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Pour la première fois, Monsanto a dû défendre l’innocuité du Roundup. Si la firme était condamnée, cela pourrait avoir des conséquences non négligeables sur ceux qui le vendent.
Le pot de fer contre le pot de terre. Depuis début juillet, un procès oppose le géant des pesticides Monsanto à un jardinier californien, Dewayne Johnson, malade d’un cancer. Ce mercredi, les jurés devaient commencer leurs délibérations devant un tribunal de San Francisco (ouest). L’enjeu est énorme, puisqu’il s’agit d’établir un lien entre le cancer et les produits au glyphosate de la firme américaine.

C’est la première fois que Monsanto se retrouve devant la justice pour défendre son fameux produit, le Roundup, et son principe actif, le glyphosate. La première fois, donc, que la firme entrevoit l’éventualité d’une condamnation et ses conséquences. « Si Dewayne Johnson gagne ce procès, ce sera un énorme coup porté à l’industrie des pesticides tout entière », avait ainsi estimé Linda Wells de l’ONG anti-pesticides Pesticide Action Network North America, en juin dernier. Mais le dossier est complexe.

Pendant plus d’un mois, les deux parties se sont affrontées à coups d’études scientifiques contradictoires. Contrairement à l’agence fédérale américaine de protection de l’environnement (EPA), la Californie a placé le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes. Le glyphosate est aussi classé « cancérigène probable » depuis 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais pas par les agences européennes, l’Efsa (sécurité des aliments) et l’Echa (produits chimiques). Une condamnation de Monsanto pourrait donc changer la donne et mener à une clarification scientifique.

Une perte financière, mais une image déjà dégradée

Si Monsanto est condamné, il « devra faire quelque chose, mener des études qu’il n’a jamais faites, et alerter les gens », prédit d’ailleurs Brent Wisner, l’avocat de Dewayne Johnson. « En cas de condamnation, l’enjeu pour Bayer (le géant pharmaceutique allemand a entériné en juin dernier le rachat de Monsanto, NDLR), c’est de ne pas être associée aux erreurs de Monsanto, pour cela elle n’aura pas d’autre choix que de changer complètement son processus industriel », complète au Parisien Florian Silnicki, spécialiste de la communication de crise et fondateur de l’agence LaFrenchCom.

Financièrement, si la marque est condamnée, la note risque aussi d’être salée. Le plaignant et ses avocats réclament 400 millions de dollars (345 millions d’euros) en dommages et intérêts mais surtout en sommes « punitives », c’est-à-dire proportionnées non pas au préjudice mais à la faute commise. Monsanto a anticipé le coup dur et a déjà mis en place un fonds de réserve de 277 millions de dollars dédié à la responsabilité environnementale et aux litiges depuis août dernier.

Une série de procès à venir

Et côté image ? « Se poser la question de l’impact du procès sur Monsanto sur sa réputation, c’est sous-entendre qu’il en reste quelque chose de positif. Mais Monsanto fait partie des cinq marques les plus détestées à côté de groupe comme BP », rappelle Florian Silnicki. « D’ailleurs, Bayer a déjà tué la marque, car c’est un boulet en termes de réputation », poursuit-il. Après l’annonce du rachat, Bayer a en effet annoncé dans le même temps qu’il supprimait l’entité sociale américaine. « Ce procès ne peut pas achever une marque déjà achevée », conclut le spécialiste Florian Silnicki.

Pour Bayer, l’histoire ne s’arrêtera toutefois pas là. Car une condamnation pourrait inspirer les juges qui devront trancher les nombreux futurs litiges liés au Roundup. Début juillet, après des années de conflit, un juge de San Francisco a permis à près de 400 victimes présumées du produit de poursuivre la firme. Ces paysagistes et particuliers, dont les plaintes ont été déposées collectivement devant le juge, accusent l’herbicide de Monsanto d’être la cause de lymphomes non hodgkiniens, un cancer qui naît dans les lymphocytes.

Dans le Wisconsin, une action de groupe accuse aussi l’entreprise de n’avoir pas précisé sur les paquets de Roundup que le produit interférait avec des enzymes humains et animaux. Au total, 4000 dossiers de victimes présumées de l’herbicide pourraient déboucher sur un procès aux Etats-Unis. En France, deux affaires pourraient être jugées.