ETUDE SUR LA COMMUNICATION POLITIQUE LORS DE LA PRESIDENTIELLE DE 1988

News|

Après l’Ă©tude sur les thèmes de campagne et les images des candidats parue dans nos Ă©ditions du 15 avril au terme d’une enquĂŞte CNRS-BVA-le Monde. Nous publions aujourd’hui une enquĂŞte sur le rĂ´le des mĂ©dias dans la campagne, rĂ©alisĂ©e Ă©galement sous l’autoritĂ© du CNRS. De quoi ont traitĂ© ces mĂ©dias ? De quoi ont parlĂ© les candidats ? Chacun croit le savoir, mais une approche quantitative et systĂ©matique du contenu des mĂ©dias peut provoquer quelques surprises. L’Ă©tude ci-dessous s’appuie sur la notion de  » fonction d’agenda des mĂ©dias « . Par fonction d’agenda, il faut entendre que, au cours d’une campagne, les mĂ©dias mettent l’accent sur certains thèmes au dĂ©triment d’autres, et dĂ©terminent ainsi partiellement les prioritĂ©s politiques. En fait, trois agendas diffĂ©rents se tĂ©lĂ©scopent dans une campagne Ă©lectorale : les prĂ©occupations de l’opinion publique, les prioritĂ©s de la tĂ©lĂ©vision et de la presse Ă©crite, les prioritĂ©s politiques des candidats. L’interaction de ces trois agendas donne Ă  la campagne son style dynamique.

Miracle ! Ils ont retrouvĂ© la parole sur l’emploi.  » Ils « , ce sont les candidats et les mĂ©dias. Une Ă©trange aphasie s’Ă©tait emparĂ©e d’eux, lors des lĂ©gislatives de mars 1986, Ă  propos de ce thème qui Ă©tait et demeure le sujet de prĂ©occupation principal des Français. Il y a deux ans, l’homme politique, interrogĂ© sur le chĂ´mage, prenait un air pĂ©nĂ©trĂ© pour affirmer qu’il s’agissait du problème le plus important Ă  rĂ©soudre (sondages obligent !), puis il passait Ă  autre chose. Que dire en effet sur un tel sujet sans mettre en danger sa crĂ©dibilitĂ© ? La gauche avait gagnĂ© en 1981 en promettant de vaincre le chĂ´mage et la droite avait exercĂ© les responsabilitĂ©s trop longtemps pour que l’oubli ait fait son oeuvre. Face Ă  la compĂ©tence Ă©conomique acquise par l’opinion publique en cinq ans et Ă  sa duretĂ© de jugement sur l’offre politique, il valait mieux adopter un profil bas. Quant aux mĂ©dias, sevrĂ©s de dĂ©clarations politiques, ils ne savaient trop sous quel angle aborder ce thème austère et peu Ă©vĂ©nementiel. RĂ©sultat : l’emploi arrivait au douzième rang des thèmes traitĂ©s par la presse Ă©crite et au septième de ceux abordĂ©s par la tĂ©lĂ©vision, au cours de la campagne lĂ©gislative (1).

Deux ans plus tard, la prĂ©occupation majeure des Français remonte dans les prioritĂ©s des mĂ©dias et des candidats (2). L’emploi se situe au quatrième rang pour la presse Ă©crite et la tĂ©lĂ©vision (tableaux 1 et 2), entre le troisième et le cinquième rang pour les trois principaux candidats (tableau 3). Que s’est-il donc passĂ© ? Pas d’amĂ©lioration des indicateurs du chĂ´mage, ni de diminution du scepticisme de l’opinion Ă  l’Ă©gard des politiques menĂ©es. Simplement, les responsables politiques ont trouvĂ© une nouvelle approche qui s’appuie sur la compĂ©tence Ă©conomique rĂ©cemment acquise par l’opinion. Cette nouvelle approche consiste Ă  associer l’emploi Ă  la formation. Notre mĂ©thode de dĂ©pouillement, qui permet de mesurer les associations de thèmes, le montre : parmi les thèmes associĂ©s Ă  celui de l’emploi, c’est celui de la formation qui domine, aussi bien Ă  la tĂ©lĂ©vision en gĂ©nĂ©ral (26,4 %) que dans les grandes Ă©missions politiques (23,2 %), et dans une moindre mesure dans la presse Ă©crite (19,6 %).

Ce changement d’approche sur l’emploi prĂ©sente un double avantage. Il permet de tenir un discours qui tout en restant rĂ©aliste n’en est pas pour autant dĂ©sespĂ©rant. Il Ă©vite de prendre des engagements prĂ©cis et datĂ©s. En outre, la formation est la seconde prĂ©occupation essentielle des Français, immĂ©diatement après l’emploi (3). Ce thème, quasiment absent de la campagne de 1986, occupe une place honorable aujourd’hui (cinquième rang Ă  la tĂ©lĂ©vision, sixième dans la presse Ă©crite). On assiste donc Ă  une meilleure prise en compte des prioritĂ©s des Français dans la campagne actuelle après le grand Ă©cart de 1986, oĂą le thème majeur de la campagne, la cohabitation, Ă©tait celui qui intĂ©ressait le moins l’opinion.

Mais ce rapprochement entre offre et demande politique ne va pas jusqu’Ă  une vĂ©ritable adĂ©quation. Au hit-parade des mĂ©dias, deux thèmes dominent, qui ne mobilisent guère les Français : la politique Ă©trangère et les institutions. Comme si les domaines rĂ©servĂ©s du chef de l’Etat, dans la Ve RĂ©publique, devenaient l’objet principal de la campagne prĂ©sidentielle.

Le 31 dĂ©cembre 1992 ressemble de plus en plus au matin du grand soir. C’est le thème europĂ©en qui propulse la politique Ă©trangère en tĂŞte des prioritĂ©s des mĂ©dias. MM. Jacques Chirac, Raymond Barre et François Mitterrand lui accordent une part significative de leurs prestations (tableau 3), en une sorte de bataille du consensus oĂą le jeu consiste Ă  se montrer plus europĂ©en que son adversaire.

La course

de chevaux

Quant aux institutions, le dĂ©bat est complexe. Il comporte unedimension rĂ©trospective Ă  propos du bien-fondĂ© de la cohabitation et une dimension prospective qui mĂŞle le rĂ´le du chef de l’Etat, la rĂ©forme de la Constitution, la dissolution de l’AssemblĂ©e et « l’Etat impartial ». L’aspect stratĂ©gique de ce dĂ©bat apparait très nettement quand on sait que le thème le plus frĂ©quemment associĂ© Ă  celui des institutions est celui de la stratĂ©gie des candidats, aussi bien Ă  la tĂ©lĂ©vision (37,1%) que dans la presse Ă©crite (40,5%).

