Le renouveau de la communication militaire

News|

Les armées sont au service de la nation et lui appartiennent déclare un manuel de relations publiques qui sera adressé à tous les chefs de corps

NĂ©cessitĂ© faisant loi, il arrive que des institutions soient mises en place avant que ne soient rĂ©ellement dĂ©finies les règles de fonctionnement et instruits les hommes chargĂ©s de les animer. L’administration militaire n’a pas Ă©chappĂ© Ă  cette obligation de parer au plus pressĂ©.

De retour dans  » l’hexagone « , les remous Indochinois et algĂ©riens apaisĂ©s, les forces françaises devaient s’intĂ©grer Ă  la vie de la nation et ouvrir l’esprit de leur personnel de carrière aux problèmes les plus actuels. Tel fut, du moins, le double but qu’une dĂ©cision ministĂ©rielle de 1962 assignait Ă  l’effort de relations publiques dans les armĂ©es. La fonction d’officier de relations publiques fut alors crĂ©Ă©e Ă  plusieurs Ă©chelons du commandement.

Sans moyens humains ni financiers et sans doctrine prĂ©cise, ces officiers de relations publiques n’ont pas toujours trouvĂ© auprès de leurs Ă©tats-majors l’appui qu’ils demandaient. Certains ont eu le sentiment de n’ĂŞtre pas considĂ©rĂ©s comme des officiers Ă  part entière. D’autres estiment qu’ils occupent des postes secondaires.

Ouvrir les casernes

Il aura fallu attendre quatre ans pour voir enfin apparaĂ®tre un manuel de relations publiques dans les armĂ©es. Quatre ans après, la fonction de l’officier spĂ©cialisĂ© est ainsi codifiĂ©e.

TirĂ© Ă  deux mille exemplaires environ, cet ouvrage d’une centaine de pages est dĂ» Ă  la 2e division (Ă©tudes, armĂ©e-nation, documentation) du service d’information, d’Ă©tudes et de cinĂ©matographie des armĂ©es. Il est destinĂ© aux chefs de corps de l’armĂ©e de terre, aux commandants des bases aĂ©riennes et aux commandants des navires de guerre, et sera le brĂ©viaire de leurs officiers de relations publiques.

L’armĂ©e n’ayant rien Ă  vendre, au sens strict du terme, donc rien Ă  faire valoir, on peut s’interroger sur le sens qu’elle donne Ă  sa politique de relations publiques. Le manuel rĂ©pond en ces termes :

 » (…) Plus respectueuses de la personnalitĂ© d’autrui que la publicitĂ© ou la propagande, et en fin de compte plus ambitieuses dans leurs objectifs, les relations publiques procèdent d’un esprit particulier et d’une volontĂ© d’action. L’esprit de relations publiques est avant tout un esprit d’ouverture aux Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs, de reconnaissance de leurs caractères et de leurs prĂ©occupations propres. S’efforçant d’Ă©tablir des rapports de confiance, il informe le public de façon complète et continue sur l’ensemble de ses activitĂ©s. (…) Moins que tout autre service de l’État, les armĂ©es ne peuvent actuellement nĂ©gliger leurs relations publiques. Elles doivent, en effet, rechercher de leur propre mouvement l’harmonie avec la sociĂ©tĂ© qu’elles ont mission de servir et de dĂ©fendre.  »

On retrouve cette mĂŞme volontĂ© d’entrer en contact et d’Ă©tablir des Ă©changes avec la nation, qui a prĂ©sidĂ©, par exemple, Ă  la rĂ©daction du nouveau règlement de discipline gĂ©nĂ©rale (voir le Monde du 5 octobre). Si les casernes doivent s’ouvrir sur l’extĂ©rieur, ce ne peut plus ĂŞtre Ă  sens unique. Le manuel de relations publiques l’indique formellement :

