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A cinq mois de l’élection présidentielle, le président Hosni Moubarak a tenté de corriger l’image d’homme d’Etat austère, sévère et distant que lui connaissent les Egyptiens, dans un entretien télévisé de sept heures, directement inspiré du marketing politique à l’américaine. 

M. Moubarak, qui aura 77 ans le 4 mai, a réservé sa réponse concernant une éventuelle candidature en septembre prochain pour un 5ème mandat de six ans à la tête de l’Egypte. 

Il n’a cependant jamais laissé entendre qu’il pourrait se retirer du pouvoir, qu’il exerce depuis 24 ans à la suite de l’assassinat du président Anouar el-Sadate par des islamistes en 1981. 

« Je n’ai pas encore décidé de me présenter », s’est borné à dire le chef de l’Etat, laissant sur leur faim plusieurs millions de téléspectateurs égyptiens mis en condition par les producteurs de l’émission qui leur avaient promis une « grande surprise ». 

Général d’aviation, chef des forces aériennes pendant la guerre d’octobre 1973 contre Israël, M. Moubarak avait affirmé qu’il espérait, après sa retraite militaire, être nommé ambassadeur à Londres et qu’il n’avait « aucune ambition politique » lorsque le président Sadate l’avait nommé vice-président de la République en 1975. 

Il a raconté avec humour que le soir de sa nomination, tandis que Sadate se préparait à lui annoncer sa promotion, il n’avait qu’une idée en tête: ne pas être retenu à dîner par le président, parce qu’il avait prévu de dîner chez des amis avec son épouse. « J’ai été tétanisé par l’annonce de ma nomination, mais je n’ai jamais eu peur des responsabilités et je n’ai jamais perdu confiance », a-t-il commenté. 

Aucune mesure d’audience n’était disponible mercredi pour évaluer l’impact de cet entretien, les rares instituts de sondage existant en Egypte réservant le résultat de leurs enquêtes à des organismes publics. 

Réalisé dans des décors différents – derrière le bureau présidentiel, devant un pupitre du quartier général opérationnel des forces aériennes et dans le jardin de la résidence privée du chef de l’Etat – l’entretien a été diffusé en trois épisodes de dimanche à mardi soir, à l’issue du dernier grand journal télévisé du soir, à une heure de très grande écoute. 

« Les procédés utilisés relèvent du marketing politique à l’américaine. C’est un exercice de recomposition d’image, que l’Egypte connaît pour la première fois dans son histoire politique », a notamment estimé Mostafa Kamel Sayyed, professeur de sociologie à l’Université américaine. 

Le chef de l’Etat a égrené ses souvenirs de chef militaire et d’homme d’Etat sur plus de cinquante ans, multipliant les clins d’oeil complices, mais sans jamais aller jusqu’à la confidence. 

« Il a adouci son image publique et les gens ont eu l’impression de découvrir un autre homme plus proche d’eux », selon Hassan Nafaa, directeur de l’Institut d’études politiques et économiques de l’université du Caire. 

M. Moubarak a aussi tracé le portrait type du dirigeant qui doit prendre les rênes de l’Egypte: sens des responsabilités, rigueur, compétence, sang froid, travail d’équipe, dialogue avec les adversaires politiques, etc. « Je préfère être lent et prendre la bonne décision que de me précipiter et de me mettre en danger », a-t-il dit. 

L’ancien pilote de guerre a su faire passer l’émotion en décrivant l’humiliation ressentie après la défaite de 1967, lorsqu’il a été contraint de regagner sa base en train après que les aéroports militaires égyptiens eurent été mis hors service et que la quasi-totalité de l’aviation égyptienne eut été clouée au sol par son adversaire israélien. « Plus jamais ça », a-t-il dit. 

Il a enfin flatté le nationalisme à fleur de peau des Egyptiens en affirmant que l’Egypte n’a « jamais subi de pression » de la part des Etats-Unis pour lancer des réformes politique et qu’elle « refuse catégoriquement la présence de toute base militaire étrangère sur son sol ».