A PROPOS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE DE 1981 UN LIVRE DE CHRISTIAN ROLOT ET FRANCIS RAMIREZ France : l’art du d√©cryptage

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Des battements de paupi√®res de Fran√ßois Mitterrand aux mouvements de mains de ses adversaires, des sourires des uns aux gestes des autres, deux universitaires ont pass√© au crible toutes les images, volontaires ou non, de la campagne de 1981. Morale de l’histoire : une le√ßon de vigilance.¬†

SANS doute aviez-vous d√©j√† remarqu√© les battements de cils de Fran√ßois Mitterrand, les chuintements de Val√©ry Giscard d’Estaing, les sourires-rictus de Jacques Chirac, mais ce n’est rien par rapport √† tout ce qu’une bonne observation de l’image t√©l√©vis√©e peut nous apprendre, au-del√† des discours tenus par les hommes politiques. La phase officielle de la campagne officielle sur les ondes va permettre de le v√©rifier une fois de plus, sinon que nous disposerons pour l’occasion d’un mode de lecture de ces √©missions.¬†

Deux universitaires, Christian Rolot, maitre de conf√©rences √† Montpellier-III, et Francis Ramirez, maitre de conf√©rences √† Paris-III Sorbonne nouvelle, tous deux en poste √† Mekn√®s au titre de la coop√©ration, ont fait un travail de fourmi en visionnant et revisionnant, pendant trois ans, les soixante-neuf √©missions (seize heures d’antenne) de la campagne pr√©sidentielle de 1981, qui vit s’affronter dix candidats.¬†

De la masse d’observations rassembl√©es pour nourrir une th√®se de doctorat d’Etat sur l’√©valuation de l’assistance des conseils en communication, ils ont tir√© un livre plus succinct, √† l’intention du grand public, intitul√© Choisir un pr√©sident – v√©rit√©s et mensonges d’une image t√©l√©visuelle (1).¬†

Sous ce titre, ils proposent une radiographie comment√©e de la phase cruciale de la¬†communication politiquemoderne. Ils s’int√©ressent moins – et m√™me pas du tout – √† ce que disent les candidats (et que tout le monde peut entendre) qu’√† ce qu’ils r√©v√®lent malgr√© eux, ou cherchent √† cacher. Du d√©pouillement minutieux de l’image – la morphologie, la gestualit√©, les v√™tements, la forme du filmage des int√©ress√©s – et de l’analyse de la parole – le d√©bit, l’intonation, l’articulation, – il ressort une perception enti√®rement renouvel√©e de personnages que l’on croyait familiers et une technique d’observation applicable √† d’autres campagnes du m√™me genre, √† d’autres candidats. D’o√Ļ l’actualit√© de cette √©tude.¬†

Donn√©es chiffr√©es √† l’appui, il se confirme, par exemple, que Fran√ßois Mitterrand se caract√©rise par une ” agitation palp√©brale ” tr√®s rapide et que ce ” b√©gaiement oculaire ” a pour effet de voiler le regard et d’en briser la continuit√©. L’actuel pr√©sident compense cela par ” un jeu de regard didactique ” qui s’impose au t√©l√©spectateur. Un expert a constat√©, depuis, qu’il suffisait de r√©duire l’√©clairage intensif des prises de vues pour limiter le rythme des battements de cils. De m√™me, pour compenser l’aspect massif et inerte de la morphologie de Fran√ßois Mitterrand, son r√©alisateur attitr√©, Serge Moati, avait multipli√© les gros plans mettant en valeur la mobilit√© du visage.¬†

Si les v√™tements des candidats ont tendance √† s’uniformiser dans le bleu neutre, leur gestualit√©, le d√©cor dont ils s’entourent, leur filmage contribuent √† les distinguer les uns des autres avec, toutefois, des constantes qui semblent avoir une signification politique. A gauche, o√Ļ l’expressivit√© est plus vive, on note un changement plus rapide des plans, tandis qu’√† droite il y a plus de lenteur et de fixit√©. Les repr√©sentants des partis du mouvement ont les mains jointes et les doigts entrecrois√©s, ceux des partis de l’ordre ont les mains pos√©es √† plat sur la table. Les candidates sont plus souriantes et moins officielles que ces messieurs. Il y a comme cela bien d’autres signes charg√©s de sens qui s’√©chappent de l’√©cran.¬†

Mensonges de la parole, 

mensonges du comportement 

Quelles le√ßons tirer de ce travail pour l’actuelle campagne pr√©sidentielle ? Christian Rolot et Francis Ramirez accueillent la question avec prudence. ” Ce que nous avons globalement constat√©, d√©clare le premier, c’est l’uniformisation induite, pendant le d√©roulement de la campagne, par le m√©dium. L’obligation de se plonger dans le bain t√©l√©visuel, qui est tr√®s fortement ressentie par les int√©ress√©s, tend ainsi √† dessiner une sorte de candidat-type. ”¬†

” Parall√®lement, poursuit-il, la t√©l√©vision r√©v√®le chaque individu plus qu’il ne le croit, et ceux qui essaient de contrefaire leur nature passent mal √† l’√©cran; il arrive un moment o√Ļ leur v√©rit√© cach√©e √©clate, avec le risque de porter atteinte √† la sinc√©rit√© de tout le discours. ” Selon Francis Ramirez, ” quand quelqu’un est mal √† l’aise, c’est que, quelque part, il ment. Il y a des mensonges de la parole et des mensonges du comportement, ces derniers pouvant √™tre plus graves que les autres. ”¬†

Les deux auteurs consid√®rent que l’assistance des conseillers en communication repose sur une connaissance empirique et intuitive. Elle est limit√©e, car les hommes politiques ne sauraient avoir la plasticit√© des acteurs. Ne fonctionne bien que ce qui va dans le sens de leur personnalit√©. Et il arrive que leurs d√©fauts, du point de vue de la communication, jouent √† leur profit, comme ” naturels “, pour peu qu’ils s’expriment avec constance : c’est ce qui est apparu avec Fran√ßois Mitterrand, dont l’inad√©quation t√©l√©g√©nique est devenue famili√®re en 1981, tandis qu’en face se grippait la belle machine de communication qu’incarnait Val√©ry Giscard d’Estaing.¬†

