Les relations publiques Ă  l’heure de la communication… interne

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Les transformations dans les modes de gestion des sociétés ont modifié la nature des services offerts par les sociétés de relations publiques.

En effet, un grand nombre d’entreprises sont actuellement engagĂ©es dans des programmes de transformation tournant autour de la qualitĂ© totale, de l’amĂ©lioration continue ou de la rĂ©ingĂ©nierie. Ces dĂ©marches nĂ©cessitent d’Ă©normes efforts de communication auprès des premiers touchĂ©s : les employĂ©s. ” Le travail de relations publiques auprès des entreprises s’effectuait auparavant dans le cadre d’une approche de communication au sens limitĂ© du terme qui Ă©tait principalement orientĂ©e sur les outils, se rappelle Michel Dumas, prĂ©sident du Groupe BDDS, cabinet-conseil en communication. Aujourd’hui, la fonction de communication s’est dĂ©veloppĂ©e et fait partie intĂ©grante de la gestion d’une entreprise au mĂŞme titre que la production, le marketing ou les finances. ”

Selon Monique Deviard, associĂ©e principale de l’agence Bazin Larouche Sormany Vigneault, la communication constitue effectivement une activitĂ© de gestion et un facteur promordial au succès d’une entreprise. ” Dans le contexte actuel, la communication interne devient le catalyseur des pratiques et des comportements en matière de gestion d’entreprise efficace et performante. Les entreprises doivent mettre en place des stratĂ©gies de communication, desquelles dĂ©couleront ensuite des moyens et des outils. ” Cependant, Ă  l’heure oĂą les entreprises se rĂ©organisent et demandent Ă  leurs gestionnaires ou contremaĂ®tres de changer leurs comportements et attitudes, tout en devenant des messagers de la mission et des orientations de l’entreprise, n’est pas communicateur qui veut !

Par consĂ©quent, un grand nombre d’entreprises se tournent vers des firmes de relations publiques afin, dans un premier temps, de dĂ©velopper des plans de communication puis, s’il y a lieu, d’aider les gestionnaires Ă  devenir de meilleurs agents d’information et de communication.

” Le travail commence lorsqu’un gestionnaire comprend l’importance de la valeur des communications dans son travail et dans la gestion d’une entreprise “, a affirmĂ© Monique Deviard.

Transparence et cohérence

Qui dit plan de communication, dit notamment informer les employĂ©s sur la vision de l’entreprise, dĂ©velopper le sentiment d’appartenance, amĂ©liorer la communication dans les deux sens et, surtout, mobiliser les employĂ©s. Toutefois, pour rĂ©ussir cette mobilisation, dans le climat actuel de scepticisme et de morositĂ©, il doit y avoir un message de transparence, d’Ă©quitĂ© et d’espoir, croit Yves DuprĂ©, vice-prĂ©sident principal chez BDDS.

” Les changements organisationnels ou encore la situation financière de l’organisation doivent ĂŞtre diffusĂ©s et bien compris, sans qu’il y ait incohĂ©rence entre le discours et la pratique. On ne peut demander aux membres du personnel de faire des sacrifices s’ils ne perçoivent pas que la direction en fait autant ou s’il n’y a pas espoir de jours meilleurs. Sinon, s’installent la mĂ©fiance et le manque de motivation. ”

D’autant plus qu’encore aujourd’hui, bon nombre d’employĂ©s travaillent dans un climat de rumeurs touchant les fusions, les rĂ©organisations, le mouvement de personnel ou, encore, la situation financière de l’entreprise. Pour en apprendre un jour la confirmation dans les mĂ©dias.

” Les entreprises commencent Ă  comprendre qu’il importe d’informer d’abord les gens Ă  l’interne. Les publics se sont multipliĂ©s, il y a le personnel mais aussi les fournisseurs ou les partenaires qui doivent ĂŞtre bien au fait de la situation “, a soulignĂ© Gilles des Roberts, associĂ© chez Morin des Roberts.

” Il y a un lien Ă©troit et indissociable entre la communication interne et externe, a prĂ©cisĂ© Mme Deviard. Des entreprises nous appellent pour tenter de rĂ©gler un problème d’image dans le public. Or, bien souvent, il faut d’abord le rĂ©soudre Ă  l’interne, d’oĂą il Ă©mane, parce que le personnel est dĂ©motivĂ© ou incrĂ©dule. ”

En effet, il ne faut pas nĂ©gliger le phĂ©nomène du syndrome des survivants. Si d’aucuns conviennent de l’importance d’accorder une attention particulière Ă  ceux qui se retrouvent sans emploi du jour au lendemain, afin de leur assurer la meilleure transition possible, il ne faut pas oublier non plus ceux qui restent.

” On a tout concentrĂ©, avec raison d’ailleurs, sur les gens qui se retrouvent en chĂ´mage. Cependant, ceux qui travaillent ont aussi des inquiĂ©tudes, Ă  savoir, par exemple, s’ils ne seront pas les prochains sur la liste. Il faut donc rĂ©ussir Ă  les motiver, Ă  les mobiliser, et la communication joue un rĂ´le important Ă  cet Ă©gard “, a indiquĂ© Yves St-Amand, vice-prĂ©sident de BDDS.

VoilĂ  donc un travail auquel s’affairent actuellement les firmes de relations publiques ou de cabinets-conseils en communication, qui admettent que leur facturation serait sans doute moins Ă©levĂ©e si ce n’Ă©tait de la pĂ©riode de changements organisationnels que connait un grand nombre d’entreprises.

D’autant plus que les plus grandes sociĂ©tĂ©s ont tendance Ă  couper Ă©galement dans les ressources financières et humaines de leur division des communications et relations publiques, afin de plutĂ´t faire appel Ă  des firmes externes.

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Sandoz, dix ans après : enseignements d’une catastrophe

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Sandoz, dix ans après : enseignements d’une catastrophe

Dans la nuit du 31 octobre 1986, l’incendie d’un entrepĂ´t de produits chimiques Ă  Bâle provoque l’une des plus dramatiques pollutions du Rhin. La crise Ă©cologique, mĂ©diatique et politique passĂ©e, l’Ă©vĂ©nement provoque une prise de conscience, dans les pays riverains, de l’urgence Ă  unir ses efforts pour sauver l’un des plus grands fleuves d’Europe. Dix ans après, les progrès en matière de rĂ©duction des pollutions industrielles et urbaines sont spectaculaires. MĂŞme si le Rhin est encore convalescent. Heureusement, les projets visant Ă  lui redonner sa sauvagerie d’antan ne manquent pas. Histoire d’un fleuve qui a recouvrĂ© la santĂ© après avoir frĂ´lĂ© la mort.

Il est un peu plus de minuit, ce vendredi soir 31 octobre 1986. Bâle entame sa première nuit du week-end. Au central de la police cantonale, la nuit s’annonce tranquille, lorsqu’une voiture de patrouille annonce qu’elle aperçoit des flammes s’Ă©levant au-dessus d’un bâtiment de stockage de l’important complexe chimique Sandoz de Schweizerhalle, situĂ© Ă  quatre kilomètres Ă  peine du centre ville. Il est 0 h 19. La catastrophe de Sandoz vient de commencer.

Très rapidement, les secours se rendent sur les lieux du sinistre qui commence Ă  prendre de l’ampleur. Trois minutes après que l’alarme ait Ă©tĂ© donnĂ©e par les policiers, les pompiers de l’usine mettent les premières lances en batterie. Et dĂ©jĂ  l’angoisse saisit le commandant des soldats du feu. En quelques instants, les flammes ont pris possession du tiers du hangar 956, pourtant Ă©tendu sur 4 500 m2. Il y a effectivement de quoi s’inquiĂ©ter. Cette ancienne usine, transformĂ©e en centre de stockage, abrite 1 250 tonnes de produits chimiques divers servant aux productions de l’usine (additifs, colorants, produits agrochimiques, produits servant Ă  l’industrie textile). Dans le lot, les pompiers savent qu’il y a 859 tonnes d’insecticides organophosphorĂ©s, 2 tonnes d’insecticides organochlorĂ©s, 71 tonnes d’herbicides, 40 tonnes de fongicides 1, près de 200 tonnes de solvants et de colorants. Au total, de quoi largement intoxiquer l’agglomĂ©ration bâloise et ses 400 000 habitants.

