Le bon usage du pouvoir des médias

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” Enfant des m√©dias”, devenu sp√©cialiste de la¬†communication politique, Thierry Saussez juge qu’il est temps de ” porter un regard lucide ” sur le fonctionnement du syst√®me m√©diatique. Venant d’un professionnel de ” l’image des hommes politiques “, que son exp√©rience a conduit √† s’interroger sur les techniques de la communication, le r√īle des grands moyens d’information et la r√©ceptivit√© de l’opinion, le propos retient l’attention : sera-t-il celui d’un thurif√©raire ou d’un contempteur ? Ni l’un ni l’autre; simplement celui d’un citoyen inform√© qui entend alerter ses semblables.¬†

Il connait son sujet et recense prestement, exemples √† l’appui, les travers et les d√©rives d’un mode de relations sociales qui a envahi notre quotidien. Le principal vice du syst√®me est, √† ses yeux, de donner l’avantage √† la forme sur le fond, √† l’image sur le contenu du message, √† la production d’une autre r√©alit√©, partielle et artificielle.¬†

Au-del√† de ce constat, l’auteur de Nous sommes ici par la volont√© des m√©dias s’inqui√®te d’un mal plus pernicieux encore car il incline l’opinion √† se contenter de l’information telle qu’elle est mise en sc√®ne et simplifi√©e √† l’extr√™me par la t√©l√©vision. Il lui est facile d’expliquer comment s’exerce ” la souverainet√© ” des m√©dias (maitrise de l’agenda, force de l’image) et comment se font et se d√©font la popularit√© des h√©ros m√©diatiques (effet de source, effet de mode, que par exemple Mich√®le Barzach a r√©ussi √† cumuler).¬†

Son propos n’est point de mettre en accusation le syst√®me m√©diatique, qui n’a pas que des d√©fauts, mais de s’interroger sur un r√©√©quilibrage entre les pouvoirs classiques dans une d√©mocratie (ex√©cutif, l√©gislatif, judiciaire) et celui, envahissant, des m√©dias. Il faut d’abord, √©crit-il, que la politique se ressource et qu’apr√®s √™tre pass√©e de l’id√©ologie au spectacle – ou a l’imagologie – elle redonne force et cr√©dibilit√© √† son message. Ou, si l’on pr√©f√®re, qu’elle ait quelque chose √† dire.¬†

Il convient ensuite que l’opinion sorte de sa torpeur et se ressaisisse. Cela passe, sans aucun doute, par une formation √† la lecture, si l’on peut dire, de l’image. En attendant, les informations bien r√©elles et concr√®tes que donne Thierry Saussez et l’allant de sa critique permettront √† ceux qui ne veulent pas zapper machinalement de prendre plus de recul et de se montrer plus exigeants.¬†

* Nous sommes ici par la volonté des médias, par Thierry Saussez. Robert Laffont, 222 pages, 90 francs.

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Communication publique et communication des hommes politiques: ombres et lumières

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Habitu√©s que nous sommes aux m√©ditations d’hommes politiques en panne d’action, ou aux fresques de journalistes d√©sireux de d√©passer l’histoire de l’instant, voici, pour nous surprendre, les souvenirs, les notations, d’un homme de l’entre-deux, cet espace m√©connu, bien que tr√®s fr√©quent√©, qui s√©pare les premiers des seconds et les rapproche aussi. Denis Baudouin s’y est illustr√© avec un rare bonheur, les deux parties en conviendront volontiers. Aussi est-il bien plac√© pour parler aujourd’hui des all√©es du pouvoir, dont il a √©t√© le jardinier vigilant et pr√©venant, au service de ceux qui les parcourent et de ceux qui les regardent.¬†

Denis Baudouin a dirig√© le service de presse de Georges Pompidou, pr√©sident de la R√©publique, puis la communication de la Mairie de Paris avec Jacques Chirac, dont il fut le porte-parole lorsque ce dernier devint premier ministre pendant la singuli√®re p√©riode de la cohabitation (1986-1988). C√īt√© communication, il a pr√©sid√© la SOFIRAD, soci√©t√© qui g√®re les participations de l’Etat dans les radios priv√©es (elles √©taient importantes √† l’√©poque); c√īt√© politique, il a √©t√© d√©put√© europ√©en. C’est dire qu’il a beaucoup vu, beaucoup entendu, beaucoup appris √† la faveur de ce parcours exemplaire et vari√©. N’allez pas croire qu’il dit tout : le propre des hommes de communication est, aussi, de savoir se taire. Il faut les √©couter cependant pour ce qu’ils proclament et pour ce qu’ils distillent.¬†

Denis Baudouin sait √† la fois en dire peu et long, comme en t√©moignent les portraits qu’il esquisse d’un trait l√©ger mais ferme, les jugements qu’il porte en mariant ses pr√©f√©rences et sa lucidit√©, les anecdotes qu’il livre avec gourmandise. Toute une galerie de grands et de moins grands personnages est ainsi revisit√©e par cet amateur de spectacles (qu’il s’agisse de la politique, du th√©√Ętre, de l’op√©ra ou de la corrida), en m√™me temps que d√©filent certains ” coups ” plus ou moins fumants de la fin de la IV R√©publique et de la V dont il a √©t√© t√©moin ou acteur.¬†

Deux observations de l’auteur illustrent l’ambigu√Įt√© de la charge de porte-parole. La premi√®re souligne la marge d’interpr√©tation que lui laissait Georges Pompidou lorsqu’il donnait ce genre d’instructions : ” Ne r√©pondez pas sur ce point. Sur cet autre vous n’√™tes pas inform√© ou, au contraire, dites oui, encouragez les journalistes dans cette voie. Ou bien, dites que le pr√©sident r√©fl√©chit, qu’il agira s√Ľrement le moment venu. Ou bien, enfin, engagez-vous sur telle voie mais mettez-moi sur ces sujets beaucoup de gaze et de mousseline. ” La seconde observation concerne ses interlocuteurs naturels qu’il situe de la sorte : ” Le journalisme est un milieu √† complexes dont le plus important est sans doute la m√©fiance : il est toujours tr√®s difficile de savoir chez un responsable politique jusqu’o√Ļ va sa sympathie, voire son amiti√© r√©elle. Le journaliste peut croire √† bon droit parfois qu’on ne cherche qu’√† l’utiliser. Il se sent craint ou adul√©, mais aussi la plupart du temps mal aim√©. Il y a de la frustration dans ce milieu. ”¬†