Cette campagne n’aurait pas de contenu et les grands candidats diraient tous la mĂŞme chose? Cette Ă©tude montre au contraire que les prioritĂ©s des Français sont mieux prises en compte qu’en 1986 et qu’il existe une dynamique interne Ă  la campagne, notamment Ă  propos des institutions.

Il est vrai, en revanche, que la place accordĂ©e par les mĂ©dias Ă  l’analyse de la campagne – autrement dit Ă  la  » course de chevaux  » – est importante, en nette augmentation par rapport Ă  la campagne lĂ©gislative (tableaux 1 et 2). Cette prĂ©dominance de la tactique sur la thĂ©matique s’explique par la dĂ©claration tardive de candidature du prĂ©sident de la RĂ©publique et les supputations qu’elle a suscitĂ©es.

En attendant

Godot

En attendant Godot, les mĂ©dias se sont aussi intĂ©ressĂ©s Ă  la primaire Barre-Chirac. D’oĂą ce paradoxe : l’intĂ©rĂŞt pour la course de chevaux dĂ©cline au fur et Ă  mesure qu’on se rapproche du rĂ©sultat des courses. L’Ă©volution mensuelle de nos donnĂ©es le manifeste : la part de l’analyse de la campagne rĂ©gresse rĂ©gulièrement de janvier Ă  mars (de 38,5 % Ă  24,2 % dans la presse Ă©crite, de 40 % Ă  37 % Ă  la tĂ©lĂ©vision).

L’entrĂ©e en campagne de M. Mitterrand s’est donc traduite par une inflexion vers le contenu et les enjeux de l’Ă©lection. Ce phĂ©nomène est caractĂ©ristique du contrĂ´le sur l' » agenda  » (c’est-Ă -dire le choix et l’ordre des thèmes traitĂ©s et leur importance respective) exercĂ© par le prĂ©sident-candidat. La capacitĂ© de l’exĂ©cutif Ă  contrĂ´ler l’agenda politique est plutĂ´t classique et se retrouve Ă©galement aux Etats-Unis. La particularitĂ© de la campagne 1988 est liĂ©e Ă  l’existence d’un exĂ©cutif bicĂ©phale. Il n’y a pas eu cependant de  » guerre des thèmes  » entre le prĂ©sident et son premier ministre, du moins dans la première phase de la campagne, le dĂ©bat se situant sur des terrains communs.

Forts de leurs positions institutionnelles, les deux principaux candidats ont pesĂ© de tout leur poids sur l’agenda politique, mettant en lumière une certaine faiblesse des mĂ©dias Ă  orienter le dĂ©bat. La tĂ©lĂ©vision a une importance Ă©quivalant Ă  celle des prĂ©aux d’Ă©cole dans les annĂ©es 20 : un lieu de prise de parole, et non un agent d’orientation du dĂ©bat politique et de hiĂ©rarchisation des problèmes. Un seul enjeu a Ă©mergĂ© Ă  l’initiative de la presse Ă©crite; le rapprochement entre le RPR et l’UDF, qui se retrouve au troisième rang des prioritĂ©s de la presse Ă©crite en mars (6,7 %). Toutefois, ce thème a Ă©tĂ© vĂ©ritablement lancĂ© par la prise de position de M. Balladur (le Monde du 18 mars).

Après un interminable moment tactique, en janvier et fĂ©vrier, les trois grands candidats se sont efforcĂ©s d’occuper le mieux possible les zones de consensus. Rassembler d’abord, diverger ensuite, Ă  l’inverse de la conception traditionnelle des stratĂ©gies de campagne : les thèmes de controverse, tels que celui du vote des immigrĂ©s, commencent Ă  peine Ă  Ă©merger Ă  l’approche du premier tour de l’Ă©lection. Mais, lĂ  encore, thĂ©matique et tactique sont Ă©troitement mĂŞlĂ©es. La campagne du second tour sera peut-ĂŞtre celle des controverses majeures. * Jean-Louis Missika et Dorine Bregman sont respectivement rĂ©dacteurs en chef de la revue MĂ©dias Pouvoirs et diplĂ´mĂ©e de l’Institut d’Ă©tudes politiques de Paris. (1) J.-L. Missika et D. Bregman, la SĂ©lection des controverses politiques, in : mars 1986, la DrĂ´le de dĂ©faite de la gauche, sous la direction de E. Dupoirier et G. Grunberg, PUF 1986. (2) La mĂ©thode utilisĂ©e pour cette recherche consiste en un dĂ©pouillement systĂ©matique (entre le 4 janvier et le 31 mars et jusqu’au 7 avril pour les Ă©missions politiques) des mĂ©dias suivants : pour la presse Ă©crite : trois quoditiens, le Monde, LibĂ©ration et le Figaro; quatre hebdomadaires, le Figaro-Magazine, le Point, l’EvĂ©nement du jeudi et le Nouvel observateur, soit au total mille deux cent quatre-vingt-neuf articles. Pour la tĂ©lĂ©vision : les journaux de 20 heures sur TF1 et A2; les Ă©missions politiques de TF1, A2 et FR3 ( » Questions Ă  domicile « ,  » Le monde en face « ,  » 7 sur 7 « ,  » L’heure de vĂ©ritĂ©  » et  » Forum « ), soit cinquante-quatre heures d’Ă©mission. Seuls ont Ă©tĂ© pris en compte les articles et les sujets tĂ©lĂ©visĂ©s en relation avec la campagne Ă©lectorale. A noter que la controverse rĂ©cente sur le droit de vote des immigrĂ©s dans les Ă©lections locales n’est pas intĂ©grĂ©e dans nos donnĂ©es. Une analyse complète de la campagne sera publiĂ©e dans la brochure du Monde consacrĂ©e aux Ă©lections. (3) Sondage BVA (le Monde du 15 avril).

Lire la suite →

A PROPOS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE DE 1981 UN LIVRE DE CHRISTIAN ROLOT ET FRANCIS RAMIREZ France : l’art du dĂ©cryptage

News|

Des battements de paupières de François Mitterrand aux mouvements de mains de ses adversaires, des sourires des uns aux gestes des autres, deux universitaires ont passĂ© au crible toutes les images, volontaires ou non, de la campagne de 1981. Morale de l’histoire : une leçon de vigilance. 

SANS doute aviez-vous dĂ©jĂ  remarquĂ© les battements de cils de François Mitterrand, les chuintements de ValĂ©ry Giscard d’Estaing, les sourires-rictus de Jacques Chirac, mais ce n’est rien par rapport Ă  tout ce qu’une bonne observation de l’image tĂ©lĂ©visĂ©e peut nous apprendre, au-delĂ  des discours tenus par les hommes politiques. La phase officielle de la campagne officielle sur les ondes va permettre de le vĂ©rifier une fois de plus, sinon que nous disposerons pour l’occasion d’un mode de lecture de ces Ă©missions. 

