ETUDE SUR LA COMMUNICATION POLITIQUE LORS DE LA PRESIDENTIELLE DE 1988

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Après l’étude sur les thèmes de campagne et les images des candidats parue dans nos éditions du 15 avril au terme d’une enquête CNRS-BVA-le Monde. Nous publions aujourd’hui une enquête sur le rôle des médias dans la campagne, réalisée également sous l’autorité du CNRS. De quoi ont traité ces médias ? De quoi ont parlé les candidats ? Chacun croit le savoir, mais une approche quantitative et systématique du contenu des médias peut provoquer quelques surprises. L’étude ci-dessous s’appuie sur la notion de ” fonction d’agenda des médias “. Par fonction d’agenda, il faut entendre que, au cours d’une campagne, les médias mettent l’accent sur certains thèmes au détriment d’autres, et déterminent ainsi partiellement les priorités politiques. En fait, trois agendas différents se téléscopent dans une campagne électorale : les préoccupations de l’opinion publique, les priorités de la télévision et de la presse écrite, les priorités politiques des candidats. L’interaction de ces trois agendas donne à la campagne son style dynamique.

Miracle ! Ils ont retrouvé la parole sur l’emploi. ” Ils “, ce sont les candidats et les médias. Une étrange aphasie s’était emparée d’eux, lors des législatives de mars 1986, à propos de ce thème qui était et demeure le sujet de préoccupation principal des Français. Il y a deux ans, l’homme politique, interrogé sur le chômage, prenait un air pénétré pour affirmer qu’il s’agissait du problème le plus important à résoudre (sondages obligent !), puis il passait à autre chose. Que dire en effet sur un tel sujet sans mettre en danger sa crédibilité ? La gauche avait gagné en 1981 en promettant de vaincre le chômage et la droite avait exercé les responsabilités trop longtemps pour que l’oubli ait fait son oeuvre. Face à la compétence économique acquise par l’opinion publique en cinq ans et à sa dureté de jugement sur l’offre politique, il valait mieux adopter un profil bas. Quant aux médias, sevrés de déclarations politiques, ils ne savaient trop sous quel angle aborder ce thème austère et peu événementiel. Résultat : l’emploi arrivait au douzième rang des thèmes traités par la presse écrite et au septième de ceux abordés par la télévision, au cours de la campagne législative (1).

Deux ans plus tard, la préoccupation majeure des Français remonte dans les priorités des médias et des candidats (2). L’emploi se situe au quatrième rang pour la presse écrite et la télévision (tableaux 1 et 2), entre le troisième et le cinquième rang pour les trois principaux candidats (tableau 3). Que s’est-il donc passé ? Pas d’amélioration des indicateurs du chômage, ni de diminution du scepticisme de l’opinion à l’égard des politiques menées. Simplement, les responsables politiques ont trouvé une nouvelle approche qui s’appuie sur la compétence économique récemment acquise par l’opinion. Cette nouvelle approche consiste à associer l’emploi à la formation. Notre méthode de dépouillement, qui permet de mesurer les associations de thèmes, le montre : parmi les thèmes associés à celui de l’emploi, c’est celui de la formation qui domine, aussi bien à la télévision en général (26,4 %) que dans les grandes émissions politiques (23,2 %), et dans une moindre mesure dans la presse écrite (19,6 %).

Ce changement d’approche sur l’emploi présente un double avantage. Il permet de tenir un discours qui tout en restant réaliste n’en est pas pour autant désespérant. Il évite de prendre des engagements précis et datés. En outre, la formation est la seconde préoccupation essentielle des Français, immédiatement après l’emploi (3). Ce thème, quasiment absent de la campagne de 1986, occupe une place honorable aujourd’hui (cinquième rang à la télévision, sixième dans la presse écrite). On assiste donc à une meilleure prise en compte des priorités des Français dans la campagne actuelle après le grand écart de 1986, où le thème majeur de la campagne, la cohabitation, était celui qui intéressait le moins l’opinion.

Mais ce rapprochement entre offre et demande politique ne va pas jusqu’à une véritable adéquation. Au hit-parade des médias, deux thèmes dominent, qui ne mobilisent guère les Français : la politique étrangère et les institutions. Comme si les domaines réservés du chef de l’Etat, dans la Ve République, devenaient l’objet principal de la campagne présidentielle.

Le 31 décembre 1992 ressemble de plus en plus au matin du grand soir. C’est le thème européen qui propulse la politique étrangère en tête des priorités des médias. MM. Jacques Chirac, Raymond Barre et François Mitterrand lui accordent une part significative de leurs prestations (tableau 3), en une sorte de bataille du consensus où le jeu consiste à se montrer plus européen que son adversaire.

La course

de chevaux

Quant aux institutions, le débat est complexe. Il comporte unedimension rétrospective à propos du bien-fondé de la cohabitation et une dimension prospective qui mêle le rôle du chef de l’Etat, la réforme de la Constitution, la dissolution de l’Assemblée et “l’Etat impartial”. L’aspect stratégique de ce débat apparait très nettement quand on sait que le thème le plus fréquemment associé à celui des institutions est celui de la stratégie des candidats, aussi bien à la télévision (37,1%) que dans la presse écrite (40,5%).

Cette campagne n’aurait pas de contenu et les grands candidats diraient tous la même chose? Cette étude montre au contraire que les priorités des Français sont mieux prises en compte qu’en 1986 et qu’il existe une dynamique interne à la campagne, notamment à propos des institutions.

