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Des étudiants de l’ISIC accompagnés par des professionnels aquitains de la communication ont débattu sur l’émergence du marketing homosexuel 

Pour leur treizième édition, les Caf’com ont proposé à un public essentiellement composé d’étudiants et de professionnels en communication de débattre autour du phénomène du marketing gay. Les trois intervenants, tous spécialistes, ont échangé ce jeudi avec l’auditoire de la brasserie bordelaise la Concorde. Certains étaient là pour discuter seulement, d’autres affichaient une ambition mercantile. 

La communauté homosexuelle, que l’on estime à 290 000 dans toute l’Aquitaine est une cible prisée par les annonceurs comme par les commerçants locaux, car son pouvoir d’achat serait plus élevé que celui du Bordelais moyen. 

Accueil. Dans l’auditoire, une professionnelle du linge de maison prend la parole. Elle veut en savoir davantage sur les moyens d’attirer la clientèle gay et lesbienne. « Madame, vous n’avez qu’à prendre exemple sur la ville du Mans », lui indique un des intervenants. Une cité où les commerçants, en collaboration avec la mairie, ont décidé de signer une charte pour un « accueil chaleureux ». A Bordeaux, ce n’est pas encore le cas, même si des établissements s’adressent ouvertement à la clientèle homosexuelle. 

Le gay marketing bordelais. Dans une logique commerciale ou culturelle, ces commerçants évoquent leur vision du marketing gay. Eric Schils, créateur de la boutique Hors-norm, au 50 de la rue des Remparts,est un ancien militant du milieu homosexuel. Dans sa première boutique, il avait fait le choix délibéré de s’adresser à une clientèle essentiellement gay. Un position qu’il qualifiait d’identitaire. Il s’est rapidement rendu compte de l’attrait qu’il pouvait avoir sur une population beaucoup plus large. « La culture gay apporte énormément au secteur de la mode. Il est très tendance de s’habiller comme les gays. » Il a consciemment exploité ce créneau et ne s’en cache pas. « Jouer la carte gay est un moyen d’agripper une clientèle plus importante. Un choix qui s’est de toute façon imposé au moment où j’ai opté pour un commerce plus important. » Jusqu’en 1998, la clientèle gay, c’était 80 % de son chiffre d’affaires. Aujourd’hui, même si cette population est restée fidèle, elle ne représente plus que 20 % du chiffre. « Une logique commerciale que j’utilise sans réel scrupule. Je trouve flatteur que les gens s’habillent de la même façon que la communauté. Et s’intéresser uniquement à une clientèle gay serait au niveau de mon établissement ou dans d’autres commerces bordelais, un suicide commercial. » 

Littérature gay et lesbienne. Au 19 de la rue des Argentiers, la librairie la Mauvaise Réputation, ouverte il y a moins d’un an, s’est orientée vers un domaine bien précis : la littérature érotique. « Notre volonté de départ était toute simple, nous souhaitions mettre à disposition des lecteurs un choix d’ouvrages à mauvaise réputation. Donc, une étagère de littérature gay et lesbienne a trouvé sa place assez naturellement dans notre magasin. » Rodolphe Urbs, cofondateur de cette librairie, indique que ce rayon, comme la création du lieu, ne répond pas à une logique purement commerciale : « Si c’était le cas, nous aurions ouvert une librairie de bande dessinée rue Sainte-Catherine. » 

Loin de ce marketing gay, Rodolphe Urbs estime tout simplement s’adresser à une clientèle cultivée qu’il respecte par ses propositions de lecture. « Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi avec ce public gay. Et il est dommage de penser que cette communauté puisse être acceptée uniquement parce qu’elle consomme. »