Des flammes de 80 m de haut

MalgrĂ© leurs efforts, les pompiers de Sandoz constatent que la situation leur Ă©chappe. Ă€ cause de la chaleur intense de l’incendie (Ă©valuĂ©e par la suite Ă  plusieurs milliers de degrĂ©s), il n’est dĂ©jĂ  plus question de combattre les flammes Ă  l’intĂ©rieur du hangar. Il faut se contenter d’essayer de le noyer en l’arrosant depuis l’extĂ©rieur. Ce qui est moins efficace. D’autant que le feu progresse et s’Ă©tend Ă  tout le bâtiment. Des flammèches commencent Ă  retomber aux alentours. DĂ©cision est prise de brancher le rideau d’eau qui arrosera les flammes depuis le plafond. Trop tard, la charpente Ă  laquelle le système est fixĂ© vient de s’effondrer dans un Ă©pouvantable fracas mĂ©tallique. En attendant les renforts, il faut se contenter de protĂ©ger les immeubles proches de la halle en feu qui, eux aussi, contiennent des produits inflammables. VoilĂ  vingt minutes que la lutte est engagĂ©e et les pompiers spĂ©cialisĂ©s des usines voisines, notamment celles de Ciba-Geigy, arrivent. Ils ne seront pas de trop face au monstre, dont les flammes dĂ©passent les 80 mètres de haut et sont visibles Ă  plus de 10 km Ă  la ronde. Les hommes casquĂ©s sont obligĂ©s de reculer. La chaleur est chaque seconde plus intense et, de temps Ă  autre, ils sont bombardĂ©s de bidons en flammes Ă©jectĂ©s par l’incendie. En plus du foyer principal, il faut Ă©teindre les nombreux dĂ©parts de feu occasionnĂ©s par ces bombardements incendiaires. Une heure après les premières flammes, 200 pompiers luttent, sans succès, appuyĂ©s par quinze lances-canons et un bateau pompe. Sans autre rĂ©sultat que d’empĂŞcher la propagation du feu hors de l’entrepĂ´t sinistrĂ©. Au milieu du grondement des flammes et des chutes de bidons, les pompiers sentent soudain une odeur caractĂ©ristique d’oeuf pourri : des stocks d’ester phosphorique viennent d’ĂŞtre atteints par les flammes et brĂ»lent en dĂ©gageant des mercaptans. Puissant irritant des muqueuses, ce gaz contraint les sauveteurs Ă  s’Ă©quiper de masques respiratoires, rendant la lutte plus pĂ©nible encore. Il est deux heures. L’alerte C – Ă  la pollution chimique – est donnĂ©e. Des voitures Ă©quipĂ©es de haut-parleurs intiment l’ordre Ă  la population bâloise de se calfeutrer chez elle. Les radios locales relaient les instructions des autoritĂ©s. Les sirènes d’alerte mugissent toute la nuit. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, les sirènes n’avaient retenti Ă  Bâle. L’heure est grave. Des Bâlois quittent leur maison prĂ©cipitamment pour fuir une ville oĂą l’air devient nausĂ©abond. D’autres, au contraire, se rapprochent du lieu de l’accident pour voir.

Le combustible se rarĂ©fiant et les trombes d’eau s’abattant toujours sur la carcasse de l’entrepĂ´t effondrĂ©, les pompiers finissent par se rendre maĂ®tres de l’incendie, vers cinq heures du matin. Une demi-heure plus tard, les autoritĂ©s du canton de Bâle alertent la prĂ©fecture de Colmar. Les Français ne peuvent prĂ©venir leur population qu’au moment oĂą les Suisses annoncent la fin de l’alerte chez eux. Le service de la navigation du Rhin n’est averti de l’accident, selon la procĂ©dure d’alerte internationale pour la protection du Rhin, que le lundi 3 novembre Ă  9 heures. De fâcheux retards qui crĂ©eront quelques tensions entre les deux pays. Dès la fin du week-end tragique, le ministre de l’Environnement français d’alors, Alain Carignon, accuse les autoritĂ©s helvĂ©tiques de ne pas avoir prĂ©venu leurs voisins français et allemands. Ă  quoi les responsables du demi-canton bâlois rĂ©torquent qu’ils n’ont pas su oĂą joindre les autoritĂ©s françaises en pleine nuit. Les seuls fonctionnaires français avertis de la catastrophe seront les douaniers qui, respirant un air saturĂ© de mercaptans, se sont cloĂ®trĂ©s dans leur guĂ©rite, en laissant pour toute explication un Ă©criteau indiquant : “Vous entrez en Suisse Ă  vos risques et pĂ©rils”. Pour calmer le jeu, Alphons Egli, le prĂ©sident de la ConfĂ©dĂ©ration helvĂ©tique adresse une lettre de regret Ă  ses homologues français, allemands, nĂ©erlandais.

La vie anéantie sur 250 km

Pendant que les uns et les autres se renvoient leur part de responsabilitĂ©, un danger bien plus grave que le nuage toxique menace le Rhin. En aval de Schweizerhalle, le fleuve est devenu rouge et la surface se couvre de cadavres de poissons. Dans l’affolement de la catastrophe, personne n’a remarquĂ© que sur les millions de litres d’eau qui ont servi Ă  Ă©teindre le feu, 10 000 Ă  15 000 m3 se sont dĂ©versĂ©s immĂ©diatement dans le Rhin, entraĂ®nant Ă©galement quelque 1 300 tonnes de produits toxiques, dont 2,6 tonnes de mercure. Un cocktail mortel, progressant Ă  4 km/h, qui anĂ©antira toute vie dans le fleuve sur plus de 250 km. Le premier Ă  se rendre compte des dĂ©gâts n’est pas un scientifique ni un Ă©cologiste : c’est le gardien de la prise d’eau du canal de Huningue qui, horrifiĂ© par la couleur sanguine du fleuve, ferme sa vanne et alerte un fonctionnaire de permanence Ă  la Direction dĂ©partementale de l’agriculture, lequel dĂ©cide de verrouiller Ă  son tour les prises des canaux de la Hardt, du RhĂ´ne au Rhin, de Blodelsheim et de ChalampĂ©. Seule celle d’Ottmarsheim restera ouverte sur le Rhin français : situĂ©e sur une installation d’EDF, son accès est interdit Ă  toute personne n’appartenant pas Ă  l’entreprise. Cette pollution du fleuve s’avère très rapidement catastrophique. On ramasse des millions de cadavres de poissons sur le linĂ©aire du fleuve oĂą la pollution est restĂ©e suffisamment concentrĂ©e pour dĂ©truire toute ichtyofaune. MĂŞme si les autoritĂ©s sanitaires estiment que l’alimentation en eau potable des Alsaciens (provenant exclusivement de la nappe phrĂ©atique) n’est pas menacĂ©e, Alain Carignon ordonne la fermeture de toutes les prises d’eau, d’un certain nombre d’Ă©cluses, ainsi que l’interdiction de toute pĂŞche dans le fleuve, pour une durĂ©e de six mois. Plus en aval, c’est carrĂ©ment la panique. Plusieurs communes allemandes interdisent la consommation d’eau du robinet, produite Ă  partir du Rhin. Pendant plusieurs jours, les populations d’Hoenningen ou de Unkel ne s’abreuveront plus qu’aux citernes des pompiers. Toutes les fontaines des citĂ©s allemandes riveraines du fleuve sont coupĂ©es. Les mĂ©dias appellent les parents Ă  ne pas laisser leurs enfants jouer au bord de l’eau. Plus grave, les brasseurs de bière de DĂĽsseldorf sont obligĂ©s d’interrompre leur production, faute d’eau en quantitĂ© suffisante. Aux Pays-Bas, pourtant habituĂ©s aux multiples pollutions du fleuve, on craint que les nappes phrĂ©atiques ne soient contaminĂ©es. Dans le doute, le Rijkswaterstaat, l’organisme gouvernemental des eaux des Pays-Bas, ordonne aux sociĂ©tĂ©s de distribution d’eau de pomper dĂ©sormais leur eau dans les lacs.