Il est vrai, en revanche, que la place accordée par les médias à l’analyse de la campagne – autrement dit à la ” course de chevaux ” – est importante, en nette augmentation par rapport à la campagne législative (tableaux 1 et 2). Cette prédominance de la tactique sur la thématique s’explique par la déclaration tardive de candidature du président de la République et les supputations qu’elle a suscitées.

En attendant

Godot

En attendant Godot, les médias se sont aussi intéressés à la primaire Barre-Chirac. D’où ce paradoxe : l’intérêt pour la course de chevaux décline au fur et à mesure qu’on se rapproche du résultat des courses. L’évolution mensuelle de nos données le manifeste : la part de l’analyse de la campagne régresse régulièrement de janvier à mars (de 38,5 % à 24,2 % dans la presse écrite, de 40 % à 37 % à la télévision).

L’entrée en campagne de M. Mitterrand s’est donc traduite par une inflexion vers le contenu et les enjeux de l’élection. Ce phénomène est caractéristique du contrôle sur l'” agenda ” (c’est-à-dire le choix et l’ordre des thèmes traités et leur importance respective) exercé par le président-candidat. La capacité de l’exécutif à contrôler l’agenda politique est plutôt classique et se retrouve également aux Etats-Unis. La particularité de la campagne 1988 est liée à l’existence d’un exécutif bicéphale. Il n’y a pas eu cependant de ” guerre des thèmes ” entre le président et son premier ministre, du moins dans la première phase de la campagne, le débat se situant sur des terrains communs.

Forts de leurs positions institutionnelles, les deux principaux candidats ont pesé de tout leur poids sur l’agenda politique, mettant en lumière une certaine faiblesse des médias à orienter le débat. La télévision a une importance équivalant à celle des préaux d’école dans les années 20 : un lieu de prise de parole, et non un agent d’orientation du débat politique et de hiérarchisation des problèmes. Un seul enjeu a émergé à l’initiative de la presse écrite; le rapprochement entre le RPR et l’UDF, qui se retrouve au troisième rang des priorités de la presse écrite en mars (6,7 %). Toutefois, ce thème a été véritablement lancé par la prise de position de M. Balladur (le Monde du 18 mars).

Après un interminable moment tactique, en janvier et février, les trois grands candidats se sont efforcés d’occuper le mieux possible les zones de consensus. Rassembler d’abord, diverger ensuite, à l’inverse de la conception traditionnelle des stratégies de campagne : les thèmes de controverse, tels que celui du vote des immigrés, commencent à peine à émerger à l’approche du premier tour de l’élection. Mais, là encore, thématique et tactique sont étroitement mêlées. La campagne du second tour sera peut-être celle des controverses majeures. * Jean-Louis Missika et Dorine Bregman sont respectivement rédacteurs en chef de la revue Médias Pouvoirs et diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris. (1) J.-L. Missika et D. Bregman, la Sélection des controverses politiques, in : mars 1986, la Drôle de défaite de la gauche, sous la direction de E. Dupoirier et G. Grunberg, PUF 1986. (2) La méthode utilisée pour cette recherche consiste en un dépouillement systématique (entre le 4 janvier et le 31 mars et jusqu’au 7 avril pour les émissions politiques) des médias suivants : pour la presse écrite : trois quoditiens, le Monde, Libération et le Figaro; quatre hebdomadaires, le Figaro-Magazine, le Point, l’Evénement du jeudi et le Nouvel observateur, soit au total mille deux cent quatre-vingt-neuf articles. Pour la télévision : les journaux de 20 heures sur TF1 et A2; les émissions politiques de TF1, A2 et FR3 (” Questions à domicile “, ” Le monde en face “, ” 7 sur 7 “, ” L’heure de vérité ” et ” Forum “), soit cinquante-quatre heures d’émission. Seuls ont été pris en compte les articles et les sujets télévisés en relation avec la campagne électorale. A noter que la controverse récente sur le droit de vote des immigrés dans les élections locales n’est pas intégrée dans nos données. Une analyse complète de la campagne sera publiée dans la brochure du Monde consacrée aux élections. (3) Sondage BVA (le Monde du 15 avril).

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A PROPOS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE DE 1981 UN LIVRE DE CHRISTIAN ROLOT ET FRANCIS RAMIREZ France : l’art du décryptage

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Des battements de paupières de François Mitterrand aux mouvements de mains de ses adversaires, des sourires des uns aux gestes des autres, deux universitaires ont passé au crible toutes les images, volontaires ou non, de la campagne de 1981. Morale de l’histoire : une leçon de vigilance. 

SANS doute aviez-vous déjà remarqué les battements de cils de François Mitterrand, les chuintements de Valéry Giscard d’Estaing, les sourires-rictus de Jacques Chirac, mais ce n’est rien par rapport à tout ce qu’une bonne observation de l’image télévisée peut nous apprendre, au-delà des discours tenus par les hommes politiques. La phase officielle de la campagne officielle sur les ondes va permettre de le vérifier une fois de plus, sinon que nous disposerons pour l’occasion d’un mode de lecture de ces émissions. 

Deux universitaires, Christian Rolot, maitre de conférences à Montpellier-III, et Francis Ramirez, maitre de conférences à Paris-III Sorbonne nouvelle, tous deux en poste à Meknès au titre de la coopération, ont fait un travail de fourmi en visionnant et revisionnant, pendant trois ans, les soixante-neuf émissions (seize heures d’antenne) de la campagne présidentielle de 1981, qui vit s’affronter dix candidats. 

