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Quand les internautes s’emparent de votre marque, de ses valeurs et de son univers, c’est une opportunité formidable. Ils sont l’initiation d’une dynamique digitale formidablement enrichissante et créatrice de valeurs à long terme notamment parce qu’ils deviennent vos ambassadeurs. Il faut les associer à vos futurs lancements, leur offrir des informations exclusives, et non pas les attaquer, les stigmatiser ou entraver leurs initiatives. Soutenir ces internautes est une chance pour les marques, pas un risque !

 

interview de florian silnicki leparisien ikea ikeapedia  Cliquez ici pour lire l’article : Le Parisien + Guide de votre dimanche du 26 avril 2015

Le Parisien
L’actualité, dimanche 26 avril 2015
L’homme qui aimait trop Ikea
Bérangère Lepetit

Consommation. Un blogueur français a été contraint de renoncer à son projet de créer le site Ikeapedia, une encyclopédie sur les produits de la marque. Le groupe ne rigole pas avec son image virtuelle.

IL EST DÉÇU, « refroidi », dit-il par le groupe suédois au logo jaune et bleu. Pendant des années, Loïc Bréat, 36 ans, salarié dans la sécurité informatique et habitant de Saint-Gratien (Val-d’Oise), a vécu au rythme du géant de l’ameublement Ikea, 8 e enseigne préférée des Français d’après le classement 2014 du cabinet OC&C. Geek revendiqué, grand adorateur des étagères Billy, des armoires Lax et des cuisines Faktum, ce fan de décoration et blogueur invétéré a créé, en 2008, le site Ikeaddict qui regroupe la communauté francophone des fans d’Ikea. Succès immédiat auprès de plus de 3 500 fidèles.

« J’y passais bénévolement mes soirées après le boulot, parfois mes vacances, mes week-ends quand je n’étais pas fourré avec ma copine dans le magasin de Franconville », confie-t-il. Un beau jour, dans sa petite maison meublée à 98 % Ikea, il a cette idée géniale et saugrenue de créer une encyclopédie virtuelle des meubles et objets de sa marque de coeur. Son nom ? Ikeapedia, sur le modèle de Wikipedia. Pour cela, Loïc achète le nom de domaine Ikeapedia.com.

Quelques mois plus tard, patatras. Son rêve se brise comme une assiette Färgrick. Dans sa boîte mail tombe la missive d’un cabinet de gestion de réputation (voir ci-dessus) en provenance du siège d’Ikea Groupe, en Suède. « En gros, j’avais dix jours pour rétrocéder le nom de domaine sinon ils me menaçaient de faire appel à leurs avocats. Avec Ikeapedia.com, je violais le copyright », explique le fan. Quelques mois plus tard, c’est Ikea Hackers, le blog de Jules — une jeune malaisienne férue de bricolage –, qui fait les frais d’un rappel à l’ordre de la marque. Pour Loïc, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase Druvfläder. Le fan prend très mal cette « chasse aux bloggeurs », selon lui. « Je garde de bonnes relations avec Ikea en France mais au niveau du groupe, l’ambiance a changé », assène-t-il. « L’image sympa, jeune et décalée fait place à quelque chose de beaucoup plus mercantile », reconnaît-il.

Quelle mouche a piqué le géant suédois ? « Opter pour cette démarche agressive est une erreur élémentaire de communication, c’est crisogène ! tacle Florian Silnicki, responsable de l’agence LaFrenchCom’. Aujourd’hui, les marques doivent sortir des discours pyramidaux. Ce sont les internautes, les consommateurs qui ont le pouvoir. Apple, M&M’s ou Nutella l’ont bien compris. »

Contactée, Ikea n’a pas donné suite à notre demande d’interview sur ce sujet. Pour Loïc, fini les longues soirées à expliquer « comment démonter le canapé Hagalund ». « Je me retrouvais souvent à faire le service après-vente, se rappelle-t-il. »

Loïc Bréat n’a pas « tué » son site mais il y passe beaucoup moins de temps. Avec sa compagne, il veut déménager dans une maison plus spacieuse. Qu’il décorera, malgré tout, avec ses meubles Ikea. « Il y a juste mon canapé que j’ai acheté chez But. C’était une mauvaise idée, il a très mal vieilli. »

Ils veillent sur l’e-réputation des entreprises

C’est un métier Web 2.0 qui aurait follement inspiré Brassens, auteur de la « la Mauvaise Réputation » en 1952. En 2015, à Paris, pas moins de dix agences de communication s’occupent de gérer l’image d’hommes politiques et d’entreprises sur les réseaux sociaux. Leur mission ? Travailler avec les « community managers » — gestionnaires de communauté — des marques, servir de bouclier face à Internet et la diffamation facile. Eviter le « bad buzz », (la mauvaise rumeur).

« Le consommateur se fie beaucoup plus qu’avant à ce qu’il lit sur Internet, assure Florian Silnicki, fondateur de l’agence LaFrenchCom’. Il y a encore deux ans, seules les plus grosses agences avaient leur département réputation, mais, aujourd’hui, la totalité des groupes cotés à Paris disposent de leur agence de gestion de réputation. »

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