La communication politique vue d’en face par les concurrents

News|

Homme de communication par profession, M. Claude Marti a le coeur et le mĂ©tier dĂ©cidĂ©ment Ă  gauche. Après avoir mis l’un et l’autre au service de M. Michel Rocard et de l’actuel prĂ©sident de la RĂ©publique, il s’est vu confier la campagne du Parti socialiste pour les Ă©lections europĂ©ennes.

Ă€ l’autre bord, M. Jean-Pierre Raffarin associe d’une autre façon travail et engagement. Directeur du dĂ©partement communication du cabinet Bernard Krief, il est aussi conseiller municipal de Poitiers et candidat, en soixante-septième position, sur la liste unie de l’opposition.

Comment l’un et l’autre voient-ils ce qui se passe ” en face ” ?

Le PS a deux atouts, juge M. Raffarin : le bĂ©nĂ©fice d’un ” petit effet Jospin ” et les propositions faites rĂ©cemment Ă  Strasbourg par le prĂ©sident de la RĂ©publique. Le tandem Mitterrand-Jospin fonctionne, selon lui, ” au mieux ” dans une conjoncture au total bien grise pour la majoritĂ©.

Toutes les campagnes du PS sont ” un risque “, observe l’examinateur d’en face. ” Il faut ressortir les ambiguĂŻtĂ©s pour plaire Ă  l’Ă©lectorat. ” Cette fois-ci, les ” couacs ” de la partition socialiste lui paraissent les belles phrases sur la rĂ©duction du temps de travail Ă  trente-cinq heures et les bizarreries des relations avec les autres socialistes europĂ©ens.

” SĂ»r de lui, pĂ©dagogue convaincu, exprimant une certitude qui n’a pas l’air de sortir de ses dogmes mais de son vĂ©cu “, M. Jospin trouve grâce aux yeux du spĂ©cialiste-adversaire. Mais attention : ” Le problème du pĂ©dagogue, c’est le risque de devenir rasoir. ”

Autre bon point : tout en s’imposant comme un ” jeune crĂ©dible “, M. Jospin a rĂ©ussi Ă  ne pas apparaĂ®tre dans son propre camp comme une ” menace ” pour qui que ce soit.

La communication, c’est aussi des affiches, tradition oblige. M. Raffarin a moins d’indulgence pour cet aspect des choses. Toute la manoeuvre – la petite fille seule jouant avec les cubes de l’Europe dans une première affiche; la petite fille et Lionel Jospin, ou plutĂ´t Jospin tout court, dans la seconde – fut ” une erreur de communication “. ” La première affiche doit interpeller, et la seconde doit rĂ©pondre dans une telle opĂ©ration en deux temps. Or, la première n’Ă©tait pas assez forte. On Ă©tait loin de Myriam : ” Demain j’enlève le haut. ” De ce fait, la seconde affiche tombe Ă  plat. Capitaliser sur l’enfant avec les connotations affectives et rĂ©cupĂ©rer cela ensuite sur le plan politique Ă©tait une bonne idĂ©e politique. Mais le truc a ratĂ© Ă  cause du manque d’impact de la première affiche. ” Au total, ” toute la campagne du PS a Ă©tĂ© axĂ©e sur la notoriĂ©tĂ© de Jospin “. Ne pas insister sur ” l’image PS ” avait un autre avantage : ” Ils avaient plus intĂ©rĂŞt Ă  apparaĂ®tre comme la liste du prĂ©sident que comme celle du PS. ”

Pour M. Marti, la liste d’en face, celle de l’opposition, souffre d’une tare originelle : ” Il faut respecter le rythme et le mĂ©canisme d’une Ă©lection, en l’occurrence la proportionnelle. L’opposition n’a pas jouĂ© le jeu de la proportionnelle. La liste unique fut une erreur de stratĂ©gie. ” VoilĂ  pourquoi, faute d’avoir Ă©pousĂ© le mode Ă©lectoral, ” ils sont sciĂ©s “.

Le discours de Mme Veil ? ” Très honnĂŞtement, c’est un discours impossible Ă  tenir. ” Il se rĂ©sume, somme toute, Ă  ” quelques slogans “. En toute chose, pour M. Marti, l’opposition ” force le trait “. Prenez la question scolaire. Abusivement gonflĂ©, le ballon-Ă©cole privĂ©e ” va Ă©clater “. Sur un dossier de ce genre oĂą l’opposition ” techniquement n’est pas sans biscuits “, elle est obligĂ©e d’avoir recours ” Ă  des images publicitaires “. RĂ©sultat : l’opposition ” fait en partie le travail “, elle ” ressoude la gauche “.

M. Marti n’a guère que des incrĂ©dulitĂ©s face Ă  Mme Veil, Ă  ses amis et Ă  leurs thèmes de campagne : ” Les socialistes nous prennent nos libertĂ©s… et tout le reste : cela ne peut pas tenir. ” Il concède que ” faire l’affiche de Simone Veil Ă©tait un exercice difficile “. Mais si, telle qu’elle est reprĂ©sentĂ©e en photo, la tĂŞte de la tĂŞte de liste de l’opposition ” a du charme “, il n’en reste pas moins que ” cela commence Ă  bien faire “. Autrement dit, Mme Veil a un passĂ© politique trop riche pour ne pas apparaĂ®tre comme celle qui ” est au pouvoir “. Or, ” les mĂ©dias tuent les gens au pouvoir “. Au caractère de dĂ©jĂ  (trop) vu de Mme Veil, M. Marti oppose l’image d'” homme nouveau ” de son poulain.

Pour le reste, M. Marti ne lit dans l’affiche principale de la campagne de l’opposition qu’une valeur de rappel sec de l’enjeu, sans un zeste de communication vraie. La première affiche, petite fille et chemin de mains ouvertes, est aussi ” bien faite “, mais elle n’Ă©tait pas non plus le ” bon moyen “.

Pourrait-il y avoir du reste un ” bon moyen “, puisque, aux yeux de l’homme de communication du PS, Ă  l’origine Ă©tait cette funeste ” erreur de stratĂ©gie politique ” et que, pour le meilleur comme pour le pire, dans tous les cas, ” la communication suit ” ?

Lire la suite →

Robert Badinter appelle les journalistes Ă  “mesurer leurs responsabilitĂ©s”

News|

Maquis et relations publiques

L’envoyĂ© spĂ©cial permanent de l’A.F.P. en Corse, M. Jean Virebayre, a Ă©tĂ© longuement entendu par la police mardi 4 octobre après avoir assistĂ©, seul, Ă  une confĂ©rence de presse du Front de libĂ©ration nationale de la Corse (le Monde du 5 octobre). InterpellĂ© dans le cadre d’une enquĂŞte en flagrant dĂ©lit pour reconstitution de ligue dissoute, M. Virebayre a Ă©tĂ© retenu pendant une dizaine d’heures. Cette garde Ă  vue marque une modification des rapports entre la presse, la police et la justice dans l’Ă®le. InterrogĂ© dès l’annonce de l’interpellation du journaliste, M. Robert Badinter, garde des sceaux, a dĂ©clarĂ© : “Respecter absolument la libertĂ© de la presse, c’est pour moi une Ă©vidence, mais je souhaiterais que les journalistes mesurent leurs responsabilitĂ©s au regard de l’information et de la toute-puissance qu’ils dĂ©tiennent sur les sensibilitĂ©s et les rĂ©actions collectives.”