Deux universitaires, Christian Rolot, maitre de confĂ©rences Ă  Montpellier-III, et Francis Ramirez, maitre de confĂ©rences Ă  Paris-III Sorbonne nouvelle, tous deux en poste Ă  Meknès au titre de la coopĂ©ration, ont fait un travail de fourmi en visionnant et revisionnant, pendant trois ans, les soixante-neuf Ă©missions (seize heures d’antenne) de la campagne prĂ©sidentielle de 1981, qui vit s’affronter dix candidats. 

De la masse d’observations rassemblĂ©es pour nourrir une thèse de doctorat d’Etat sur l’Ă©valuation de l’assistance des conseils en communication, ils ont tirĂ© un livre plus succinct, Ă  l’intention du grand public, intitulĂ© Choisir un prĂ©sident – vĂ©ritĂ©s et mensonges d’une image tĂ©lĂ©visuelle (1). 

Sous ce titre, ils proposent une radiographie commentĂ©e de la phase cruciale de la communication politiquemoderne. Ils s’intĂ©ressent moins – et mĂŞme pas du tout – Ă  ce que disent les candidats (et que tout le monde peut entendre) qu’Ă  ce qu’ils rĂ©vèlent malgrĂ© eux, ou cherchent Ă  cacher. Du dĂ©pouillement minutieux de l’image – la morphologie, la gestualitĂ©, les vĂŞtements, la forme du filmage des intĂ©ressĂ©s – et de l’analyse de la parole – le dĂ©bit, l’intonation, l’articulation, – il ressort une perception entièrement renouvelĂ©e de personnages que l’on croyait familiers et une technique d’observation applicable Ă  d’autres campagnes du mĂŞme genre, Ă  d’autres candidats. D’oĂą l’actualitĂ© de cette Ă©tude. 

DonnĂ©es chiffrĂ©es Ă  l’appui, il se confirme, par exemple, que François Mitterrand se caractĂ©rise par une  » agitation palpĂ©brale  » très rapide et que ce  » bĂ©gaiement oculaire  » a pour effet de voiler le regard et d’en briser la continuitĂ©. L’actuel prĂ©sident compense cela par  » un jeu de regard didactique  » qui s’impose au tĂ©lĂ©spectateur. Un expert a constatĂ©, depuis, qu’il suffisait de rĂ©duire l’Ă©clairage intensif des prises de vues pour limiter le rythme des battements de cils. De mĂŞme, pour compenser l’aspect massif et inerte de la morphologie de François Mitterrand, son rĂ©alisateur attitrĂ©, Serge Moati, avait multipliĂ© les gros plans mettant en valeur la mobilitĂ© du visage. 

Si les vĂŞtements des candidats ont tendance Ă  s’uniformiser dans le bleu neutre, leur gestualitĂ©, le dĂ©cor dont ils s’entourent, leur filmage contribuent Ă  les distinguer les uns des autres avec, toutefois, des constantes qui semblent avoir une signification politique. A gauche, oĂą l’expressivitĂ© est plus vive, on note un changement plus rapide des plans, tandis qu’Ă  droite il y a plus de lenteur et de fixitĂ©. Les reprĂ©sentants des partis du mouvement ont les mains jointes et les doigts entrecroisĂ©s, ceux des partis de l’ordre ont les mains posĂ©es Ă  plat sur la table. Les candidates sont plus souriantes et moins officielles que ces messieurs. Il y a comme cela bien d’autres signes chargĂ©s de sens qui s’Ă©chappent de l’Ă©cran. 

Mensonges de la parole, 

mensonges du comportement 

Quelles leçons tirer de ce travail pour l’actuelle campagne prĂ©sidentielle ? Christian Rolot et Francis Ramirez accueillent la question avec prudence.  » Ce que nous avons globalement constatĂ©, dĂ©clare le premier, c’est l’uniformisation induite, pendant le dĂ©roulement de la campagne, par le mĂ©dium. L’obligation de se plonger dans le bain tĂ©lĂ©visuel, qui est très fortement ressentie par les intĂ©ressĂ©s, tend ainsi Ă  dessiner une sorte de candidat-type.  » 

 » Parallèlement, poursuit-il, la tĂ©lĂ©vision rĂ©vèle chaque individu plus qu’il ne le croit, et ceux qui essaient de contrefaire leur nature passent mal Ă  l’Ă©cran; il arrive un moment oĂą leur vĂ©ritĂ© cachĂ©e Ă©clate, avec le risque de porter atteinte Ă  la sincĂ©ritĂ© de tout le discours.  » Selon Francis Ramirez,  » quand quelqu’un est mal Ă  l’aise, c’est que, quelque part, il ment. Il y a des mensonges de la parole et des mensonges du comportement, ces derniers pouvant ĂŞtre plus graves que les autres.  » 

Les deux auteurs considèrent que l’assistance des conseillers en communication repose sur une connaissance empirique et intuitive. Elle est limitĂ©e, car les hommes politiques ne sauraient avoir la plasticitĂ© des acteurs. Ne fonctionne bien que ce qui va dans le sens de leur personnalitĂ©. Et il arrive que leurs dĂ©fauts, du point de vue de la communication, jouent Ă  leur profit, comme  » naturels « , pour peu qu’ils s’expriment avec constance : c’est ce qui est apparu avec François Mitterrand, dont l’inadĂ©quation tĂ©lĂ©gĂ©nique est devenue familière en 1981, tandis qu’en face se grippait la belle machine de communication qu’incarnait ValĂ©ry Giscard d’Estaing. 

Le danger d’une assistance promotionnelle est de privilĂ©gier le look sur le fond, de transformer le mode d’adhĂ©sion. Nos deux auteurs notent, dans leur livre sur la campagne de 1981 :  » Les deux grands rivaux de cette campagne sont plus ou moins ouvertement montrĂ©s comme des sĂ©ducteurs : dans tous les cas, le pouvoir – actuel ou potentiel – est digne d’ĂŞtre aimĂ©.  » 

Le danger est effectivement que l’opinion sur celui qui revendique de hautes responsabilitĂ©s se forme de moins en moins sur ce qu’il dit et de plus en plus sur son image.  » Il est d’autant plus rĂ©el, estime Francis Ramirez, que la lecture tĂ©lĂ©visuelle est plus passive : elle ne laisse, dans son dĂ©roulement, ni le temps de s’arrĂŞter ni la possibilitĂ© de revenir en arrière; on est dĂ©sarmĂ©.  » Les deux auteurs en donnent pour preuve leurs propres dĂ©couvertes. En revisionnant des Ă©missions, ils ont remarquĂ© que l’apparente rĂ©action spontanĂ©e de ValĂ©ry Giscard d’Estaing au cours d’un entretien avec un journaliste avait Ă©tĂ© soigneusement prĂ©parĂ©e, comme le rĂ©vĂ©lait la structure de l’Ă©mission, sans que cela soit forcĂ©ment perceptible au premier abord; dans un autre cas de figure, ils ont relevĂ© que Georges Marchais prĂ©tendait qu’il Ă©tait le seul Ă  parler des  » profits  » : vĂ©rification faite, non seulement d’autres candidats avaient utilisĂ© ce mot, mais, en plus, lui-mĂŞme ne l’avait jamais employĂ© ! 

