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Hollande s’invite ce soir dans votre poste de télé, encore une fois

Par Matthieu Deprieck , publié le 22/04/2015

48 heures après une émission spéciale sur Canal+, le chef de l’Etat remet le couvert avec une interview sur France 3 consacrée à l’Europe. Comment expliquer cette omniprésence? Difficilement, répondent deux communicants politiques.

Dimanche, François Hollande parlait à un public jeune, urbain et branché. 48 heures plus tard, il change d’auditoire. A 23h15, ce mardi, il s’exprimera sur les sujets européens dans l’émission de France 3 Avenue de l’Europe. Un programme pointu destiné à des téléspectateurs exigeants, fondus d’Union européenne.

« Dans les deux cas, il s’adresse aux élites de gauche, observe Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication politique. Mais l’angle est différent, d’abord affectif sur Canal+, ensuite sur le fond avec France 3. » C’est bien la seule cohérence que le président de MCBG Conseil décèle dans la stratégie de François Hollande : « Parler aux médias comme il le fait tous les jours dilue son message. Il fait du présentéisme médiatique. Je ne vois pas l’impact que cela peut avoir. »

Florian Silnicki, fondateur de l’agence LaFrenchCom’, n’est pas plus indulgent : « Enchaîner deux émissions aussi différentes en si peu de temps brouille son message. Quand vous vous exprimez sur autant de supports avec des messages distincts, vous prenez le risque de paraître incohérent. »

Un programme chargé en Hollande

Le 11 mars, Challenges filoutait et transformait un rendez-vous avec le chef d’Etat en entretien exclusif. Le 3 avril, le magazine Society publiait son interview présidentielle sur plusieurs pages. Le 16, François Hollande était la vedette d’un documentaire sur Jean-Marc Ayrault. Le 20, il occupait le plateau du Supplément de Canal+. Le 22, celui de France 3. Dimanche, on le verra dans Zone interdite (M6) au cours d’une plongée dans les coulisses de l’Elysée. Le mois prochain, le dessinateur Mathieu Sapin publiera une bande dessinée intitulée Le Château, un an dans les coulisses de l’Elysée. D’ici juin, le réalisateur Yves Jeuland proposera lui-aussi une immersion de plusieurs mois aux côtés du président de la République.

Sommes-nous revenus à l’époque de l’hyper-médiatisation pratiquée par Nicolas Sarkozy? « On observe deux mécanismes différents : une surprésence et une volonté de parler au-delà des audiences traditionnelles des chefs de l’Etat comme les journaux télévisés ou les prime-time sur des chaînes nationales », théorise Florian Silnicki. La parole hollandaise se fragmente tout en saturant l’espace médiatique suivant le principe suivant: un canal, un message, un public.

Hollande, « OVNI de la communication »

« Quand le président prend la parole dans les médias, il faut toujours qu’il y ait une dimension inédite, singulière, surprenante, voire exceptionnelle. Il faut trouver des formats conjuguant solennité et proximité », analysait un conseiller du chef de l’Etat dans Le Monde. C’est dans ce but qu’une caméra du Petit journal a été autorisée à filmer les minutes qui ont suivi l’enregistrement du Supplément. On y découvre un chef de l’Etat dans une discussion à bâtons rompus avec des collégiens. « Il se place dans la position du père de la Nation », juge Florian Silnicki.

Encore faut-il pouvoir tenir cette posture en toutes circonstances. « Il ne sait pas être dans l’empathie lorsqu’il se trouve dans l’exercice d’une interview en plateau. Paraître sympa dans la rue est plus facile que l’être dans un cadre formel, assène Philippe Moreau-Chevrolet, qui pose LA question : « Qui est François Hollande ? Il parle, il parle mais on ne sait toujours pas qui il est. » Si ce n’est, conclut le stratège, « un OVNI de la communication ».

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