Entre ces deux p√īles d’int√©r√™ts antagonistes et compl√©mentaires, Denis Baudouin faisait son office dans des conditions qui ont √©volu√© avec le temps, par rapport aux ann√©es 70, lorsque la conf√©rence de presse pr√©sidentielle √©tait encore – moins toutefois avec Georges Pompidou qu’avec le g√©n√©ral de Gaulle – une grand-messe. ” Je l’avoue, √©crit-il, nous demandions √† l’ORTF d’ouvrir les journaux sur la conf√©rence de presse… Avec les responsables de l’information t√©l√©vis√©e, nous arr√™tions les passages qui devaient √™tre repris. Autre temps, autres moeurs, tout cela serait impossible aujourd’hui et c’est tr√®s bien ainsi. ”¬†

Ultime avis de notre expert de la¬†communication politique, qui semble ne plus trouver de bons chevaux en piste (s’il conserve son admiration pour Georges Pompidou, et s’il marque son estime √† Edouard Balladur, il est dur avec Jacques Chirac). ” Les leaders actuels, √©crit-il, ont fait leur temps. Les Fran√ßais, plus que d’autres, ont besoin de changement, de t√™tes nouvelles sur lesquelles ils puissent r√™ver. ” A bons entendeurs, salut !¬†

A l’encontre du jugement positif de Denis Baudouin, qui reconna√ģt √† la classe politique ” la pr√©occupation du bien public “, Pierre Pellissier affirme qu’elle est compos√©e de nullit√©s. ” Tous nuls, ” assure-t-il, dans le Portrait crach√© de la classe politique qu’il peint apr√®s trente-cinq ans d’observation professionnelle.¬†

Pierre Pellissier n’a pas toujours pens√© cela, mais, depuis 1981, il n’en peut plus. Sa col√®re, son indignation, ne sont pas unilat√©rales : c’est l’ensemble de la profession politique qu’il accuse d’incomp√©tence, d’inculture, de gabegie et de m√©diocrit√©. Faut-il pr√©ciser qu’il s’agit d’un pamphlet ?¬†

M√™me les maires – sans doute les personnages les moins contest√©s du s√©rail – n’√©chappent pas √† son courroux. Les errements de certains investissements municipaux, les aberrations de l’urbanisme, les exc√®s du patriotisme de clocher l’am√®nent √† r√©clamer une r√©duction de leurs pouvoirs ou, √† tout le moins, une r√©g√©n√©ration des garde-fous et des contre-pouvoirs. Les notables d√©partementaux et r√©gionaux, auxquels la d√©centralisation a donn√© plus de responsabilit√©s, ne sont pas davantage √©pargn√©s.¬†

Le ton monte s’agissant des parlementaires et des vedettes du cirque politico-m√©diatique. Si Pierre Pellissier est s√©v√®re avec la droite, c’est qu’il est d’autant plus d√©√ßu qu’il n’attendait rien de la gauche. M√™me Jacques Chirac, son favori √† l’√©vidence, se voit reprocher son laxisme dans le choix de certains de ses conseillers et collaborateurs.¬†

Au-del√† de ses partis pris, de ses exc√®s dans la provocation, tous parfaitement assum√©s, l’auteur vise moins des hommes qu’un syst√®me trop satisfait de lui-m√™me, vivant en vase clos, le plus souvent dans l’irresponsabilit√© et l’impunit√© car les contrepoids du contr√īle et de la sanction jouent de moins en moins. Si l’on ne partage certaines de ses indignations, toutes, il s’en faut, ne sont pas infond√©es et, encore moins, vaines. A trop s’accommoder de ses travers, la d√©mocratie risque d’en mourir : cela vaut bien quelques cris d’alarme.¬†

Dans les all√©es du pouvoir, de Denis Baudouin. J. C Latt√®s, 250 pages, 99 F. Tous nuls, portrait crach√© de la classe politique, de Pierre Pellissier. Deno√ęl, 165 pages, 75 F.

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Comment bien communiquer sur le risque ?

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Apprendre à communiquer sur le risque

Le Coll√®ge de la pr√©vention des risques technologiques a remis, au premier ministre, le mardi 5 d√©cembre, un premier ” avis ” touchant √† la communication sur le risque. Les douze ” sages ” pr√©conisent la cr√©ation d’une sorte d’observatoire des catastrophes, charg√© de suivre les informations donn√©es √† la presse et au public en cas de crise majeure.¬†

Solennellement install√© par le premier ministre (Le Monde du 1er mars), le coll√®ge n’aura pas attendu un an pour rendre son premier ” avis “. M. Michel Rocard avait demand√© aux douze ” sages ” ” quelles recommandations faire aux entreprises, aux experts, aux pouvoirs publics pour corriger cette situation : nous ne savons pas¬†bien communiquer¬†sur les probl√®mes de risques ” – notamment en p√©riode de crise.¬†

Avant de faire leurs recommandation, les ” sages ” se sont livr√©s √† un constat. D’abord, et d’une mani√®re g√©n√©rale, ” la faible cr√©dibilit√© des d√©tenteurs de l’information “. En se fondant sur deux exemples r√©cents – l’attentat contre le DC-10 d’UTA au-dessus du Niger et la fuite de gaz de Ch√©mery, – les membres du coll√®ge ont pu d√©couvrir que, dans le premier cas, il avait fallu attendre dix-sept heures avant que les familles aient confirmation de la disparition en plein ciel du DC-10 parti de Brazzaville via N’Djamena, et, dans le second cas, que jamais l’hypoth√®se d’une fuite n’avait √©t√© envisag√© par Gaz de France avant la mise en place des r√©serves souterraines de gaz naturel.¬†

Le devoir¬†d’information¬†

Dans les premi√®res heures qui ont suivi ces deux catastrophes, l’impr√©cision, le flou, quand ce n’est pas le vide total ont pr√©valu sur l’information du public.¬†

Le coll√®ge estime qu’il est temps de mettre un terme √† ” l’entreprise-forteresse ” et au ” secret-d√©fense ” ou ” secret-industriel ” derri√®re lesquels ” s’abrite abusivement l’Etat “, notamment dans l’industrie p√©troli√®re et nucl√©aire.¬†

Il constate d’autre part que ” les journalistes, ni assez sp√©cialis√©s, ni assez vulgarisateurs, sont souvent suspects de parti-pris id√©ologique “. Pour les douze sages, ” l’information sur les activit√©s √† risques est un devoir de l’Etat et des entreprises concern√©es “. Et cette information ne doit pas rester √† sens unique mais provoquer des d√©bats, y compris avec les associations de consommateurs et de d√©fense de l’environnement. Enfin, le coll√®ge juge ” souhaitable d’√©largir le champ de la contre-expertise “. En recourant plus volontiers aux organismes ” notoirement ind√©pendants du gouvernement ” comme l’Office parlementaire d’√©valuation des choix scientifiques et technologiques, les universit√©s, les experts √©trangers et les personnels appel√©s √† travailler sur les sites dangereux.¬†