De la masse d’observations rassemblées pour nourrir une thèse de doctorat d’Etat sur l’évaluation de l’assistance des conseils en communication, ils ont tiré un livre plus succinct, à l’intention du grand public, intitulé Choisir un président – vérités et mensonges d’une image télévisuelle (1). 

Sous ce titre, ils proposent une radiographie commentée de la phase cruciale de la communication politiquemoderne. Ils s’intéressent moins – et même pas du tout – à ce que disent les candidats (et que tout le monde peut entendre) qu’à ce qu’ils révèlent malgré eux, ou cherchent à cacher. Du dépouillement minutieux de l’image – la morphologie, la gestualité, les vêtements, la forme du filmage des intéressés – et de l’analyse de la parole – le débit, l’intonation, l’articulation, – il ressort une perception entièrement renouvelée de personnages que l’on croyait familiers et une technique d’observation applicable à d’autres campagnes du même genre, à d’autres candidats. D’où l’actualité de cette étude. 

Données chiffrées à l’appui, il se confirme, par exemple, que François Mitterrand se caractérise par une ” agitation palpébrale ” très rapide et que ce ” bégaiement oculaire ” a pour effet de voiler le regard et d’en briser la continuité. L’actuel président compense cela par ” un jeu de regard didactique ” qui s’impose au téléspectateur. Un expert a constaté, depuis, qu’il suffisait de réduire l’éclairage intensif des prises de vues pour limiter le rythme des battements de cils. De même, pour compenser l’aspect massif et inerte de la morphologie de François Mitterrand, son réalisateur attitré, Serge Moati, avait multiplié les gros plans mettant en valeur la mobilité du visage. 

Si les vêtements des candidats ont tendance à s’uniformiser dans le bleu neutre, leur gestualité, le décor dont ils s’entourent, leur filmage contribuent à les distinguer les uns des autres avec, toutefois, des constantes qui semblent avoir une signification politique. A gauche, où l’expressivité est plus vive, on note un changement plus rapide des plans, tandis qu’à droite il y a plus de lenteur et de fixité. Les représentants des partis du mouvement ont les mains jointes et les doigts entrecroisés, ceux des partis de l’ordre ont les mains posées à plat sur la table. Les candidates sont plus souriantes et moins officielles que ces messieurs. Il y a comme cela bien d’autres signes chargés de sens qui s’échappent de l’écran. 

Mensonges de la parole, 

mensonges du comportement 

Quelles leçons tirer de ce travail pour l’actuelle campagne présidentielle ? Christian Rolot et Francis Ramirez accueillent la question avec prudence. ” Ce que nous avons globalement constaté, déclare le premier, c’est l’uniformisation induite, pendant le déroulement de la campagne, par le médium. L’obligation de se plonger dans le bain télévisuel, qui est très fortement ressentie par les intéressés, tend ainsi à dessiner une sorte de candidat-type. ” 

” Parallèlement, poursuit-il, la télévision révèle chaque individu plus qu’il ne le croit, et ceux qui essaient de contrefaire leur nature passent mal à l’écran; il arrive un moment où leur vérité cachée éclate, avec le risque de porter atteinte à la sincérité de tout le discours. ” Selon Francis Ramirez, ” quand quelqu’un est mal à l’aise, c’est que, quelque part, il ment. Il y a des mensonges de la parole et des mensonges du comportement, ces derniers pouvant être plus graves que les autres. ” 

Les deux auteurs considèrent que l’assistance des conseillers en communication repose sur une connaissance empirique et intuitive. Elle est limitée, car les hommes politiques ne sauraient avoir la plasticité des acteurs. Ne fonctionne bien que ce qui va dans le sens de leur personnalité. Et il arrive que leurs défauts, du point de vue de la communication, jouent à leur profit, comme ” naturels “, pour peu qu’ils s’expriment avec constance : c’est ce qui est apparu avec François Mitterrand, dont l’inadéquation télégénique est devenue familière en 1981, tandis qu’en face se grippait la belle machine de communication qu’incarnait Valéry Giscard d’Estaing. 

Le danger d’une assistance promotionnelle est de privilégier le look sur le fond, de transformer le mode d’adhésion. Nos deux auteurs notent, dans leur livre sur la campagne de 1981 : ” Les deux grands rivaux de cette campagne sont plus ou moins ouvertement montrés comme des séducteurs : dans tous les cas, le pouvoir – actuel ou potentiel – est digne d’être aimé. ” 

Le danger est effectivement que l’opinion sur celui qui revendique de hautes responsabilités se forme de moins en moins sur ce qu’il dit et de plus en plus sur son image. ” Il est d’autant plus réel, estime Francis Ramirez, que la lecture télévisuelle est plus passive : elle ne laisse, dans son déroulement, ni le temps de s’arrêter ni la possibilité de revenir en arrière; on est désarmé. ” Les deux auteurs en donnent pour preuve leurs propres découvertes. En revisionnant des émissions, ils ont remarqué que l’apparente réaction spontanée de Valéry Giscard d’Estaing au cours d’un entretien avec un journaliste avait été soigneusement préparée, comme le révélait la structure de l’émission, sans que cela soit forcément perceptible au premier abord; dans un autre cas de figure, ils ont relevé que Georges Marchais prétendait qu’il était le seul à parler des ” profits ” : vérification faite, non seulement d’autres candidats avaient utilisé ce mot, mais, en plus, lui-même ne l’avait jamais employé ! 

