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A défaut de pouvoir changer certaines caractéristiques physiques, les spécialistes des apparences disposent d’un large éventail d’éléments qui permettent à chacun d’améliorer son efficacité professionnelle. Atelier de relooking, cabinet de conseil en image ou coaching en communication non verbale, les appellations varient, les pratiques aussi. Du simple changement de la garde-robe en une demi-journée jusqu’à un diagnostic d’image complet avec une large palette d’actions à mettre en oeuvre, tout est possible. Petite revue de détail des éléments auxquels il faut être sensible d’après les spécialistes.

L’allure générale

C’est la partie la plus évidente du conseil en image, celle qui concerne le choix des tenues, des coupes et des couleurs. « Nous élargissons le champ des possibles, souligne Eric Pestel, cofondateur du cabinet Lookadok. Par ignorance ou par mauvaise maîtrise du sujet, la plupart des gens se limitent à cloner les autres. Dans 90 % des cas, ils définissent leur style comme étant classique. A force d’être neutre, on devient sans saveur et sans odeur. Nous leur disons : « Lâchez-vous un peu ! »

De l’audace donc, mais pas trop, tout est question d’équilibre. Eric Pestel observe souvent une tendance à l’accumulation vers le trop ou le trop peu. Ainsi, une personne extravertie aura tendance à occuper l’espace, à avoir un regard direct, à parler fort et à s’habiller avec des couleurs vives et contrastées jusqu’à en devenir étouffante ou envahissante. A l’inverse, une personne timide s’habille discrètement et parle peu, jusqu’à disparaître.

La coupe des vêtements permet également une gestion visuelle de la silhouette pour les grands ou les petits. Quant aux ronds, « une veste bien épaulée ou une coupe de cheveux adaptée va compenser ces rondeurs ».

La couleur joue elle aussi un rôle essentiel et tous les cabinets travaillent beaucoup sur la question. La couleur peut ainsi envoyer de très nombreux messages. « L’une de mes clientes avait 40 °C de fièvre et devait animer une réunion essentielle, se rappelle Maryaline Morel (Question d’image). Grâce à sa maîtrise du code des couleurs, elle a pu faire bonne impression et tout le monde soulignait sa bonne mine. »

L’attitude corporelle

« Si nos vêtements reflètent notre personnalité, c’est aussi le cas de la façon de se tenir ou de serrer une main », rappelle François Thibault, consultant en image et communication dans son cabinet parisien FT Conseil. Avec ses clients, il se propose notamment de décortiquer leurs tics, leur façon de se triturer les cheveux ou de se gratter la barbe. Sans prôner de recette particulière à appliquer, il leur explique comment leur façon de faire peut être interprétée. Ainsi, la poignée de main paume en l’air est considérée comme un signal de soumission.

« J’ai traité le cas d’un commercial au chômage, explique François Thibault. C’était un beau parleur, mais il avait tendance à être trop directif voire arrogant. Nous avons travaillé pour qu’il donne une image plus ouverte et abandonne sa posture qui était quasiment celle d’un PDG. » Rappelant que les salariés sont le premier vecteur de communication d’une entreprise, le consultant sensibilise les équipes de grands groupes à l’image corporelle.

Les accessoires

Ils occupent une part de plus en plus importante dans le look global et prennent parfois le pas sur le vêtement. Dans cette catégorie, on range bien sûr les bijoux, mais les lunettes occupent une place à part. Pour Maryaline Morel (cabinet Question d’image à Lyon), il s’agit d’un élément fondamental qui peut faire passer beaucoup de messages. A tel point qu’il lui arrive d’en conseiller avec des verres neutres à des personnes qui n’en ont pas besoin. « J’ai eu le cas d’un dirigeant qui dégageait une image très gentille, celle d’une personne qui ne refuse jamais rien. Or, il voulait pouvoir dire non. Lui avait véritablement besoin de lunettes et nous avons retenu deux modèles qui lui allaient très bien. Simplement, avec une paire il avait toujours l’air aussi gentil tandis qu’avec l’autre il pouvait incarner celui qui dit oui, mais aussi non. Il a choisi le second. » Un choix qui peut avoir des implications sur la vie privée. « C’est sa femme qui a eu le plus de mal à s’adapter à ce changement, se souvient Maryaline Morel. Elle a mis quinze jours à s’y faire. »