Pour rem√©dier aux faiblesses de l’information et de la communication en situation de crise, les douze ” sages ” demandent d’abord que l’on ne se comporte pas √† cet √©gard comme en √©tat de guerre, ce qui induit automatiquement censure ou r√©tention d’information. Or ” l’impossibilit√© d’√©viter la circulation des bruits et rumeurs les plus divers milite contre toute r√©tention de l’information. ” Ils affirment ensuite que ” les populations ont droit √† une information aussi claire, compl√®te et objective que possible sur les risques technologiques. Ce droit doit s’exercer notamment en situation de catastrophe ou de probl√®me grave mettant en jeu la s√©curit√© des personnes et des biens. ”¬†

Le coll√®ge pr√©conise donc la cr√©ation d’un ” organisme public dont l’ind√©pendance soit assur√©e tant vis-√†-vis des autorit√©s politiques et administratives que des entreprises “, une sorte d'” observatoire des catastrophes “, pr√©sid√© par un professionnel de l’information, disposant d’une nomenclature compl√®te de tous les risques technologiques et jouissait d’une totale autonomie pour expertiser et acc√©der aux sources d’information. En cas d’√©v√©nement grave, l’observatoire d√©l√©guerait imm√©diatement sur place quelques-uns de ses membres, accompagn√©s d’experts √©ventuellement, afin de ” stimuler ceux qui ont, au premier chef, le devoir d’information “. Cet observatoire pratiquerait une sorte de ” journalisme sans journal “, avec pour seul souci que personne ne s’attribue le monopole de l’information – ce que les pouvoirs publics sont toujours tent√©s de faire lorsque l’Etat, une entreprise nationale ou un ” int√©r√™t sup√©rieur ” sont en jeu. Ou que des complications diplomatiques sont √† craindre.


Décideurs, apprenez à gérer votre communication du risque manière efficace


Pour en savoir plus, lisez nos articles et décryptages :

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Entre les relations publiques et les sondages électoraux, les RG en campagne

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Voil√† maintenant pr√®s de six mois qu’ils ne pensent qu’√† ” √ßa “, et intens√©ment. ” √áa “, c’est-√†-dire l’√©lection pr√©sidentielle, la grande affaire des Renseignements g√©n√©raux. Durant encore presque trois semaines, les trois mille deux cents fonctionnaires de cette direction de la police nationale vont devoir garder les yeux fix√©s sur les urnes d’o√Ļ sortira le prochain pr√©sident de la R√©publique. Seuls √©chappent √† cette imp√©rieuse obligation les membres de la sous-direction des courses et jeux, service rattach√©s aux Renseignements g√©n√©raux, et les policiers des sections sp√©cialis√©es directement impliqu√©es dans la lutte antiterroriste. Encore que, dans ce domaine, un heureux r√©sultat avant le scrutin ne serait pas pour d√©plaire au ministre de l’int√©rieur…

Les autres, c’est-√†-dire la majorit√© des RG, t√Ętent sans rel√Ęche le pouls politique du pays, accompagnent l’√©v√©nement √©lectoral, le diss√®quent, l’analysent et, surtout, tentent de le devancer. Aiguillonn√©s par des pr√©fets sond√©s √† leur t√©l√©phone, ils sont de tous les coups. Pas une r√©union, un meeting, un vin d’honneur qui ne fasse l’objet d’un rapport, d’une note ou, au minimum, d’une communication verbale. Pas un √©v√©nement ou une prise de position dans le journal local qui ne soit signal√©.

Par d√©cret en date du 17 novembre 1951, les Renseignements g√©n√©raux sont charg√©s ” de la recherche et de la centralisation des renseignements d’ordre politique, social et √©conomique n√©cessaires √† l’information du gouvernement “. Pour l’heure, l’information du gouvernement consiste surtout √† pr√©voir comment les Fran√ßais vont voter.

Il en va ainsi √† chaque √©ch√©ance √©lectorale. Seuls varient le contexte et, parfois, les protagonistes. Deux ann√©es de cohabitation, une √Ępre primaire √† droite et l’inconnue du Front national donnent quand m√™me au mill√©sime √©lectoral 1988 le bouquet d’un grand cru. Pour le reste, peu de changement. Apr√®s tout, cela fait maintenant quelques d√©cennies que les politologues des RG se penchent sur le destin politique de Fran√ßois Mitterrand et plus de vingt ans qu’ils observent la mont√©e en r√©gime de Jacques Chirac.

De droite √† gauche, pourtant, les RG trainent le boulet d’une mauvaise r√©putation qui fait d’eux des fouineurs indiscrets ou, pire, des amateurs de ” coups tordus “. Honneur m√©rit√© si l’on d√©taille les ” exploits ” du service au cours des vingt derni√®res ann√©es. Mais, jurent aujourd’hui leurs repr√©sentants, tout cela est bien fini. Le temps est r√©volu o√Ļ, police politique √† la d√©votion du ministre de l’int√©rieur, on subtilisait les tracts de l’opposition avant qu’ils ne soient distribu√©s; termin√©s aussi ceux o√Ļ l’on sabotait les moyens techniques de l’adversaire en jetant de l’acide sur les presses de son imprimeur; oubli√©es enfin les sonorisations de locaux pour capter la tactique du rival, voire celle de l’alli√©.

A visage découvert

M√™me l’√©coute t√©l√©phonique des hommes politiques serait aujourd’hui d√©laiss√©e. Moins par morale que par souci d’efficacit√© ou par difficult√© de maintenir le secret : ” Les √©coutes mobilisent trop de fonctionnaires. Si elles existent, conc√®de un policier, elles sont s√Ľrement tr√©s limit√©es, et elles ne se font qu’en bocal “, terme qui dans le jargon de la pr√©fecture de police d√©signe le petit groupe de confiance du ” patron ” charg√© des enqu√™tes tr√®s confidentielles.

Aujourd’hui la parole est aux professionnels, plus aux aventuriers, et le travail se fait en milieu ouvert. ” Ne faisons-nous pas le m√™me m√©tier ? “, aime √† r√©p√©ter le fonctionnaire des RG au journaliste. La diff√©rence entre l’un et l’autre serait infime, tout au plus affaire de niveau sonore : publi√©es √† des milliers d’exemplaires par le journaliste, les m√™mes informations ne font l’objet que d’une diffusion restreinte d√®s lors qu’elles sont recueillies par le policier. N’est-ce que cela ? Voire, m√™me s’il est vrai que l’inspecteur des RG est aujourd’hui bien loin de la caricature qu’aime s’en faire l’amateur de frissons policiers.