Cela étant, il n’y a pas, reconnaissent Christian Rolot et Francis Ramirez, de recette simple pour distinguer les vérités des mensonges de l’image télévisuelle. Il faut de la vigilance personnelle et, sans doute, une culture que l’on pourrait acquérir : ” On devrait apprendre à l’école, au lycée, disent-ils, la lecture de l’image, comme on le fait déjà pour la lecture du journal. ” En attendant, leur contribution au décryptage de la communication politique télévisée fournit des éléments d’apprentissage précieux à ceux qui reçoivent le message et, aussi, à ceux qui l’émettent.

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La politique et les mots pour la dire : communication politique

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“Chômage”, “noyaux durs”, “plan”, “cohabitation”… Comment les Français entendent-ils le discours politique ? Quel est l’écart entre la réalité et les mots pour la dire ? C’est à ces questions que répond le sondage réalisé par IPSOS pour le Monde. 

La campagne précédant l’élection présidentielle constitue l’une des plus intenses périodes de la communication politique. Elle fournit, sur un plateau, l’occasion de s’interroger sur la portée médiatique du débat démocratique, sur la manière dont le message passe dans l’opinion. C’est pour tenter de répondre, fût-ce partiellement, à cette question que le Monde et la société IPSOS ont procédé à un sondage inhabituel sur la culture politique des Français à partir d’une vingtaine de mots-clés de la confrontation préélectorale qui doit déboucher sur le choix, décisif dans nos institutions, du président de la République. 

Inhabituelle, cette enquête l’est surtout par la démarche qui l’inspire et la méthode sur laquelle elle s’appuie. Celle-ci consiste à solliciter, par le biais de questions ouvertes, non un choix parmi plusieurs solutions proposées, mais une réponse spontanée et personnelle. La liberté ainsi laissée aux personnes interrogées se traduit par une grande diversité dans l’éventail des réponses qu’elles donnent pour chacun des vingt mots retenus dans le vocabulaire politique. Ceux-ci ne sont pas compris, il s’en faut, de la même façon par tout le monde, mais, si variées que soient les réponses, il est possible de les classer par groupes de significations proches. 

Dans la présentation des résultats partiels de l’enquête que l’on trouvera ci-dessous, nous n’avons conservé que les définitions dominantes, celles que renvoie notamment une proportion significative de l’échantillon de la population. 

Avant même la diversité, voire la fantaisie, des réponses, ce qui retient l’attention, c’est l’échelle des non-réponses qui établit, à l’envers, une sorte de palmarès de l’incompréhension du débat politique et, en quelque sorte, la frontière de la non-communication. Il y a des mots-messages du discours ambiant qui ne sont pas reçus par une grande partie de l’opinion, ou qui ne lui disent rien, ou, encore, qui ont perdu leur signification. 

Ce sont, soit des notions abstraites, théoriques, relatives au fonctionnement du système (bipolarisation, Etat-providence, alternance), soit des termes du vocabulaire technique de l’économie (noyau dur, déréglementation). 

En revanche, il y a des mots qui parlent d’eux-mêmes, soit parce qu’ils correspondent à des préoccupations fortes de la population, comme le confirment tous les sondages, tels les termes de chômage, sécurité, acquis sociaux, fiscalité, soit parce que ce sont des métaphores présentes au coeur du débat politique, telle la cohabitation, et qui ont d’autres connotations. On obtient, ainsi, des définitions de proximité, très concrètes et révélatrices, comme on le verra, et des définitions d’imprégnation donnant lieu à des représentations inattendues. 

Le SIDA 

de la société 

A 1 % près, tout le monde a son idée sur le chômage. On ne s’en étonnera pas s’agissant d’un fléau durement ressenti et sur lequel ont buté plusieurs médecines successives. L’éventail des réponses se caractérise par la proportion de celles d’entre elles qui prennent la forme d’un simple constat : le chômage, c’est de se trouver sans travail (26 %) ou de ne pas obtenir un emploi (6 %). 

Presque aussi importante est la proportion des réponses qui, au-delà de la prise en compte à froid du problème, en soulignent la dimension dramatique : une catastrophe, un cataclysme (18 %), un mal de civilisation, le SIDA de la société (11 %). Les proches du PC (24 %) et du RPR (22 %) sont particulièrement sensibles à cette vision dramatique. 

D’autres groupes de réponses appréhendent le problème à travers ses conséquences humaines et sociales (pauvreté, misère, avenir bouché pour les jeunes, exclusion sociale, perte de dignité, angoisse). A noter que l’imputation aux immigrés de la responsabilité du chômage n’obtient aucun crédit. 

Si l’on reste dans le domaine social, les définitions données pour cerner le contenu des “acquis sociaux” se répartissent en deux grands groupes. Le premier rassemble les réponses privilégiant la fonction d’assistance : Sécurité sociale, allocations familiales, santé gratuite, “ce que l’on reçoit en bien de l’Etat”. Ce genre de définition a la faveur des proches du RPR (26 %) et de l’UDF (21 %), plus que de la gauche, et trouve un bon écho auprès des personnes peu intéressées par la politique. 

Le second groupe de réponses définit les acquis sociaux en termes de conquêtes, obtenues par la lutte sociale et à défendre contre les menaces qui pèsent sur eux. Les sensibilités de gauche mais aussi celle du Front national s’expriment ici plus nettement, de même que les personnes qui s’intéressent à la politique. D’autres groupes de définitions mettent en valeur les éléments du pouvoir d’achat ou, pour 8 %, ce qui éloigne du travail (congés, retraite, semaine de 39 heures). 

Il y a une bonne perception globale de la notion de ” traitement social du chômage ” qui fait partie, dans sa complexité, de notre environnement quotidien. Les jugements négatifs, relativement peu nombreux, révèlent un sentiment de scepticisme ou de suspicion, ce dernier s’exprimant pareillement chez les proches du PC et du Front national. En revanche, l’expression, plus anglo-saxonne que française, d’Etat-providence reste vague quand on lui prête un sens, tantôt négatif, tantôt positif. 