Le danger d’une assistance promotionnelle est de privil√©gier le look sur le fond, de transformer le mode d’adh√©sion. Nos deux auteurs notent, dans leur livre sur la campagne de 1981 : ” Les deux grands rivaux de cette campagne sont plus ou moins ouvertement montr√©s comme des s√©ducteurs : dans tous les cas, le pouvoir – actuel ou potentiel – est digne d’√™tre aim√©. ”¬†

Le danger est effectivement que l’opinion sur celui qui revendique de hautes responsabilit√©s se forme de moins en moins sur ce qu’il dit et de plus en plus sur son image. ” Il est d’autant plus r√©el, estime Francis Ramirez, que la lecture t√©l√©visuelle est plus passive : elle ne laisse, dans son d√©roulement, ni le temps de s’arr√™ter ni la possibilit√© de revenir en arri√®re; on est d√©sarm√©. ” Les deux auteurs en donnent pour preuve leurs propres d√©couvertes. En revisionnant des √©missions, ils ont remarqu√© que l’apparente r√©action spontan√©e de Val√©ry Giscard d’Estaing au cours d’un entretien avec un journaliste avait √©t√© soigneusement pr√©par√©e, comme le r√©v√©lait la structure de l’√©mission, sans que cela soit forc√©ment perceptible au premier abord; dans un autre cas de figure, ils ont relev√© que Georges Marchais pr√©tendait qu’il √©tait le seul √† parler des ” profits ” : v√©rification faite, non seulement d’autres candidats avaient utilis√© ce mot, mais, en plus, lui-m√™me ne l’avait jamais employ√© !¬†

Cela √©tant, il n’y a pas, reconnaissent Christian Rolot et Francis Ramirez, de recette simple pour distinguer les v√©rit√©s des mensonges de l’image t√©l√©visuelle. Il faut de la vigilance personnelle et, sans doute, une culture que l’on pourrait acqu√©rir : ” On devrait apprendre √† l’√©cole, au lyc√©e, disent-ils, la lecture de l’image, comme on le fait d√©j√† pour la lecture du journal. ” En attendant, leur contribution au d√©cryptage de la¬†communication politique¬†t√©l√©vis√©e fournit des √©l√©ments d’apprentissage pr√©cieux √† ceux qui re√ßoivent le message et, aussi, √† ceux qui l’√©mettent.

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La politique et les mots pour la dire : communication politique

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“Ch√īmage”, “noyaux durs”, “plan”, “cohabitation”… Comment les Fran√ßais entendent-ils le discours politique ? Quel est l’√©cart entre la r√©alit√© et les mots pour la dire ? C’est √† ces questions que r√©pond le sondage r√©alis√© par IPSOS pour le Monde.¬†

La campagne pr√©c√©dant l’√©lection pr√©sidentielle constitue l’une des plus intenses p√©riodes de la¬†communication politique. Elle fournit, sur un plateau, l’occasion de s’interroger sur la port√©e m√©diatique du d√©bat d√©mocratique, sur la mani√®re dont le message passe dans l’opinion. C’est pour tenter de r√©pondre, f√Ľt-ce partiellement, √† cette question que le Monde et la soci√©t√© IPSOS ont proc√©d√© √† un sondage inhabituel sur la culture politique des Fran√ßais √† partir d’une vingtaine de mots-cl√©s de la confrontation pr√©√©lectorale qui doit d√©boucher sur le choix, d√©cisif dans nos institutions, du pr√©sident de la R√©publique.¬†

Inhabituelle, cette enqu√™te l’est surtout par la d√©marche qui l’inspire et la m√©thode sur laquelle elle s’appuie. Celle-ci consiste √† solliciter, par le biais de questions ouvertes, non un choix parmi plusieurs solutions propos√©es, mais une r√©ponse spontan√©e et personnelle. La libert√© ainsi laiss√©e aux personnes interrog√©es se traduit par une grande diversit√© dans l’√©ventail des r√©ponses qu’elles donnent pour chacun des vingt mots retenus dans le vocabulaire politique. Ceux-ci ne sont pas compris, il s’en faut, de la m√™me fa√ßon par tout le monde, mais, si vari√©es que soient les r√©ponses, il est possible de les classer par groupes de significations proches.¬†

Dans la pr√©sentation des r√©sultats partiels de l’enqu√™te que l’on trouvera ci-dessous, nous n’avons conserv√© que les d√©finitions dominantes, celles que renvoie notamment une proportion significative de l’√©chantillon de la population.¬†

Avant m√™me la diversit√©, voire la fantaisie, des r√©ponses, ce qui retient l’attention, c’est l’√©chelle des non-r√©ponses qui √©tablit, √† l’envers, une sorte de palmar√®s de l’incompr√©hension du d√©bat politique et, en quelque sorte, la fronti√®re de la non-communication. Il y a des mots-messages du discours ambiant qui ne sont pas re√ßus par une grande partie de l’opinion, ou qui ne lui disent rien, ou, encore, qui ont perdu leur signification.¬†

Ce sont, soit des notions abstraites, th√©oriques, relatives au fonctionnement du syst√®me (bipolarisation, Etat-providence, alternance), soit des termes du vocabulaire technique de l’√©conomie (noyau dur, d√©r√©glementation).¬†

En revanche, il y a des mots qui parlent d’eux-m√™mes, soit parce qu’ils correspondent √† des pr√©occupations fortes de la population, comme le confirment tous les sondages, tels les termes de ch√īmage, s√©curit√©, acquis sociaux, fiscalit√©, soit parce que ce sont des m√©taphores pr√©sentes au coeur du d√©bat politique, telle la cohabitation, et qui ont d’autres connotations. On obtient, ainsi, des d√©finitions de proximit√©, tr√®s concr√®tes et r√©v√©latrices, comme on le verra, et des d√©finitions d’impr√©gnation donnant lieu √† des repr√©sentations inattendues.¬†