Lors de sa dernière confĂ©rence de presse, le Front de libĂ©ration nationale de la Corse a innovĂ©. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, contrairement Ă  toutes ses habitudes, un seul journaliste avait Ă©tĂ© conviĂ© Ă  entendre les porte-parole du mouvement clandestin dans le maquis. Ainsi M. Virebayre, envoyĂ© spĂ©cial permanent de l’Agence France Presse en Corse, s’est-il retrouvĂ© face Ă  trois hommes masquĂ©s par des cagoules blanches. Pourquoi cet honneur sĂ©lectif ? Parce qu’il y a trop de contrĂ´les policiers dans l’Ă®le pour assurer, le voyage,, incognito de plusieurs journalistes, ont rĂ©pondu les hommes en cagoule. Pourquoi lui ? Parce que l’A.F.P. est le meilleur, canal national et international de diffusion de l’information…

Pour avoir jouĂ© la prudence et pressenti le journaliste le plus “rentable”, le F.L.N.C. a attirĂ© des ennuis Ă  M. Virebayre. Après avoir dictĂ© une longue dĂ©pĂŞche Ă  Paris et aimablement prĂ©venu les renseignements gĂ©nĂ©raux de sa randonnĂ©e nocturne au maquis, M. Virebayre a en effet Ă©tĂ© interpellĂ© Ă  son domicile vers 6 h 45. PlacĂ© en garde Ă  vue, interrogĂ©, il a Ă©tĂ© relâchĂ© Ă  16 heures. Les policiers ont perquisitionnĂ© chez lui et saisi un texte du F.L.N.C. de treize pages intitulĂ© : ” ConfĂ©rence de presse, octobre 1983. ”

M. Virebayre considère qu’il existe ” un gros malaise entre les journalistes, la police et la justice en Corse “. Les policiers, raconte-t-il, lui ont demandĂ© Ă  plusieurs reprises : ” Pourquoi avez-vous prĂ©venu les renseignements gĂ©nĂ©raux après la confĂ©rence de presse et non avant ? ” Question incomprĂ©hensible pour un journaliste. Question Ă©lĂ©mentaire pour un policier.

Depuis son apparition en 1976, le F.L.N.C. – comme la plupart des mouvements clandestins – s’efforce de maintenir des relations avec la presse. Il ne lui suffit pas de plastiquer, de tirer des coups de feu, de ” condamner Ă  mort “. Il lui faut expliquer pourquoi. Le F.L.N.C. a toujours eu le goĂ»t des confĂ©rences de presse au maquis. Les rendez-vous secrets, les longs parcours en camionnette sur des routes sinueuses, les journalistes – bandeau sur les yeux – invitĂ©s au silence, les militants en armes reliĂ©s par des talkies-walkies, sont autant de manières de dĂ©montrer Ă  la presse sa force et son organisation.

Ainsi le F.L.N.C. peut-il faire ” passer ” son message. Comme par les interviews, accordĂ©es parcimonieusement. Comme par les communiquĂ©s adressĂ©s au quotidien la Corse-le Provençal, qui seul, parce qu’il est ” le canal habituel “, peut authentifier ses textes.

Le F.L.N.C. a besoin de la presse. La presse a besoin du F.L.N.C. parce que l’opinion publique, les forces politiques, les autoritĂ©s et… les policiers ont besoin de savoir ce que pense le F.L.N.C.

Bien, sĂ»r, les militants du Front s’adressent Ă  des journalistes dont ils savent qu’ils respecteront le secret professionnel. Jusqu’Ă  prĂ©sent, les policiers les convoquaient après coup. Les journalistes se taisaient. Tout cela sans consĂ©quence. Une sorte d’accord, tacite semblait passĂ©e entre journalistes et policiers.

Changement d’attitude

La garde Ă  vue de M. Virebayre – mĂŞme courte – marque un changement d’attitude des autoritĂ©s. Pour la première fois depuis 1976, policiers et magistrats sont apparemment dĂ©cidĂ©s Ă  jouer ” les empĂŞcheurs de travailler en rond “, selon l’expression de l’envoyĂ© spĂ©cial permanent de l’A.F.P. Ou, dit autrement, policiers et magistrats semblent dĂ©cidĂ©s Ă  lutter rĂ©solument contre les nationalistes. Ils visent Ă  l’ ” efficacitĂ©, “, Nous avons assez pris de gants, disent-ils en substance.

Dans cette optique, la garde Ă  vue de M. Virebayre est l’un des Ă©pisodes d’une guĂ©rilla ouverte entre M. Robert Broussard, commissaire de la RĂ©publique chargĂ© de la police, et certains journalistes accusĂ©s de faire de la publicitĂ© au F.L.N.C., bref, d’en ĂŞtre les attachĂ©s de presse. Les premiers frottements ont eu lieu en fĂ©vrier lorsque la police et la justice demandèrent aux stations rĂ©gionales de FR 3 et Radio France de diffuser les voix des assassins prĂ©sumĂ©s d’AndrĂ© Schoch, coiffeur ajaccien, et que ces dernières refusèrent.

Depuis, M. Sampiero Sanguinetti, rĂ©dacteur en chef de FR 3 Corse, a eu l’occasion d’Ă©voquer le climat de ” pression permanente ” qui pèse sur la presse (tensions locales, interrogatoires, saisies de films). Depuis, M. Jean-Louis Eyssartel, directeur de Radio Corse, a Ă©tĂ© inculpĂ© de propagation de fausses nouvelles (le Monde, des 6 juillet et 14 septembre,),

Est-ce Ă  dire qu’un journaliste ne peut plus travailler en Corse ? Non. Que la collecte des informations est devenue dĂ©licate ? Oui. La tâche des journalistes se complique en Corse Ă  mesure que la situation se tend, insaisissable, sur fond d’attentats quotidiens et d’assassinats ” politiques ” Ă©pisodiques.