Célébrité des petits 

porteurs et méconnaissance 

des noyaux durs 

Au cours du septennat mouvementé qui s’achève, bien des batailles se sont livrées sur le terrain de l’économie. Que l’on songe, par exemple, au couple nationalisation-privatisation ! A travers la perception de ces deux mots, on mesure bien l’éloignement dans le temps de ces réformes contradictoires mais, surtout, l’effacement de la signification de la première par rapport à la bonne tenue, pour employer le langage des boursiers, de la seconde. 

Dispersion des réponses dans un cas, alors que, dans l’autre, une définition simple et correcte obtient, avec 31 %, l’un des plus forts pourcentages de l’enquête. Succès identique de la perception de la notion de petit porteur (31 %): il est vrai que les privatisations et les appels à l’actionnariat populaire avaient fait l’objet d’une information et d’une promotion publicitaire dont les nationalisations n’avaient pas bénéficié. 

Cependant, la connaissance de la réalité économique a ses limites dès lors qu’elle n’est pas “enseignée”. Ainsi, l’image des noyaux durs – qui devaient vulgariser la structuration de l’actionnariat des entreprises privatisées – est restée plus que floue et majoritairement méconnue. On imagine l’effet que peut produire dans le public des discours ou des débats faisant allusion aux noyaux durs ! Une autre notion abstraite et technique, celle de la déréglementation, souffre d’une semblable obscurité. 

Si les nationalisations sont à la baisse, la planification, elle, est en chute libre dans l’esprit des Français, pour qui le mot de Plan ne correspond plus à l'”ardente obligation” dont parlait le général Pe Gaulle. Quand on pense que Michel Rocard était censé donner une nouvelle vigueur au Plan, il y a de quoi être rêveur ! En réalité, la perte d’identité du mot corrobore, ici, son déclin politique. 

La participation, autre valeur gaulliste, est perçue avec confusion quand elle n’est pas confondue avec la cogestion. Les proches du RPR gardent, plus que les autres, un souvenir de ce grand dessein qui n’est plus de saison. 

L’ancrage dans l’actualité, le rôle futur, apparaissent comme des motivations d’intérêt et de connaissance plus efficaces. Ainsi s’explique que, sous plusieurs définitions même approximatives, la perspective du marché unique européen ne soit pas occultée. Les proches de l’UDF et du RPR privilégient le contenu économique du projet, à l’encontre des proches du PC, tandis que ceux du PS et, plus encore, ceux du Front national – qui décèlent aussi et contradictoirement une menace pour l’identité nationale – y voient l’ébauche d’un Etat européen face aux Deux Grands. 

La cohabitation 

telle qu’elle est vécue 

Les mots du pur discours politique sont loin d’être les mieux compris. Quand ils entendent parler de cohabitation, 22 % des gens interrogés pensent à la vie commune sous un même toit : le phénomène sociologiquede la cohabitation prénuptiale l’emporte sur celui, plus récent, de la cohabitation politique. 

Si celui-ci n’est pas inconnu, il fait l’objet de définitions diverses à travers lesquelles il apparait que c’est dans l’environnement du PC qu’on y voit, surtout, une magouille et dans celui du RPR, une expérience limitée dans le temps. Les sensibilités proches du PS et de l’UDF se retrouvent dans la même proportion (19 %) pour entrevoir dans la cohabitation une entente sur la gestion du pays : serait-ce une indication pour la formation d’une majorité de coalition ? 

L’alternance est perçue à travers la notion de changement, de manière pas très claire, confondue marginalement avec l’alternative ou la versatilité, quand elle ne provoque pas, dans une forte proportion (26 %), le mutisme. La bipolarisation, qui fut l’un des phénomènes majeurs de la Ve République et l’un des thèmes chéris des politologues, n’a pas de signification pour 54 % des personnes interrogées; on touche là aux limites de l’aire de signification du discours politique. 

Aussitôt que l’on évoque une préoccupation dominante, la communication passe mieux. On l’avait noté avec le chômage, on le vérifie avec la notion de sécurité, pour laquelle le taux de non-réponse (7 %) est réduit. Le fait remarquable ici est que la première définition (24 %) s’exprime en termes de moyens (la police) et de protection (17 %) : on met en avant le remède plus que le diagnostic. D’autres réponses confirment ce que ce choix révèle de peur et d’angoisse. Pour 8 % des personnes interrogées, la sécurité, c’est d’avoir un travail stable, de ne pas être au chômage ! Cette seule réponse-là valait un sondage… 

Un sondage qui, au premier abord, révèle l’extraordinaire déperdition du discours politique entre son émission et sa réception. Deux remarques tempèrent, sans pour autant en atténuer toute la gravité, le constat d’une incommunicabilité si grande : d’une part, rien n’assure que seul le message politique soit concerné par cette chute du sens; d’autre part, il n’intéresse qu’une partie de l’opinion. Selon l’enquête, 15 % des personnes interrogées s’intéressent beaucoup à la politique, 35 % assez, 36 % peu, 14 % pas du tout. On ne saurait donc en rester à cette mauvaise et très relative impression. 