Le SIDA 

de la société 

A 1 % pr√®s, tout le monde a son id√©e sur le ch√īmage. On ne s’en √©tonnera pas s’agissant d’un fl√©au durement ressenti et sur lequel ont but√© plusieurs m√©decines successives. L’√©ventail des r√©ponses se caract√©rise par la proportion de celles d’entre elles qui prennent la forme d’un simple constat : le ch√īmage, c’est de se trouver sans travail (26 %) ou de ne pas obtenir un emploi (6 %).¬†

Presque aussi importante est la proportion des réponses qui, au-delà de la prise en compte à froid du problème, en soulignent la dimension dramatique : une catastrophe, un cataclysme (18 %), un mal de civilisation, le SIDA de la société (11 %). Les proches du PC (24 %) et du RPR (22 %) sont particulièrement sensibles à cette vision dramatique. 

D’autres groupes de r√©ponses appr√©hendent le probl√®me √† travers ses cons√©quences humaines et sociales (pauvret√©, mis√®re, avenir bouch√© pour les jeunes, exclusion sociale, perte de dignit√©, angoisse). A noter que l’imputation aux immigr√©s de la responsabilit√© du ch√īmage n’obtient aucun cr√©dit.¬†

Si l’on reste dans le domaine social, les d√©finitions donn√©es pour cerner le contenu des “acquis sociaux” se r√©partissent en deux grands groupes. Le premier rassemble les r√©ponses privil√©giant la fonction d’assistance : S√©curit√© sociale, allocations familiales, sant√© gratuite, “ce que l’on re√ßoit en bien de l’Etat”. Ce genre de d√©finition a la faveur des proches du RPR (26 %) et de l’UDF (21 %), plus que de la gauche, et trouve un bon √©cho aupr√®s des personnes peu int√©ress√©es par la politique.¬†

Le second groupe de r√©ponses d√©finit les acquis sociaux en termes de conqu√™tes, obtenues par la lutte sociale et √† d√©fendre contre les menaces qui p√®sent sur eux. Les sensibilit√©s de gauche mais aussi celle du Front national s’expriment ici plus nettement, de m√™me que les personnes qui s’int√©ressent √† la politique. D’autres groupes de d√©finitions mettent en valeur les √©l√©ments du pouvoir d’achat ou, pour 8 %, ce qui √©loigne du travail (cong√©s, retraite, semaine de 39 heures).¬†

Il y a une bonne perception globale de la notion de ” traitement social du ch√īmage ” qui fait partie, dans sa complexit√©, de notre environnement quotidien. Les jugements n√©gatifs, relativement peu nombreux, r√©v√®lent un sentiment de scepticisme ou de suspicion, ce dernier s’exprimant pareillement chez les proches du PC et du Front national. En revanche, l’expression, plus anglo-saxonne que fran√ßaise, d’Etat-providence reste vague quand on lui pr√™te un sens, tant√īt n√©gatif, tant√īt positif.¬†

Célébrité des petits 

porteurs et méconnaissance 

des noyaux durs 

Au cours du septennat mouvement√© qui s’ach√®ve, bien des batailles se sont livr√©es sur le terrain de l’√©conomie. Que l’on songe, par exemple, au couple nationalisation-privatisation ! A travers la perception de ces deux mots, on mesure bien l’√©loignement dans le temps de ces r√©formes contradictoires mais, surtout, l’effacement de la signification de la premi√®re par rapport √† la bonne tenue, pour employer le langage des boursiers, de la seconde.¬†

Dispersion des r√©ponses dans un cas, alors que, dans l’autre, une d√©finition simple et correcte obtient, avec 31 %, l’un des plus forts pourcentages de l’enqu√™te. Succ√®s identique de la perception de la notion de petit porteur (31 %): il est vrai que les privatisations et les appels √† l’actionnariat populaire avaient fait l’objet d’une information et d’une promotion publicitaire dont les nationalisations n’avaient pas b√©n√©fici√©.¬†

Cependant, la connaissance de la r√©alit√© √©conomique a ses limites d√®s lors qu’elle n’est pas “enseign√©e”. Ainsi, l’image des noyaux durs – qui devaient vulgariser la structuration de l’actionnariat des entreprises privatis√©es – est rest√©e plus que floue et majoritairement m√©connue. On imagine l’effet que peut produire dans le public des discours ou des d√©bats faisant allusion aux noyaux durs ! Une autre notion abstraite et technique, celle de la d√©r√©glementation, souffre d’une semblable obscurit√©.¬†

Si les nationalisations sont √† la baisse, la planification, elle, est en chute libre dans l’esprit des Fran√ßais, pour qui le mot de Plan ne correspond plus √† l'”ardente obligation” dont parlait le g√©n√©ral Pe Gaulle. Quand on pense que Michel Rocard √©tait cens√© donner une nouvelle vigueur au Plan, il y a de quoi √™tre r√™veur ! En r√©alit√©, la perte d’identit√© du mot corrobore, ici, son d√©clin politique.¬†

La participation, autre valeur gaulliste, est per√ßue avec confusion quand elle n’est pas confondue avec la cogestion. Les proches du RPR gardent, plus que les autres, un souvenir de ce grand dessein qui n’est plus de saison.¬†

L’ancrage dans l’actualit√©, le r√īle futur, apparaissent comme des motivations d’int√©r√™t et de connaissance plus efficaces. Ainsi s’explique que, sous plusieurs d√©finitions m√™me approximatives, la perspective du march√© unique europ√©en ne soit pas occult√©e. Les proches de l’UDF et du RPR privil√©gient le contenu √©conomique du projet, √† l’encontre des proches du PC, tandis que ceux du PS et, plus encore, ceux du Front national – qui d√©c√®lent aussi et contradictoirement une menace pour l’identit√© nationale – y voient l’√©bauche d’un Etat europ√©en face aux Deux Grands.¬†

