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Homme de communication par profession, M. Claude Marti a le coeur et le métier décidément à gauche. Après avoir mis l’un et l’autre au service de M. Michel Rocard et de l’actuel président de la République, il s’est vu confier la campagne du Parti socialiste pour les élections européennes.

À l’autre bord, M. Jean-Pierre Raffarin associe d’une autre façon travail et engagement. Directeur du département communication du cabinet Bernard Krief, il est aussi conseiller municipal de Poitiers et candidat, en soixante-septième position, sur la liste unie de l’opposition.

Comment l’un et l’autre voient-ils ce qui se passe  » en face  » ?

Le PS a deux atouts, juge M. Raffarin : le bénéfice d’un  » petit effet Jospin  » et les propositions faites récemment à Strasbourg par le président de la République. Le tandem Mitterrand-Jospin fonctionne, selon lui,  » au mieux  » dans une conjoncture au total bien grise pour la majorité.

Toutes les campagnes du PS sont  » un risque « , observe l’examinateur d’en face.  » Il faut ressortir les ambiguïtés pour plaire à l’électorat.  » Cette fois-ci, les  » couacs  » de la partition socialiste lui paraissent les belles phrases sur la réduction du temps de travail à trente-cinq heures et les bizarreries des relations avec les autres socialistes européens.

 » Sûr de lui, pédagogue convaincu, exprimant une certitude qui n’a pas l’air de sortir de ses dogmes mais de son vécu « , M. Jospin trouve grâce aux yeux du spécialiste-adversaire. Mais attention :  » Le problème du pédagogue, c’est le risque de devenir rasoir.  »

Autre bon point : tout en s’imposant comme un  » jeune crédible « , M. Jospin a réussi à ne pas apparaître dans son propre camp comme une  » menace  » pour qui que ce soit.

La communication, c’est aussi des affiches, tradition oblige. M. Raffarin a moins d’indulgence pour cet aspect des choses. Toute la manoeuvre – la petite fille seule jouant avec les cubes de l’Europe dans une première affiche; la petite fille et Lionel Jospin, ou plutôt Jospin tout court, dans la seconde – fut  » une erreur de communication « .  » La première affiche doit interpeller, et la seconde doit répondre dans une telle opération en deux temps. Or, la première n’était pas assez forte. On était loin de Myriam :  » Demain j’enlève le haut.  » De ce fait, la seconde affiche tombe à plat. Capitaliser sur l’enfant avec les connotations affectives et récupérer cela ensuite sur le plan politique était une bonne idée politique. Mais le truc a raté à cause du manque d’impact de la première affiche.  » Au total,  » toute la campagne du PS a été axée sur la notoriété de Jospin « . Ne pas insister sur  » l’image PS  » avait un autre avantage :  » Ils avaient plus intérêt à apparaître comme la liste du président que comme celle du PS.  »

Pour M. Marti, la liste d’en face, celle de l’opposition, souffre d’une tare originelle :  » Il faut respecter le rythme et le mécanisme d’une élection, en l’occurrence la proportionnelle. L’opposition n’a pas joué le jeu de la proportionnelle. La liste unique fut une erreur de stratégie.  » Voilà pourquoi, faute d’avoir épousé le mode électoral,  » ils sont sciés « .

Le discours de Mme Veil ?  » Très honnêtement, c’est un discours impossible à tenir.  » Il se résume, somme toute, à  » quelques slogans « . En toute chose, pour M. Marti, l’opposition  » force le trait « . Prenez la question scolaire. Abusivement gonflé, le ballon-école privée  » va éclater « . Sur un dossier de ce genre où l’opposition  » techniquement n’est pas sans biscuits « , elle est obligée d’avoir recours  » à des images publicitaires « . Résultat : l’opposition  » fait en partie le travail « , elle  » ressoude la gauche « .

M. Marti n’a guère que des incrédulités face à Mme Veil, à ses amis et à leurs thèmes de campagne :  » Les socialistes nous prennent nos libertés… et tout le reste : cela ne peut pas tenir.  » Il concède que  » faire l’affiche de Simone Veil était un exercice difficile « . Mais si, telle qu’elle est représentée en photo, la tête de la tête de liste de l’opposition  » a du charme « , il n’en reste pas moins que  » cela commence à bien faire « . Autrement dit, Mme Veil a un passé politique trop riche pour ne pas apparaître comme celle qui  » est au pouvoir « . Or,  » les médias tuent les gens au pouvoir « . Au caractère de déjà (trop) vu de Mme Veil, M. Marti oppose l’image d' » homme nouveau  » de son poulain.

Pour le reste, M. Marti ne lit dans l’affiche principale de la campagne de l’opposition qu’une valeur de rappel sec de l’enjeu, sans un zeste de communication vraie. La première affiche, petite fille et chemin de mains ouvertes, est aussi  » bien faite « , mais elle n’était pas non plus le  » bon moyen « .

Pourrait-il y avoir du reste un  » bon moyen « , puisque, aux yeux de l’homme de communication du PS, à l’origine était cette funeste  » erreur de stratégie politique  » et que, pour le meilleur comme pour le pire, dans tous les cas,  » la communication suit  » ?