Ă€ l’Ă©tat-major de Sandoz, oĂą l’on vient de fĂŞter le centenaire de l’entreprise, on a du mal Ă  faire face Ă  cette situation de crise. “Nous sommes très peinĂ©s et nous comprenons la colère de la population mais nous ne sommes pas coupables de ce qui est arrivĂ©”, affirme, au cours d’une confĂ©rence de presse, l’un des responsables du groupe chimique. RĂ©fĂ©rence implicite Ă  la conclusion d’un expert du service de prĂ©vention d’incendie pour l’industrie et l’artisanat qui, le 28 octobre, après une inspection de la halle avait conclu que tout Ă©tait en ordre. Une semaine après l’incendie, une canalisation mal obturĂ©e laisse Ă©chapper dans le fleuve 2 000 litres de produits mercurĂ©s. Cette fois, c’en est trop pour cette population, encore traumatisĂ©e par le chant lugubre des sirènes d’alerte. Le 8 novembre, près de 10 000 personnes manifestent dans Bâle (du jamais vu dans la capitale de la chimie suisse !) aux cris de : “Tchernobyl, TchernoBâle, nous ne voulons pas flotter le ventre en l’air.” Des RhĂ©nans excĂ©dĂ©s par ce que la presse leur apprend. Le 11 novembre, les Verts allemands rendent public le rapport d’une compagnie d’assurances, accablant pour le gĂ©ant suisse de la chimie. Dans ce document datant de 1981, la Zuerich Versicherung expliquait qu’elle ne pouvait pas consentir Ă  assurer en responsabilitĂ© civile le site de Sandoz Ă  cause, notamment, du faible nombre d’installations fixes de lutte contre le feu, ainsi que de la trop petite taille des bassins de rĂ©tention des eaux usĂ©es des pompiers. Les assureurs suisses estimaient, de ce fait, qu’une pollution du Rhin avait de grandes chances de se produire en cas d’incendie. Un rapport tristement prĂ©monitoire, auquel Sandoz avait donnĂ© suite en… s’adressant Ă  une autre compagnie d’assurances, plus comprĂ©hensive celle-ci, la Gerling. Dans le mĂŞme temps, le ministre de l’Environnement du Bade-Wurtemberg rĂ©vèle que, la nuit de la catastrophe, l’usine de Ciba-Geigy de Bâle a dĂ©versĂ© “accidentellement” 40 kg d’atrazine dans la station d’Ă©puration de la commune. Une information qui n’assainit par le climat. “C’est clair que la pollution du Rhin a portĂ© un très rude coup Ă  toute l’industrie chimique”, reconnaĂ®t, dix ans plus tard, Jean-Pierre Salzmann, responsable de la sĂ©curitĂ© et de la protection de l’environnement du groupe Sandoz. Personne ne veut se mouiller pour redorer le blason des industriels, durablement terni par les accidents de Bhopal (3 dĂ©cembre 1984), de RhĂ´ne-Poulenc Ă  Roussillon (15 juin 1985), de Tchernobyl (28 avril 1986) et de Bâle. “D’autant que l’on assiste, Ă  ce moment -lĂ , au dĂ©nouement du procès de l’ Amoco-Cadiz qui dure depuis huit ans”, rappelle Martine RĂ©mond-Gouillou, spĂ©cialiste du droit de l’environnement qui, Ă  l’Ă©poque, enseigne Ă  l’universitĂ© Robert Schuman de Strasbourg.

257 MF de dégâts

Devant l’ampleur de la catastrophe, les politiques ne sont pas longs Ă  rĂ©agir. Le 12 novembre, les ministres de l’Environnement des pays riverains se rĂ©unissent Ă  Zurich pour convaincre les Suisses d’adopter une lĂ©gislation similaire Ă  la directive europĂ©enne Seveso ( cf. L’Environnement Magazine n° 1512) et de financer la restauration du fleuve. Le seul rĂ©sultat de cette confĂ©rence internationale est d’en convoquer une autre un mois plus tard Ă  Rotterdam. Pour prĂ©parer l’addition qu’il prĂ©sentera aux Suisses, Alain Carignon crĂ©e une commission d’enquĂŞte chargĂ©e d’Ă©valuer les dĂ©gâts causĂ©s au Rhin français et d’estimer le prĂ©judice financier. PrĂ©sidĂ©e par l’ancien candidat des Ă©cologistes Ă  la prĂ©sidentielle, Brice Lalonde, la mission est composĂ©e de Roland Carbiener, professeur de biologie Ă  l’universitĂ© de Strasbourg, ainsi que des chercheurs Germain Leynaud et Claude Mallet. “Cette commission Ă©tait une idĂ©e de Jean-Louis Dutaret [conseiller technique d’Alain Carignon Ă  l’Ă©poque, N.D.L.R.] qui, en tant qu’avocat, voulait Ă©viter, sur cette affaire, de perdre autant de temps que pour l’ Amoco-Cadiz, se souvient Brice Lalonde. Ce n’Ă©tait peut-ĂŞtre pas très satisfaisant sur le plan du droit, mais ça s’est avĂ©rĂ© plus efficace qu’un long procès.” Son verdict est sans appel : “190 tonnes d’anguilles sont mortes en quelques heures, ce qui signifie 100 % des anguilles dans les cours d’eau touchĂ©s par la pollution. En quelques instants, des annĂ©es d’efforts d’amĂ©nagement, d’alevinage ont Ă©tĂ© perdues. […] Qui plus est, la destruction de la majeure partie de la faune invertĂ©brĂ©e sape les bases des chaĂ®nes alimentaires aquatiques.” Pour assurer un suivi Ă  long terme de la pollution, sĂ©curiser l’approvisionnement en eau potable, reconstituer la faune, amĂ©liorer les procĂ©dures d’alerte en cas d’accident et rembourser tous les frais engagĂ©s par les autoritĂ©s françaises, la commission d’experts “indĂ©pendants” demande 257 MF. Les reprĂ©sentants de Sandoz qui seront prĂ©sents Ă  Rotterdam savent Ă  quoi s’en tenir. D’autant que les autres pays riverains ne sont pas en reste. Dans un rapport intermĂ©diaire, l’Institut fĂ©dĂ©ral suisse pour l’amĂ©nagement, l’Ă©puration et la protection des eaux (EAWAG) reprend les conclusions des Français tout en soulignant que la microbiologie n’a pas subi d’importants dommages. L’EAWAG en conclut que, dès le printemps suivant, la population de petits invertĂ©brĂ©s dont se nourrissent les poissons sera reconstituĂ©e. De leur cĂ´tĂ©, les Lander allemands s’estimant lĂ©sĂ©s prĂ©sentent chacun leur note. ConfĂ©dĂ©ration oblige, les Suisses discutent, eux, au niveau cantonal. FormulĂ©es par le ministère de l’Environnement et l’association des “victimes” de la catastrophe – AlsaRhin – les exigences françaises progressent. Le 19 dĂ©cembre, Ă  la confĂ©rence de Rotterdam, le reprĂ©sentant suisse annonce que son gouvernement “accordera, si nĂ©cessaire, ses bons offices pour le règlement des dommages”. Une dĂ©claration rassurante pour le gouvernement français qui arrive au milieu d’un flot de rebondissements. Et tout d’abord, l’annonce de nouvelles pollutions du Rhin. SpĂ©cialiste de la chose 2, l’usine BASF de Ludwigshafen a dĂ©versĂ© un puissant dĂ©broussaillant dans le fleuve, le 21 novembre. Deux semaines plus tard, l’usine Lonza de Waldshut (RFA) reconnaĂ®t avoir jetĂ© au fleuve 5 tonnes de PVC, “Ă  la suite d’une erreur de manipulation”. Mais le plus dĂ©tonnant est sans nul doute l’annonce, le 16 dĂ©cembre, par la police bâloise, de la dĂ©couverte des dĂ©bris de ce qui pourrait ĂŞtre une bombe artisanale dans les dĂ©combres de l’entrepĂ´t de Sandoz. “Dix ans après, cette hypothèse reste la plus probable, convient Jean-Pierre Salzmann, mĂŞme si elle n’a jamais pu ĂŞtre prouvĂ©e formellement.” Faisant le gros dos, la multinationale suisse n’exploite pas cette piste hasardeuse. Elle assume. Et bien lui en prend. Le 5 juin 1987, le service scientifique de la prĂ©fecture d’Arlesheim rend son verdict sur les causes de l’accident. Conclusion des experts helvĂ©tiques : l’incendie a pu ĂŞtre dĂ©clenchĂ© par l’inflammation accidentelle d’une palette de bleu de Prusse. Une combustion qui peut se dĂ©rouler des heures durant sans flamme, ni odeur, ni fumĂ©e.

Le facteur déclenchant

ConseillĂ© par le cabinet amĂ©ricain de relations publiques Burston Marsteller 3, Sandoz dĂ©cide de jouer l’entreprise civique. Le groupe suisse dĂ©bloque 40 MF pour financer 36 projets europĂ©ens de recherche scientifique sur le Rhin. “Cet argent nous a permis de recevoir une demi-douzaine de thĂ©sards supplĂ©mentaires dans notre laboratoire”, confirme Roland Carbiener qui malgrĂ© son rapport fut l’un des bĂ©nĂ©ficiaires du fonds Sandoz.