Ce petit test sur la culture politique des Français montre que celle-ci n’est pas faite que de mots et qu’elle se fonde sur un vécu. La communication ne passe bien que s’il y a adéquation entre les uns et l’autre, entre ce que disent les dirigeants politiques et ce que vivent leurs auditeurs. Limité à sa seule sphère, le vocabulaire du ” microcosme “, pour reprendre une image plaisante – mais dont on peut se demander désormais comment elle est perçue, – n’est pas reçu cinq sur cinq et se perd dans la confusion du bruit de fond. Une autre leçon à tirer de l’expérience est que la politique, si elle veut renouveler son langage et se faire entendre clairement, doit prendre le parti de la pédagogie plutôt que celui du brio verbal, faire comprendre son message plutôt que le marteler.

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Indispensables relations publiques

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” Les relations publiques sont de plus en plus perçues comme un outil de gestion indispensable à toute direction générale. ” Les ” RP “, comme ils s’appellent, doutaient-ils encore de leur utilité ? Plus besoin de s’interroger en tout cas après la publication d’un Livre blanc, un véritable sondage-miroir qui a été le plat de résistance des travaux cette semaine à Nantes du quatrième congrès national de l’Association française des relations publiques (AFREP). Les chiffres parlent en effet. Pour plus de 96 % des personnes interrogées, la gestion de l’image a une incidence sur le résultat de l’entreprise. Mieux, pour plus de 90 % d’entre elles – les réponses émanent pour moitié de directeurs généraux d’entreprise, – l’investissement relations publiques est rentable. Aujourd’hui, c’est net. Le capital-images ” prend une importance de plus en plus grande “, a souligné le président de l’association, M. Georges Crapet.

Leur fonction étant maintenant indiscutable, les ” RP “, baptisés aussi attachés de presse, font à leur tour leurs propres relations publiques. Le congrès, qui réunissait cent cinquante délégués (sur douze cents adhérents), en a été une occasion.

Leur profil type ? Quatre années d’études supérieures, activité de communication à l’intérieur (journal d’entreprise) et à l’extérieur (en direction des journalistes, notamment), position en prise directe avec le directeur général, profession répandue essentiellement dans les grandes sociétés, administrations ou collectivités locales (mairies, conseils généraux, chambres de commerce).

Le congrès a mis le doigt sur la qualité essentielle que les ” RP ” revendiquent pour eux-mêmes; le professionnalisme. Les relations publiques se frayent une voie étroite entre la publicité et l’information, et la relation avec le journalisme n’est pas toujours claire. ” Nous ne pourrons assumer nos responsabilités qu’en étant de véritables professionnels, qui, loin d’être de simples techniciens de la communication, seront d’abord et surtout des spécialistes de la gestion de l’image, l’image qui est devenue l’un des éléments fondamentaux du patrimoine des entreprises “, a déclaré, notamment, M. Georges Crapet, en faisant la synthèse des travaux.

En définitive, le congrès de Nantes restera sans doute celui où les professionnels des relations publiques misaient leur avenir sur la qualité.

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La deuxième génération des relations publiques

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Bordeaux. – Le troisième congrès de l’AFREP (Union des associations françaises de relations publiques) a eu lieu à Bordeaux du 25 au 27 octobre sur le thème : ” Les relations publiques, deuxième génération “.

Il s’agissait de mesurer l’évolution d’une profession née avec la guerre et de dessiner son avenir. Arrivés en France dans les bagages des grandes compagnies pétrolières américaines, les chargés de relations publiques ont subi une première adaptation à la société française. Ils étaient attachés de presse ou organisateurs de cocktails, sans formation spécifique. La deuxième génération a accédé aux postes de responsabilité, après des formations du premier, deuxième ou troisième cycle. Elle dispose même de centres de recherches et commence à être intégrée à l’état-major de l’entreprise.

La décentralisation de l’État et des grandes entreprises a aussi sécrété des postes nouveaux. En 1964, pour le premier congrès de l’AFREP, 80 % des trois cents membres travaillaient dans la région parisienne. En 1984, les deux tiers des mille trois cents membres sont des représentants de la province.

Aujourd’hui, les chefs d’entreprise ou les responsables des administrations ne considèrent plus les relations publiques comme un secteur superflu mais comme une fonction qui nécessite des gens capables de raisonner en termes de stratégie. Témoin l’un des animateurs de l’AFREP : ” L’entreprise publique tient de plus en plus un discours d’entreprise privée. Elle s’explique constamment, argumente sur sa compétitivité, et l’information oblige les gens à se tenir droits. A l’inverse, dans le privé, on tient un discours public. L’entreprise a découvert qu’elle avait une fonction sociale, et elle tient à le dire. ”

Pour les congressistes, cette double constatation autorise à parler d’une deuxième génération, et cela n’est pas un hasard si le débat le plus chaud a porté sur le secteur où ils estiment la France le plus attardée, celui de l’information interne : ” Nous nous heurtons constamment à des structures difficiles à dépasser; il ne suffit pas de nommer un directeur des relations humaines pour y parvenir. ”

Débat serré également sur le mécénat d’entreprise, considéré par les congressistes comme un secteur de grand avenir. Ils y voient un double malentendu : ” Le monde culturel a tendance à dire : donnez-nous de l’argent, on se débrouillera; tandis que les chefs d’entreprise y verraient un moyen de cacher des super-bénéfices. ” Un malentendu qui, selon eux, fait que les obstacles se trouvent beaucoup plus du côté des directions générales que du côté du fisc.

La motion finale a insisté sur la nécessité d’arriver à une plus grande rigueur de la notion de professionnalisme. Elle a montré aussi la volonté d’en finir avec l’assimilation de la profession aux “cocktails petits fours” ou à des postes que l’on pense pouvoir assumer avec le bac et deux ans de vagabondage universitaire, une bonne présentation et de solides relations.