Lire la suite →

PUBLICITÉ ET RELATIONS PUBLIQUES : sourires à vendre

News|

” La frontière entre les relations publiques et la publicitĂ© clandestine n’est pas facile Ă  dĂ©terminer. ” ” De fait, les relations publiques, qui sont censĂ©es ĂŞtre l’art de faire mieux comprendre les choses, sont elles-mĂŞmes la moins comprise et la plus calomniĂ©e de toutes les professions modernes. ” Ces deux dĂ©clarations (la première de M. Roland Pozzo di Borgo, directeur gĂ©nĂ©ral d’Havas conseil-Relations publiques, et la seconde de John W. Hill, fondateur de la plus importante firme mondiale spĂ©cialisĂ©e en relations publiques (Hill and Knowlton International), disent Ă  quel point la dĂ©finition des buts et des fonctions de cette activitĂ© est difficile Ă  formuler. Pour beaucoup, elle se borne Ă  l’envoi Ă  la presse de communiquĂ©s et Ă  l’organisation de confĂ©rences de presse oĂą la qualitĂ© des petits fours l’emporte sur l’intĂ©rĂŞt des informations qu’on dispense. Pour d’autres, elle contribue Ă  ” crĂ©er l’image ” de l’entreprise auprès de ses divers publics : clients, fournisseurs, actionnaires, pouvoirs publics nationaux ou locaux, groupements professionnels, banquiers, salariĂ©s de l’entreprise, et bien sĂ»r le grand public, grâce Ă  la presse Ă©crite, parlĂ©e ou tĂ©lĂ©visĂ©e. Cette activitĂ© et les mĂ©thodes qu’elle emploie sont le fait de trois grands groupes de relations publiques :

– Les conseils en relations publiques, spĂ©cialisĂ©s dans cette branche, formant des sociĂ©tĂ©s indĂ©pendantes qui apportent de l’extĂ©rieur leurs services aux industriels et aux commerçants;

– Les dĂ©partements spĂ©cialisĂ©s ou les filiales d’agences de publicitĂ© dites ” Ă  service complet “;

– Les dĂ©partements spĂ©cialisĂ©s des sociĂ©tĂ©s industrielles et commerciales qui, composĂ©s de salariĂ©s de ces entreprises, fournissent de l’intĂ©rieur les services qu’on attend d’eux.

Les industriels eux-mĂŞmes savent souvent très mal ce qu’ils attendent des relations publiques et nombreux sont les chefs d’entreprises qui, Ă  l’instar de M, Jourdain, font eux-mĂŞmes des relations publiques sans le savoir. Mais pour beaucoup d’entre eux; cette fonction se borne souvent Ă  transmettre aux journaux, par le biais d’un attachĂ© de presse, les informations, ou mieux, les ” messages ” qui feront parler d’eux et de leurs produits – en bien – et hors des surfaces publicitaires, par les moyens de communication de masse que sont la presse, la radio et la tĂ©lĂ©vision. Et, dans ce cas, en l’absence d’une politique gĂ©nĂ©rale très soigneusement dĂ©finie en la matière, on assiste au dĂ©ploiement des mĂ©thodes de sĂ©duction les plus variĂ©es pour se concilier les bonnes grâces de l’homme Ă  convaincre le premier : le journaliste.

Les moyens mis en oeuvre ? Le dĂ©jeuner de presse, du banquet dans un des caravansĂ©rails capables de traiter de nombreux convives au repas gastronomique dans les restaurants les plus rĂ©putĂ©s; le cadeau-gadget (du stylomine Ă  l’attachĂ©-case) remis lors d’une confĂ©rence de presse ou d’un dĂ©jeuner; le cadeau de NoĂ«l, qui peut aller du simple agenda ou du briquet do bureau très ” design ” Ă  la caisse de whisky ou aux livres d’art de grande valeur.

Et enfin les voyages : du plus simple et du plus professionnel, vers une des usines les plus rĂ©centes de la sociĂ©tĂ©, jusqu’au voyage lointain, Ă  l’autre bout de la planète, pour une ou plusieurs semaines, oĂą l’on incite parfois l’intĂ©ressĂ© Ă  emmener son Ă©pouse; en passant par la croisière, que justifieront une ou deux confĂ©rences sur le sujet-prĂ©texte, mais qui mĂ©nagera de longs temps libres pour la baignade et le tourisme, et oĂą se munir d’une tenue de soirĂ©e est vivement recommandĂ©.

Les journalistes ne sont d’ailleurs pas les seules cibles de ce genre d’actions, et les collaborateurs des services de publicitĂ© de certains supports, les clients de la firme, certains salariĂ©s mĂ©ritants (ou Ă  encourager), voire des fonctionnaires, sont aussi les victimes consentantes et ravies de ces mĂ©thodes.

Il faut se garder, en la matière, de pratiquer un angĂ©lisme naĂŻf : si l’excès est condamnable, il est logique, souhaitable et mĂŞme nĂ©cessaire de crĂ©er des contacts nombreux entre les entreprises et leurs divers publics; et l’homme de la rue aurait peu de chances d’ĂŞtre jamais informĂ© si le journaliste refusait vertueusement toutes les invitations. Certes, bien qu’il garde, toujours, le droit de ne pas utiliser les informations qu’on lui a fournies, le danger est cependant grand qu’un jour ou l’autre, le journaliste se sente l’obligĂ© dune sociĂ©tĂ© donnĂ©e et recherche le moyen de prouver sa reconnaissance. Les techniques mises Ă  la disposition des hommes de relations publiques par les sciences humaines (comme la psychosociologie, par exemple), dont l’utilisation sans frein prĂ©sente elle aussi des dangers, risquent, Ă  son insu parfois, de faire de lui un Ă©lĂ©ment contrĂ´lĂ© d’une campagne complexe (englobant la publicitĂ©) prĂ©parĂ©e dans un but bien prĂ©cis : lancement d’un produit nouveau, introduction en Bourse, ou prĂ©paration d’une offre publique d’achat, etc.

Ce tableau, qui paraĂ®t plus somptueux qu’il n’est en rĂ©alitĂ©, car tous ces moyens sont très rarement utilisĂ©s en mĂŞme temps par la mĂŞme firme, rĂ©vèle, en tout cas, la nĂ©cessitĂ© de dĂ©finir des règles strictes, prĂ©cisant les limites des domaines respectifs de la publicitĂ© et des relations publiques, et Ă©galement les incompatibilitĂ©s de fonction, aussi bien au niveau des sociĂ©tĂ©s que des hommes : il est malsain qu’une sociĂ©tĂ© de conseils en relations publiques soit un dĂ©partement ou une filiale d’une agence de publicitĂ©, mĂŞme si les clients de celle-ci n’apportent qu’une fraction des budgets de celle-lĂ  : des professionnels de plus en plus nombreux se montrent convaincus de cette nĂ©cessitĂ©; il est tout aussi malsain que l’attachĂ© de presse, Ă  l’intĂ©rieur d’une sociĂ©tĂ©, dĂ©pende directement du service de publicitĂ© : Ă  cet Ă©gard, l’arrĂŞtĂ© du 23 octobre 1964, dĂ©finissant les professions de conseiller en relations publiques et d’attachĂ© de presse, est très nettement insuffisant. Mais ce n’est sans doute pas assez : il est malsain aussi que des journalistes ou des prĂ©sentateurs de radio ou de tĂ©lĂ©vision acceptent, mĂŞme sans apparaĂ®tre nommĂ©ment, d’ĂŞtre rĂ©munĂ©rĂ©s par des agences de publicitĂ© ou de relations publiques pour exĂ©cuter certains travaux.