Loin du bruit mĂ©diatico-politique, les scientifiques commencent Ă  retrousser leurs manches. La pĂ©riode de choc post-accidentelle, oĂą l’on a cru le fleuve de la Lorelei dĂ©finitivement mort, est passĂ©e. “Tout le monde est d’accord pour reconnaĂ®tre que c’est grâce Ă  l’accident que tous les pays se sont enfin mis autour d’une table pour faire un plan de sauvetage du Rhin”, reconnaĂ®t, aujourd’hui, Jean-Luc Laurent, actuel directeur gĂ©nĂ©ral de l’administration du ministère de l’Environnement mais directeur de l’Agence de bassin Rhin-Meuse Ă  l’Ă©poque. Jusque-lĂ  assez discrète, la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) adopte, le 1er octobre 1987, un plan ambitieux de reconquĂŞte de la qualitĂ© du Rhin. L’objectif de ce Programme d’action Rhin (PAR) est quadruple. Ă€ l’horizon 2000, les espèces supĂ©rieures de poisson jadis prĂ©sentes, comme le saumon et la truite de mer, devront s’ĂŞtre rĂ©implantĂ©es ; les eaux du Rhin pourront ĂŞtre potables ; la pollution des sĂ©diments devra ĂŞtre rĂ©duite de façon Ă  ce que ces boues puissent ĂŞtre Ă©pandues dans les champs ou rejetĂ©es en mer. Enfin, l’Ă©tat de la mer du Nord devra ĂŞtre stabilisĂ©. Pour que le PAR soit une rĂ©ussite, les pays et les industriels riverains sont prĂŞts Ă  mettre de l’argent, beaucoup d’argent. Il s’agit, en effet, de rĂ©duire en huit ans dans des proportions variant entre 50 et 70 % les rejets de 45 substances ou groupes de substances chimiques, de diminuer les risques d’accident et d’amĂ©liorer les conditions hydrologiques, biologiques et morphologiques du Rhin. La facture totale du PAR est Ă©valuĂ©e Ă  91 milliards de francs, dont 73,4 Ă  la seule charge de l’Allemagne.

Les saumons reviennent

Dix ans après la catastrophe de Sandoz, où en est-on ?

Sur les rives du fleuve roi, cher Ă  Victor Hugo, cela va beaucoup mieux, merci. “Les quatre objectifs du PAR ont Ă©tĂ©, en grande partie, atteints, se rĂ©jouit le docteur Anne SchĂĽlte-WĂĽlwer de la CIPR. Le saumon est rĂ©apparu dans le Rhin, des spĂ©cimens sont mĂŞme remontĂ©s jusqu’au pied du barrage d’Iffezheim [Ă  700 km de l’embouchure, N.D.L.R.]. On a pu, en outre, observer dans quelques affluents du Rhin, comme la Sieg, la prĂ©sence de frayères et de nids de ponte. Le cycle de reproduction naturel semble donc rĂ©enclenchĂ©. Le Rhin est une des sources d’approvisionnement en eau potable et la qualitĂ© de ses eaux rĂ©pond aux exigences requises. Des rĂ©ductions sensibles ont Ă©tĂ© atteintes dans le domaine des sĂ©diments. Cependant, le problème des anciens sĂ©diments contaminĂ©s reste posĂ©.” Un tableau d’honneur qui ne reflète pas l’Ă©tat exact de la santĂ©, encore fragile, du fleuve Ă  en croire Roland Carbiener. “Les cartes publiĂ©es par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse pèchent par excès d’optimisme, explique l’ancien prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration des associations alsaciennes de protection de la nature. On ne tient pas compte des micro-polluants ou des pollutions diffuses comme les solvants ou les pollutions d’origine agricole.”

Positif pour l’Ă©cologie du Rhin, le PAR l’a Ă©galement Ă©tĂ© pour la science. “Le programme a dĂ©clenchĂ© une vĂ©ritable dynamique de recherche, confirme Anne SchĂĽlte WĂĽlwer. On Ă©value beaucoup mieux aujourd’hui la pollution d’origine agricole et urbaine (azote et phosphore) ainsi que celle imputable aux produits phytopharmaceutiques. Ce qui a Ă©tĂ© rendu possible par l’Ă©laboration de mĂ©- thodes d’analyse plus prĂ©cises et plus fiables. Enfin, de nouvelles techniques de franchissement des barrages par les poissons sont en cours d’Ă©tude. Ce qui va de pair avec les programmes d’alevinage de salmonidĂ©s. OpĂ©rations qui sont accompagnĂ©es de recherches gĂ©nĂ©tiques.”

Sandoz a beaucoup appris

Mais, paradoxalement, c’est peut-ĂŞtre chez Sandoz que la catastrophe de la Toussaint 86 a eu le plus d’effets. Le groupe, qui aujourd’hui dĂ©laisse de plus en plus la chimie 4 pour la pharmacie, a appris la modestie. “Avant Schweizerhalle, nous avions donnĂ© trop de poids Ă  la non-probabilitĂ© qu’un tel accident puisse se produire dans un entrepĂ´t”, explique Jean-Pierre Salzmann. RĂ©sultat, la firme a depuis plusieurs annĂ©es totalement revu ses normes de sĂ©curitĂ©. L’utilisation du mercure et du phosgène a considĂ©rablement Ă©tĂ© rĂ©duite. Dans les huit mois qui ont suivi l’accident, plus de 108 molĂ©cules potentiellement dangereuses ont cessĂ© d’ĂŞtre utilisĂ©es par les divisions chimique et agricole du groupe. “Le stockage des produits toxiques, explosifs ou asphyxiants a Ă©tĂ© repensĂ©. On a limitĂ© le nombre de tonnes de produits dangereux au mètre carrĂ©”, affirme le responsable bâlois. D’importantes dĂ©penses d’Ă©quipements antipollution ont Ă©galement Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es. En 1989 et 1990, 17 % des investissements du groupe ont Ă©tĂ© exclusivement consacrĂ©s Ă  la construction de bassins de rĂ©tention sur tous les sites Sandoz du monde. Par ailleurs, des productions Ă  risques, comme celles utilisant du chlore, ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©es aux États-Unis, “oĂą il est plus facile qu’en Suisse de crĂ©er un pĂ©rimètre de sĂ©curitĂ© de 30 km autour d’une usine”. Mais c’est surtout dans le domaine de la communication de crise que le chimiste a changĂ© ses pratiques. “Nous avons revu totalement l’organisation dans ce secteur. En 1986, nous avons commis des fautes, parce que nous Ă©tions dĂ©bordĂ©s. Dans les 10 jours qui ont suivi la catastrophe nous avons dĂ» rĂ©pondre Ă  10 Ă©missions de tĂ©lĂ©vision, 1 000 coups de tĂ©lĂ©phone et 120 demandes d’interview. Aujourd’hui, grâce Ă  l’organisation que nous avons mise en place dans tous les pays oĂą nous sommes, nous ne commettrions pas les erreurs qui furent les nĂ´tres, il y a dix ans.” Le schĂ©ma organisationnel de la communication de crise de Sandoz comprend deux Ă©tages. Le “Local emergency management system” gère la communication au niveau local, alors que l'”Emergency response and communication system” s’occupe de toute la division pharmaceutique. D’autre part, chaque annĂ©e de nombreux exercices sont rĂ©alisĂ©s au sein des 450 filiales que compte le groupe Sandoz. Plus Ă©tonnant, grâce Ă  l’accident Sandoz est devenu un prestataire important en matière de dĂ©pollution des sols. Après avoir dĂ©pensĂ© 250 MF pour la dĂ©contamination du site sinistrĂ© et le traitement de 25 000 tonnes de terres polluĂ©es, Sandoz a dĂ©cidĂ© de mettre Ă  la disposition de ses clients son nouveau savoir-faire. BasĂ©e en Californie, sa filiale spĂ©cialisĂ©e en traitement des sols – McLaren Environmental Engineering – est dĂ©sormais l’une des plus importantes du secteur aux États-Unis. Enfin, pour faire profiter les futurs managers de son expĂ©rience dans la gestion des risques environnementaux, Sandoz finance depuis trois annĂ©es la chaire du management de l’environnement Ă  l’Institut europĂ©en d’administration des affaires (Insead) de Fontainebleau.

De l’assainissement Ă  la renaturation

Ayant contribuĂ© Ă  transformer l’ancien Ă©gout de l’Europe 5 en un fleuve presque propre, la catastrophe de Bâle a Ă©galement opĂ©rĂ© un profond changement d’Ă©tat d’esprit dans les tĂŞtes de ceux qui nous gouvernent. La Suisse a adoptĂ© une lĂ©gislation proche de la directive europĂ©enne Seveso, ce qui renforce la sĂ©curitĂ© des sites industriels et amĂ©liorerait la circulation de l’information entre les pays riverains en cas d’accident.