La cohabitation 

telle qu’elle est v√©cue¬†

Les mots du pur discours politique sont loin d’√™tre les mieux compris. Quand ils entendent parler de cohabitation, 22 % des gens interrog√©s pensent √† la vie commune sous un m√™me toit : le ph√©nom√®ne sociologiquede la cohabitation pr√©nuptiale l’emporte sur celui, plus r√©cent, de la cohabitation politique.¬†

Si celui-ci n’est pas inconnu, il fait l’objet de d√©finitions diverses √† travers lesquelles il apparait que c’est dans l’environnement du PC qu’on y voit, surtout, une magouille et dans celui du RPR, une exp√©rience limit√©e dans le temps. Les sensibilit√©s proches du PS et de l’UDF se retrouvent dans la m√™me proportion (19 %) pour entrevoir dans la cohabitation une entente sur la gestion du pays : serait-ce une indication pour la formation d’une majorit√© de coalition ?¬†

L’alternance est per√ßue √† travers la notion de changement, de mani√®re pas tr√®s claire, confondue marginalement avec l’alternative ou la versatilit√©, quand elle ne provoque pas, dans une forte proportion (26 %), le mutisme. La bipolarisation, qui fut l’un des ph√©nom√®nes majeurs de la Ve R√©publique et l’un des th√®mes ch√©ris des politologues, n’a pas de signification pour 54 % des personnes interrog√©es; on touche l√† aux limites de l’aire de signification du discours politique.¬†

Aussit√īt que l’on √©voque une pr√©occupation dominante, la communication passe mieux. On l’avait not√© avec le ch√īmage, on le v√©rifie avec la notion de s√©curit√©, pour laquelle le taux de non-r√©ponse (7 %) est r√©duit. Le fait remarquable ici est que la premi√®re d√©finition (24 %) s’exprime en termes de moyens (la police) et de protection (17 %) : on met en avant le rem√®de plus que le diagnostic. D’autres r√©ponses confirment ce que ce choix r√©v√®le de peur et d’angoisse. Pour 8 % des personnes interrog√©es, la s√©curit√©, c’est d’avoir un travail stable, de ne pas √™tre au ch√īmage ! Cette seule r√©ponse-l√† valait un sondage…¬†

Un sondage qui, au premier abord, r√©v√®le l’extraordinaire d√©perdition du discours politique entre son √©mission et sa r√©ception. Deux remarques temp√®rent, sans pour autant en att√©nuer toute la gravit√©, le constat d’une incommunicabilit√© si grande : d’une part, rien n’assure que seul le message politique soit concern√© par cette chute du sens; d’autre part, il n’int√©resse qu’une partie de l’opinion. Selon l’enqu√™te, 15 % des personnes interrog√©es s’int√©ressent beaucoup √† la politique, 35 % assez, 36 % peu, 14 % pas du tout. On ne saurait donc en rester √† cette mauvaise et tr√®s relative impression.¬†

Ce petit test sur la culture politique des Fran√ßais montre que celle-ci n’est pas faite que de mots et qu’elle se fonde sur un v√©cu. La communication ne passe bien que s’il y a ad√©quation entre les uns et l’autre, entre ce que disent les dirigeants politiques et ce que vivent leurs auditeurs. Limit√© √† sa seule sph√®re, le vocabulaire du ” microcosme “, pour reprendre une image plaisante – mais dont on peut se demander d√©sormais comment elle est per√ßue, – n’est pas re√ßu cinq sur cinq et se perd dans la confusion du bruit de fond. Une autre le√ßon √† tirer de l’exp√©rience est que la politique, si elle veut renouveler son langage et se faire entendre clairement, doit prendre le parti de la p√©dagogie plut√īt que celui du brio verbal, faire comprendre son message plut√īt que le marteler.

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Indispensables relations publiques

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” Les relations publiques sont de plus en plus per√ßues comme un outil de gestion indispensable √† toute direction g√©n√©rale. ” Les ” RP “, comme ils s’appellent, doutaient-ils encore de leur utilit√© ? Plus besoin de s’interroger en tout cas apr√®s la publication d’un Livre blanc, un v√©ritable sondage-miroir qui a √©t√© le plat de r√©sistance des travaux cette semaine √† Nantes du quatri√®me congr√®s national de l’Association fran√ßaise des relations publiques (AFREP). Les chiffres parlent en effet. Pour plus de 96 % des personnes interrog√©es, la gestion de l’image a une incidence sur le r√©sultat de l’entreprise. Mieux, pour plus de 90 % d’entre elles – les r√©ponses √©manent pour moiti√© de directeurs g√©n√©raux d’entreprise, – l’investissement relations publiques est rentable. Aujourd’hui, c’est net. Le capital-images ” prend une importance de plus en plus grande “, a soulign√© le pr√©sident de l’association, M. Georges Crapet.

Leur fonction √©tant maintenant indiscutable, les ” RP “, baptis√©s aussi attach√©s de presse, font √† leur tour leurs propres relations publiques. Le congr√®s, qui r√©unissait cent cinquante d√©l√©gu√©s (sur douze cents adh√©rents), en a √©t√© une occasion.

Leur profil type ? Quatre ann√©es d’√©tudes sup√©rieures, activit√© de communication √† l’int√©rieur (journal d’entreprise) et √† l’ext√©rieur (en direction des journalistes, notamment), position en prise directe avec le directeur g√©n√©ral, profession r√©pandue essentiellement dans les grandes soci√©t√©s, administrations ou collectivit√©s locales (mairies, conseils g√©n√©raux, chambres de commerce).

Le congr√®s a mis le doigt sur la qualit√© essentielle que les ” RP ” revendiquent pour eux-m√™mes; le professionnalisme. Les relations publiques se frayent une voie √©troite entre la publicit√© et l’information, et la relation avec le journalisme n’est pas toujours claire. ” Nous ne pourrons assumer nos responsabilit√©s qu’en √©tant de v√©ritables professionnels, qui, loin d’√™tre de simples techniciens de la communication, seront d’abord et surtout des sp√©cialistes de la gestion de l’image, l’image qui est devenue l’un des √©l√©ments fondamentaux du patrimoine des entreprises “, a d√©clar√©, notamment, M. Georges Crapet, en faisant la synth√®se des travaux.