Cette ” moralisation ” de ces professions peut, certes, ĂŞtre le fait des professionnels eux-mĂŞmes : mais la fragilitĂ© de la FĂ©dĂ©ration française des relations publiques, qui a eu bien du mal Ă  se constituer, il y a un an, laisse mal augurer d’une telle tentative d’autodiscipline. Elle est pourtant urgente si l’on veut qu’une telle fonction, de plus en plus indispensable Ă  une Ă©poque oĂą la spĂ©cialisation empĂŞche les hommes de parler le mĂŞme langage, retrouve ses lettres de noblesse et le capital da confiance qui lui est indispensable pour se dĂ©velopper.

Lire la suite →

Relations publiques et privées

News|

La profession de conseil en relations publiques est des plus honorables, et ceux qui font mĂ©tier de l’information comme les chefs d’entreprises commerciales et industrielles apprĂ©cient l’activitĂ© de ces intermĂ©diaires dont la tâche subtile et dĂ©licate est de faire savoir aux premiers ce qui peut les intĂ©resser dans l’activitĂ© des seconds.

Dans un communiquĂ© motivĂ© par la mise en cause dans l’affaire de la publicitĂ© parallèle Ă  l’O.R.T.F. des services de relations publiques de Havas – Conseil, le Syndicat national

– une des deux organisations professionnelles groupant les spĂ©cialistes

– rappela le 3 dĂ©cembre l’arrĂŞtĂ© du 23 octobre 1964 qui dĂ©finit la profession de conseiller en relations publiques : ” Les Informations qu’il fournit, indique le texte ministĂ©riel, doivent obligatoirement porter la mention de leur origine, ĂŞtre d’une stricte objectivitĂ© et se limiter a des faits sans argumentation de propagande ou de publicitĂ© commerciale. ” Il a Ă©tĂ© soulignĂ© Ă©galement que les fonctions de conseiller en relations publiques ou d’attachĂ© de presse sont Incompatibles avec celles de journaliste professionnel ou d’agent de publicitĂ©.

Il nous a Ă©tĂ© donnĂ© de constater que la plupart des reprĂ©sentants de cette profession respectaient l’Ă©thique ainsi dĂ©finie et, sans mĂ©connaĂ®tre les intĂ©rĂŞts de leurs clients toujours soucieux de rentabilitĂ©, informaient avec tact et mesure, en marquant d’autant plus nettement qu’elle paraĂ®t tĂ©nue la frontière qui sĂ©pare leur domaine de celui des publicitaires. Mais l’incident nĂ© de la publication d’une note intĂ©rieure d’Havas-Conseil (lire le Monde du 9 dĂ©cembre) prouve qu’en la circonstance on y a ” agi avec quelque lĂ©gèretĂ© ” comme l’a Ă©crit M. Chavanon, prĂ©sident de l’agence Havas, Ă  M. de Leusse, prĂ©sident du conseil d’administration de l’O.R.T.F.

Tous les documents et la plupart des photographies qui figurent au dossier rĂ©uni par les trois enquĂŞteurs de l’O.R.T.F. (MM. Georges

Riou, AndrĂ© François et Gabriel de Broglie) et dont on ignore encore comment ils sont parvenus sur leur bureau ne semblent pas avoir fait l’objet de manipulations. Le prĂ©sident de l’agence Havas lui-mĂŞme, qui attend d’en avoir eu officiellement communication pour se prononcer, ne paraĂ®t pas mettre formellement en doute leur authenticitĂ©.

” Dans l’Ă©tat actuel de mon information, a dit M. Christian Chavanon, il me semble cependant qu’il ne s’agit que de vĂ©tilles, d’imprudences ou d’initiatives trop hardie- de gens qui sont allĂ©s un peu vite. Les relations publiques peuvent parfois faire preuve d’un dynamisme exagĂ©rĂ©. Que voulez-vous, on ne tire pas un rideau de fer entre le commerce et la vie. ”

Une documentation abondante

Si l’on s’en rapporte aux deux opinions de M. Jean-Jacques de Bresson, directeur gĂ©nĂ©ral de l’O.R.T.F., et de M. Christian Chavanon, on peut trouver comme eux que le rĂ©quisitoire de M. AndrĂ© Diligent devant le SĂ©nat a Ă©tĂ© un peu trop sĂ©vère. A enquĂŞter autour de cette affaire, on constate, au contraire que le sĂ©nateur du Nord a Ă©tĂ© plutĂ´t mesurĂ© et que l’on est en droit de se demander si le dossier que le rapporteur a rĂ©uni grâce Ă  des concours qui ne viennent pas tous de l’opposition est bien le mĂŞme que celui auquel le directeur de l’O.R.T.F. fait rĂ©fĂ©rence.

Il semble bien que la documentation de M. Diligent, qui grossit Ă  chaque courrier et Ă  chaque visite, soit plus importante et plus prĂ©cise : un Industriel est venu confirmer qu’il a Ă©tĂ© l’objet de sollicitations pour faire de la publicitĂ©, hors des crĂ©neaux de la RĂ©gie française de publicitĂ© et ce pour un produit qui ne figure pas sur la liste de ceux qui sont autorisĂ©s Ă  l’O.R.T.F.; un hĂ´telier affirme avoir souscrit un budget relativement important en croyant que les sommes versĂ©es allaient rĂ©gulièrement Ă  l’O.R.T.F.; un promoteur Immobilier estime, lui, en avoir eu pour son argent, et il apparaĂ®t que les relations publiques d’Havas-Conseil ont usĂ© de techniques capables de promouvoir Ă  travers des Ă©missions, des produits aussi divers que les alcools secs ou doux, les Ă©quipements sportifs, la maroquinerie, etc.