Mais le plus important est encore Ă  venir. L’ultime Ă©pisode de la reconquĂŞte du Rhin n’est pas le moindre. Il s’agit ni plus ni moins que de refaire du Rhin un fleuve naturel et non plus un canal pour pousseurs de gros gabarit. “Il ne faut pas se tromper d’ennemi, explique Jean-Luc Laurent, l’ancien directeur de l’eau du ministère de l’Environnement. Entre un kilo de cyanure et un coup de pelleteuse, je prĂ©fère le premier. Car pour refaire un mètre de sĂ©diment au fond d’un fleuve, il faut 1 000 ans.” Encore Ă  l’Ă©tat de projet, la “renaturation” compte de plus en plus d’adeptes, tant chez les Ă©cologistes que chez les scientifiques et, fait nouveau, chez certains responsables de l’administration. De quoi s’agit-il ? Jusqu’en 1834, le Rhin Ă©tait constituĂ© de multiples bras entremĂŞlĂ©s, dont le cours changeait frĂ©quemment, au milieu des forĂŞts alluviales inondables. Les rives, Ă©loignĂ©es de 2 Ă  6 km, Ă©taient de vastes terrasses cultivĂ©es. Avantage de cette configuration : les crues passaient rarement les terrasses. Mais au cours du xixe siècle, les progrès de l’industrialisation et de l’agriculture conduisent les riverains du fleuve Ă  occuper de plus en plus d’espaces, qu’il faut donc protĂ©ger de l’eau. Le colonel badois Tulla met au point, en 1842, un plan de canalisation du Rhin supĂ©rieur qui sera achevĂ© en 1878. Le fleuve est endiguĂ© sur 272 km. Son lit mineur ne fait plus que 250 m. “La correction a entraĂ®nĂ© une rĂ©duction de 15 % de la longueur du Rhin franco-allemand, constate Marc Freydefond du service de la navigation de Strasbourg. Ce qui a provoquĂ© une accĂ©lĂ©ration de la vitesse du courant et de très importants problèmes d’Ă©rosion car tout le dĂ©bit Ă©tait concentrĂ© sur 200 m de large lĂ  oĂą il s’Ă©talait auparavant sur 6 km. Le creusement du lit a pu atteindre par endroit 10 cm par an et a totalisĂ© plus de 7 m entre 1840 et 1920, dans le secteur immĂ©diatement Ă  l’aval de Strasbourg. Ce qui a rendu toute navigation impossible pendant près de 30 ans de Bâle Ă  Lauterbourg.” Mais c’est vĂ©ritablement dans les annĂ©es 50 que l’Ă©cosystème rhĂ©nan est asservi par les ingĂ©nieurs et la technique. Pour relancer le trafic fluvial, on dĂ©cide de corseter le fleuve dans un canal en bĂ©ton de 75 m de large qui culmine Ă  10 m au-dessus de la plaine alluviale. Cette canalisation empĂŞche l’alimentation normale de la nappe phrĂ©atique par le fleuve. Ă€ certains endroits, la nappe d’Alsace – l’une des plus grandes d’Europe – accuse une baisse de 6 Ă  7 m. Par ailleurs, pour alimenter les nombreuses industries lourdes qui se sont installĂ©es ou dĂ©veloppĂ©es le long du Rhin, pas moins de dix centrales hydroĂ©lectriques ont Ă©tĂ© construites entre 1932 et 1970, barrant le cours normal du fleuve aux poissons migrateurs. Sans compter les nombreuses Ă©cluses nĂ©cessaires au passage des pĂ©niches. Au total, on estime que les grands travaux de “correction” du fleuve ont rayĂ© de la carte 80 % des forĂŞts alluviales rhĂ©nanes et 10 000 hectares de radiers, bras et faux bras du fleuve. Autant de frayères et de lieux de ponte pour les poissons en moins.

L’idĂ©e de la renaturation consiste donc Ă  permettre au Rhin de s’Ă©couler, pendant les pĂ©riodes oĂą son dĂ©bit est fort, dans les forĂŞts alluviales. Des inondations contrĂ´lĂ©es par des digues qui permettront de rĂ©tablir un certain Ă©quilibre naturel (les forĂŞts servant tout Ă  la fois de filtre biologique et de nurseries pour les poissons). Ă€ condition toutefois que l’on dote les usines hydroĂ©lectriques de passes Ă  poissons 6. Et que les associations et autoritĂ©s françaises et allemandes conjuguent leurs efforts et leurs moyens plutĂ´t que de chercher Ă  imposer chacune de leur cĂ´tĂ© leur propre plan de renaturation du Rhin. Ă€ moins qu’une nouvelle catastrophe ne soit nĂ©cessaire pour mettre une fois encore tout le monde d’accord.

1. Dont 12 tonnes d’Ă©thoxyethyl-hydroxide de mercure, variĂ©tĂ© proche du composĂ© mercuriel qui fut la cause de la catastrophe de Minamata (plus de 200 morts et des milliers d’invalides).

2. Pour l’annĂ©e 1993, cette mĂŞme usine a causĂ© trois pollutions du Rhin.

3. Spécialiste de la communication de crise, Burston Marsteller avait conseillé Union Carbide après la catastrophe de Bhopal.

4. Depuis leur fusion, annoncée le 7 mars dernier, Sandoz et Ciba-Geigy forment le deuxième groupe mondial de pharmacie.

5 . Au début des années 70, du fait des rejets inconsidérés des villes et des industries, le Rhin était proche de la mort biologique.

6. Le barrage d’Iffenzheim, oĂą l’on a pĂŞchĂ© les premiers saumons migrateurs en 1995, devrait en ĂŞtre Ă©quipĂ© en 1998.

BRICE LALONDE : “LA LOI SUR L’EAU A BÉNÉFICIÉ DES ACQUIS DE LA CATASTROPHE”

PrĂ©sident de la commission d’experts indĂ©pendants chargĂ©e d’Ă©valuer les dommages Ă©cologiques, Brice Lalonde a dĂ©couvert, Ă  cette occasion, les principes de l’Ă©cologie des grands fleuves. Des grands principes que le ministre Lalonde intĂ©grera dans la loi sur l’eau, quelques annĂ©es plus tard.

L’Environnement Magazine : Pourquoi avez-vous Ă©tĂ© nommĂ© prĂ©sident de la commission d’expertise ?

Brice Lalonde : Jean-Louis Dutaret qui Ă©tait conseiller du ministre de l’Environnement de l’Ă©poque, Alain Carignon, voulait que Sandoz paie rapidement, d’oĂą l’idĂ©e de confier l’Ă©valuation des dommages Ă  une mission d’experts indĂ©pendants du gouvernement. De plus, Alain Carignon souhaitait confier des missions ponctuelles Ă  des personnalitĂ©s de la sociĂ©tĂ© civile.

Qu’avez-vous appris lors de cette mission ?

D’abord que Sandoz n’Ă©tait pas l’industriel cynique que la presse a parfois dĂ©crit. Le groupe chimique n’a pas Ă©ludĂ© ses responsabilitĂ©s. Ensuite, j’ai vu les Hollandais rĂ©viser leurs positions vis-Ă -vis des rejets français de sel dans le Rhin. Ils se sont rendu compte qu’une pollution chimique Ă©tait bien plus dommageable. Enfin, et surtout, grâce Ă  Roland Carbiener j’ai suivi un formidable apprentissage de l’Ă©cologie des grands fleuves.

Une connaissance que vous avez utilisée par la suite ?

Absolument, notamment pour la protection de la Loire mais surtout lorsque nous avons rĂ©digĂ© la loi sur l’eau. Dans les premières moutures de ce texte, il n’Ă©tait question que de l’eau H2O. Mais le biotope fluvial n’Ă©tait pas pris en compte. J’ai fait en sorte que la loi prenne en compte les milieux productifs fluviaux. La productivitĂ© biologique Ă©tant l’indicateur le plus important en Ă©cologie. Les Sage et les Sdage sont les enfants naturels de Sandoz.

JEAN-LUC LAURENT : “NOUS AVIONS UNE MAUVAISE CONNAISSANCE DE LA SANTÉ DU RHIN”

Au moment des faits, Jean-Luc Laurent est directeur de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Une fonction qu’il exercera jusqu’en 1991, annĂ©e oĂą il sera appelĂ© au ministère de l’Environnement pour prĂ©parer la loi sur l’eau.

L’Environnement Magazine : Quand avez-vous appris la pollution du Rhin ?

Jean-Luc Laurent : Plusieurs jours après la catastrophe.

Comment se fait-il que le patron de l’Agence de l’eau soit informĂ© avec un tel retard d’une catastrophe de cette ampleur ?

D’abord, au moment de l’incendie, j’Ă©tais en dĂ©placement. Mais il faut reconnaĂ®tre que, d’une manière plus gĂ©nĂ©rale, la transmission des informations concernant les pollutions sur le Rhin Ă©taient très lacunaires. Il n’y avait pas d’alerte systĂ©matique en cas de problème sur le fleuve. Heureusement, les choses ont Ă©voluĂ© depuis.

Les mesures extrĂŞmes qui ont Ă©tĂ© prises Ă  l’Ă©poque Ă©taient-elles justifiĂ©es ?

Sincèrement, nous Ă©tions vraiment persuadĂ©s que les consĂ©quences Ă©cologiques et sanitaires seraient beaucoup plus graves qu’elles ne l’ont Ă©tĂ© finalement.

Est-ce Ă  dire que nous n’avions pas, Ă  l’Ă©poque, une bonne connaissance de l’Ă©cologie du Rhin ?