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La communication politique vue d’en face par les concurrents

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Homme de communication par profession, M. Claude Marti a le coeur et le métier décidément à gauche. Après avoir mis l’un et l’autre au service de M. Michel Rocard et de l’actuel président de la République, il s’est vu confier la campagne du Parti socialiste pour les élections européennes.

À l’autre bord, M. Jean-Pierre Raffarin associe d’une autre façon travail et engagement. Directeur du département communication du cabinet Bernard Krief, il est aussi conseiller municipal de Poitiers et candidat, en soixante-septième position, sur la liste unie de l’opposition.

Comment l’un et l’autre voient-ils ce qui se passe ” en face ” ?

Le PS a deux atouts, juge M. Raffarin : le bénéfice d’un ” petit effet Jospin ” et les propositions faites récemment à Strasbourg par le président de la République. Le tandem Mitterrand-Jospin fonctionne, selon lui, ” au mieux ” dans une conjoncture au total bien grise pour la majorité.

Toutes les campagnes du PS sont ” un risque “, observe l’examinateur d’en face. ” Il faut ressortir les ambiguïtés pour plaire à l’électorat. ” Cette fois-ci, les ” couacs ” de la partition socialiste lui paraissent les belles phrases sur la réduction du temps de travail à trente-cinq heures et les bizarreries des relations avec les autres socialistes européens.

” Sûr de lui, pédagogue convaincu, exprimant une certitude qui n’a pas l’air de sortir de ses dogmes mais de son vécu “, M. Jospin trouve grâce aux yeux du spécialiste-adversaire. Mais attention : ” Le problème du pédagogue, c’est le risque de devenir rasoir. ”

Autre bon point : tout en s’imposant comme un ” jeune crédible “, M. Jospin a réussi à ne pas apparaître dans son propre camp comme une ” menace ” pour qui que ce soit.

La communication, c’est aussi des affiches, tradition oblige. M. Raffarin a moins d’indulgence pour cet aspect des choses. Toute la manoeuvre – la petite fille seule jouant avec les cubes de l’Europe dans une première affiche; la petite fille et Lionel Jospin, ou plutôt Jospin tout court, dans la seconde – fut ” une erreur de communication “. ” La première affiche doit interpeller, et la seconde doit répondre dans une telle opération en deux temps. Or, la première n’était pas assez forte. On était loin de Myriam : ” Demain j’enlève le haut. ” De ce fait, la seconde affiche tombe à plat. Capitaliser sur l’enfant avec les connotations affectives et récupérer cela ensuite sur le plan politique était une bonne idée politique. Mais le truc a raté à cause du manque d’impact de la première affiche. ” Au total, ” toute la campagne du PS a été axée sur la notoriété de Jospin “. Ne pas insister sur ” l’image PS ” avait un autre avantage : ” Ils avaient plus intérêt à apparaître comme la liste du président que comme celle du PS. ”

Pour M. Marti, la liste d’en face, celle de l’opposition, souffre d’une tare originelle : ” Il faut respecter le rythme et le mécanisme d’une élection, en l’occurrence la proportionnelle. L’opposition n’a pas joué le jeu de la proportionnelle. La liste unique fut une erreur de stratégie. ” Voilà pourquoi, faute d’avoir épousé le mode électoral, ” ils sont sciés “.

Le discours de Mme Veil ? ” Très honnêtement, c’est un discours impossible à tenir. ” Il se résume, somme toute, à ” quelques slogans “. En toute chose, pour M. Marti, l’opposition ” force le trait “. Prenez la question scolaire. Abusivement gonflé, le ballon-école privée ” va éclater “. Sur un dossier de ce genre où l’opposition ” techniquement n’est pas sans biscuits “, elle est obligée d’avoir recours ” à des images publicitaires “. Résultat : l’opposition ” fait en partie le travail “, elle ” ressoude la gauche “.

M. Marti n’a guère que des incrédulités face à Mme Veil, à ses amis et à leurs thèmes de campagne : ” Les socialistes nous prennent nos libertés… et tout le reste : cela ne peut pas tenir. ” Il concède que ” faire l’affiche de Simone Veil était un exercice difficile “. Mais si, telle qu’elle est représentée en photo, la tête de la tête de liste de l’opposition ” a du charme “, il n’en reste pas moins que ” cela commence à bien faire “. Autrement dit, Mme Veil a un passé politique trop riche pour ne pas apparaître comme celle qui ” est au pouvoir “. Or, ” les médias tuent les gens au pouvoir “. Au caractère de déjà (trop) vu de Mme Veil, M. Marti oppose l’image d'” homme nouveau ” de son poulain.

Pour le reste, M. Marti ne lit dans l’affiche principale de la campagne de l’opposition qu’une valeur de rappel sec de l’enjeu, sans un zeste de communication vraie. La première affiche, petite fille et chemin de mains ouvertes, est aussi ” bien faite “, mais elle n’était pas non plus le ” bon moyen “.

Pourrait-il y avoir du reste un ” bon moyen “, puisque, aux yeux de l’homme de communication du PS, à l’origine était cette funeste ” erreur de stratégie politique ” et que, pour le meilleur comme pour le pire, dans tous les cas, ” la communication suit ” ?