En d√©finitive, le congr√®s de Nantes restera sans doute celui o√Ļ les professionnels des relations publiques misaient leur avenir sur la qualit√©.

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La deuxième génération des relations publiques

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Bordeaux. – Le troisi√®me congr√®s de l’AFREP (Union des associations fran√ßaises de relations publiques) a eu lieu √† Bordeaux du 25 au 27 octobre sur le th√®me : ” Les relations publiques, deuxi√®me g√©n√©ration “.

Il s’agissait de mesurer l’√©volution d’une profession n√©e avec la guerre et de dessiner son avenir. Arriv√©s en France dans les bagages des grandes compagnies p√©troli√®res am√©ricaines, les charg√©s de relations publiques ont subi une premi√®re adaptation √† la soci√©t√© fran√ßaise. Ils √©taient attach√©s de presse ou organisateurs de cocktails, sans formation sp√©cifique. La deuxi√®me g√©n√©ration a acc√©d√© aux postes de responsabilit√©, apr√®s des formations du premier, deuxi√®me ou troisi√®me cycle. Elle dispose m√™me de centres de recherches et commence √† √™tre int√©gr√©e √† l’√©tat-major de l’entreprise.

La d√©centralisation de l’√Čtat et des grandes entreprises a aussi s√©cr√©t√© des postes nouveaux. En 1964, pour le premier congr√®s de l’AFREP, 80 % des trois cents membres travaillaient dans la r√©gion parisienne. En 1984, les deux tiers des mille trois cents membres sont des repr√©sentants de la province.

Aujourd’hui, les chefs d’entreprise ou les responsables des administrations ne consid√®rent plus les relations publiques comme un secteur superflu mais comme une fonction qui n√©cessite des gens capables de raisonner en termes de strat√©gie. T√©moin l’un des animateurs de l’AFREP : ” L’entreprise publique tient de plus en plus un discours d’entreprise priv√©e. Elle s’explique constamment, argumente sur sa comp√©titivit√©, et l’information oblige les gens √† se tenir droits. A l’inverse, dans le priv√©, on tient un discours public. L’entreprise a d√©couvert qu’elle avait une fonction sociale, et elle tient √† le dire. ”

Pour les congressistes, cette double constatation autorise √† parler d’une deuxi√®me g√©n√©ration, et cela n’est pas un hasard si le d√©bat le plus chaud a port√© sur le secteur o√Ļ ils estiment la France le plus attard√©e, celui de l’information interne : ” Nous nous heurtons constamment √† des structures difficiles √† d√©passer; il ne suffit pas de nommer un directeur des relations humaines pour y parvenir. ”

D√©bat serr√© √©galement sur le m√©c√©nat d’entreprise, consid√©r√© par les congressistes comme un secteur de grand avenir. Ils y voient un double malentendu : ” Le monde culturel a tendance √† dire : donnez-nous de l’argent, on se d√©brouillera; tandis que les chefs d’entreprise y verraient un moyen de cacher des super-b√©n√©fices. ” Un malentendu qui, selon eux, fait que les obstacles se trouvent beaucoup plus du c√īt√© des directions g√©n√©rales que du c√īt√© du fisc.

La motion finale a insist√© sur la n√©cessit√© d’arriver √† une plus grande rigueur de la notion de professionnalisme. Elle a montr√© aussi la volont√© d’en finir avec l’assimilation de la profession aux “cocktails petits fours” ou √† des postes que l’on pense pouvoir assumer avec le bac et deux ans de vagabondage universitaire, une bonne pr√©sentation et de solides relations.

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La communication politique vue d’en face par les concurrents

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Homme de communication par profession, M. Claude Marti a le coeur et le m√©tier d√©cid√©ment √† gauche. Apr√®s avoir mis l’un et l’autre au service de M. Michel Rocard et de l’actuel pr√©sident de la R√©publique, il s’est vu confier la campagne du Parti socialiste pour les √©lections europ√©ennes.

√Ä l’autre bord, M. Jean-Pierre Raffarin associe d’une autre fa√ßon travail et engagement. Directeur du d√©partement communication du cabinet Bernard Krief, il est aussi conseiller municipal de Poitiers et candidat, en soixante-septi√®me position, sur la liste unie de l’opposition.

Comment l’un et l’autre voient-ils ce qui se passe ” en face ” ?

Le PS a deux atouts, juge M. Raffarin : le b√©n√©fice d’un ” petit effet Jospin ” et les propositions faites r√©cemment √† Strasbourg par le pr√©sident de la R√©publique. Le tandem Mitterrand-Jospin fonctionne, selon lui, ” au mieux ” dans une conjoncture au total bien grise pour la majorit√©.

Toutes les campagnes du PS sont ” un risque “, observe l’examinateur d’en face. ” Il faut ressortir les ambigu√Įt√©s pour plaire √† l’√©lectorat. ” Cette fois-ci, les ” couacs ” de la partition socialiste lui paraissent les belles phrases sur la r√©duction du temps de travail √† trente-cinq heures et les bizarreries des relations avec les autres socialistes europ√©ens.

” S√Ľr de lui, p√©dagogue convaincu, exprimant une certitude qui n’a pas l’air de sortir de ses dogmes mais de son v√©cu “, M. Jospin trouve gr√Ęce aux yeux du sp√©cialiste-adversaire. Mais attention : ” Le probl√®me du p√©dagogue, c’est le risque de devenir rasoir. ”

Autre bon point : tout en s’imposant comme un ” jeune cr√©dible “, M. Jospin a r√©ussi √† ne pas appara√ģtre dans son propre camp comme une ” menace ” pour qui que ce soit.