Il faut se remettre dans le contexte. Dans les jours qui ont suivi l’accident, nous ne savions pas prĂ©cisĂ©ment quels produits toxiques (ni en quelle quantitĂ©) avaient Ă©tĂ© dĂ©versĂ©s dans le fleuve. Ă€ elle seule, cette mĂ©connaissance justifiait des prĂ©cautions exceptionnelles. Mais il est exact que nous avions une vision, disons dĂ©formĂ©e, de la santĂ© du Rhin.

C’est-Ă -dire…

Pour rĂ©sumer, nous avions une fausse idĂ©e de la mauvaise santĂ© du fleuve. Il y a dix ans, nous analysions très peu les matières en suspension comme les particules de sable, d’argile ou les colloĂŻdes sur lesquels des polluants peuvent se greffer. En fait, la situation du fleuve avant la catastrophe Ă©tait pire que ce que nous imaginions.

Et aujourd’hui ?

Nous employons de nouvelles mĂ©thodes de mesure qui nous permettent d’avoir un bien meilleur diagnostic. De plus, la collaboration internationale entre les pays riverains, qui est nĂ©e Ă  la suite de Sandoz, continue. Et c’est essentiel pour suivre la santĂ© d’un fleuve sur tout son cours.

ROLAND CARBIENER : “LE RHIN N’EST PAS SAUVÉ”

Biologiste Ă  l’universitĂ© de Strasbourg, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration des associations de protection de la nature alsaciennes et ancien membre de la commission Lalonde, Roland Carbiener soutient que si la santĂ© du fleuve s’est amĂ©liorĂ©e au fil de la dĂ©cennie, elle n’en reste pas moins prĂ©caire.

L’Environnement Magazine : Dix ans après la cata-strophe, comment va le Rhin ?

Roland Carbiener : Dix ans après l’incendie, on voit les frĂ©missements d’une amĂ©lioration de la qualitĂ© du fleuve en aval de Bâle. Les poissons rĂ©apparaissent. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit en bonne santĂ©.

Quels sont ses problèmes de santé ?

Les cartes de qualitĂ© des eaux publiĂ©es par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse pèchent par excès d’optimisme. Elles ne prennent pas en compte certains polluants particulièrement dommageables.

Lesquels ?

Les micropolluants ou les pollutions diffuses d’origine agricole, par exemple. Quand on voit Ă©galement les concentrations d’organochlorĂ©s que l’on trouve dans les chairs des anguilles – qui ne sont toujours pas consommables – on se dit que le Rhin n’est pas en bonne santĂ©. Mais lorsqu’on parle d’environnement hydrique rhĂ©nan, il ne faut pas oublier la nappe phrĂ©atique alsacienne qui, bien qu’elle soit l’une des plus importantes d’Europe, est menacĂ©e.

Par Sandoz ?

Non par les pollutions agricoles et surtout par la surexploitation de ses eaux. Aujourd’hui, la capacitĂ© de renouvellement de la nappe est atteinte. Et cela pourrait avoir des rĂ©percussions sur l’Ă©cologie du fleuve. n

LE RHIN : UN CONVALESCENT BIEN SUIVI

Long de 1 300 km, le Rhin baigne quatre pays (Suisse, France, Allemagne et Pays-Bas) avant d’aller se jeter dans la Mer du Nord, près de Rotterdam. VĂ©ritable axe industriel europĂ©en, le Rhin est plus aujourd’hui un grand canal qu’un fleuve sauvage. EndiguĂ© sur 272 km, barrĂ© par plus de vingt barrages (dont 12 sans Ă©cluse), il est Ă©galement un exutoire pratique pour plusieurs mĂ©tropoles (Bâle, Strasbourg, Karlsruhe, Coblence, Cologne, DĂĽsseldorf, Arhnem, Rotterdam) et centres industriels (Ciba, Sandoz et Roche Ă  Bâle, RhĂ´ne-Poulenc et les Mines de potasse en Alsace ; BASF, Hoechst ou Bayer en Allemagne, sans oublier la rĂ©gion minière et sidĂ©rurgique de la Rhur). Presque en Ă©tat de mort biologique Ă  la fin des annĂ©es 70, l’Ă©gout de l’Europe subit de plein fouet la catastrophe de Sandoz.

Dans la nuit de la Toussaint 1986, 1 300 tonnes de produits toxiques sont dĂ©versĂ©es dans le Rhin. Cette pollution descend le cours du fleuve Ă  une vitesse moyenne de 4 km/h. En quelques jours, ce cocktail mortel anĂ©antit toute vie sur plus de 250 km et contamine lĂ©gèrement quelques nappes phrĂ©atiques. Cet accident majeur rĂ©duit Ă  nĂ©ant des annĂ©es d’alevinage d’anguilles notamment (dix ans après l’accident, les anguilles restent interdites Ă  la consommation) et altère gravement l’alimentation en eau potable en Allemagne et aux Pays-Bas. Parmi les nombreux facteurs ayant contribuĂ© Ă  l’aggravation de la catastrophe de la Toussaint 1986, la carence au niveau de l’alerte est l’un des plus graves. La population bâloise n’est alertĂ©e que trois heures après le dĂ©but de l’incendie. La procĂ©dure d’alerte internationale, pourtant prĂ©vue par la Commission internationale pour la protection du Rhin, n’est pas dĂ©clenchĂ©es par les autoritĂ©s bâloises. Le prĂ©fet du Haut-Rhin n’est prĂ©venu que le lendemain. Aussi choquante qu’elle puisse paraĂ®tre, cette lenteur est pourtant normale, puisqu’en 1986, aucun système d’alerte n’existe entre les deux pays pour les accidents chimiques. Ă€ l’Ă©poque, la Suisse et la France ne doivent s’informer qu’en cas d’accident nuclĂ©aire.

Aujourd’hui, le fleuve convalescent est bien suivi. La Commission internationale pour la protection du Rhin exploite dĂ©sormais six centrales d’alerte qui surveillent en continu un tronçon du Rhin et deux autres pour la Moselle. Lorsqu’une pollution est dĂ©tectĂ©e, la centrale responsable prĂ©vient les cinq autres ainsi que la CIPR, situĂ©e Ă  Coblence. Une “information” ou un “avertissement” sont alors diffusĂ©s, Ă  tous les pays riverains, selon l’ampleur du problème. Pour ĂŞtre efficace et rapide, lesdites centrales s’appuient sur les compĂ©tences d’un rĂ©seau rhĂ©nan de neuf laboratoires qui analysent en permanence la qualitĂ© du Rhin. Un rĂ©seau qui est doublĂ© par vingt laboratoires nationaux. DĂ©sormais, la pollution ne passe plus… inaperçue.

Illustration(s) :

AFP

L’Alsace

10 Ă  15 millions de litres d’eau ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour Ă©teindre l’incendie de Schweizerhalle.

France 3 Alsace

MalgrĂ© l’amĂ©lioration de la qualitĂ© Ă©cologique du Rhin, les anguilles ne sont toujours pas consommables, dix ans après la catastrophe.

France 3 Alsace

TraumatisĂ©e par la première pollution majeure de son histoire, la population bâloise manifeste en masse contre l’industrie chimique.

DR

France 3 Alsace

Si la plupart des pollutions chroniques qui affectaient durement le fleuve dans le passĂ© ont Ă©tĂ© considĂ©rablement rĂ©duites, certaines, comme les micro-polluants ou les pesticides, continuent de perturber l’Ă©cologie rhĂ©nane.

Agence de l’eau Rhin-Meuse, Metz

Les centrales internationales d’avertissement et d’alerte sur le Rhin et la Moselle.

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Boycott : les figures imposées de la gestion et de la communication de crise

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Aucune stratĂ©gie type n’existe pour les sociĂ©tĂ©s confrontĂ©es Ă  un appel au boycott

La responsabilitĂ© et la reconnaissance de ses erreurs se rĂ©vèlent les meilleurs garants de l’image des entreprises. 

Perrier priĂ© de stopper sa campagne d’affichage en Belgique sous la pression du Lobby europĂ©en des femmes (LEF) pour cause de « wonderbulles » (sur des affiches publicitaires, des jeunes femmes uniquement vĂŞtues de capsules de bouteilles Perrier). Le parc AstĂ©rix, près de Senlis, soumis au boycott par la Fondation Bardot après… le dĂ©cès d’un delphineau. Le pĂ©trolier Total sommĂ©, par les opposants au rĂ©gime de Rangoon, de renoncer Ă  son contrat en Birmanie. Trois exercices de « gestion de crise » pour ces entreprises placĂ©es malgrĂ© elles sous les feux de l’actualitĂ©. Une seule certitude dans ces circonstances : l’entreprise n’a aucun intĂ©rĂŞt Ă  masquer sa responsabilitĂ©. Ainsi, la rĂ©action de Perrier de stopper dès lundi sa campagne publicitaire est exemplaire.