L’homme du renseignement, diff√©rence essentielle avec son pr√©d√©cesseur, travaille dor√©navant √† visage d√©couvert. A Paris, trois sections, soit une centaine d’hommes et quelques femmes, vivent plus intens√©ment que d’autres la campagne : la premi√®re section, qui suit, notamment, l’extr√™me gauche et le PC; la deuxi√®me, attach√©e aux autres partis parlementaires, Front national compris; la cinqui√®me section, sp√©cialis√©e dans la lecture de la presse.

En province, l’organisation diff√®re selon les r√©gions. Mais √† Paris et en province, les inspecteur des RG sont comme poissons dans l’eau. ” On se veut service de relations publiques, explique un commissaire : on se pr√©sente en tant que RG aupr√®s des partis ou des organismes dont nous assurons le suivi. On se fait ” jeter ” ou non, mais, au moins, c’est sans ambiguit√©. ”

Tel fonctionnaire sp√©cialiste du PC dans un d√©partement de l’Est assiste ainsi √† presque toutes ses r√©unions, ouvertement. D√©but f√©vrier, il a ” particip√© ” √† celle au cours de laquelle l’√©missaire du comit√© central, venu de Paris, a annonc√© aux cadres r√©gionaux, quinze jours avant que le Parti ne l’√©crive sur ses affiches et dans ses tracts, la nouvelle tactique : que chaque adh√©rent fasse voter ses amis et ses proches pour Lajoinie au premier tour; au second tour, le Parti comprendrait qu’ils votent pour Mitterrand.

Avec le PS, les relations sont tout aussi bonnes. Beaucoup de policiers en sont d’ailleurs membres, ce qui ne les emp√™che pas, bien au contraire, de rendre scrupuleusement compte des r√©unions auxquelles ils assistent. Seules les conf√©rences de presse de l’avenue Franco-Russe, quartier g√©n√©ral de la campagne socialiste, leur sont, on se demande pourquoi, interdites. Il en va de m√™me avec le PC, qui, bizarrerie inexpliqu√©e, tol√®re la pr√©sence polici√®re √† ses conf√©rences de presse… sauf quand elles se tiennent place du Colonel-Fabien.

Routine vite expédiée

Du c√īt√© de l’extr√™me gauche, toutes familles confondues, on se montre, parait-il, d’une courtoisie soutenue. Quant au Front national, il va plut√īt au-devant des demandes, comme en t√©moigne l’histoire de cette collaboratrice de Jean-Marie Le Pen qui, fin mars √† Paris, t√©l√©phona aux Renseignements g√©n√©raux pour se plaindre de l’absence d’un observateur √† une conf√©rence de presse.

Aujourd’hui au pouvoir, le RPR n’a √©videmment pas besoin d’√™tre renseign√© sur sa propre activit√©. Et pourtant, comme ils le faisaient lorsque ce mouvement √©tait dans l’opposition – √† l’indignation de M. Pasqua, qui manquait rarement de d√©noncer l'” espionnage policier “, – les RG suivent le parti gaulliste avec assiduit√©. Sans doute, n√©gligent-ils les ” petites phrases “, si recherch√©es chez les autres, mais, globalement, l’inspecteur des RG attach√© au RPR travaille sur le m√™me mode que ses coll√®gues : en pleine lumi√®re. Il faut le voir lors d’un meeting de Jacques Chirac, serrant les mains des notables et des compagnons, embrassant leurs femmes, tutoyant tout le monde et commentant pour le journaliste de passage les potins politico-mondains. Il ne fait pas myst√®re de son appartenance professionnelle. Avec letemps, qui s’en soucie encore ? D√®s que le candidat premier ministre a fini de parler, le policier t√©l√©phone √† Paris pour donner succinctement le nombre des participants, les th√®mes abord√©s, l’ambiance g√©n√©rale. Une routine vite exp√©di√©e : ” Quand c’est Le Pen, je ” tartine ” toute la soir√©e pour envoyer le lendemain un rapport consistant. ”

Technique

identique

A cette information d’ordre sp√©culatif, s’ajoute depuis maintenant pr√®s de vingt-cinq ans l’outil sophistiqu√© des sondages. D√®s septembre 1987, les Renseignements g√©n√©raux ont lanc√© leurs premiers coups de sondes. La premi√®re enqu√™te nationale de cette campagne comportait une question dont l’intitul√© recelait toute la probl√©matique du moment : ” Souhaitez-vous ou ne souhaitez-vous pas que M. Fran√ßois Mitterrand soit √† nouveau candidat √† la prochaine √©lection pr√©sidentielle ? ” Suivaient les classiques questions pour tenter de cerner les intentions de vote, puis une question curieusement r√©dig√©e : ” Au fond de vous-m√™me, qui souhaiteriez-vous voir √©lu √† la pr√©sidence ? ” La question √©tait pos√©e √† tout le monde, mais elle √©tait surtout destin√©e √† mesurer, chez les √©lecteurs de droite, les chances de Jacques Chirac, qui n’allait pas tarder √† d√©clarer sa candidature.

C’est qu’il n’est pas toujours ais√© de faire la diff√©rence entre l’information du gouvernement et celle de ses partisans… Sans doute est-ce l’une des raisons qui font des sondages de la place Beauvau des objets constants de pol√©miques. Beaucoup font mine de douter de leur fiabilit√©, et certains responsables gouvernementaux les premiers. Cela n’emp√™che personne, hommes politiques ou journalistes, de chercher √† en connaitre les r√©sultats, en principe confidentiels.

A l’image de ceux des instituts, les ” sondages RG ” se veulent s√©rieux. La technique est d’ailleurs la m√™me : √©chantillonnages faits selon des m√©thodes statistiques √©prouv√©es, enqu√™tes men√©es dans toute la France par des inspecteurs √©trangers √† la circonscription visit√©e, traitement centralis√© et anonyme. M√™me l’existence d’un “taux de bidonnage”, classique dans toutes les enqu√™tes d’opinion, t√©moigne de la similitude des d√©marches. “Priv√©” ou “de la maison”, l’enqu√™teur se laisse parfois aller √† remplir lui-m√™me un questionnaire en l’attribuant √† un sond√© imaginaire. A son patron de d√©tecter la fraude. Les instituts v√©rifient par un coup de t√©l√©phone le passage de leurs enqu√™teurs; l’anonymat r√©el des sondages RG interdit cette m√©thode, mais l’atavisme en autorise d’autres : dans telle ville du sud de la France, on a ainsi vu des sondeurs des RG fil√©s par… des coll√®gues charg√©s de v√©rifier que le travail √©tait correctement fait.