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Robert Badinter appelle les journalistes à “mesurer leurs responsabilités”

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Maquis et relations publiques

L’envoyé spécial permanent de l’A.F.P. en Corse, M. Jean Virebayre, a été longuement entendu par la police mardi 4 octobre après avoir assisté, seul, à une conférence de presse du Front de libération nationale de la Corse (le Monde du 5 octobre). Interpellé dans le cadre d’une enquête en flagrant délit pour reconstitution de ligue dissoute, M. Virebayre a été retenu pendant une dizaine d’heures. Cette garde à vue marque une modification des rapports entre la presse, la police et la justice dans l’île. Interrogé dès l’annonce de l’interpellation du journaliste, M. Robert Badinter, garde des sceaux, a déclaré : “Respecter absolument la liberté de la presse, c’est pour moi une évidence, mais je souhaiterais que les journalistes mesurent leurs responsabilités au regard de l’information et de la toute-puissance qu’ils détiennent sur les sensibilités et les réactions collectives.”

Lors de sa dernière conférence de presse, le Front de libération nationale de la Corse a innové. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, contrairement à toutes ses habitudes, un seul journaliste avait été convié à entendre les porte-parole du mouvement clandestin dans le maquis. Ainsi M. Virebayre, envoyé spécial permanent de l’Agence France Presse en Corse, s’est-il retrouvé face à trois hommes masqués par des cagoules blanches. Pourquoi cet honneur sélectif ? Parce qu’il y a trop de contrôles policiers dans l’île pour assurer, le voyage,, incognito de plusieurs journalistes, ont répondu les hommes en cagoule. Pourquoi lui ? Parce que l’A.F.P. est le meilleur, canal national et international de diffusion de l’information…

Pour avoir joué la prudence et pressenti le journaliste le plus “rentable”, le F.L.N.C. a attiré des ennuis à M. Virebayre. Après avoir dicté une longue dépêche à Paris et aimablement prévenu les renseignements généraux de sa randonnée nocturne au maquis, M. Virebayre a en effet été interpellé à son domicile vers 6 h 45. Placé en garde à vue, interrogé, il a été relâché à 16 heures. Les policiers ont perquisitionné chez lui et saisi un texte du F.L.N.C. de treize pages intitulé : ” Conférence de presse, octobre 1983. ”

M. Virebayre considère qu’il existe ” un gros malaise entre les journalistes, la police et la justice en Corse “. Les policiers, raconte-t-il, lui ont demandé à plusieurs reprises : ” Pourquoi avez-vous prévenu les renseignements généraux après la conférence de presse et non avant ? ” Question incompréhensible pour un journaliste. Question élémentaire pour un policier.

Depuis son apparition en 1976, le F.L.N.C. – comme la plupart des mouvements clandestins – s’efforce de maintenir des relations avec la presse. Il ne lui suffit pas de plastiquer, de tirer des coups de feu, de ” condamner à mort “. Il lui faut expliquer pourquoi. Le F.L.N.C. a toujours eu le goût des conférences de presse au maquis. Les rendez-vous secrets, les longs parcours en camionnette sur des routes sinueuses, les journalistes – bandeau sur les yeux – invités au silence, les militants en armes reliés par des talkies-walkies, sont autant de manières de démontrer à la presse sa force et son organisation.

Ainsi le F.L.N.C. peut-il faire ” passer ” son message. Comme par les interviews, accordées parcimonieusement. Comme par les communiqués adressés au quotidien la Corse-le Provençal, qui seul, parce qu’il est ” le canal habituel “, peut authentifier ses textes.

Le F.L.N.C. a besoin de la presse. La presse a besoin du F.L.N.C. parce que l’opinion publique, les forces politiques, les autorités et… les policiers ont besoin de savoir ce que pense le F.L.N.C.

Bien, sûr, les militants du Front s’adressent à des journalistes dont ils savent qu’ils respecteront le secret professionnel. Jusqu’à présent, les policiers les convoquaient après coup. Les journalistes se taisaient. Tout cela sans conséquence. Une sorte d’accord, tacite semblait passée entre journalistes et policiers.

Changement d’attitude

La garde à vue de M. Virebayre – même courte – marque un changement d’attitude des autorités. Pour la première fois depuis 1976, policiers et magistrats sont apparemment décidés à jouer ” les empêcheurs de travailler en rond “, selon l’expression de l’envoyé spécial permanent de l’A.F.P. Ou, dit autrement, policiers et magistrats semblent décidés à lutter résolument contre les nationalistes. Ils visent à l’ ” efficacité, “, Nous avons assez pris de gants, disent-ils en substance.

Dans cette optique, la garde à vue de M. Virebayre est l’un des épisodes d’une guérilla ouverte entre M. Robert Broussard, commissaire de la République chargé de la police, et certains journalistes accusés de faire de la publicité au F.L.N.C., bref, d’en être les attachés de presse. Les premiers frottements ont eu lieu en février lorsque la police et la justice demandèrent aux stations régionales de FR 3 et Radio France de diffuser les voix des assassins présumés d’André Schoch, coiffeur ajaccien, et que ces dernières refusèrent.

Depuis, M. Sampiero Sanguinetti, rédacteur en chef de FR 3 Corse, a eu l’occasion d’évoquer le climat de ” pression permanente ” qui pèse sur la presse (tensions locales, interrogatoires, saisies de films). Depuis, M. Jean-Louis Eyssartel, directeur de Radio Corse, a été inculpé de propagation de fausses nouvelles (le Monde, des 6 juillet et 14 septembre,),

Est-ce à dire qu’un journaliste ne peut plus travailler en Corse ? Non. Que la collecte des informations est devenue délicate ? Oui. La tâche des journalistes se complique en Corse à mesure que la situation se tend, insaisissable, sur fond d’attentats quotidiens et d’assassinats ” politiques ” épisodiques.

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