« Nous reconnaissons notre erreur », admet François Xavier Perroud. Et d’ajouter : « Il n’est pas dans la politique de Perrier de chercher Ă  choquer qui que ce soit ». Si « aucune statĂ©gie type n’existe vraiment», selon des responsables du dĂ©partement crise de Euro-RSCG Institutionnel, certaines règles gĂ©nĂ©rales doivent ĂŞtre adoptĂ©es : l’identification des acteurs impliquĂ©s dans la crise et l’Ă©valuation des prises de parole et de la position de chacun d’eux afin d’« apprĂ©hender le risque d’effet “boule de neige” d’un premier appel ». « Le silence de l’entreprise vaut acceptation »

En tout Ă©tat de cause, il est dans l’intĂ©rĂŞt de l’entreprise de prendre des dispositions d’urgence susceptibles de calmer le jeu. « Il ne suffit pas d’ĂŞtre innocent, il faut aussi le faire savoir.

Car le silence de l’entreprise face Ă  des accusations vaut souvent acceptation pour le grand public ». En consĂ©quence, de plus en plus d’entreprises anticipent diffĂ©rents scĂ©narios, dont le boycott. Certaines, comme EDF, multiplient les exercices de simulation, permettant de rĂ©agir « rapidement et sereine- ment ».

Mais ce travail ne dispense pas de l’organisation rapide de cellules de crise, rĂ©unissant des personnes dĂ©cisionnaires de l’entreprise et des experts. Reste Ă  mettre en place des mesures vis-Ă -vis des mĂ©- dias (communiquĂ© et/ou confĂ©rence de presse), de l’interne, des clients, des pouvoirs publics ou du grand public via un numĂ©ro vert ou la publicitĂ©. La reconstruction de l’image de marque sera d’autant plus aisĂ©e que l’impact a Ă©tĂ© ainsi limitĂ©.

Pour l’heure, chez Total, on reste officiellement « insensible » aux menaces de boycott. « Le contrat avec Rangoon est le fruit de cinq ans de travail. Total a un engagement et n’a aucune raison de remettre en cause ce contrat » qui engage le pĂ©trolier pour 1,5 milliard de francs. Tandis qu’au parc AstĂ©rix, les appels au boycott lancĂ©s par des associations Ă©cologiques « font partie des classiques, selon Marilène Litoux, responsable de la communication du parc d’attractions, mais ne conduisent en aucun cas Ă  des situations de crise ». Le parc admet toutefois s’ĂŞtre Ă©quipĂ© d’une « cellule d’urgence »… efficace contre les incendies, mais « insensible aux foudres des associations Ă©cologistes ». 

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Bernard Krief un pionnier du conseil en communication et spécialiste du monde politique

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BERNARD KRIEF, prĂ©sident du cabinet de conseil en communication qui porte son nom, est mort, jeudi 27 juin, dans l’incendie qui a ravagĂ© son appartement parisien du boulevard Saint-Germain. AgĂ© de soixante-quatre ans, Bernard Krief a Ă©tĂ© l’un des promoteurs du marketing en France et l’un des premiers conseillers en communication politique, essentiellement auprès des Ă©lus de droite. 

NĂ© Ă  Alger en 1931, autodidacte, Bernard Krief exerce d’abord le mĂ©tier de journaliste, avant d’entrer, en 1953, au service de la promotion des ventes d’Air France. En 1960, il dĂ©cide de crĂ©er sa propre sociĂ©tĂ© de conseil, Bernard Krief Consultants. Il dĂ©veloppe, en pionnier, le conseil en recrutement pour les entreprises et son cabinet devient l’un des plus rĂ©putĂ©s des ” chasseurs de tĂŞtes “. 

A partir de la fin des annĂ©es 70 Bernard Krief va se passionner pour la politique. RĂ©servant ses conseils Ă  la droite, notamment Ă  l’UDF, il dĂ©finit avec rigueur le marketing politique, qu’il oppose au marketing traditionnel destinĂ© Ă  vendre des ” produits ” et Ă  la publicitĂ©. ” IdĂ©alement, le marketing politique a pour but de connaĂ®tre les besoins et les dĂ©sirs des citoyens, ce qui permet aux hommes politiques d’y ajuster leur action en organisant les programmes capables de les satisfaire “, Ă©crit-il dans une tribune publiĂ©e dans Le Monde du 29 mars 1977. 

” AUXILIAIRE NÉCESSAIRE ” 

Bernard Krief prend soin d’Ă©tablir une distinction prĂ©cise entre ” citoyen ” et ” consommateur “. ” Traiter le citoyen en consommateur peut avoir des effets très nĂ©gatifs. Il peut le ressentir comme un mĂ©pris pour son jugement. (…)La contrepartie en est qu’il mĂ©prisera, Ă  son tour l’homme politique qui usera d’outils inadĂ©quats “. Quant au conseiller auprès des politiques, il ” se doit rester Ă  sa modeste place de technicien. Il montre les consĂ©quences d’une dĂ©cision politique, il ne la provoque pas. Il est un auxilliaire dĂ©sormais nĂ©cessaire, sans plus “, Ă©crit encore Bernard Krief. 

La campagne pour les Ă©lections municipales de 1983 marque l’apogĂ©e de la rĂ©putation de son cabinet. Il s’occupe d’une quinzaine de campagnes municipales et rĂ©alise près de 15 % de son chiffre d’affaires avec les collectivitĂ©s locales. Le directeur du dĂ©partement de communication politique du cabinet Bernard Krief n’est alors autre que Jean-Pierre Raffarin, aujourd’hui ministre des petites et moyennes entreprises. Parallèlement Ă  cette activitĂ© de conseil auprès des politiques, auquel la dĂ©centralisation donne ses heures de gloire, d’autant que l’on ne se prĂ©occupe pas encore des moyens de financement des partis et des campagnes Ă©lectorales, Bernard Krief emporte quelques gros budgets de publicitĂ©, parmi lesquels IBM, Michelin, NestlĂ© ou Sony. 

Aux flamboyantes annĂ©es 80, durant lesquels Bernard Krief Ă©crit beaucoup, intervient dans les colloques, enseigne Ă  l’Ecole des Hautes Ă©tudes commerciales (HEC) et s’offre une galerie d’art, succède le brutal tournant de la rigueur des annĂ©es 90. Son cabinet prend de plein fouet la crise qui secoue le monde de la publicitĂ© et de l’entreprise, d’autant que le conseil en recrutement fournit toujours l’essentiel de son chiffre d’affaires. Ces difficultĂ©s, renforcĂ©es par des relations houleuses avec ses associĂ©s, minent l’enthousiasme de Bernard Krief, qui ne parvient pas Ă  donner un nouveau souffle Ă  son activitĂ©. En juin 1994, sa sociĂ©tĂ© avait Ă©tĂ© placĂ©e en redressement judiciaire. 

Bernard Krief est l’auteur de plusieurs ouvrages dont La LibertĂ© d’entreprendre (1976) ou GĂ©rer la France comme une entreprise (1986). Son dernier livre date de 1995 et s’intitule De Gaulle, naissance de la lĂ©gende.

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L’importance de la communication d’influence

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64 % des propositions, des dĂ©cisions et de la mise en oeuvre des rĂ©solutions europĂ©ennes se font sous l’effet du lobbying. C’est dire l’importance de la communication d’influence. Certains la jugent obligatoire si l’on veut se faire entendre. D’autres lacritiquent pour ses mĂ©thodes musclĂ©es et ses abus.

Mais personne ne nie son efficacitĂ©. Il y a aujourd’hui entre trois mille et cinq mille groupes de pression prĂ©sents Ă  la Commission et au Parlement europĂ©en. Un marchĂ© reprĂ©sentant 180 millions d’Ecus par an et qui emploie plus de dix mille personnes. Le flux des lobbyistes a Ă©tĂ© multipliĂ© par dix en dix ans, au rythme des budgets.

Mais dans cette foule qui encombre aujourd’hui les couloirs de Bruxelles et de Strasbourg, les Français n’ont pas encore les coudĂ©es franches. Ironie de l’histoire, le premier lobbyiste fut un Français, le comte de Vergennes, ministre de Louis XVI. Il n’avait de cesse d’arpenter les vestibules du Congrès amĂ©ricain, qui est aujourd’hui la place forte du lobbying international.

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Radiographie d’une communication d’influence

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La Commission a voulu insĂ©rer les services financiers dans la directive sur la vente Ă  distance. Le Groupement europĂ©en des caisses d’Ă©pargne, les banques et les assureurs y Ă©taient opposĂ©s. Ils ont obtenu gain de cause. Radiographie d’une communication d’influence. 