Doigté

statistique

Au demeurant, instituts et policiers s’accordent sur les chiffres, et, si diff√©rences il y a, il est rare qu’elles soient profondes. Cela n’a gu√®re emp√™ch√© M. Pasqua de proclamer, quelque temps avant que le pr√©sident de la R√©publique n’annonce sa nouvelle candidature, qu’il √©tait en possession de chiffres lui garantissant la d√©faite “dans tous les cas de figure”. Pronostic surprenant alors que toutes les enqu√™tes disaient le contraire. Et pourtant M. Pasqua n’avait pas menti : les enqu√™tes faites en janvier et f√©vrier par ses services donnaient bien M. Chirac vainqueur de M. Mitterrand. Ce n’est qu’en mars que les chiffres du minist√®re de l’int√©rieur se sont invers√©s, la fourchette des RG √©tant sensiblement plus r√©duite que celle des instituts priv√©s.

Simple hasard ? Ici commence le domaine de l’art, celui o√Ļ la rigueur statistique brute laisse place √† l’interpr√©tation qualitative et aux fameux coefficients de redressement, qui doivent autant √† l’analyse des chiffres qu’au conformisme des fonctionnaires. Les couloirs des RG r√©sonnent d’anecdotes qui illustrent les cruels dilemmes dans lesquels se sont trouv√©s les responsables des sondages tenus de pr√©senter au directeur central ou au ministre des chiffres peu favorables. Ainsi, exemple parmi d’autres, les sondages faits dans une s√©rie de bureaux-tests √† l’occasion des √©lections europ√©ennes de juin 1984 r√©v√©laient que Jean-Marie Le Pen obtiendrait au moins 10% des suffrages. “Comment puis-je transmettre √ßa √† Defferre ? Il ne va jamais nous croire”, soupirait le directeur des Renseignements g√©n√©raux, qui ordonna de reprendre l’enqu√™te. Les fonctionnaires remball√®rent leurs chiffres et, quelques jours plus tard, Le Pen n’√©tait plus cr√©dit√© que de 8,5% des voix. Le soir du d√©pouillement, il caressait la barre des 11% et prenait √† contre-pied tous les observateurs politiques, ministre de l’int√©rieur inclus.

Malgr√© cet exemple, la r√®gle, parfaitement int√©gr√©e par tous les responsables des Renseignement g√©n√©raux, demeure. “Il ne faut pas pr√©senter brutalement les choses, r√©sume un directeur d√©partemental. Dans nos rapports, on ne dit jamais : M. Dupont, candidat proche du gouvernement, va √™tre battu. Non, il faut dire : M. Dupont n’est pas le mieux plac√© pour gagner, mais son dynamisme peut lui permettre de battre son concurrent. Au ministre ou au pr√©fet de comprendre entre les lignes.”

A condition d’y mettre les formes, on peut tout dire dans un rapport…

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Communication politique : L’image et le slogan

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Qui affirmait, il y a six mois, “il est temps de faire confiance √† la France ?”

Selon un sondage r√©alis√© par l’Institut d’√©tudes politiques de Grenoble, √† l’occasion du Forum national de la communication politique organis√© dans cette ville, les 25 et 26 novembre, par l’association Interpeller la presse, avec le concours du Monde (1), seules 13 % des personnes interrog√©es se souviennent encore de la formule utilis√©e lors de la campagne pr√©sidentielle par M. Raymond Barre. “La volont√©, le courage, l’ardeur” de M. Jacques Chirac a laiss√© moins de souvenirs (33 %) que la ferme incitation de M. Le Pen (46 %), “Les Fran√ßais d’abord”. M√™me le slogan du pr√©sident √©lu, “La France unis”, n’est attribu√© √† M. Mitterrand que par un citoyen sur deux. Bref, un tiers des personnes interrog√©es ne se souviennent pas des slogans de la pr√©sidentielle.

Certes, l’efficacit√© d’une campagne ne vaut que pour la p√©riode qui pr√©c√®de le scrutin. Mais si l’on consid√®re que l’√©chantillon retenu – un millier d’habitants du d√©partement de l’Is√®re – refl√®te assez bien l’opinion de l’ensemble des Fran√ßais, ce sondage souligne l’indiff√©rence des citoyens pour les principales m√©thodes utilis√©es dans la communication politique. Ainsi, 59 % des personnes interrog√©es affirment avoir “rarement” regard√©, voire jamais, les √©missions officielles du printemps dernier √† la t√©l√©vision, 66 % n’ont pas pr√™t√© attention aux affiches des candidats, 77 % n’ont pas lu les publicit√©s politiques dans la presse.

Les √©normes masses d’argent d√©gag√©es par les candidats pour mobiliser √† leur profit l’√©lectorat flottant (celui qui fait les majorit√©s) semblent d’autant moins rentables que la communication politique touche en priorit√© les citoyens les plus politis√©s ou ceux qui sont d√©j√† convaincus de voter pour tel ou tel. Toutefois, chaque cat√©gorie sociale semble pr√©f√©rer l’un ou l’autre des moyens de propagande habituels : les jeunes regardent les affiches, les personnes √Ęg√©es la t√©l√©vision, les cadres sup√©rieurs et les √©tudiants les espaces publicitaires achet√©s dans les journaux. Il est donc n√©cessaire de multiplier les supports pour esp√©rer mobiliser le plus grand nombre possible d’√©lecteurs.

Ce faible impact apparent de la communication politique est d’ailleurs d√©menti par la notori√©t√© (96 %) de M. Alain Carignon dans son d√©partement. C’est lui qui, pr√©cis√©ment, avait introduit √† grande √©chelle, √† partir de 1983, de nouvelles m√©thodes de communication, √† Grenoble. Il recueille aujourd’hui 60 % d’opinions favorables chez les sympathisants socialistes de l’Is√®re (√† peine moins que M. Louis Mermaz, 69 %) en √©tant jug√© ” ouvert ” par 79 % d’entre eux et ” sinc√®re ” par 90 % des √©lecteurs proches du RPR.

(1) Sondage r√©alis√© du 2 au 8 novembre sur un √©chantillon de 1 001 personnes, repr√©sentatif de la population de l’Is√®re, de nationalit√© fran√ßaise et √Ęg√©e de dix-huit ans et plus. Les r√©sultats de cette enqu√™te, effectu√©e sous la direction de MM. Pierre Br√©chon et Jacques Derville, professeurs √† l’IEP de Grenoble, ont √©t√© pr√©sent√©s de fa√ßon plus d√©taill√©e dans notre √©dition Rh√īne-Alpes dat√©e du 24 novembre.

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Les entreprises doivent apprendre √† g√©rer leur “capital-image”. Produire et vendre ne suffit plus.