Parfois aussi il est possible de travailler sur le parfum. « En jouant sur les différentes tonalités, on peut envoyer un message de séduction, mais aussi de dynamisme », souligne Eric Pestel, cofondateur du cabinet parisien Lookadok.

La voix

« En règle générale, les gens ne savent pas comment fonctionne la voix, la respiration, souligne Jean-Jacques Lapierre, artiste lyrique et formateur en expression orale. Ils ont très peu conscience de leurs ressources et ne se servent pas assez de leur corps. » Récemment encore, un directeur général qui souhaitait faire passer plus de conviction et d’enthousiasme lors de sa prise de parole en public a fait appel à ses services. « En raison du stress, il mangeait ses mots et sa voix perdait en relief, en expressivité. » Un travail de fond lui a permis de se réapproprier toutes les fonctions de sa voix et de gagner en efficacité.

Le défaut le plus répandu ? « Les personnes parlent beaucoup trop rapidement, elles s’imaginent qu’il faut meubler à tout prix. » Avant de convaincre, il faut d’abord se faire entendre d’où les conseils de Jean-Jacques Lapierre : parler moins vite, faire des silences, articuler sans oublier les consonnes. Une fois ces règles appliquées, il devient possible de moduler son discours. « Il faut éviter le ton monocorde, alterner les temps forts et les temps faibles pour créer une dynamique. En soulignant des mots clés ou des phrases clés, on capte l’écoute de son interlocuteur et on renforce l’impact du discours. »

Encadré(s) :

Des candidats des cités plutôt que des laids

– L’obésité n’est évidemment pas le seul critère physique de sélection et la même équipe a démontré de la même manière l’impact d’un physique disgracieux. Cette étude menée en mai 2004 montre que lorsque le candidat de référence reçoit 75 réponses favorables, le laid n’en obtient que 33. Le candidat issu d’un mauvais quartier s’en sort bien mieux avec 45 réponses positives. La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) sera inévitablement saisie de ce genre de dossiers même si le mouvement est à peine perceptible pour l’instant.

Sur les 2 000 dossiers traités par la Haute Autorité, trois seulement concernent des discriminations liées au physique subies dans le domaine de l’emploi. Parfois aussi, on peut être avantagé par son physique. C’est le cas des grands. Comme on le pressent, ils sont généralement appelés à de hautes fonctions. Une étude de l’Insee de 2003 montre qu’à diplôme équivalent les plus grands font une meilleure carrière que les autres.

Sans doute du fait de leur stature, ils se voient plus facilement confier des postes d’encadrement. L’étude relève d’ailleurs que ce critère de la taille n’est pas pertinent dans l’administration où le poids des procédures et des concours est bien plus déterminant.

D’autres chercheurs se sont penchés sur les beaux. Deux Américains ont ainsi établi que les personnes jugées plus séduisantes que la moyenne gagnent environ 5 % de plus que la moyenne. Quant à ceux dont l’apparence est jugée « standard », ils gagnent 5 à 10 % de plus que les laids. Ces résultats sont semblables pour les hommes et pour les femmes.

La sociologue française Hélène Garner-Moyer s’est également penchée sur la question estime que la beauté intervient fortement au moment du recrutement. « A ce moment-là l’incertitude sur la productivité du candidat est la plus forte, analyse-t-elle. L’employeur va alors accorder plus de poids aux éléments subjectifs susceptible de le rassurer et l’apparence arrive en tête de ces éléments. »