La communication, c’est aussi des affiches, tradition oblige. M. Raffarin a moins d’indulgence pour cet aspect des choses. Toute la manoeuvre – la petite fille seule jouant avec les cubes de l’Europe dans une premi√®re affiche; la petite fille et Lionel Jospin, ou plut√īt Jospin tout court, dans la seconde – fut ” une erreur de communication “. ” La premi√®re affiche doit interpeller, et la seconde doit r√©pondre dans une telle op√©ration en deux temps. Or, la premi√®re n’√©tait pas assez forte. On √©tait loin de Myriam : ” Demain j’enl√®ve le haut. ” De ce fait, la seconde affiche tombe √† plat. Capitaliser sur l’enfant avec les connotations affectives et r√©cup√©rer cela ensuite sur le plan politique √©tait une bonne id√©e politique. Mais le truc a rat√© √† cause du manque d’impact de la premi√®re affiche. ” Au total, ” toute la campagne du PS a √©t√© ax√©e sur la notori√©t√© de Jospin “. Ne pas insister sur ” l’image PS ” avait un autre avantage : ” Ils avaient plus int√©r√™t √† appara√ģtre comme la liste du pr√©sident que comme celle du PS. ”

Pour M. Marti, la liste d’en face, celle de l’opposition, souffre d’une tare originelle : ” Il faut respecter le rythme et le m√©canisme d’une √©lection, en l’occurrence la proportionnelle. L’opposition n’a pas jou√© le jeu de la proportionnelle. La liste unique fut une erreur de strat√©gie. ” Voil√† pourquoi, faute d’avoir √©pous√© le mode √©lectoral, ” ils sont sci√©s “.

Le discours de Mme Veil ? ” Tr√®s honn√™tement, c’est un discours impossible √† tenir. ” Il se r√©sume, somme toute, √† ” quelques slogans “. En toute chose, pour M. Marti, l’opposition ” force le trait “. Prenez la question scolaire. Abusivement gonfl√©, le ballon-√©cole priv√©e ” va √©clater “. Sur un dossier de ce genre o√Ļ l’opposition ” techniquement n’est pas sans biscuits “, elle est oblig√©e d’avoir recours ” √† des images publicitaires “. R√©sultat : l’opposition ” fait en partie le travail “, elle ” ressoude la gauche “.

M. Marti n’a gu√®re que des incr√©dulit√©s face √† Mme Veil, √† ses amis et √† leurs th√®mes de campagne : ” Les socialistes nous prennent nos libert√©s… et tout le reste : cela ne peut pas tenir. ” Il conc√®de que ” faire l’affiche de Simone Veil √©tait un exercice difficile “. Mais si, telle qu’elle est repr√©sent√©e en photo, la t√™te de la t√™te de liste de l’opposition ” a du charme “, il n’en reste pas moins que ” cela commence √† bien faire “. Autrement dit, Mme Veil a un pass√© politique trop riche pour ne pas appara√ģtre comme celle qui ” est au pouvoir “. Or, ” les m√©dias tuent les gens au pouvoir “. Au caract√®re de d√©j√† (trop) vu de Mme Veil, M. Marti oppose l’image d'” homme nouveau ” de son poulain.

Pour le reste, M. Marti ne lit dans l’affiche principale de la campagne de l’opposition qu’une valeur de rappel sec de l’enjeu, sans un zeste de communication vraie. La premi√®re affiche, petite fille et chemin de mains ouvertes, est aussi ” bien faite “, mais elle n’√©tait pas non plus le ” bon moyen “.

Pourrait-il y avoir du reste un ” bon moyen “, puisque, aux yeux de l’homme de communication du PS, √† l’origine √©tait cette funeste ” erreur de strat√©gie politique ” et que, pour le meilleur comme pour le pire, dans tous les cas, ” la communication suit ” ?

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Robert Badinter appelle les journalistes √† “mesurer leurs responsabilit√©s”

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Maquis et relations publiques

L’envoy√© sp√©cial permanent de l’A.F.P. en Corse, M. Jean Virebayre, a √©t√© longuement entendu par la police mardi 4 octobre apr√®s avoir assist√©, seul, √† une conf√©rence de presse du Front de lib√©ration nationale de la Corse (le Monde du 5 octobre). Interpell√© dans le cadre d’une enqu√™te en flagrant d√©lit pour reconstitution de ligue dissoute, M. Virebayre a √©t√© retenu pendant une dizaine d’heures. Cette garde √† vue marque une modification des rapports entre la presse, la police et la justice dans l’√ģle. Interrog√© d√®s l’annonce de l’interpellation du journaliste, M. Robert Badinter, garde des sceaux, a d√©clar√© : “Respecter absolument la libert√© de la presse, c’est pour moi une √©vidence, mais je souhaiterais que les journalistes mesurent leurs responsabilit√©s au regard de l’information et de la toute-puissance qu’ils d√©tiennent sur les sensibilit√©s et les r√©actions collectives.”

Lors de sa derni√®re conf√©rence de presse, le Front de lib√©ration nationale de la Corse a innov√©. Dans la nuit du 3 au 4 octobre, contrairement √† toutes ses habitudes, un seul journaliste avait √©t√© convi√© √† entendre les porte-parole du mouvement clandestin dans le maquis. Ainsi M. Virebayre, envoy√© sp√©cial permanent de l’Agence France Presse en Corse, s’est-il retrouv√© face √† trois hommes masqu√©s par des cagoules blanches. Pourquoi cet honneur s√©lectif ? Parce qu’il y a trop de contr√īles policiers dans l’√ģle pour assurer, le voyage,, incognito de plusieurs journalistes, ont r√©pondu les hommes en cagoule. Pourquoi lui ? Parce que l’A.F.P. est le meilleur, canal national et international de diffusion de l’information…

Pour avoir jou√© la prudence et pressenti le journaliste le plus “rentable”, le F.L.N.C. a attir√© des ennuis √† M. Virebayre. Apr√®s avoir dict√© une longue d√©p√™che √† Paris et aimablement pr√©venu les renseignements g√©n√©raux de sa randonn√©e nocturne au maquis, M. Virebayre a en effet √©t√© interpell√© √† son domicile vers 6 h 45. Plac√© en garde √† vue, interrog√©, il a √©t√© rel√Ęch√© √† 16 heures. Les policiers ont perquisitionn√© chez lui et saisi un texte du F.L.N.C. de treize pages intitul√© : ” Conf√©rence de presse, octobre 1983. ”

M. Virebayre consid√®re qu’il existe ” un gros malaise entre les journalistes, la police et la justice en Corse “. Les policiers, raconte-t-il, lui ont demand√© √† plusieurs reprises : ” Pourquoi avez-vous pr√©venu les renseignements g√©n√©raux apr√®s la conf√©rence de presse et non avant ? ” Question incompr√©hensible pour un journaliste. Question √©l√©mentaire pour un policier.