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Les belles images des sociétés

Produire et vendre ne suffisent plus √† l’entreprise. Il faut aussi qu’elle apprenne √† g√©rer son “capital-image”. Les directeurs de communication s’en chargent. Plus ou moins bien. Apr√®s l’ing√©nieur du dix-neuvi√®me si√®cle, le pouvoir dans l’entreprise est all√© √† l’homme de la production, puis au sp√©cialiste du marketing, que le directeur de communication esp√®re bien enterrer… (Dessin de Piem, invit√© au salon TOPCOM.)¬†

“DANS les batailles financi√®res modernes, la gestion de la communication est devenue une arme essentielle. C’est sur ce terrain que se gagne (ou se perd) une guerre… ” Ce combattant m√©diatique sait de quoi il parle. Plac√© aux avant-postes de l’assaut lanc√© par l’√©quipe de Carlo De Benedetti sur la G√©n√©rale de Belgique, il y a tout juste un an, il a pu mesurer l’importance du message (parfois proche de l’intoxication !). Depuis, l’OPA de Didier Pineau-Valencienne (Schneider) sur T√©l√©m√©canique, l’offensive men√©e par le groupe italien Generali sur la Compagnie du Midi de Bernard Pagezy, ou encore, plus r√©cemment, le raid surprise de Georges P√©bereau (Marceau Investissements) sur la Soci√©t√© g√©n√©rale, se sont d√©roul√©s autant dans les conseils d’administration que dans les gazettes.¬†

Ces grandes manoeuvres sur fond d’OPA-bouffe ont permis √† la communication d’entreprise de gagner des galons m√©rit√©s cependant dans d’autres circonstances plus pacifiques. Et en saine logique, c’est la fa√ßon dont a √©t√© men√©e la privatisation de Paribas qui a valu √† son directeur de communication, Andr√© Azoulay, d’√™tre d√©sign√© ” homme de l’ann√©e 1988 ” par Strat√©gies/IPSOS. Aux c√īt√©s de Jacques Calvet (Peugeot) pour les dirigeants d’entreprises, de Maurice L√©vy (Publicis) pour les publicitaires, et de L√©on Schwarzenberg (√©ph√©m√®re ministre d√©l√©gu√© √† la sant√©) au titre de l’homme politique le plus ” communicant ” de l’ann√©e.¬†

Cette r√©compense marque la reconnaissance d’un m√©tier relativement nouveau en France et d’un march√© en fort d√©veloppement b√Ęti sur un slogan en apparence simpliste : l’art de g√©rer son image. ” L’objectif num√©ro un des firmes en Europe est de s’assurer une forte pr√©sence dans les m√©dias “, confirme une √©tude men√©e √† l’automne dernier aupr√®s de 220 entreprises fran√ßaises, anglaises, allemandes, n√©erlandaises, suisses, belges et italiennes de plus de 1 milliard de francs de chiffre d’affaires.¬†

Pour 89 % d’entre elles, la presse est devenue la cible prioritaire, assure la firme Corporate, √† l’origine de cette enqu√™te. De m√™me, 80 % des soci√©t√©s ont assimil√© un ” concept corporate ” (l’entreprise explique ce qu’elle est) qui traduit ” leur positionnement d’image ” Au-del√† des fronti√®res, ” le discours qualitatif a aujourd’hui pris le pas sur les discours technologiques “, explique Patrick d’Humi√®res, directeur g√©n√©ral de Corporate. ” Cela implique une transformation radicale qui doit substituer dans l’esprit des chefs d’entreprise la ” communication d’√©coute ” √† la¬†communication d’influence¬†” des ann√©es pass√©es. C’est tout l’enjeu des fonctions de direction de communication qui prennent une place croissante dans les organigrammes de direction g√©n√©rale “.¬†

” Dans le sillage de ce qui se passe aux Etats-Unis, o√Ļ ces fonctions sont naturellement int√©gr√©es √† l’analyse du march√©, les directions de communication sont en train de fixer leurs contours, √† travers un rapport de forces qui est directement proportionnel √† la consid√©ration qu’une entreprise accorde au r√īle de l’opinion pour son d√©veloppement “, ajoute ce sp√©cialiste. Dans les faits, trop de chefs d’entreprise confondent encore information et publicit√© et h√©sitent √† ouvrir les portes de leur comit√© ex√©cutif (ou de direction) au responsable de communication ballott√© entre le secr√©tariat g√©n√©ral, la direction du personnel, le chef du marketing, avec, souvent, un simple titre d’attach√© de presse sur le bristol de sa carte de visite.¬†

Tout près 

du PDG 

Avec quelques ann√©es de retard sur le monde de l’industrie, les services, notamment la banque et, plus r√©cemment, les assurances, se dotent peu √† peu de ces structures encore trop rarement directement rattach√©es au pr√©sident. Mais l’exemple ne vaut que pour les grands groupes ainsi qu’en t√©moigne l’association de directeurs de communication Entreprise et M√©dias, pr√©sid√©e par Jean-Pierre Labro (Elf-Aquitaine), laquelle regroupe √† peine une cinquantaine de professionnels. Au fil des ans, ces derniers ont commenc√© √† conqu√©rir leurs lettres de noblesse. Mais de l√† √† parler d’une nouvelle ” fili√®re du pouvoir ” au sein des entreprises, venues remplacer les hommes (et femmes) de la vente et du marketing confortablement install√©s aux commandes de l’entreprise…¬†

” Le probl√®me est qu’en France, il existe autant de d√©finitions du r√īle du directeur de communication que d’entreprises “, constate Fred Santamaria. ” Dans les grands groupes anglo-saxons et allemands, c’est le m√™me personnage, l’homme du ” Mark-Com ” (marketing-communication) qui g√®re l’image strat√©gique de l’entreprise, les relations publiques, y compris avec la presse, la publicit√©, les manifestations internationales, toutes les formes de communication √©crites et audiovisuelles “, rappelle ce responsable de communication pass√© notamment par la dure √©cole des firmes Motorola et Schlumberger.¬†

” C’est un r√īle qui implique d’√™tre tout pr√®s du PDG. Et de savoir lui tenir t√™te quand il faut et donc de faire preuve de courage, ce qui, bizarrement, ne figure pas parmi les qualit√©s retenues par les professionnels fran√ßais lors de leur salon “, regrette-t-il (voir encadr√©). En attendant l’√©mergence d’une nouvelle race de managers issus de la fili√®re communication, ces professionnels s’efforcent de g√©rer au mieux le ” capital-image ” de leur soci√©t√©, d’ajouter un ” suppl√©ment d’√Ęme √† un bon produit “, selon l’expression de Dominique Vastel, directeur de communication du GAN. Et en t√Ęchant d’oublier qu’il n’y a pas si longtemps, le porte-parole de Pernod-Ricard √©tait officiellement d√©sign√© comme… ” l’homme de la propagande ” !¬†

