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Communication PSG Léonardo

Depuis son retour, porté par sa compétence et une communication habile, le directeur sportif du PSG, Leonardo, a pris le leadership au sein du club parisien.

ETIENNE MOATTI (avec DAMIEN DEGORRE)

Le micro en main, le cheveu bien peigné et le sourire ravageur, Leonardo avait tout du chanteur de charme, dimanche soir, dans le débrief du Canal Football Club . Mais plutôt que de pousser la chansonnette, le directeur sportif du PSG a martelé un message à usage interne et externe : tout va bien au PSG et j’en suis le garant.

Descendu de la corbeille du Parc des Princes, où il a suivi la victoire contrastée du PSG face à Lyon (4-2), « Leo » honorait une promesse faite aux dirigeants de Canal +. En début de semaine, il avait même été envisagé qu’il participe à la première partie de l’émission, en plateau à partir de 19 h 20, avant qu’il renonce pour des raisons personnelles. Mais il a assuré qu’il interviendrait après le match et a tenu sa promesse. Lancé par Hervé Mathoux, le directeur sportif du PSG n’a pas déçu son auditoire. Sans que la moindre relance ne soit nécessaire, il a déroulé un argumentaire énergique. « Leonardo est un très bon communicant , sourit le présentateur du CFC . Hier (avant-hier), il n’avait pas spécialement envie de s’appuyer sur mes questions. Il avait une déclaration solennelle à transmettre, un message à faire passer. Et à l’arrivée, c’était un bon moment de live. »

« Il protège son institution, c’est logique, mais il se met aussi les joueurs dans la fouille » Gervais Martel, Ancien président du RC Lens

Balayant les approximations parisiennes qui ont permis à l’OL de revenir dans le match après avoir été mené 3-0, le Brésilien a notamment lancé : « On est tranquilles. Le PSG a envie de jouer les huitièmes, les quarts, les demies (de la C1)… On doit sortir de cette négativité. Ça sera bien pour la France si on va en finale, pas que pour Paris. Aujourd’hui, je suis heureux parce qu’on a une équipe formidable et des joueurs formidables. Quel club a une équipe comme ça ? […] Dans le top 4 des meilleurs joueurs du monde, il y a Neymar et Mbappé, et c’est seulement le PSG qui les a. Je suis content qu’on ait deux des quatre meilleurs joueurs du monde. Et on a peur de quoi ? […] Avec le PSG, les questions sont toujours : est-ce qu’on est capables de le faire ? Alors qu’il n’y a pas de question. On a un gardien qui a gagné trois Ligues des champions (Keylor Navas avec le Real Madrid). On a des jeunes qui font partie des meilleurs. Je veux sortir de ces choses-là. »

Depuis son retour au club, l’été dernier, Leonardo paraît obnubilé par l’idée de faire barrage à tout début de récits polémiques ou négatifs sur le PSG. Il s’appuie sur les résultats de l’équipe, son classement, la qualité de ses joueurs pour justifier le fait qu’il n’y a pas de raison de brosser un portrait sombre du club. Quand il apprend qu’un article de ce type est en cours de préparation, il n’hésite pas à téléphoner à l’auteur pour l’en dissuader. Avant la victoire à Saint-Étienne (4-0), en Championnat, le 15 décembre, il avait appelé pour déplorer un sujet paru dans L’Équipe : « Isolé comme Tuchel » .Puis était venu s’exprimer en zone mixte, à Geoffroy-Guichard, juste pour l’évoquer. Son fil rouge : ne laisser aucune onde parasite s’installer autour du PSG.

Mais aussi, au passage, s’installer définitivement comme le porte-parole et le dirigeant le plus influent du club parisien. « Il a été égal à lui-même en faisant de la com, juge Jean-Michel Moutier, ancien directeur sportif du PSG. Il a surtout défendu Neymar et Mbappé, des joueurs qu’il n’a pas fait venir. C’est une manière de les attirer à lui, de les récupérer . Quand il intervient, c’est pour cibler quelque chose, montrer qu’il est toujours là. Même s’il embrouille un peu son monde, il calcule tout. S’il est intervenu hier (dimanche), ce n’est pas pour les beaux yeux de Canal, mais parce qu’il voulait se mettre les deux stars dans la poche. Mais il n’a pas parlé de Tuchel… On sait que ce n’est pas le grand amour. Dès l’instant où Leo est revenu, l’entraîneur allemand savait pertinemment qu’il était en liberté plus que surveillée. » « Il protège son institution, c’est logique , abonde Gervais Martel, l’ancien président de Lens, chroniqueur sur la chaîne L’Équipe. Mais il se met aussi les joueurs dans la fouille. Est-ce qu’il le fait en liaison avec Tuchel ? Il faut voir… mais j’ai des sérieux doutes. C’est un gars assez individualiste. »

« Au moins, il est là, il est présent, parce que le président (Nasser al-Khelaïfi), ça fait un bout de temps qu’on ne l’a pas vu » Jean-Michel Moutier, ancien directeur sportif du PSG

Si Leonardo combat « la négativité » , c’est bien sûr pour soulager ses troupes, ce que ne faisait quasiment jamais Antero Henrique, son prédécesseur, qui estimait que ce n’était pas son rôle de parler aux médias. « Depuis son retour au PSG, on voit la différence, souligne Martel. On sent un gars qui a un savoir-faire, un vécu. L’expérience, c’est irremplaçable. Il a l’expérience d’un grand joueur, celle du poste et l’expérience du club. Il a un jeu de cartes bien fourni. Il s’en sert avec intelligence » . « Au moins il est là, il est présent , enchaîne Moutier. Parce que le président (Nasser al-Khelaïfi) , ça fait un bout de temps qu’on ne l’a pas vu. Leonardo remplit sa fonction et un vide. »

Sa parole libérée sert aussi à asseoir son pouvoir. « Hier, il a réussi un coup parfait, analyse ainsi Florian Silnicki, spécialiste en stratégie de communication de crise. Il a posé son leadership. Ça manquait. Il a montré qu’il pouvait être un rempart aux critiques émises, légitimes ou non. En prenant la parole, vous avez la possibilité d’imposer un récit qui est le vôtre. C’est ce qu’il a fait assez bien hier. La forme est efficace. Il bénéficie d’un atout : il paraît très naturel. Ce qui est essentiel, car la communication de crise, c’est comme la chirurgie esthétique : si ça se voit, c’est que c’est raté. »

L’exercice a donc été jugé plutôt réussi par l’expert en communication. « Mais il n’a rien inventé, poursuit-il. Il applique ce que j’appelle la stratégie Bernard Tapie : sidérer les observateurs, faire en sorte de ralentir la machine médiatique et provoquer une nouvelle perception de votre action ou de vos performances. » Mais ce jeu peut être dangereux : « La limite, c’est qu’il peut paraître arrogant, trop sûr de lui. C’est le revers de la médaille de cette posture de communication. » Et un danger qui guette parfois le brillant Leo.