” On a l’Impression, nous a dit M. Diligent, que les sommations de l’O.R.T.F. ont fait l’objet d’un quadrillage scientifique et que des spĂ©cialistes ont Ă©tudiĂ© chaque type de production pour les remplacer au mieux des IntĂ©rĂŞts de la publicitĂ© parallèle. Étant avocat, je suis par vocation comme par nature plus facilement disposĂ© Ă  plaider les circonstances attĂ©nuantes qu’Ă  formuler des accusations contre des personnes. C’est pourquoi le n’ai divulguĂ© aucun nom. Ce ne sont d’ailleurs pas les hommes qui m’intĂ©ressent dans cette affaire, et l’apprĂ©ciation de leurs responsabilitĂ©s et de leurs manquements appartient au directeur gĂ©nĂ©ral de l’O.R.T.F. et au prĂ©sident de l’agence Havas, puis, peut-ĂŞtre ensuite, Ă  la justice. Je crois que les moeurs dĂ©pendent des structures et une des faiblesses des nĂ´tres est que l’État soit majoritaire dans une entreprise de publicitĂ©; des services de relations publiques peuvent ĂŞtre amenĂ©s Ă  travailler pour des entreprises capitalistes privĂ©es, qui sont parfois concurrentes d’entreprises nationales. ” Je ne suis pas vindicatif, a ajoutĂ© M. Diligent, mais dans le cas oĂą nous n’aurions pas connaissance d’un assainissement satisfaisant, je demanderais, avec d’autres sĂ©nateurs, la constitution d’une commission d’enquĂŞte parlementaire dont les moyens d’investigation seraient plus importants que ceux dont disposent les inspecteurs gĂ©nĂ©raux de l’O.R.T.F. et les commissaires aux comptes de l’agence Havas. ”

D’habiles manoeuvriers

Le refus de M. AndrĂ© Diligent de cĂ©der Ă  ceux qui le pressent de ” donner des noms ” est des plus honorables, comme paraĂ®t sensĂ© son dĂ©sir de voir modifier certains Ă©tats de fait tant rue de Richelieu que quai Kennedy. Toutefois sur les plateaux, dans les studios et dans les couloirs de l’O.R.T.F., on estime que le discrĂ©dit pourrait, si la situation n’Ă©tait pas rapidement clarifiĂ©e, atteindre l’ensemble d’un personnel, des rĂ©alisateurs aux cameramen, dont, comme le fait remarquer M. Diligent, ” l’Immense majoritĂ© est foncièrement honnĂŞte et travaille avec dĂ©vouement “.

Quand elle Ă©chappe au contrĂ´le des publicitaires, la publicitĂ© parallèle n’en est pas moins monnayable pour certains, et dĂ©jĂ , en 1960, le regrettĂ© Jean Quittard dĂ©clarait Ă  l’un de nos confrères qu’ ” il Ă©tait Impossible d’Ă©viter de faire de la publicitĂ© Ă  ceux qui savaient habilement manoeuvrer “.

” Cela tient, nous a dit Pierre Sabbagh, Ă  ce que nous livrons gratuitement une marchandise ayant une valeur vĂ©nale Ă©levĂ©e. C’est la source de tous les trafics, que les producteurs et rĂ©alisateurs connaissent, qu’il leur est parfois Impossible d’apprĂ©cier et de contrecarrer et dont, dans certains cas, Ils peuvent paraĂ®tre complices “.

Comme partout, il y a les petits et les gros profiteurs. Un billet de 100 F sera parfois, Ici, plus efficace qu’un chèque plus important ailleurs, car l’image d’apparence fortuite, mais rĂ©pĂ©tĂ©e, produit bien l’impact recherchĂ© par le publicitaire.

Les dirigeants des clubs de football ou de rugby savent bien que la venue de la tĂ©lĂ©vision donne une plus-value aux panneaux publicitaires qui entourent leur stade. Ils savent, d’ailleurs, aussi le faire comprendre aux annonceurs L’O.R.T.F., de son cĂ´tĂ©, sait se dĂ©fendre de certaines pratiques, puisque le contrat que l’Office passe avec un club sur le terrain duquel un match doit ĂŞtre filmĂ© prĂ©voit que ” le dĂ©cor publicitaire ne doit pas ĂŞtre modifiĂ© avant le match “. Quand une fĂ©dĂ©ration demande de 80 000 Ă  120 000 F pour autoriser la retransmission d’un match, cela n’exclut pas les tentatives de profits annexes, qui Ă©chappent au contrĂ´le des fĂ©dĂ©rations. C’est ainsi qu’on a vu, quelques jours avant une rencontre sportive, un photographe, accompagnĂ© d’un huissier, fixer pour l’O.R.T.F. le ” dĂ©cor publicitaire “, et l’Office, un peu plus tard, menacer d’annuler la retransmission pour rupture de contrat, parce que les panneaux avaient, entre-temps, Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s.

C’est ainsi que, sur le circuit de Gueux (Reims), un rĂ©alisateur qui avait ImplantĂ©, au dernier moment, ses camĂ©ras, a vu surgir, dans un champ de pommes de terre, des panneaux vantant une marque d’apĂ©ritif. C’est ainsi que M. Marette, ancien ministre, dĂ©putĂ© U.D.R. de Paris, a posĂ© lundi au premier ministre une question Ă©crite parce que lors de la retransmission, le samedi 4 dĂ©cembre, du match de football Bulgarie-France il y avait ” face aux camĂ©ras de l’Office de tĂ©lĂ©vision bulgare, qui assurait la retransmission du match, plusieurs panneaux publicitaires, en caractères latins, pour des produits – alcools, spiritueux et cigarettes – français ou de vente courante en France, alors que ces produits ne sont pas en vente dans la RĂ©publique populaire de Bulgarie “.

S’il existe des instituts techniques pour pallier, quelquefois les abus des pirates de la publicitĂ©, dans la plupart des cas on ne peut Ă©liminer leurs messages importuns de l’Ă©cran.

Le coureur qui descend de son vĂ©lo et auquel on met, presque de force, entre les mains une bouteille d’eau gazeuse Ă  la marque bien apparente; le soigneur qui se prĂ©cipite et place, avec adresse, sur le maillot du vainqueur l’Ă©tiquette autocollante vantant une plage ou une marque de chaussettes, prennent les rĂ©alisateurs intègres au dĂ©pourvu. Ceux qui ne le sont pas, bien sĂ»r, n’ont que le souci de faire cadrer adroitement pour que la publicitĂ© paraisse ĂŞtre due Ă  un hasard inĂ©vitable.

Dans ce dernier cas, on l’imagine, si les relations publiques n’ont pas jouĂ©, c’est aux relations privĂ©es que l’on a fait appel

Pour sortir d’une situation dont l’ambiguĂŻtĂ© n’Ă©chappe ni aux publicitaires conscients de leur rĂ©putation ni aux hommes de tĂ©lĂ©vision et de radio qui mĂ©prisent l’affairisme et la vĂ©nalitĂ©, il convient d’Ă©carter les paravents et de dire le droit.

Lire la suite →

Les ” relations publiques ” n’ont pas encore pris racine dans les entreprises privĂ©es françaises

News|

Seules les techniques sont nouvelles. Le sens des relations publiques et leur pratique ne datent pas d’hier. Au XVe siècle, le banquier MĂ©dicis, qui avait fait fortune dans des conditions plus ou moins avouables, rĂ©ussit Ă  se justifier a posteriori en se faisant passer pour un ami des arts. Il rĂ©inventa le mĂ©cĂ©nat. Cinq siècles plus tard, c’est d’une rĂ©action comparable du premier des Rockefeller que naquit la profession des chargĂ©s de relations publiques. Enrichi grâce au pĂ©trole, mais lassĂ© par son impopularitĂ©, Rockefeller demanda Ă  un journaliste, Ivy Lee, de remĂ©dier Ă  ce dĂ©sagrĂ©ment. La campagne d’opinion qui sĂ©vissait contre la ” forteresse ” du milliardaire fut arrĂŞtĂ©e par la publication des bilans de toutes ses sociĂ©tĂ©s; il fut prĂ©sentĂ© comme un contribuable d’Ă©lite et comme un louable fournisseur d’emplois; Ivy Lee en fit mĂŞme un bienfaiteur de l’humanitĂ© avec la crĂ©ation de la Fondation Rockefeller.

