politique d’information militaire, ne serait-ce que les limites imposées à la diffusion de documents  » secrets  » ou  » confidentiels « . Sur ce point, le manuel de relations publiques estime que l’ordonnance du 4 juin 1960, sur la classification et la conservation d’informations dont la divulgation est de nature à nuire à la défense nationale, fait néanmoins obligation en commandement d’expliquer inlassablement les raisons de cette réglementation.

 » (…) Parallèlement, est-il encore expliqué, le responsable des relations publiques ne doit jamais donner l’impression que le secret est un moyen utilisé pour dissimuler une situation ou un événement regrettable. Dans ce cas, ses interlocuteurs pourraient se croire le droit d’utiliser n’importe quel moyen pour obtenir l’information qu’ils veulent et la diffuser; la vérité finit toujours par se savoir, quels que soient les efforts déployés pour la dissimuler.  »

Tous ceux qui se sont déjà heurtés au  » pas de commentaire  » des autorités militaires reconnaîtront aisément que ces consignes aux officiers de relations publiques sont empreintes d’un ton tout à fait neuf. Au-delà de la simple volonté de sortir d’un isolement qui est finalement préjudiciable à l’ensemble de l’armée, il y a chez certains le désir incontestable de communiquer avec le reste de la nation.

Mais, pour le réaliser pleinement, il reste beaucoup à faire. Les préventions ne proviennent pas uniquement de milieux civils réfractaires; au sein des armées, notamment à divers échelons du commandement, les résistances demeurent aussi vives.

Ce manuel ne peut pas être un document de travail uniquement réservé aux officiers de relations publiques. Il constitue encore moins une lettre, à usage interne, que des militaires – partisans de certaines novations – adresseraient à d’autres militaires pour les persuader de l’intérêt qu’il y a à ne plus s’enfermer dans un  » ghetto  » de silence. Si tel était le cas, l’information militaire resterait un voeu pieux. Au contraire ce manuel doit devenir une sorte de charte pour toute l’armée française.

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