Cela Ă©tant, il n’y a pas, reconnaissent Christian Rolot et Francis Ramirez, de recette simple pour distinguer les vĂ©ritĂ©s des mensonges de l’image tĂ©lĂ©visuelle. Il faut de la vigilance personnelle et, sans doute, une culture que l’on pourrait acquĂ©rir :  » On devrait apprendre Ă  l’Ă©cole, au lycĂ©e, disent-ils, la lecture de l’image, comme on le fait dĂ©jĂ  pour la lecture du journal.  » En attendant, leur contribution au dĂ©cryptage de la communication politique tĂ©lĂ©visĂ©e fournit des Ă©lĂ©ments d’apprentissage prĂ©cieux Ă  ceux qui reçoivent le message et, aussi, Ă  ceux qui l’Ă©mettent.

Lire la suite →

La politique et les mots pour la dire : communication politique

News|

« ChĂ´mage », « noyaux durs », « plan », « cohabitation »… Comment les Français entendent-ils le discours politique ? Quel est l’Ă©cart entre la rĂ©alitĂ© et les mots pour la dire ? C’est Ă  ces questions que rĂ©pond le sondage rĂ©alisĂ© par IPSOS pour le Monde. 

La campagne prĂ©cĂ©dant l’Ă©lection prĂ©sidentielle constitue l’une des plus intenses pĂ©riodes de la communication politique. Elle fournit, sur un plateau, l’occasion de s’interroger sur la portĂ©e mĂ©diatique du dĂ©bat dĂ©mocratique, sur la manière dont le message passe dans l’opinion. C’est pour tenter de rĂ©pondre, fĂ»t-ce partiellement, Ă  cette question que le Monde et la sociĂ©tĂ© IPSOS ont procĂ©dĂ© Ă  un sondage inhabituel sur la culture politique des Français Ă  partir d’une vingtaine de mots-clĂ©s de la confrontation prĂ©Ă©lectorale qui doit dĂ©boucher sur le choix, dĂ©cisif dans nos institutions, du prĂ©sident de la RĂ©publique. 

Inhabituelle, cette enquĂŞte l’est surtout par la dĂ©marche qui l’inspire et la mĂ©thode sur laquelle elle s’appuie. Celle-ci consiste Ă  solliciter, par le biais de questions ouvertes, non un choix parmi plusieurs solutions proposĂ©es, mais une rĂ©ponse spontanĂ©e et personnelle. La libertĂ© ainsi laissĂ©e aux personnes interrogĂ©es se traduit par une grande diversitĂ© dans l’Ă©ventail des rĂ©ponses qu’elles donnent pour chacun des vingt mots retenus dans le vocabulaire politique. Ceux-ci ne sont pas compris, il s’en faut, de la mĂŞme façon par tout le monde, mais, si variĂ©es que soient les rĂ©ponses, il est possible de les classer par groupes de significations proches. 

Dans la prĂ©sentation des rĂ©sultats partiels de l’enquĂŞte que l’on trouvera ci-dessous, nous n’avons conservĂ© que les dĂ©finitions dominantes, celles que renvoie notamment une proportion significative de l’Ă©chantillon de la population. 

Avant mĂŞme la diversitĂ©, voire la fantaisie, des rĂ©ponses, ce qui retient l’attention, c’est l’Ă©chelle des non-rĂ©ponses qui Ă©tablit, Ă  l’envers, une sorte de palmarès de l’incomprĂ©hension du dĂ©bat politique et, en quelque sorte, la frontière de la non-communication. Il y a des mots-messages du discours ambiant qui ne sont pas reçus par une grande partie de l’opinion, ou qui ne lui disent rien, ou, encore, qui ont perdu leur signification. 

Ce sont, soit des notions abstraites, thĂ©oriques, relatives au fonctionnement du système (bipolarisation, Etat-providence, alternance), soit des termes du vocabulaire technique de l’Ă©conomie (noyau dur, dĂ©rĂ©glementation). 

En revanche, il y a des mots qui parlent d’eux-mĂŞmes, soit parce qu’ils correspondent Ă  des prĂ©occupations fortes de la population, comme le confirment tous les sondages, tels les termes de chĂ´mage, sĂ©curitĂ©, acquis sociaux, fiscalitĂ©, soit parce que ce sont des mĂ©taphores prĂ©sentes au coeur du dĂ©bat politique, telle la cohabitation, et qui ont d’autres connotations. On obtient, ainsi, des dĂ©finitions de proximitĂ©, très concrètes et rĂ©vĂ©latrices, comme on le verra, et des dĂ©finitions d’imprĂ©gnation donnant lieu Ă  des reprĂ©sentations inattendues. 

Le SIDA 

de la société 

A 1 % près, tout le monde a son idĂ©e sur le chĂ´mage. On ne s’en Ă©tonnera pas s’agissant d’un flĂ©au durement ressenti et sur lequel ont butĂ© plusieurs mĂ©decines successives. L’Ă©ventail des rĂ©ponses se caractĂ©rise par la proportion de celles d’entre elles qui prennent la forme d’un simple constat : le chĂ´mage, c’est de se trouver sans travail (26 %) ou de ne pas obtenir un emploi (6 %). 

Presque aussi importante est la proportion des réponses qui, au-delà de la prise en compte à froid du problème, en soulignent la dimension dramatique : une catastrophe, un cataclysme (18 %), un mal de civilisation, le SIDA de la société (11 %). Les proches du PC (24 %) et du RPR (22 %) sont particulièrement sensibles à cette vision dramatique. 

D’autres groupes de rĂ©ponses apprĂ©hendent le problème Ă  travers ses consĂ©quences humaines et sociales (pauvretĂ©, misère, avenir bouchĂ© pour les jeunes, exclusion sociale, perte de dignitĂ©, angoisse). A noter que l’imputation aux immigrĂ©s de la responsabilitĂ© du chĂ´mage n’obtient aucun crĂ©dit. 

Si l’on reste dans le domaine social, les dĂ©finitions donnĂ©es pour cerner le contenu des « acquis sociaux » se rĂ©partissent en deux grands groupes. Le premier rassemble les rĂ©ponses privilĂ©giant la fonction d’assistance : SĂ©curitĂ© sociale, allocations familiales, santĂ© gratuite, « ce que l’on reçoit en bien de l’Etat ». Ce genre de dĂ©finition a la faveur des proches du RPR (26 %) et de l’UDF (21 %), plus que de la gauche, et trouve un bon Ă©cho auprès des personnes peu intĂ©ressĂ©es par la politique. 