En 1906 Ivy Lee s’associait avec un autre journaliste, George Parker, pour fonder la première firme indĂ©pendante de conseils en relations publiques. Aujourd’hui cent dix mille personnes travaillent aux États-Unis dans les ” public relations “, le chiffre d’affaires qu’elles font est d’environ 10 milliards de francs par an. 84 % des 750 plus grandes sociĂ©tĂ©s amĂ©ricaines ont leur propre service de relations publiques. 735 cabinets de conseils spĂ©cialisĂ©s sont recensĂ©s dans l’annuaire du tĂ©lĂ©phone; ils assurent le quart des travaux de relations publiques des organismes non gouvernementaux; 15 % de cette part revient aux douze plus grands cabinets amĂ©ricains.

Le premier est Hill et Knowlton. Son chiffre d’affaires est voisin de 30 millions de francs par an. Il pratique un tarif moyen de 20 000 francs par mois pour servir un client rĂ©gulièrement. CĂ©lèbre pour avoir rĂ©duit les conflits entre l’industrie sidĂ©rurgique (son client) et les ouvriers de l’acier, il demeure critiquĂ© pour son rĂ´le de dĂ©fenseur de l’industrie du tabac contre la campagne sanitaire qui l’attaque, Ruder et Finn, qui fait un chiffre d’affaires d’environ 22,5 millions de francs par an, a une organisation comparable Ă  celle de Hill et Knowlton. Dans la liste de ses clients, on trouve les gouvernements grec et israĂ©lien.

Si Hill et Knowlton a servi Svetlana Alliluyeva, la fille de Staline, pendant trente jours seulement pour 73 000 francs, Carl Byor, au contraire, n’accepte jamais un client pour moins d’un an. Il facture 250 000 francs l’annĂ©e; son chiffre d’affaires est de l’ordre de 8 millions de francs auxquels il faut ajouter le prix des services du personnel qu’il loue aux entreprises.

A cĂ´tĂ© de ces firmes qui assurent aussi l’exĂ©cution des politiques de relations publiques qu’elles ont conçues, d’autres se consacrent exclusivement aux conseils. Earl Newsom travaille seulement avec quelques clients qui peuvent payer ses avis 500 000 francs; T. J. Ross, l’hĂ©ritier d’Ivy Lee, est dans une situation comparable.

L’une des plus rĂ©centes spĂ©cialitĂ©s est celle de l’agence Spencer-Roberts de Los Angeles, qui a organisĂ© la campagne de propagande de Ronald Reagan, actuel gouverneur de Californie. Au service de la politique, elle rĂ©dige les discours, constitue des comitĂ©s, dĂ©termine par machines Ă©lectroniques les thèmes qui seront les plus contestĂ©s, les rĂ©actions des Ă©lecteurs…

Les pionniers anglo-américains en France

Les techniques de relations publiques ne sont pas encore très rĂ©pandues dans le monde. L’Angleterre est le pays le mieux Ă©quipĂ© avec plus de cent cabinets spĂ©cialisĂ©s. Mais il n’y a pas une centaine de conseils en relations publiques dignes de ce nom sur la totalitĂ© du territoire de l’Europe occidentale. Le Japon se distingue avec huit agences, dont trois sont très importantes. La plus grande firme mondiale de la branche en dehors du territoire des États-Unis se trouve en Australie. Dans ce pays, dont la population est comparable Ă  celle de la Belgique, une agence de relations publiques emploie plus de cent collaborateurs; elle est cotĂ©e Ă  la Bourse de Sydney.

En France, les compagnies pĂ©trolières anglo-saxonnes ont Ă©tĂ© les pionniers. Le doyen de la profession reste M. Jean Choppin de Janvry, le fondateur du service de relations publiques d’Esso-Standard. Un petit groupe de professionnels qui avaient suivi ses traces fondèrent en 1949 le Club de la Maison de Verre, l’ancĂŞtre de l’actuelle Association française de relations publiques (A.F.R.E.P.), qui compte aujourd’hui quelque cinq cents membres.

Une centaine d’organismes français ont maintenant une vĂ©ritable direction des relations publiques. Il s’agit non seulement de quelques grandes entreprises privĂ©es, mais de services publics comme les P.T.T. et la S.N.C.F., d’Ă©tablissements Ă  but non lucratif comme la SĂ©curitĂ© sociale, le District de la rĂ©gion parisienne, ou diverses associations privĂ©es : la Croix-Rouge, la chambre de commerce de Paris, la PrĂ©vention routière… Mais le nombre des cabinets français spĂ©cialisĂ©s indĂ©pendants ne dĂ©passe guère la douzaine, et on peut compter sur les doigts de la main ceux qui emploient plus de dix collaborateurs.

En France, les professionnels des relations publiques font encore souvent figure soit de pionniers, soit de fumistes. On a pu lire dans une revue amĂ©ricaine : ” Dans les sociĂ©tĂ©s autocratiques, l’État monopolise les relations avec le public. On peut mĂŞme citer de nombreuses dĂ©mocraties qui ne connaissent pratiquement pas les relations publiques : en France par exemple, les hommes d’affaires refusent souvent tout renseignement Ă  la presse ” (Time Magazine, 7 juillet 1967).

Au cours d’une conversation, M. Frank Bauer, qui dirige un cabinet de conseils, nous expliquait : ” En France, il n’y a pas de respect de la spĂ©cialisation. La culture gĂ©nĂ©rale donne Ă  chacun l’impression de pouvoir tout faire, mĂŞme de la psychologie. Les Français croient aux recettes, mais pas aux techniques. Ils connaissent mal les techniques de gestion et ne se rendent pas compte que les relations publiques sont l’une des disciplines du management dont ils parlent. ” M. Pierre Braillard, prĂ©sident de l’A.F.R.E.P., nous dĂ©clarait quant Ă  lui : ” Le problème vient de ce que les responsables des diverses techniques considèrent encore que l’information sur leur travail leur appartient. Il s’y ajoute un rĂ©flexe de discrĂ©tion et de modestie de bon ton dans nos entreprises. ”

Entre la presse, qui informe, et la publicitĂ©, qui fait vendre, les chargĂ©s de relations publiques ne savent pas toujours leur mission. S’ils sont encore souvent d’anciens publicitaires ou d’anciens journalistes, leurs soucis ne sont pas seulement commerciaux (ils peuvent par exemple aider Ă  rĂ©soudre des conflits Ă  l’intĂ©rieur des entreprises), et la presse n’est pour eux qu’un des multiples supports de leur action d’information. Cependant, ils ne peuvent accomplir leur tâche que s’ils sont correctement informĂ©s de la vie de leur entreprise et de son Ă©volution, et par consĂ©quent ils ne sont vĂ©ritablement efficaces que lorsqu’ils travaillent en collaboration directe avec la direction gĂ©nĂ©rale. Mais s’ils disposent de la confiance totale de cette direction, comme cela leur est indispensable, ils sont aussitĂ´t accusĂ©s de n’ĂŞtre que des fabricants d’alibis.