 » (…) La mission ne doit pas ĂŞtre envisagĂ©e dans la seule prĂ©occupation de l’intĂ©rĂŞt exclusif des armĂ©es. Faire connaĂ®tre et apprĂ©cier les armĂ©es implique en effet le dialogue et la volontĂ© mutuelle de se rendre service. Les divers milieux doivent comprendre que les armĂ©es sont au service de la nation et lui appartiennent. Ils le comprendront d’autant mieux qu’ils s’apercevront que les armĂ©es ne sont pas restĂ©es indiffĂ©rentes Ă  leurs rĂ©actions, mais en ont au contraire tenu compte pour amĂ©liorer leur style et leurs mĂ©thodes d’action.  »

L’officier de relations publiques est l’animateur principal de ces Ă©changes avec la nation. (…)  » Il n’est ni un inventeur de mythes sĂ©duisants, ni un homme du monde chargĂ© de reprĂ©senter favorablement les armĂ©es dans les rĂ©unions, moins encore le membre d’un groupe de pression destinĂ© Ă  acheter la conscience des journalistes ou des reprĂ©sentants des forces vives de la nation. (…) Il lui faudra Ă©viter de se limiter aux milieux traditionnellement en relations avec les armĂ©es. Une vĂ©ritable politique de relations publiques s’adresse Ă  tous les milieux, non seulement aux milieux ouverts depuis longtemps aux armĂ©es (patronat, anciens combattants), mais aussi et surtout Ă  ceux qui lui sont le plus souvent restĂ©s fermĂ©s (syndicats, mouvements de jeunesse, milieux universitaires).  »

Le secret

Il y a, certes, des limites Ă  cette politique d’information militaire, ne serait-ce que les limites imposĂ©es Ă  la diffusion de documents  » secrets  » ou  » confidentiels « . Sur ce point, le manuel de relations publiques estime que l’ordonnance du 4 juin 1960, sur la classification et la conservation d’informations dont la divulgation est de nature Ă  nuire Ă  la dĂ©fense nationale, fait nĂ©anmoins obligation en commandement d’expliquer inlassablement les raisons de cette rĂ©glementation.

 » (…) Parallèlement, est-il encore expliquĂ©, le responsable des relations publiques ne doit jamais donner l’impression que le secret est un moyen utilisĂ© pour dissimuler une situation ou un Ă©vĂ©nement regrettable. Dans ce cas, ses interlocuteurs pourraient se croire le droit d’utiliser n’importe quel moyen pour obtenir l’information qu’ils veulent et la diffuser; la vĂ©ritĂ© finit toujours par se savoir, quels que soient les efforts dĂ©ployĂ©s pour la dissimuler.  »

Tous ceux qui se sont dĂ©jĂ  heurtĂ©s au  » pas de commentaire  » des autoritĂ©s militaires reconnaĂ®tront aisĂ©ment que ces consignes aux officiers de relations publiques sont empreintes d’un ton tout Ă  fait neuf. Au-delĂ  de la simple volontĂ© de sortir d’un isolement qui est finalement prĂ©judiciable Ă  l’ensemble de l’armĂ©e, il y a chez certains le dĂ©sir incontestable de communiquer avec le reste de la nation.

Mais, pour le réaliser pleinement, il reste beaucoup à faire. Les préventions ne proviennent pas uniquement de milieux civils réfractaires; au sein des armées, notamment à divers échelons du commandement, les résistances demeurent aussi vives.

Ce manuel ne peut pas ĂŞtre un document de travail uniquement rĂ©servĂ© aux officiers de relations publiques. Il constitue encore moins une lettre, Ă  usage interne, que des militaires – partisans de certaines novations – adresseraient Ă  d’autres militaires pour les persuader de l’intĂ©rĂŞt qu’il y a Ă  ne plus s’enfermer dans un  » ghetto  » de silence. Si tel Ă©tait le cas, l’information militaire resterait un voeu pieux. Au contraire ce manuel doit devenir une sorte de charte pour toute l’armĂ©e française.

Lire la suite →