Le second groupe de rĂ©ponses dĂ©finit les acquis sociaux en termes de conquĂŞtes, obtenues par la lutte sociale et Ă  dĂ©fendre contre les menaces qui pèsent sur eux. Les sensibilitĂ©s de gauche mais aussi celle du Front national s’expriment ici plus nettement, de mĂŞme que les personnes qui s’intĂ©ressent Ă  la politique. D’autres groupes de dĂ©finitions mettent en valeur les Ă©lĂ©ments du pouvoir d’achat ou, pour 8 %, ce qui Ă©loigne du travail (congĂ©s, retraite, semaine de 39 heures). 

Il y a une bonne perception globale de la notion de  » traitement social du chĂ´mage  » qui fait partie, dans sa complexitĂ©, de notre environnement quotidien. Les jugements nĂ©gatifs, relativement peu nombreux, rĂ©vèlent un sentiment de scepticisme ou de suspicion, ce dernier s’exprimant pareillement chez les proches du PC et du Front national. En revanche, l’expression, plus anglo-saxonne que française, d’Etat-providence reste vague quand on lui prĂŞte un sens, tantĂ´t nĂ©gatif, tantĂ´t positif. 

Célébrité des petits 

porteurs et méconnaissance 

des noyaux durs 

Au cours du septennat mouvementĂ© qui s’achève, bien des batailles se sont livrĂ©es sur le terrain de l’Ă©conomie. Que l’on songe, par exemple, au couple nationalisation-privatisation ! A travers la perception de ces deux mots, on mesure bien l’Ă©loignement dans le temps de ces rĂ©formes contradictoires mais, surtout, l’effacement de la signification de la première par rapport Ă  la bonne tenue, pour employer le langage des boursiers, de la seconde. 

Dispersion des rĂ©ponses dans un cas, alors que, dans l’autre, une dĂ©finition simple et correcte obtient, avec 31 %, l’un des plus forts pourcentages de l’enquĂŞte. Succès identique de la perception de la notion de petit porteur (31 %): il est vrai que les privatisations et les appels Ă  l’actionnariat populaire avaient fait l’objet d’une information et d’une promotion publicitaire dont les nationalisations n’avaient pas bĂ©nĂ©ficiĂ©. 

Cependant, la connaissance de la rĂ©alitĂ© Ă©conomique a ses limites dès lors qu’elle n’est pas « enseignĂ©e ». Ainsi, l’image des noyaux durs – qui devaient vulgariser la structuration de l’actionnariat des entreprises privatisĂ©es – est restĂ©e plus que floue et majoritairement mĂ©connue. On imagine l’effet que peut produire dans le public des discours ou des dĂ©bats faisant allusion aux noyaux durs ! Une autre notion abstraite et technique, celle de la dĂ©rĂ©glementation, souffre d’une semblable obscuritĂ©. 

Si les nationalisations sont Ă  la baisse, la planification, elle, est en chute libre dans l’esprit des Français, pour qui le mot de Plan ne correspond plus Ă  l' »ardente obligation » dont parlait le gĂ©nĂ©ral Pe Gaulle. Quand on pense que Michel Rocard Ă©tait censĂ© donner une nouvelle vigueur au Plan, il y a de quoi ĂŞtre rĂŞveur ! En rĂ©alitĂ©, la perte d’identitĂ© du mot corrobore, ici, son dĂ©clin politique. 

La participation, autre valeur gaulliste, est perçue avec confusion quand elle n’est pas confondue avec la cogestion. Les proches du RPR gardent, plus que les autres, un souvenir de ce grand dessein qui n’est plus de saison. 

L’ancrage dans l’actualitĂ©, le rĂ´le futur, apparaissent comme des motivations d’intĂ©rĂŞt et de connaissance plus efficaces. Ainsi s’explique que, sous plusieurs dĂ©finitions mĂŞme approximatives, la perspective du marchĂ© unique europĂ©en ne soit pas occultĂ©e. Les proches de l’UDF et du RPR privilĂ©gient le contenu Ă©conomique du projet, Ă  l’encontre des proches du PC, tandis que ceux du PS et, plus encore, ceux du Front national – qui dĂ©cèlent aussi et contradictoirement une menace pour l’identitĂ© nationale – y voient l’Ă©bauche d’un Etat europĂ©en face aux Deux Grands. 

La cohabitation 

telle qu’elle est vĂ©cue 

Les mots du pur discours politique sont loin d’ĂŞtre les mieux compris. Quand ils entendent parler de cohabitation, 22 % des gens interrogĂ©s pensent Ă  la vie commune sous un mĂŞme toit : le phĂ©nomène sociologiquede la cohabitation prĂ©nuptiale l’emporte sur celui, plus rĂ©cent, de la cohabitation politique. 

Si celui-ci n’est pas inconnu, il fait l’objet de dĂ©finitions diverses Ă  travers lesquelles il apparait que c’est dans l’environnement du PC qu’on y voit, surtout, une magouille et dans celui du RPR, une expĂ©rience limitĂ©e dans le temps. Les sensibilitĂ©s proches du PS et de l’UDF se retrouvent dans la mĂŞme proportion (19 %) pour entrevoir dans la cohabitation une entente sur la gestion du pays : serait-ce une indication pour la formation d’une majoritĂ© de coalition ? 

L’alternance est perçue Ă  travers la notion de changement, de manière pas très claire, confondue marginalement avec l’alternative ou la versatilitĂ©, quand elle ne provoque pas, dans une forte proportion (26 %), le mutisme. La bipolarisation, qui fut l’un des phĂ©nomènes majeurs de la Ve RĂ©publique et l’un des thèmes chĂ©ris des politologues, n’a pas de signification pour 54 % des personnes interrogĂ©es; on touche lĂ  aux limites de l’aire de signification du discours politique. 

AussitĂ´t que l’on Ă©voque une prĂ©occupation dominante, la communication passe mieux. On l’avait notĂ© avec le chĂ´mage, on le vĂ©rifie avec la notion de sĂ©curitĂ©, pour laquelle le taux de non-rĂ©ponse (7 %) est rĂ©duit. Le fait remarquable ici est que la première dĂ©finition (24 %) s’exprime en termes de moyens (la police) et de protection (17 %) : on met en avant le remède plus que le diagnostic. D’autres rĂ©ponses confirment ce que ce choix rĂ©vèle de peur et d’angoisse. Pour 8 % des personnes interrogĂ©es, la sĂ©curitĂ©, c’est d’avoir un travail stable, de ne pas ĂŞtre au chĂ´mage ! Cette seule rĂ©ponse-lĂ  valait un sondage… 

Un sondage qui, au premier abord, rĂ©vèle l’extraordinaire dĂ©perdition du discours politique entre son Ă©mission et sa rĂ©ception. Deux remarques tempèrent, sans pour autant en attĂ©nuer toute la gravitĂ©, le constat d’une incommunicabilitĂ© si grande : d’une part, rien n’assure que seul le message politique soit concernĂ© par cette chute du sens; d’autre part, il n’intĂ©resse qu’une partie de l’opinion. Selon l’enquĂŞte, 15 % des personnes interrogĂ©es s’intĂ©ressent beaucoup Ă  la politique, 35 % assez, 36 % peu, 14 % pas du tout. On ne saurait donc en rester Ă  cette mauvaise et très relative impression. 