Devant tant d’Ă©cueils, la profession trouve difficilement son Ă©quilibre. Les questions de dĂ©ontologie font les beaux soirs des rĂ©unions syndicales. On dispute pour savoir si la sĂ©lection des membres de l’Association française des relations publiques garantit des rĂ©fĂ©rences morales supĂ©rieures Ă  celles qu’assure le recrutement des membres de l’Union nationale des attachĂ©s de presse. Bien entendu, il existe un Syndicat national des attachĂ©s de presse professionnels dissident et un Syndicat national des conseils en relations publiques autonome. Les avis divergent sur l’opportunitĂ© d’un regroupement fĂ©dĂ©ral, alors que de nombreux membres font partie de plusieurs syndicats Ă  la fois. Un code d’Ă©thique international, dit code d’Athènes, adoptĂ© sous l’impulsion des Français, laisse les Anglo-Saxons sarcastiques. A quoi bon les textes ?

Peut-ĂŞtre la profession tente-t-elle en France de trouver dans les lois, les dĂ©crets et les dĂ©clarations qu’elle appelle, l’unitĂ© qui lui manque encore. Une telle prĂ©caution n’est pas forcĂ©ment puĂ©rile. Cette profession ne survivra que si elle est exercĂ©e par des spĂ©cialistes : sociologues, psychologues, Ă©conomistes, financiers, experts de la famille, de l’enseignement, de la religion, techniciens de la presse, de la radio, de la tĂ©lĂ©vision. Or Ă  peine nĂ©e, la fonction de relations publiques est dĂ©jĂ  compromise et menacĂ©e. Elle est compromise par un certain nombre d’amateurs et de dilettantes qui ne contribuent guère Ă  convaincre les employeurs de leur utilitĂ©. Et dĂ©jĂ  les publicitaires menacent d’annexer les relations publiques Ă  leurs activitĂ©s.

Des efforts Ă  encourager

Il n’y aurait pas lieu de se rĂ©jouir d’une confusion entre la publicitĂ© et les relations publiques. Il serait dĂ©plorable que les informations fournies par les services de relations publiques, et diffusĂ©es gratuitement parce qu’elles sont utiles, soient supprimĂ©es ou qu’elles soient constamment soupçonnables d’une lĂ©gitime dĂ©formation publicitaire. Comme l’a Ă©crit M. C. Lougovoy, directeur des relations extĂ©rieures de la sociĂ©tĂ© Thomson-Houston-Hotchkiss-Brandt : ” Il me paraĂ®t malhonnĂŞte de couvrir notre action du voile des grands idĂ©aux humanitaires. Mais je suis parfaitement convaincu que les relations publiques servent ces idĂ©aux par voie de consĂ©quence. ”

Bien des heurts, des mĂ©contentements, des pertes d’Ă©nergie et d’argent pourraient en effet ĂŞtre attĂ©nuĂ©s grâce Ă  l’intervention judicieuse d’hommes compĂ©tents dans le domaine des relations publiques. Le percepteur et la prĂ©fecture de police y gagneraient beaucoup Ă  faire revoir leurs imprimĂ©s par quelque conseil. Comme Rockefeller, le patronat français n’y perdrait certainement pas Ă  se refaire une nouvelle image. Les syndicats, les universitĂ©s, les Églises… y trouveraient sans doute le mĂŞme intĂ©rĂŞt. On s’en est aperçu rĂ©cemment.

L’administration sur les traces de Rockefeller

L’administration française n’est pas sans l’avoir compris. Dans une circulaire adressĂ©e aux autres ministres et secrĂ©taires d’État, M. Michelet, ministre d’État chargĂ© de la fonction publique et de la rĂ©forme administrative, s’exprime en ces termes : ” Au cours des dernières annĂ©es, diverses administrations ont ressenti le besoin de dĂ©velopper et d’organiser leurs relations avec le public… Ainsi s’est constituĂ© peu Ă  peu un rĂ©seau de relations publiques administratives issu de circonstances et d’initiatives successives, dotĂ© de moyens inĂ©galement rĂ©partis. Les efforts en ce domaine doivent ĂŞtre encouragĂ©s, soutenus et coordonnĂ©s… ” Rappelons que le gouvernement fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain dĂ©pense chaque annĂ©e 425 millions de dollars (plus de 2 milliards de francs) en relations publiques. Le dĂ©partement de la dĂ©fense Ă  lui seul occupe 3 000 personnes et consacre plus de 32 millions de dollars Ă  cet objet.

Le monopole des relations publiques pourra-t-il revenir Ă  l’administration française du simple fait de l’ignorance du secteur privĂ© ? ” La diffusion prochaine de l’informatique fera circuler les informations et les dissociera bientĂ´t de la personne des responsables des divers travaux. Les entreprises privĂ©es françaises se rendront bientĂ´t Ă  l’Ă©vidence qu’elles ne peuvent plus se passer de services de relations publiques corrects quand ses concurrents tireront parti des leurs et quand elles s’apercevront que seules les grandes entreprises publiques auront pris en main la reprĂ©sentation de l’industrie française. ” Le prĂ©sident de l’Association française des relations publiques n’est pas pessimiste.

Lire la suite →

Le renouveau de la communication militaire

News|

Les armées sont au service de la nation et lui appartiennent déclare un manuel de relations publiques qui sera adressé à tous les chefs de corps

NĂ©cessitĂ© faisant loi, il arrive que des institutions soient mises en place avant que ne soient rĂ©ellement dĂ©finies les règles de fonctionnement et instruits les hommes chargĂ©s de les animer. L’administration militaire n’a pas Ă©chappĂ© Ă  cette obligation de parer au plus pressĂ©.

De retour dans ” l’hexagone “, les remous Indochinois et algĂ©riens apaisĂ©s, les forces françaises devaient s’intĂ©grer Ă  la vie de la nation et ouvrir l’esprit de leur personnel de carrière aux problèmes les plus actuels. Tel fut, du moins, le double but qu’une dĂ©cision ministĂ©rielle de 1962 assignait Ă  l’effort de relations publiques dans les armĂ©es. La fonction d’officier de relations publiques fut alors crĂ©Ă©e Ă  plusieurs Ă©chelons du commandement.

