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Les magistrats saisis par le besoin de communiquer
Longtemps muets face aux avocats de la défense, ils s’expriment désormais lors des grands procès.

ILS NE SONT que quelques pionniers, mais leurs premiers pas sont suivis de près par la Chancellerie. Depuis deux ans et demi, moins d’une dizaine de magistrats se sont aventurés sur les « terres vierges » de la communication, à l’occasion de procès sensibles. Caroline Nisand, qui assurera les fonctions de « magistrat chargé des relations avec les médias » pour le procès de la catastrophe du mont Sainte-Odile, est la septième de cette espèce encore rare. 

Même si ceux qui s’y sont frottés gardent un souvenir positif de leur expérience, la communication reste globalement, de l’aveu de tous, un concept peu populaire dans la magistrature. « Il faut vaincre le sentiment de méfiance irrationnel ressenti vis-à-vis de la presse, explique Caroline Nisand. C’est sans doute un héritage de l’histoire, du secret de l’enquête. » 

La Chancellerie propose des stages de formation 

Pour dépasser ce préjugé, les magistrats nommés à l’occasion d’un procès suivent – comme désormais nombre de procureurs – un stage de formation organisé par la Chancellerie. C’est Bruno Fuchs, un ancien journaliste de TF1, qui décrypte le fonctionnement des médias. « L’institution a compris que les procès se jouent, au moins pour l’opinion publique, parfois plus sur les marches du palais que dans la salle d’audience, analyse-t-il. Les avocats font leur spectacle, alors que les magistrats n’ont pas la parole… D’où l’idée de rétablir un équilibre. » Éric Vaillant, magistrat chargé des relations avec les médias pour le procès d’Outreau, en témoigne : « Les magistrats ont apprécié que, pour une fois, la justice ne reste pas silencieuse vis-à-vis des critiques virulentes des avocats de la défense. » 

Pourtant, les candidats aux fonctions de communication ne se bousculent pas. L’ouverture de la justice vers les citoyens reste l’un des objectifs du garde des Sceaux. A la tête du Service de communication institutionnel du ministère de la Justice (Sicom), Éric Bedos – tout premier magistrat labellisé « relation presse », pour le procès d’Émile Louis – tente de mettre en musique la consigne ministérielle. « Je dois débloquer des situations chaque semaine, raconte-t-il. D’un magistrat à l’autre, la perception de l’utilité de la communication est très différente. »Signe d’un tournant, le Sicom a gonflé en deux ans ses effectifs de 28 à 45 personnes. Et une bonne partie de « pionniers » sont décidés à ne pas en rester là.