Ce petit test sur la culture politique des Français montre que celle-ci n’est pas faite que de mots et qu’elle se fonde sur un vĂ©cu. La communication ne passe bien que s’il y a adĂ©quation entre les uns et l’autre, entre ce que disent les dirigeants politiques et ce que vivent leurs auditeurs. LimitĂ© Ă  sa seule sphère, le vocabulaire du  » microcosme « , pour reprendre une image plaisante – mais dont on peut se demander dĂ©sormais comment elle est perçue, – n’est pas reçu cinq sur cinq et se perd dans la confusion du bruit de fond. Une autre leçon Ă  tirer de l’expĂ©rience est que la politique, si elle veut renouveler son langage et se faire entendre clairement, doit prendre le parti de la pĂ©dagogie plutĂ´t que celui du brio verbal, faire comprendre son message plutĂ´t que le marteler.

Lire la suite →

Indispensables relations publiques

News|

 » Les relations publiques sont de plus en plus perçues comme un outil de gestion indispensable Ă  toute direction gĂ©nĂ©rale.  » Les  » RP « , comme ils s’appellent, doutaient-ils encore de leur utilitĂ© ? Plus besoin de s’interroger en tout cas après la publication d’un Livre blanc, un vĂ©ritable sondage-miroir qui a Ă©tĂ© le plat de rĂ©sistance des travaux cette semaine Ă  Nantes du quatrième congrès national de l’Association française des relations publiques (AFREP). Les chiffres parlent en effet. Pour plus de 96 % des personnes interrogĂ©es, la gestion de l’image a une incidence sur le rĂ©sultat de l’entreprise. Mieux, pour plus de 90 % d’entre elles – les rĂ©ponses Ă©manent pour moitiĂ© de directeurs gĂ©nĂ©raux d’entreprise, – l’investissement relations publiques est rentable. Aujourd’hui, c’est net. Le capital-images  » prend une importance de plus en plus grande « , a soulignĂ© le prĂ©sident de l’association, M. Georges Crapet.

Leur fonction étant maintenant indiscutable, les  » RP « , baptisés aussi attachés de presse, font à leur tour leurs propres relations publiques. Le congrès, qui réunissait cent cinquante délégués (sur douze cents adhérents), en a été une occasion.

Leur profil type ? Quatre annĂ©es d’Ă©tudes supĂ©rieures, activitĂ© de communication Ă  l’intĂ©rieur (journal d’entreprise) et Ă  l’extĂ©rieur (en direction des journalistes, notamment), position en prise directe avec le directeur gĂ©nĂ©ral, profession rĂ©pandue essentiellement dans les grandes sociĂ©tĂ©s, administrations ou collectivitĂ©s locales (mairies, conseils gĂ©nĂ©raux, chambres de commerce).

Le congrès a mis le doigt sur la qualitĂ© essentielle que les  » RP  » revendiquent pour eux-mĂŞmes; le professionnalisme. Les relations publiques se frayent une voie Ă©troite entre la publicitĂ© et l’information, et la relation avec le journalisme n’est pas toujours claire.  » Nous ne pourrons assumer nos responsabilitĂ©s qu’en Ă©tant de vĂ©ritables professionnels, qui, loin d’ĂŞtre de simples techniciens de la communication, seront d’abord et surtout des spĂ©cialistes de la gestion de l’image, l’image qui est devenue l’un des Ă©lĂ©ments fondamentaux du patrimoine des entreprises « , a dĂ©clarĂ©, notamment, M. Georges Crapet, en faisant la synthèse des travaux.

En définitive, le congrès de Nantes restera sans doute celui où les professionnels des relations publiques misaient leur avenir sur la qualité.

Lire la suite →

La deuxième génération des relations publiques

News|

Bordeaux. – Le troisième congrès de l’AFREP (Union des associations françaises de relations publiques) a eu lieu Ă  Bordeaux du 25 au 27 octobre sur le thème :  » Les relations publiques, deuxième gĂ©nĂ©ration « .

Il s’agissait de mesurer l’Ă©volution d’une profession nĂ©e avec la guerre et de dessiner son avenir. ArrivĂ©s en France dans les bagages des grandes compagnies pĂ©trolières amĂ©ricaines, les chargĂ©s de relations publiques ont subi une première adaptation Ă  la sociĂ©tĂ© française. Ils Ă©taient attachĂ©s de presse ou organisateurs de cocktails, sans formation spĂ©cifique. La deuxième gĂ©nĂ©ration a accĂ©dĂ© aux postes de responsabilitĂ©, après des formations du premier, deuxième ou troisième cycle. Elle dispose mĂŞme de centres de recherches et commence Ă  ĂŞtre intĂ©grĂ©e Ă  l’Ă©tat-major de l’entreprise.

La dĂ©centralisation de l’État et des grandes entreprises a aussi sĂ©crĂ©tĂ© des postes nouveaux. En 1964, pour le premier congrès de l’AFREP, 80 % des trois cents membres travaillaient dans la rĂ©gion parisienne. En 1984, les deux tiers des mille trois cents membres sont des reprĂ©sentants de la province.

Aujourd’hui, les chefs d’entreprise ou les responsables des administrations ne considèrent plus les relations publiques comme un secteur superflu mais comme une fonction qui nĂ©cessite des gens capables de raisonner en termes de stratĂ©gie. TĂ©moin l’un des animateurs de l’AFREP :  » L’entreprise publique tient de plus en plus un discours d’entreprise privĂ©e. Elle s’explique constamment, argumente sur sa compĂ©titivitĂ©, et l’information oblige les gens Ă  se tenir droits. A l’inverse, dans le privĂ©, on tient un discours public. L’entreprise a dĂ©couvert qu’elle avait une fonction sociale, et elle tient Ă  le dire.  »

Pour les congressistes, cette double constatation autorise Ă  parler d’une deuxième gĂ©nĂ©ration, et cela n’est pas un hasard si le dĂ©bat le plus chaud a portĂ© sur le secteur oĂą ils estiment la France le plus attardĂ©e, celui de l’information interne :  » Nous nous heurtons constamment Ă  des structures difficiles Ă  dĂ©passer; il ne suffit pas de nommer un directeur des relations humaines pour y parvenir.  »

DĂ©bat serrĂ© Ă©galement sur le mĂ©cĂ©nat d’entreprise, considĂ©rĂ© par les congressistes comme un secteur de grand avenir. Ils y voient un double malentendu :  » Le monde culturel a tendance Ă  dire : donnez-nous de l’argent, on se dĂ©brouillera; tandis que les chefs d’entreprise y verraient un moyen de cacher des super-bĂ©nĂ©fices.  » Un malentendu qui, selon eux, fait que les obstacles se trouvent beaucoup plus du cĂ´tĂ© des directions gĂ©nĂ©rales que du cĂ´tĂ© du fisc.