Depuis son apparition en 1976, le F.L.N.C. – comme la plupart des mouvements clandestins – s’efforce de maintenir des relations avec la presse. Il ne lui suffit pas de plastiquer, de tirer des coups de feu, de ” condamner √† mort “. Il lui faut expliquer pourquoi. Le F.L.N.C. a toujours eu le go√Ľt des conf√©rences de presse au maquis. Les rendez-vous secrets, les longs parcours en camionnette sur des routes sinueuses, les journalistes – bandeau sur les yeux – invit√©s au silence, les militants en armes reli√©s par des talkies-walkies, sont autant de mani√®res de d√©montrer √† la presse sa force et son organisation.

Ainsi le F.L.N.C. peut-il faire ” passer ” son message. Comme par les interviews, accord√©es parcimonieusement. Comme par les communiqu√©s adress√©s au quotidien la Corse-le Proven√ßal, qui seul, parce qu’il est ” le canal habituel “, peut authentifier ses textes.

Le F.L.N.C. a besoin de la presse. La presse a besoin du F.L.N.C. parce que l’opinion publique, les forces politiques, les autorit√©s et… les policiers ont besoin de savoir ce que pense le F.L.N.C.

Bien, s√Ľr, les militants du Front s’adressent √† des journalistes dont ils savent qu’ils respecteront le secret professionnel. Jusqu’√† pr√©sent, les policiers les convoquaient apr√®s coup. Les journalistes se taisaient. Tout cela sans cons√©quence. Une sorte d’accord, tacite semblait pass√©e entre journalistes et policiers.

Changement d’attitude

La garde √† vue de M. Virebayre – m√™me courte – marque un changement d’attitude des autorit√©s. Pour la premi√®re fois depuis 1976, policiers et magistrats sont apparemment d√©cid√©s √† jouer ” les emp√™cheurs de travailler en rond “, selon l’expression de l’envoy√© sp√©cial permanent de l’A.F.P. Ou, dit autrement, policiers et magistrats semblent d√©cid√©s √† lutter r√©solument contre les nationalistes. Ils visent √† l’ ” efficacit√©, “, Nous avons assez pris de gants, disent-ils en substance.

Dans cette optique, la garde √† vue de M. Virebayre est l’un des √©pisodes d’une gu√©rilla ouverte entre M. Robert Broussard, commissaire de la R√©publique charg√© de la police, et certains journalistes accus√©s de faire de la publicit√© au F.L.N.C., bref, d’en √™tre les attach√©s de presse. Les premiers frottements ont eu lieu en f√©vrier lorsque la police et la justice demand√®rent aux stations r√©gionales de FR 3 et Radio France de diffuser les voix des assassins pr√©sum√©s d’Andr√© Schoch, coiffeur ajaccien, et que ces derni√®res refus√®rent.

Depuis, M. Sampiero Sanguinetti, r√©dacteur en chef de FR 3 Corse, a eu l’occasion d’√©voquer le climat de ” pression permanente ” qui p√®se sur la presse (tensions locales, interrogatoires, saisies de films). Depuis, M. Jean-Louis Eyssartel, directeur de Radio Corse, a √©t√© inculp√© de propagation de fausses nouvelles (le Monde, des 6 juillet et 14 septembre,),

Est-ce √† dire qu’un journaliste ne peut plus travailler en Corse ? Non. Que la collecte des informations est devenue d√©licate ? Oui. La t√Ęche des journalistes se complique en Corse √† mesure que la situation se tend, insaisissable, sur fond d’attentats quotidiens et d’assassinats ” politiques ” √©pisodiques.

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PUBLICIT√Č ET RELATIONS PUBLIQUES : sourires √† vendre

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” La fronti√®re entre les relations publiques et la publicit√© clandestine n’est pas facile √† d√©terminer. ” ” De fait, les relations publiques, qui sont cens√©es √™tre l’art de faire mieux comprendre les choses, sont elles-m√™mes la moins comprise et la plus calomni√©e de toutes les professions modernes. ” Ces deux d√©clarations (la premi√®re de M. Roland Pozzo di Borgo, directeur g√©n√©ral d’Havas conseil-Relations publiques, et la seconde de John W. Hill, fondateur de la plus importante firme mondiale sp√©cialis√©e en relations publiques (Hill and Knowlton International), disent √† quel point la d√©finition des buts et des fonctions de cette activit√© est difficile √† formuler. Pour beaucoup, elle se borne √† l’envoi √† la presse de communiqu√©s et √† l’organisation de conf√©rences de presse o√Ļ la qualit√© des petits fours l’emporte sur l’int√©r√™t des informations qu’on dispense. Pour d’autres, elle contribue √† ” cr√©er l’image ” de l’entreprise aupr√®s de ses divers publics : clients, fournisseurs, actionnaires, pouvoirs publics nationaux ou locaux, groupements professionnels, banquiers, salari√©s de l’entreprise, et bien s√Ľr le grand public, gr√Ęce √† la presse √©crite, parl√©e ou t√©l√©vis√©e. Cette activit√© et les m√©thodes qu’elle emploie sont le fait de trois grands groupes de relations publiques :

– Les conseils en relations publiques, sp√©cialis√©s dans cette branche, formant des soci√©t√©s ind√©pendantes qui apportent de l’ext√©rieur leurs services aux industriels et aux commer√ßants;

– Les d√©partements sp√©cialis√©s ou les filiales d’agences de publicit√© dites ” √† service complet “;

– Les d√©partements sp√©cialis√©s des soci√©t√©s industrielles et commerciales qui, compos√©s de salari√©s de ces entreprises, fournissent de l’int√©rieur les services qu’on attend d’eux.

