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Comment faire face à une crise ?

Contrôles après dérapage… En un peu plus d’un an, plusieurs journalistes et consultants ont suscité la polémique après des mots malheureux. Les crises n’ont pas toutes été résolues de la même manière. Par Sacha Nokovitch

Riolo et Rothen, des excuses à retardement

« Mais la nana, tu l’as vue, la nana ? […] La faire venir, prendre l’avion… Tu vois ça débarquer et en plus, à l’arrivée, tu te retrouves dans la merde. » Le 6 juin dernier, dans l’After Foot sur RMC, Daniel Riolo dérape en direct en évoquant Najila Trindade, la jeune femme qui accuse Neymar de viol. « Il a pris une Ligue 2. Là, ça joue les barrages, c’est un Lorient » , surenchérit Jérôme Rothen. Lorsque, le week-end suivant, un internaute publie l’extrait de l’émission sur Twitter, la polémique prend corps. Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, signale la séquence au CSA. Le dimanche soir, l’éditorialiste et le consultant s’excusent sur Twitter. Un peu trop tard. « Ils pensent que s’excuser, c’est être condamné par le tribunal médiatique, le tribunal Twitter, analyse Florian Silnicki, expert en communication, fondateur de LaFrenchCom. Ils se trompent : le mea culpa public permet au contraire d’être pardonné et de passer à autre chose puisque aujourd’hui, une information en chasse une autre. »

Mais il faudra un message virulent et indigné de la ministre des Sports Roxana Maracineanu le lundi matin pour voir RMC Sport annoncer la suspension pour une semaine des deux chroniqueurs. « On est toujours tenté par la stratégie du silence, elle est presque naturelle, explique Florian Silnicki. Mais c’est toujours la pire solution, elle vous enferme et ne vous fait plus affronter des vents contraires mais une véritable tornade. Vous allez faire naître une méfiance, un sentiment de suspicion de l’opinion. »

Montel, la double maladresse

Le 6 avril dernier, dans une longue vidéo en écho à l’affaire Calvin (l’athlète accusée de s’être soustraite à un contrôle antidopage) postée sur Facebook, Patrick Montel déclare que le dopage concerne « une grande partie des athlètes » . Les internautes sont en émoi. Le lendemain soir, dans une nouvelle vidéo, le journaliste de France Télévisions avoue s’être « mal exprimé, sans doute sous le coup de l’émotion, comme d’habitude » . Trop tard. La réaction sur Twitter de Kevin Mayer, le décathlonien champion du monde et recordman du monde, donne une nouvelle ampleur à l’affaire. « Faire du dopage une généralité chez les athlètes de haut niveau… Autant j’arrivais à supporter Patrick Montel malgré ses nombreux défauts, mais là, c’en est trop » , déplore-t-il. « Le dopage est un raccourci pour les flemmards qui n’ont aucune conscience… »

D’autres champions, comme Martin Fourcade, retweetent le message, mettant davantage en lumière le dérapage. « Lorsqu’on regrette une interprétation ou qu’on ajoute des mots avec un petit « sans doute », comme le fait Patrick Montel en plein milieu de ses excuses, on apparaît comme quelqu’un d’enfermé dans un schéma mental, incapable de prendre du recul et de reconnaître ses erreurs, juge Florian Silnicki. C’est ce qu’il y a de pire, cela ajoute de l’huile sur le feu. »

Suite à ses propos, la direction de France Télévisions l’écartera du commentaire du marathon de Paris, programmé le dimanche suivant. Après plusieurs jours en arrêt maladie, Montel est revenu au bureau, mais il se fait très discret et n’est plus apparu à l’antenne. Sera-t-il aux Mondiaux d’athlétisme de Doha à l’automne (28 septembre-6 octobre) ?

Bravo et beIN, action-réaction

« Sixième but, cinq passes décisives, c’est pas mal pour un Noir. » L’analyse du but du Strasbourgeois Nuno Da Costa face à Reims (4-0) le 3 avril par Daniel Bravo, diffusée en direct sur beIN Sports, fait immédiatement le tour de Twitter. Face à la viralité des partages, le community manager de la chaîne alerte immédiatement sa direction. Celle-ci comprend le risque et contacte son consultant qui, sincèrement, n’a pas d’explication à donner. Il ne comprend pas comment ces mots sont sortis de sa bouche. Une rencontre est organisée entre le joueur et le consultant dès le coup de sifflet final.

Le cliché est posté sur le compte Twitter de Da Costa (ci-dessous) avec la légende suivante, ponctuée d’un clin d’oeil : « Pas d’inquiétude, un lapsus ça arrive, il travaille trop. » La chaîne publie également des excuses sur les réseaux sociaux. La polémique est vite stoppée. « Là, on sent qu’ils ont conscience de la structuration de l’environnement de l’information, estime l’expert en communication de crise. Ils savent à quel point il faut réagir vite ! Il vaut mieux reconnaître et expliquer un comportement maladroit qui a fait naître une polémique légitime que de tenter de noyer le poisson. » Bravo ne sera l’objet d’aucune sanction.

Balbir, faute à moitié avouée…

« Je suis bien content pour ces pédés-là, arrogants au match aller, comme ils étaient sûrs de gagner… Enfoirés… » À l’issue du quart de finale retour de Ligue Europa entre Leipzig et Marseille, le 12 avril 2018 sur W9, Denis Balbir lâche ces mots hors antenne, au terme d’une journée chargée en émotions (il a appris le matin même le décès d’un membre de sa famille). Mais la vidéo pirate fuite sur les réseaux sociaux.

Attaqué sur Twitter, le commentateur réagit sur son compte personnel : « Je suis navré de ces propos déplacés échangés hors antenne et qui n’ont donc jamais été diffusés sur la chaîne. Je présente mes excuses à tous. La diffusion de cette séquence privée et en aparté sur les réseaux sociaux est cependant particulièrement malveillante. »

« Il regrette une interprétation de ses propos, c’est-à-dire le comportement de l’autre, analyse Florian Silnicki. Or, ce qui fait naître la crise, ce n’est pas le comportement des twittos ou de l’opinion publique mais le sien. Tenter de reporter la faute sur ceux qui sont à l’extérieur, c’est mettre un pied dans la tombe. »

Sa chaîne réagira rapidement, suspendant son journaliste pour le match suivant, la demi-finale aller de l’Olympique de Marseille face à Salzbourg. De quoi calmer le jeu. Surtout, Denis Balbir recevra de nombreux soutiens publics : de journalistes, de dirigeants du foot et de certains supporters. En juin dernier, il a vu son contrat prolongé et commente depuis les équipes de France masculine et féminine pour le groupe M6.l

snokovitch@lequipe.fr