La motion finale a insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© d’arriver Ă  une plus grande rigueur de la notion de professionnalisme. Elle a montrĂ© aussi la volontĂ© d’en finir avec l’assimilation de la profession aux « cocktails petits fours » ou Ă  des postes que l’on pense pouvoir assumer avec le bac et deux ans de vagabondage universitaire, une bonne prĂ©sentation et de solides relations.

Lire la suite →

La communication politique vue d’en face par les concurrents

News|

Homme de communication par profession, M. Claude Marti a le coeur et le mĂ©tier dĂ©cidĂ©ment Ă  gauche. Après avoir mis l’un et l’autre au service de M. Michel Rocard et de l’actuel prĂ©sident de la RĂ©publique, il s’est vu confier la campagne du Parti socialiste pour les Ă©lections europĂ©ennes.

Ă€ l’autre bord, M. Jean-Pierre Raffarin associe d’une autre façon travail et engagement. Directeur du dĂ©partement communication du cabinet Bernard Krief, il est aussi conseiller municipal de Poitiers et candidat, en soixante-septième position, sur la liste unie de l’opposition.

Comment l’un et l’autre voient-ils ce qui se passe  » en face  » ?

Le PS a deux atouts, juge M. Raffarin : le bĂ©nĂ©fice d’un  » petit effet Jospin  » et les propositions faites rĂ©cemment Ă  Strasbourg par le prĂ©sident de la RĂ©publique. Le tandem Mitterrand-Jospin fonctionne, selon lui,  » au mieux  » dans une conjoncture au total bien grise pour la majoritĂ©.

Toutes les campagnes du PS sont  » un risque « , observe l’examinateur d’en face.  » Il faut ressortir les ambiguĂŻtĂ©s pour plaire Ă  l’Ă©lectorat.  » Cette fois-ci, les  » couacs  » de la partition socialiste lui paraissent les belles phrases sur la rĂ©duction du temps de travail Ă  trente-cinq heures et les bizarreries des relations avec les autres socialistes europĂ©ens.

 » SĂ»r de lui, pĂ©dagogue convaincu, exprimant une certitude qui n’a pas l’air de sortir de ses dogmes mais de son vĂ©cu « , M. Jospin trouve grâce aux yeux du spĂ©cialiste-adversaire. Mais attention :  » Le problème du pĂ©dagogue, c’est le risque de devenir rasoir.  »

Autre bon point : tout en s’imposant comme un  » jeune crĂ©dible « , M. Jospin a rĂ©ussi Ă  ne pas apparaĂ®tre dans son propre camp comme une  » menace  » pour qui que ce soit.

La communication, c’est aussi des affiches, tradition oblige. M. Raffarin a moins d’indulgence pour cet aspect des choses. Toute la manoeuvre – la petite fille seule jouant avec les cubes de l’Europe dans une première affiche; la petite fille et Lionel Jospin, ou plutĂ´t Jospin tout court, dans la seconde – fut  » une erreur de communication « .  » La première affiche doit interpeller, et la seconde doit rĂ©pondre dans une telle opĂ©ration en deux temps. Or, la première n’Ă©tait pas assez forte. On Ă©tait loin de Myriam :  » Demain j’enlève le haut.  » De ce fait, la seconde affiche tombe Ă  plat. Capitaliser sur l’enfant avec les connotations affectives et rĂ©cupĂ©rer cela ensuite sur le plan politique Ă©tait une bonne idĂ©e politique. Mais le truc a ratĂ© Ă  cause du manque d’impact de la première affiche.  » Au total,  » toute la campagne du PS a Ă©tĂ© axĂ©e sur la notoriĂ©tĂ© de Jospin « . Ne pas insister sur  » l’image PS  » avait un autre avantage :  » Ils avaient plus intĂ©rĂŞt Ă  apparaĂ®tre comme la liste du prĂ©sident que comme celle du PS.  »

Pour M. Marti, la liste d’en face, celle de l’opposition, souffre d’une tare originelle :  » Il faut respecter le rythme et le mĂ©canisme d’une Ă©lection, en l’occurrence la proportionnelle. L’opposition n’a pas jouĂ© le jeu de la proportionnelle. La liste unique fut une erreur de stratĂ©gie.  » VoilĂ  pourquoi, faute d’avoir Ă©pousĂ© le mode Ă©lectoral,  » ils sont sciĂ©s « .

Le discours de Mme Veil ?  » Très honnĂŞtement, c’est un discours impossible Ă  tenir.  » Il se rĂ©sume, somme toute, Ă   » quelques slogans « . En toute chose, pour M. Marti, l’opposition  » force le trait « . Prenez la question scolaire. Abusivement gonflĂ©, le ballon-Ă©cole privĂ©e  » va Ă©clater « . Sur un dossier de ce genre oĂą l’opposition  » techniquement n’est pas sans biscuits « , elle est obligĂ©e d’avoir recours  » Ă  des images publicitaires « . RĂ©sultat : l’opposition  » fait en partie le travail « , elle  » ressoude la gauche « .

M. Marti n’a guère que des incrĂ©dulitĂ©s face Ă  Mme Veil, Ă  ses amis et Ă  leurs thèmes de campagne :  » Les socialistes nous prennent nos libertĂ©s… et tout le reste : cela ne peut pas tenir.  » Il concède que  » faire l’affiche de Simone Veil Ă©tait un exercice difficile « . Mais si, telle qu’elle est reprĂ©sentĂ©e en photo, la tĂŞte de la tĂŞte de liste de l’opposition  » a du charme « , il n’en reste pas moins que  » cela commence Ă  bien faire « . Autrement dit, Mme Veil a un passĂ© politique trop riche pour ne pas apparaĂ®tre comme celle qui  » est au pouvoir « . Or,  » les mĂ©dias tuent les gens au pouvoir « . Au caractère de dĂ©jĂ  (trop) vu de Mme Veil, M. Marti oppose l’image d' » homme nouveau  » de son poulain.

Pour le reste, M. Marti ne lit dans l’affiche principale de la campagne de l’opposition qu’une valeur de rappel sec de l’enjeu, sans un zeste de communication vraie. La première affiche, petite fille et chemin de mains ouvertes, est aussi  » bien faite « , mais elle n’Ă©tait pas non plus le  » bon moyen « .

Pourrait-il y avoir du reste un  » bon moyen « , puisque, aux yeux de l’homme de communication du PS, Ă  l’origine Ă©tait cette funeste  » erreur de stratĂ©gie politique  » et que, pour le meilleur comme pour le pire, dans tous les cas,  » la communication suit  » ?