Sans moyens humains ni financiers et sans doctrine prĂ©cise, ces officiers de relations publiques n’ont pas toujours trouvĂ© auprès de leurs Ă©tats-majors l’appui qu’ils demandaient. Certains ont eu le sentiment de n’ĂŞtre pas considĂ©rĂ©s comme des officiers Ă  part entière. D’autres estiment qu’ils occupent des postes secondaires.

Ouvrir les casernes

Il aura fallu attendre quatre ans pour voir enfin apparaĂ®tre un manuel de relations publiques dans les armĂ©es. Quatre ans après, la fonction de l’officier spĂ©cialisĂ© est ainsi codifiĂ©e.

TirĂ© Ă  deux mille exemplaires environ, cet ouvrage d’une centaine de pages est dĂ» Ă  la 2e division (Ă©tudes, armĂ©e-nation, documentation) du service d’information, d’Ă©tudes et de cinĂ©matographie des armĂ©es. Il est destinĂ© aux chefs de corps de l’armĂ©e de terre, aux commandants des bases aĂ©riennes et aux commandants des navires de guerre, et sera le brĂ©viaire de leurs officiers de relations publiques.

L’armĂ©e n’ayant rien Ă  vendre, au sens strict du terme, donc rien Ă  faire valoir, on peut s’interroger sur le sens qu’elle donne Ă  sa politique de relations publiques. Le manuel rĂ©pond en ces termes :

” (…) Plus respectueuses de la personnalitĂ© d’autrui que la publicitĂ© ou la propagande, et en fin de compte plus ambitieuses dans leurs objectifs, les relations publiques procèdent d’un esprit particulier et d’une volontĂ© d’action. L’esprit de relations publiques est avant tout un esprit d’ouverture aux Ă©lĂ©ments extĂ©rieurs, de reconnaissance de leurs caractères et de leurs prĂ©occupations propres. S’efforçant d’Ă©tablir des rapports de confiance, il informe le public de façon complète et continue sur l’ensemble de ses activitĂ©s. (…) Moins que tout autre service de l’État, les armĂ©es ne peuvent actuellement nĂ©gliger leurs relations publiques. Elles doivent, en effet, rechercher de leur propre mouvement l’harmonie avec la sociĂ©tĂ© qu’elles ont mission de servir et de dĂ©fendre. ”

On retrouve cette mĂŞme volontĂ© d’entrer en contact et d’Ă©tablir des Ă©changes avec la nation, qui a prĂ©sidĂ©, par exemple, Ă  la rĂ©daction du nouveau règlement de discipline gĂ©nĂ©rale (voir le Monde du 5 octobre). Si les casernes doivent s’ouvrir sur l’extĂ©rieur, ce ne peut plus ĂŞtre Ă  sens unique. Le manuel de relations publiques l’indique formellement :

” (…) La mission ne doit pas ĂŞtre envisagĂ©e dans la seule prĂ©occupation de l’intĂ©rĂŞt exclusif des armĂ©es. Faire connaĂ®tre et apprĂ©cier les armĂ©es implique en effet le dialogue et la volontĂ© mutuelle de se rendre service. Les divers milieux doivent comprendre que les armĂ©es sont au service de la nation et lui appartiennent. Ils le comprendront d’autant mieux qu’ils s’apercevront que les armĂ©es ne sont pas restĂ©es indiffĂ©rentes Ă  leurs rĂ©actions, mais en ont au contraire tenu compte pour amĂ©liorer leur style et leurs mĂ©thodes d’action. ”

L’officier de relations publiques est l’animateur principal de ces Ă©changes avec la nation. (…) ” Il n’est ni un inventeur de mythes sĂ©duisants, ni un homme du monde chargĂ© de reprĂ©senter favorablement les armĂ©es dans les rĂ©unions, moins encore le membre d’un groupe de pression destinĂ© Ă  acheter la conscience des journalistes ou des reprĂ©sentants des forces vives de la nation. (…) Il lui faudra Ă©viter de se limiter aux milieux traditionnellement en relations avec les armĂ©es. Une vĂ©ritable politique de relations publiques s’adresse Ă  tous les milieux, non seulement aux milieux ouverts depuis longtemps aux armĂ©es (patronat, anciens combattants), mais aussi et surtout Ă  ceux qui lui sont le plus souvent restĂ©s fermĂ©s (syndicats, mouvements de jeunesse, milieux universitaires). ”

Le secret

Il y a, certes, des limites Ă  cette politique d’information militaire, ne serait-ce que les limites imposĂ©es Ă  la diffusion de documents ” secrets ” ou ” confidentiels “. Sur ce point, le manuel de relations publiques estime que l’ordonnance du 4 juin 1960, sur la classification et la conservation d’informations dont la divulgation est de nature Ă  nuire Ă  la dĂ©fense nationale, fait nĂ©anmoins obligation en commandement d’expliquer inlassablement les raisons de cette rĂ©glementation.

” (…) Parallèlement, est-il encore expliquĂ©, le responsable des relations publiques ne doit jamais donner l’impression que le secret est un moyen utilisĂ© pour dissimuler une situation ou un Ă©vĂ©nement regrettable. Dans ce cas, ses interlocuteurs pourraient se croire le droit d’utiliser n’importe quel moyen pour obtenir l’information qu’ils veulent et la diffuser; la vĂ©ritĂ© finit toujours par se savoir, quels que soient les efforts dĂ©ployĂ©s pour la dissimuler. ”

Tous ceux qui se sont dĂ©jĂ  heurtĂ©s au ” pas de commentaire ” des autoritĂ©s militaires reconnaĂ®tront aisĂ©ment que ces consignes aux officiers de relations publiques sont empreintes d’un ton tout Ă  fait neuf. Au-delĂ  de la simple volontĂ© de sortir d’un isolement qui est finalement prĂ©judiciable Ă  l’ensemble de l’armĂ©e, il y a chez certains le dĂ©sir incontestable de communiquer avec le reste de la nation.

Mais, pour le réaliser pleinement, il reste beaucoup à faire. Les préventions ne proviennent pas uniquement de milieux civils réfractaires; au sein des armées, notamment à divers échelons du commandement, les résistances demeurent aussi vives.

Ce manuel ne peut pas ĂŞtre un document de travail uniquement rĂ©servĂ© aux officiers de relations publiques. Il constitue encore moins une lettre, Ă  usage interne, que des militaires – partisans de certaines novations – adresseraient Ă  d’autres militaires pour les persuader de l’intĂ©rĂŞt qu’il y a Ă  ne plus s’enfermer dans un ” ghetto ” de silence. Si tel Ă©tait le cas, l’information militaire resterait un voeu pieux. Au contraire ce manuel doit devenir une sorte de charte pour toute l’armĂ©e française.

Lire la suite →