Les industriels eux-m√™mes savent souvent tr√®s mal ce qu’ils attendent des relations publiques et nombreux sont les chefs d’entreprises qui, √† l’instar de M, Jourdain, font eux-m√™mes des relations publiques sans le savoir. Mais pour beaucoup d’entre eux; cette fonction se borne souvent √† transmettre aux journaux, par le biais d’un attach√© de presse, les informations, ou mieux, les ” messages ” qui feront parler d’eux et de leurs produits – en bien – et hors des surfaces publicitaires, par les moyens de communication de masse que sont la presse, la radio et la t√©l√©vision. Et, dans ce cas, en l’absence d’une politique g√©n√©rale tr√®s soigneusement d√©finie en la mati√®re, on assiste au d√©ploiement des m√©thodes de s√©duction les plus vari√©es pour se concilier les bonnes gr√Ęces de l’homme √† convaincre le premier : le journaliste.

Les moyens mis en oeuvre ? Le d√©jeuner de presse, du banquet dans un des caravans√©rails capables de traiter de nombreux convives au repas gastronomique dans les restaurants les plus r√©put√©s; le cadeau-gadget (du stylomine √† l’attach√©-case) remis lors d’une conf√©rence de presse ou d’un d√©jeuner; le cadeau de No√ęl, qui peut aller du simple agenda ou du briquet do bureau tr√®s ” design ” √† la caisse de whisky ou aux livres d’art de grande valeur.

Et enfin les voyages : du plus simple et du plus professionnel, vers une des usines les plus r√©centes de la soci√©t√©, jusqu’au voyage lointain, √† l’autre bout de la plan√®te, pour une ou plusieurs semaines, o√Ļ l’on incite parfois l’int√©ress√© √† emmener son √©pouse; en passant par la croisi√®re, que justifieront une ou deux conf√©rences sur le sujet-pr√©texte, mais qui m√©nagera de longs temps libres pour la baignade et le tourisme, et o√Ļ se munir d’une tenue de soir√©e est vivement recommand√©.

Les journalistes ne sont d’ailleurs pas les seules cibles de ce genre d’actions, et les collaborateurs des services de publicit√© de certains supports, les clients de la firme, certains salari√©s m√©ritants (ou √† encourager), voire des fonctionnaires, sont aussi les victimes consentantes et ravies de ces m√©thodes.

Il faut se garder, en la mati√®re, de pratiquer un ang√©lisme na√Įf : si l’exc√®s est condamnable, il est logique, souhaitable et m√™me n√©cessaire de cr√©er des contacts nombreux entre les entreprises et leurs divers publics; et l’homme de la rue aurait peu de chances d’√™tre jamais inform√© si le journaliste refusait vertueusement toutes les invitations. Certes, bien qu’il garde, toujours, le droit de ne pas utiliser les informations qu’on lui a fournies, le danger est cependant grand qu’un jour ou l’autre, le journaliste se sente l’oblig√© dune soci√©t√© donn√©e et recherche le moyen de prouver sa reconnaissance. Les techniques mises √† la disposition des hommes de relations publiques par les sciences humaines (comme la psychosociologie, par exemple), dont l’utilisation sans frein pr√©sente elle aussi des dangers, risquent, √† son insu parfois, de faire de lui un √©l√©ment contr√īl√© d’une campagne complexe (englobant la publicit√©) pr√©par√©e dans un but bien pr√©cis : lancement d’un produit nouveau, introduction en Bourse, ou pr√©paration d’une offre publique d’achat, etc.

Ce tableau, qui para√ģt plus somptueux qu’il n’est en r√©alit√©, car tous ces moyens sont tr√®s rarement utilis√©s en m√™me temps par la m√™me firme, r√©v√®le, en tout cas, la n√©cessit√© de d√©finir des r√®gles strictes, pr√©cisant les limites des domaines respectifs de la publicit√© et des relations publiques, et √©galement les incompatibilit√©s de fonction, aussi bien au niveau des soci√©t√©s que des hommes : il est malsain qu’une soci√©t√© de conseils en relations publiques soit un d√©partement ou une filiale d’une agence de publicit√©, m√™me si les clients de celle-ci n’apportent qu’une fraction des budgets de celle-l√† : des professionnels de plus en plus nombreux se montrent convaincus de cette n√©cessit√©; il est tout aussi malsain que l’attach√© de presse, √† l’int√©rieur d’une soci√©t√©, d√©pende directement du service de publicit√© : √† cet √©gard, l’arr√™t√© du 23 octobre 1964, d√©finissant les professions de conseiller en relations publiques et d’attach√© de presse, est tr√®s nettement insuffisant. Mais ce n’est sans doute pas assez : il est malsain aussi que des journalistes ou des pr√©sentateurs de radio ou de t√©l√©vision acceptent, m√™me sans appara√ģtre nomm√©ment, d’√™tre r√©mun√©r√©s par des agences de publicit√© ou de relations publiques pour ex√©cuter certains travaux.

Cette ” moralisation ” de ces professions peut, certes, √™tre le fait des professionnels eux-m√™mes : mais la fragilit√© de la F√©d√©ration fran√ßaise des relations publiques, qui a eu bien du mal √† se constituer, il y a un an, laisse mal augurer d’une telle tentative d’autodiscipline. Elle est pourtant urgente si l’on veut qu’une telle fonction, de plus en plus indispensable √† une √©poque o√Ļ la sp√©cialisation emp√™che les hommes de parler le m√™me langage, retrouve ses lettres de noblesse et le capital da confiance qui lui est indispensable pour se d√©velopper.

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