Lire la suite →

Robert Badinter appelle les journalistes à « mesurer leurs responsabilités »

News|

Maquis et relations publiques

L’envoyĂ© spĂ©cial permanent de l’A.F.P. en Corse, M. Jean Virebayre, a Ă©tĂ© longuement entendu par la police mardi 4 octobre après avoir assistĂ©, seul, Ă  une confĂ©rence de presse du Front de libĂ©ration nationale de la Corse (le Monde du 5 octobre). InterpellĂ© dans le cadre d’une enquĂŞte en flagrant dĂ©lit pour reconstitution de ligue dissoute, M. Virebayre a Ă©tĂ© retenu pendant une dizaine d’heures. Cette garde Ă  vue marque une modification des rapports entre la presse, la police et la justice dans l’Ă®le. InterrogĂ© dès l’annonce de l’interpellation du journaliste, M. Robert Badinter, garde des sceaux, a dĂ©clarĂ© : « Respecter absolument la libertĂ© de la presse, c’est pour moi une Ă©vidence, mais je souhaiterais que les journalistes mesurent leurs responsabilitĂ©s au regard de l’information et de la toute-puissance qu’ils dĂ©tiennent sur les sensibilitĂ©s et les rĂ©actions collectives. »

Lors de sa dernière confĂ©rence de presse, le Front de libĂ©ration nationale de la Corse a innovĂ©. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, contrairement Ă  toutes ses habitudes, un seul journaliste avait Ă©tĂ© conviĂ© Ă  entendre les porte-parole du mouvement clandestin dans le maquis. Ainsi M. Virebayre, envoyĂ© spĂ©cial permanent de l’Agence France Presse en Corse, s’est-il retrouvĂ© face Ă  trois hommes masquĂ©s par des cagoules blanches. Pourquoi cet honneur sĂ©lectif ? Parce qu’il y a trop de contrĂ´les policiers dans l’Ă®le pour assurer, le voyage,, incognito de plusieurs journalistes, ont rĂ©pondu les hommes en cagoule. Pourquoi lui ? Parce que l’A.F.P. est le meilleur, canal national et international de diffusion de l’information…

Pour avoir joué la prudence et pressenti le journaliste le plus « rentable », le F.L.N.C. a attiré des ennuis à M. Virebayre. Après avoir dicté une longue dépêche à Paris et aimablement prévenu les renseignements généraux de sa randonnée nocturne au maquis, M. Virebayre a en effet été interpellé à son domicile vers 6 h 45. Placé en garde à vue, interrogé, il a été relâché à 16 heures. Les policiers ont perquisitionné chez lui et saisi un texte du F.L.N.C. de treize pages intitulé :  » Conférence de presse, octobre 1983.  »

M. Virebayre considère qu’il existe  » un gros malaise entre les journalistes, la police et la justice en Corse « . Les policiers, raconte-t-il, lui ont demandĂ© Ă  plusieurs reprises :  » Pourquoi avez-vous prĂ©venu les renseignements gĂ©nĂ©raux après la confĂ©rence de presse et non avant ?  » Question incomprĂ©hensible pour un journaliste. Question Ă©lĂ©mentaire pour un policier.

Depuis son apparition en 1976, le F.L.N.C. – comme la plupart des mouvements clandestins – s’efforce de maintenir des relations avec la presse. Il ne lui suffit pas de plastiquer, de tirer des coups de feu, de  » condamner Ă  mort « . Il lui faut expliquer pourquoi. Le F.L.N.C. a toujours eu le goĂ»t des confĂ©rences de presse au maquis. Les rendez-vous secrets, les longs parcours en camionnette sur des routes sinueuses, les journalistes – bandeau sur les yeux – invitĂ©s au silence, les militants en armes reliĂ©s par des talkies-walkies, sont autant de manières de dĂ©montrer Ă  la presse sa force et son organisation.

Ainsi le F.L.N.C. peut-il faire  » passer  » son message. Comme par les interviews, accordĂ©es parcimonieusement. Comme par les communiquĂ©s adressĂ©s au quotidien la Corse-le Provençal, qui seul, parce qu’il est  » le canal habituel « , peut authentifier ses textes.

Le F.L.N.C. a besoin de la presse. La presse a besoin du F.L.N.C. parce que l’opinion publique, les forces politiques, les autoritĂ©s et… les policiers ont besoin de savoir ce que pense le F.L.N.C.

Bien, sĂ»r, les militants du Front s’adressent Ă  des journalistes dont ils savent qu’ils respecteront le secret professionnel. Jusqu’Ă  prĂ©sent, les policiers les convoquaient après coup. Les journalistes se taisaient. Tout cela sans consĂ©quence. Une sorte d’accord, tacite semblait passĂ©e entre journalistes et policiers.

Changement d’attitude

La garde Ă  vue de M. Virebayre – mĂŞme courte – marque un changement d’attitude des autoritĂ©s. Pour la première fois depuis 1976, policiers et magistrats sont apparemment dĂ©cidĂ©s Ă  jouer  » les empĂŞcheurs de travailler en rond « , selon l’expression de l’envoyĂ© spĂ©cial permanent de l’A.F.P. Ou, dit autrement, policiers et magistrats semblent dĂ©cidĂ©s Ă  lutter rĂ©solument contre les nationalistes. Ils visent Ă  l’  » efficacitĂ©, « , Nous avons assez pris de gants, disent-ils en substance.

Dans cette optique, la garde Ă  vue de M. Virebayre est l’un des Ă©pisodes d’une guĂ©rilla ouverte entre M. Robert Broussard, commissaire de la RĂ©publique chargĂ© de la police, et certains journalistes accusĂ©s de faire de la publicitĂ© au F.L.N.C., bref, d’en ĂŞtre les attachĂ©s de presse. Les premiers frottements ont eu lieu en fĂ©vrier lorsque la police et la justice demandèrent aux stations rĂ©gionales de FR 3 et Radio France de diffuser les voix des assassins prĂ©sumĂ©s d’AndrĂ© Schoch, coiffeur ajaccien, et que ces dernières refusèrent.

Depuis, M. Sampiero Sanguinetti, rĂ©dacteur en chef de FR 3 Corse, a eu l’occasion d’Ă©voquer le climat de  » pression permanente  » qui pèse sur la presse (tensions locales, interrogatoires, saisies de films). Depuis, M. Jean-Louis Eyssartel, directeur de Radio Corse, a Ă©tĂ© inculpĂ© de propagation de fausses nouvelles (le Monde, des 6 juillet et 14 septembre,),

Est-ce Ă  dire qu’un journaliste ne peut plus travailler en Corse ? Non. Que la collecte des informations est devenue dĂ©licate ? Oui. La tâche des journalistes se complique en Corse Ă  mesure que la situation se tend, insaisissable, sur fond d’attentats quotidiens et d’assassinats  » politiques  » Ă©pisodiques.

Lire la suite →