Un chef d’orchestre cr√©atif et… optimiste¬†

Un homme (70 % des cas), d’une quarantaine d’ann√©es (49 %), de formation universitaire (51 %), g√©n√©ralement fid√®le √† son entreprise et s√Ľr de l’avenir de sa profession. Tel est le portrait-robot du responsable de communication, tir√© d’une enqu√™te r√©alis√©e par l’Union des annonceurs (UDA) √† Deauville, √† l’occasion du TOP-COM, le premier Salon des directeurs de communication, en septembre 1988.¬†

D’apr√®s cette √©tude, les d√©partements de communication, cr√©√©s le plus souvent dans des entreprises dont le chiffre d’affaires d√©passe le milliard de francs, rarement pl√©thoriques (30 % d’entre eux emploient une ou deux personnes), et disposent de budgets r√©duits : entre 1 et 25 millions de francs, selon la taille de la soci√©t√©.¬†

S’assimilant volontiers √† un chef d’orchestre, un √©metteur-r√©cepteur ou encore un miroir, les directeurs de communication retiennent quatre crit√®res pour d√©crire leur r√īle : coordonner, proposer, animer, r√©aliser (r√©cusant les termes de ” vendre ” et… ” observer “, allez savoir pourquoi). Volontiers narcissiques, les responsables de communications’attribuent quelques qualit√©s : cr√©ativit√©, diplomatie, esprit de synth√®se. En revanche, l’empathie, le charisme et… le courage figurent parmi les crit√®res ” les moins utiles “.¬†

S√Ľrs de l’avenir de ce m√©tier ” jeune et en pleine expansion “, 71 % d’entre eux voient cette fonction devenir plus importante en personnel et en budget. D√©j√† pratiqu√©e par 88 % des entreprises ayant r√©pondu au questionnaire, la communication interne est encore appel√©e √† se d√©velopper, suivie par l’internationale (1993 oblige).

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ETUDE SUR LA COMMUNICATION POLITIQUE LORS DE LA PRESIDENTIELLE DE 1988

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Apr√®s l’√©tude sur les th√®mes de campagne et les images des candidats parue dans nos √©ditions du 15 avril au terme d’une enqu√™te CNRS-BVA-le Monde. Nous publions aujourd’hui une enqu√™te sur le r√īle des m√©dias dans la campagne, r√©alis√©e √©galement sous l’autorit√© du CNRS. De quoi ont trait√© ces m√©dias ? De quoi ont parl√© les candidats ? Chacun croit le savoir, mais une approche quantitative et syst√©matique du contenu des m√©dias peut provoquer quelques surprises. L’√©tude ci-dessous s’appuie sur la notion de ” fonction d’agenda des m√©dias “. Par fonction d’agenda, il faut entendre que, au cours d’une campagne, les m√©dias mettent l’accent sur certains th√®mes au d√©triment d’autres, et d√©terminent ainsi partiellement les priorit√©s politiques. En fait, trois agendas diff√©rents se t√©l√©scopent dans une campagne √©lectorale : les pr√©occupations de l’opinion publique, les priorit√©s de la t√©l√©vision et de la presse √©crite, les priorit√©s politiques des candidats. L’interaction de ces trois agendas donne √† la campagne son style dynamique.

Miracle ! Ils ont retrouv√© la parole sur l’emploi. ” Ils “, ce sont les candidats et les m√©dias. Une √©trange aphasie s’√©tait empar√©e d’eux, lors des l√©gislatives de mars 1986, √† propos de ce th√®me qui √©tait et demeure le sujet de pr√©occupation principal des Fran√ßais. Il y a deux ans, l’homme politique, interrog√© sur le ch√īmage, prenait un air p√©n√©tr√© pour affirmer qu’il s’agissait du probl√®me le plus important √† r√©soudre (sondages obligent !), puis il passait √† autre chose. Que dire en effet sur un tel sujet sans mettre en danger sa cr√©dibilit√© ? La gauche avait gagn√© en 1981 en promettant de vaincre le ch√īmage et la droite avait exerc√© les responsabilit√©s trop longtemps pour que l’oubli ait fait son oeuvre. Face √† la comp√©tence √©conomique acquise par l’opinion publique en cinq ans et √† sa duret√© de jugement sur l’offre politique, il valait mieux adopter un profil bas. Quant aux m√©dias, sevr√©s de d√©clarations politiques, ils ne savaient trop sous quel angle aborder ce th√®me aust√®re et peu √©v√©nementiel. R√©sultat : l’emploi arrivait au douzi√®me rang des th√®mes trait√©s par la presse √©crite et au septi√®me de ceux abord√©s par la t√©l√©vision, au cours de la campagne l√©gislative (1).

Deux ans plus tard, la pr√©occupation majeure des Fran√ßais remonte dans les priorit√©s des m√©dias et des candidats (2). L’emploi se situe au quatri√®me rang pour la presse √©crite et la t√©l√©vision (tableaux 1 et 2), entre le troisi√®me et le cinqui√®me rang pour les trois principaux candidats (tableau 3). Que s’est-il donc pass√© ? Pas d’am√©lioration des indicateurs du ch√īmage, ni de diminution du scepticisme de l’opinion √† l’√©gard des politiques men√©es. Simplement, les responsables politiques ont trouv√© une nouvelle approche qui s’appuie sur la comp√©tence √©conomique r√©cemment acquise par l’opinion. Cette nouvelle approche consiste √† associer l’emploi √† la formation. Notre m√©thode de d√©pouillement, qui permet de mesurer les associations de th√®mes, le montre : parmi les th√®mes associ√©s √† celui de l’emploi, c’est celui de la formation qui domine, aussi bien √† la t√©l√©vision en g√©n√©ral (26,4 %) que dans les grandes √©missions politiques (23,2 %), et dans une moindre mesure dans la presse √©crite (19,6 %).

Ce changement d’approche sur l’emploi pr√©sente un double avantage. Il permet de tenir un discours qui tout en restant r√©aliste n’en est pas pour autant d√©sesp√©rant. Il √©vite de prendre des engagements pr√©cis et dat√©s. En outre, la formation est la seconde pr√©occupation essentielle des Fran√ßais, imm√©diatement apr√®s l’emploi (3). Ce th√®me, quasiment absent de la campagne de 1986, occupe une place honorable aujourd’hui (cinqui√®me rang √† la t√©l√©vision, sixi√®me dans la presse √©crite). On assiste donc √† une meilleure prise en compte des priorit√©s des Fran√ßais dans la campagne actuelle apr√®s le grand √©cart de 1986, o√Ļ le th√®me majeur de la campagne, la cohabitation, √©tait celui qui int√©ressait le moins l’opinion.