Une Ă©quipe de trente-cinq personnes, une adresse discrète face au parc du Cinquantenaire, un lobbying appuyĂ© : la prĂ©sence massive du Groupement europĂ©en des caisses d’Ă©pargne (GECE) aux abords de la Commission europĂ©enne n’est pas fortuite. Il s’agit d’abord d’exercer plus d’influence sur les instances europĂ©ennes. Peu de fonctionnaires europĂ©ens savent en effet que le marchĂ© des PME est l’un des principaux dĂ©bouchĂ©s de l’activitĂ© des caisses d’Ă©pargne de l’Europe. Cela explique que le GECE en fasse une des prioritĂ©s de son lobbying. « Notre activitĂ© principale consiste Ă  suivre l’Ă©volution des lĂ©gislations et des politiques de l’Union ayant trait aux banques, au financement des PME et Ă  l’Ă©pargne des particuliers, explique GaĂ«l du BouĂŞtiez, le directeur de la communication. Ce suivi implique une prĂ©sence constante aux comitĂ©s et aux consultations de la Direction concernĂ©e, la DG 15, pour faire passer des messages. » Monica Pieroth, l’une des juristes du GECE, est une habituĂ©e des couloirs europĂ©ens : « Il faut aussi entretenir des contacts rĂ©guliers. C’est facile Ă  la DG 15 qui connaĂ®t bien le monde de la banque. Ça l’est moins Ă  la Direction de la politique des entreprises, la DG 23, oĂą il demeure difficile de faire comprendre que les caisses sont aussi des banques. Jusqu’Ă  prĂ©sent, personne ne savait qu’en Allemagne 40 % des prĂŞts sont faits aux PME. » Au GECE, l’un des credo est de ne jamais perdre une occasion d’expliquer. Le meilleur moyen d’Ă©tablir un contact personnel ? Aller en force de proposition, avec des idĂ©es sous le bras. « Contrairement Ă  ce qu’on peut croire, les fonctionnaires sont très ouverts et ils ont besoin des synthèses d’informations que prĂ©parent les lobbyistes. Mais ils restent prudents car ils n’ont jamais travaillĂ© dans le monde des affaires », prĂ©cise Monika Pieroth. « Ils n’aiment pas les face Ă  face, ajoute GaĂ«l du BouĂŞtiez. Ils prĂ©fèrent des discussions collĂ©giales. C’est au cours de ces rĂ©unions que nous dĂ©tectons ceux qui sont le plus sensibles aux thèmes que nous dĂ©veloppons. On agit aussi dans chaque DG en direction des interservices et des personnes ad hoc qui suivent les activitĂ©s des autres commissions. » Le rĂ´le clĂ© des eurodĂ©putĂ©s. Plus difficiles, les relations avec la DG 24, sorte de greffon des associations de consommateurs au sein de la Commission. Monika Pieroth a encore un pied dans la bataille contre la directive sur « la vente Ă  distance ». « La Commission a voulu insĂ©rer les services financiers dans leur champ d’application. Nous avons refusĂ©. Il y a un risque de spĂ©culation du client contre la banque en fonction de la baisse des cours. » Le lobbying s’est dĂ©veloppĂ© Ă  plusieurs niveaux, comme chaque fois. Il faut d’abord intercepter la directive avant qu’elle ne commence Ă  ĂŞtre taillĂ© dans le marbre au Parlement, car cela devient plus dur ensuite d’intĂ©grer les modifications souhaitĂ©es. Les eurodĂ©putĂ©s ont tendance naturellement Ă  s’affirmer par rapport Ă  la Commission et Ă  faire de l’activisme. Depuis le traitĂ© de Maastricht, ils ont d’ailleurs, en fin de course, le droit de veto. L’interlocuteur privilĂ©giĂ© est le rapporteur des commissions parlementaires. C’est lui qui, après examen, concocte les projets d’amendement. Il est, Ă  ce moment lĂ , utile de prendre rendez-vous avec les parlementaires qui ont rĂ©agi positivement ou nĂ©gativement aux thèmes dĂ©veloppĂ©s. « Jusqu’Ă  ce stade, toutes les tentatives du lobbying ont Ă©chouĂ©, fait observer Monika Pieroth. Le dossier a ensuite Ă©tĂ© traitĂ© par le Coreper (ComitĂ© des reprĂ©sentants permanents, ambassadeurs) qui prĂ©pare le Conseil des ministres europĂ©en. Le Conseil des ministres s’est prononcĂ© contre cette directive, car toutes les banques et assurances ont fait pression sur leurs ministres respectifs. » Retour en seconde lecture au Parlement, en septembre 1995. Mais le rapporteur de la commission reste sourd aux arguments. « En dĂ©cembre 1995, nous avons inondĂ© de lettres conjointes les partis politiques. Finalement, Ă  cinq voix près, les eurodĂ©putĂ©s ont votĂ© contre cette inclusion, le 13 dĂ©cembre dernier. L’affaire doit maintenant repasser au Conseil. Mais le vote semble acquis. »

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Comment bien communiquer pour vendre le terroir ou le made in france ?

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Le comité Aquitaine de promotion des produits agro-alimentaires a tenu sa dernière réunion, décentralisée mais éclectique, à Mont-de-Marsan 

Les diffĂ©rents dĂ©partements d’Aquitaine cherchent un dĂ©nominateur commun pour faire la promotion des produits agro-alimentaires de la rĂ©gion. Vanter Ă  la fois les vignes girondines, les fruits et lĂ©gumes lot-et-garonnais, les truffes du PĂ©rigord, le jambon de Bayonne ou le fois gras des Landes n’est pas forcĂ©ment facile quand on s’adresse aux gens de passage. 

Mais avant de promouvoir un produit, encore faut-il bien le connaĂ®tre. C’est pourquoi la dernière rĂ©union du comitĂ© ad hoc, dĂ©centralisĂ©e, se dĂ©roulait dernièrement Ă  Mont-de-Marsan. Pour trouver le moyen d’exprimer le potentiel des produits d’Aquitaine, il est bon en effet de voir ce qui se fait sur le terrain. 

SEPT SALONS GASTRONOMIQUES 

C’est pourquoi GĂ©rard Capes, prĂ©sident de la Chambre d’agriculture des Landes, recevait Ă  Mont-de-Marsan MM. Guy Saint-Martin, prĂ©sident du comitĂ© et secrĂ©taire de la Chambre d’agriculture 47, GoĂŻty (Chambre 64), Guignard (Chambre 33), accompagnĂ©s de diffĂ©rents conseillers et techniciens ainsi que de M. Chanu, responsable agriculture du Conseil rĂ©gional d’Aquitaine et d’un reprĂ©sentant de la DRAF. 

Le but : leur prĂ©senter les actions entreprises en faveur des produits locaux. Le salon Elevages et terroirs landais qui fĂŞte les 30 et 31 aoĂ»t prochains Ă  Aire-sur-l’Adour sa 4e Ă©dition, les salons gastronomiques des 5 terroirs landais qui, Ă  7 reprises, ont ou vont animer les vacances des touristes Ă  Seignosse, Soustons, Saint-Julien-en-Born, Mimizan-bourg, Vielle-Saint-Girons, Parentis-en-Born et Hossegor. Jean Caplanne, conseiller chargĂ© du tourisme rural Ă  la Chambre d’agriculture, exposa Ă©galement tout le travail du rĂ©seau « Bienvenue Ă  la ferme » qui, au moyen du guide de la Marguerite, propose de dĂ©couvrir 97 fermes du dĂ©partement, avec leurs produits du terroir et leurs animations. 

SIGNES DE QUALITE 

Une journĂ©e que le prĂ©sident Saint-Martin qualifia de « studieuse, puisque nous permettant d’observer la dynamique des responsables professionnels et des administrations de ce dĂ©partement. Pour faire dĂ©couvrir aux touristes de la cĂ´te l’ensemble des produits d’Aquitaine, il faut en montrer les capacitĂ©s d’accueil tout en dĂ©veloppant l’image que possède le sud-ouest. Trouver deux ou trois points forts, au travers, par exemple, du rĂ©seau “Bienvenue Ă  la ferme”, des signes de qualitĂ© facilement identifiables ou, pourquoi pas, des normes auxquelles sont soumises les entreprises de transformation, donnent au consommateur des repères qui le rassurent ». Michel Chanu parle de « bien communiquer vis-Ă -vis du consommateur, en accord avec les entreprises mais aussi la distribution. » 

Cette rĂ©union se voulait un exemple complet de ce que les Landes peuvent offrir au touriste : après apĂ©ritif et visite d’une exposition photo Ă  l’hĂ´tel du Sablar Ă  Mont-de-Marsan, les participants Ă  la journĂ©e prirent ensemble un bon repas gastronomique Ă  l’hĂ´tel des PyrĂ©nĂ©es.

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