Mais ce rapprochement entre offre et demande politique ne va pas jusqu’√† une v√©ritable ad√©quation. Au hit-parade des m√©dias, deux th√®mes dominent, qui ne mobilisent gu√®re les Fran√ßais : la politique √©trang√®re et les institutions. Comme si les domaines r√©serv√©s du chef de l’Etat, dans la Ve R√©publique, devenaient l’objet principal de la campagne pr√©sidentielle.

Le 31 d√©cembre 1992 ressemble de plus en plus au matin du grand soir. C’est le th√®me europ√©en qui propulse la politique √©trang√®re en t√™te des priorit√©s des m√©dias. MM. Jacques Chirac, Raymond Barre et Fran√ßois Mitterrand lui accordent une part significative de leurs prestations (tableau 3), en une sorte de bataille du consensus o√Ļ le jeu consiste √† se montrer plus europ√©en que son adversaire.

La course

de chevaux

Quant aux institutions, le d√©bat est complexe. Il comporte unedimension r√©trospective √† propos du bien-fond√© de la cohabitation et une dimension prospective qui m√™le le r√īle du chef de l’Etat, la r√©forme de la Constitution, la dissolution de l’Assembl√©e et “l’Etat impartial”. L’aspect strat√©gique de ce d√©bat apparait tr√®s nettement quand on sait que le th√®me le plus fr√©quemment associ√© √† celui des institutions est celui de la strat√©gie des candidats, aussi bien √† la t√©l√©vision (37,1%) que dans la presse √©crite (40,5%).

Cette campagne n’aurait pas de contenu et les grands candidats diraient tous la m√™me chose? Cette √©tude montre au contraire que les priorit√©s des Fran√ßais sont mieux prises en compte qu’en 1986 et qu’il existe une dynamique interne √† la campagne, notamment √† propos des institutions.

Il est vrai, en revanche, que la place accord√©e par les m√©dias √† l’analyse de la campagne – autrement dit √† la ” course de chevaux ” – est importante, en nette augmentation par rapport √† la campagne l√©gislative (tableaux 1 et 2). Cette pr√©dominance de la tactique sur la th√©matique s’explique par la d√©claration tardive de candidature du pr√©sident de la R√©publique et les supputations qu’elle a suscit√©es.

En attendant

Godot

En attendant Godot, les m√©dias se sont aussi int√©ress√©s √† la primaire Barre-Chirac. D’o√Ļ ce paradoxe : l’int√©r√™t pour la course de chevaux d√©cline au fur et √† mesure qu’on se rapproche du r√©sultat des courses. L’√©volution mensuelle de nos donn√©es le manifeste : la part de l’analyse de la campagne r√©gresse r√©guli√®rement de janvier √† mars (de 38,5 % √† 24,2 % dans la presse √©crite, de 40 % √† 37 % √† la t√©l√©vision).

L’entr√©e en campagne de M. Mitterrand s’est donc traduite par une inflexion vers le contenu et les enjeux de l’√©lection. Ce ph√©nom√®ne est caract√©ristique du contr√īle sur l'” agenda ” (c’est-√†-dire le choix et l’ordre des th√®mes trait√©s et leur importance respective) exerc√© par le pr√©sident-candidat. La capacit√© de l’ex√©cutif √† contr√īler l’agenda politique est plut√īt classique et se retrouve √©galement aux Etats-Unis. La particularit√© de la campagne 1988 est li√©e √† l’existence d’un ex√©cutif bic√©phale. Il n’y a pas eu cependant de ” guerre des th√®mes ” entre le pr√©sident et son premier ministre, du moins dans la premi√®re phase de la campagne, le d√©bat se situant sur des terrains communs.

Forts de leurs positions institutionnelles, les deux principaux candidats ont pes√© de tout leur poids sur l’agenda politique, mettant en lumi√®re une certaine faiblesse des m√©dias √† orienter le d√©bat. La t√©l√©vision a une importance √©quivalant √† celle des pr√©aux d’√©cole dans les ann√©es 20 : un lieu de prise de parole, et non un agent d’orientation du d√©bat politique et de hi√©rarchisation des probl√®mes. Un seul enjeu a √©merg√© √† l’initiative de la presse √©crite; le rapprochement entre le RPR et l’UDF, qui se retrouve au troisi√®me rang des priorit√©s de la presse √©crite en mars (6,7 %). Toutefois, ce th√®me a √©t√© v√©ritablement lanc√© par la prise de position de M. Balladur (le Monde du 18 mars).

Apr√®s un interminable moment tactique, en janvier et f√©vrier, les trois grands candidats se sont efforc√©s d’occuper le mieux possible les zones de consensus. Rassembler d’abord, diverger ensuite, √† l’inverse de la conception traditionnelle des strat√©gies de campagne : les th√®mes de controverse, tels que celui du vote des immigr√©s, commencent √† peine √† √©merger √† l’approche du premier tour de l’√©lection. Mais, l√† encore, th√©matique et tactique sont √©troitement m√™l√©es. La campagne du second tour sera peut-√™tre celle des controverses majeures. * Jean-Louis Missika et Dorine Bregman sont respectivement r√©dacteurs en chef de la revue M√©dias Pouvoirs et dipl√īm√©e de l’Institut d’√©tudes politiques de Paris. (1) J.-L. Missika et D. Bregman, la S√©lection des controverses politiques, in : mars 1986, la Dr√īle de d√©faite de la gauche, sous la direction de E. Dupoirier et G. Grunberg, PUF 1986. (2) La m√©thode utilis√©e pour cette recherche consiste en un d√©pouillement syst√©matique (entre le 4 janvier et le 31 mars et jusqu’au 7 avril pour les √©missions politiques) des m√©dias suivants : pour la presse √©crite : trois quoditiens, le Monde, Lib√©ration et le Figaro; quatre hebdomadaires, le Figaro-Magazine, le Point, l’Ev√©nement du jeudi et le Nouvel observateur, soit au total mille deux cent quatre-vingt-neuf articles. Pour la t√©l√©vision : les journaux de 20 heures sur TF1 et A2; les √©missions politiques de TF1, A2 et FR3 (” Questions √† domicile “, ” Le monde en face “, ” 7 sur 7 “, ” L’heure de v√©rit√© ” et ” Forum “), soit cinquante-quatre heures d’√©mission. Seuls ont √©t√© pris en compte les articles et les sujets t√©l√©vis√©s en relation avec la campagne √©lectorale. A noter que la controverse r√©cente sur le droit de vote des immigr√©s dans les √©lections locales n’est pas int√©gr√©e dans nos donn√©es. Une analyse compl√®te de la campagne sera publi√©e dans la brochure du Monde consacr√©e aux √©lections. (3) Sondage BVA (le Monde du 15 avril).

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